‹ La Bible enfin expliquéeChapitre 11 sur 19 · Tome I. L · texte numérisé non relu

Tome I. L

162 LEVITIQUE;

ch.ltierai fept fois davantage ; je briferai votf® dureté fuperbe ; la terre ne vous produira plus de grain , vos arbres de fruits ; le ciel d'enhaut fera de fer , & la terre d'airain. Si vous marchez encore contre moi , & fi vous ne voulez pas m'écouter , je multiplierai "vos plaies fept fois davantage ; j'enverrai contre vous des bêtes qui vous mangeront , vous , & vos troupeaux* Si après cela vous ne recevez point ma dilcipline , & fi vous marchez encore contre moi , je marcherai aivïïi contre vous , & je vous frapperai fept fois .davantage : je ferai venir fur vous

l'épée , qui vengera mon pacte Je vous

enverrai la pefte dix femmes cuiront du

pain dans le même four. Et fi après cela

vous ne rn'écoutez point encore , & fi vous marchez contre moi, je marcherai encore contre vous } & je vous châtierai par fept plaies , de forte

nous le fabbat des forciers. Les malheureux infatués: de cette horreur fe mettaient à genoux vis-à-vis un bouc dans leurs anemblées , &c le baiiaient au derrière ; & la nouvelle initiée , qui fe donnait au diable } le foumettait à la lafeiveté de ce puant animal 3 qui rarement daignait condefeendre aux delirs de la femme. Ces infamies n'ont jamais été commiies que par les perfonnes les plus grolEeres de la lie du peuple 5 ÔC dans tous les procès de fortilege on ne voit que bien rarement le nom d'un homme un peu qualifié..

Le Lévitique dit exprelTément , que ia beltialité était fort commune dans le pays de Canaan.

Il n'y à gueres de tribunaux en' Europe , qui n'aient condamné au feu des miiérabies convaincus ou aceufés de cette turpitude : elle exifte s mais eiie eft très rare en Europe. On a beaucoup agité la queftion , fi la peine du feu n'eft pas aujourd'hui trop barbare pour dejeunes payiàns , qui feuls font coupables de cette infamie , 6c qui ne différent gueres des animaux avec; efqueis i,ls s'accouplent.

«[lie vous mat>;gere;g vos fils ôe vos filles ( 5 ).

Tout ce qui aura été offert pai confécrariori de l'homme au Seigneur , ne fe rachètera point 3 mais mourra de mort (6)<

( s ) Des irienacies à peu près femblables fe tfouverit dans le Deutéronome au Chap. 28. Sur quoi les Critiques remarquent toujours , que jamais on ne parle aux Juifs de peines & de récompenses dans une autre vie* ïis mangeront dans celle-ci leurs enfans, Cette menace eft terrible ; & c'eft la plus grande que des Légifla-* leurs , ignorant le dogme de l'immortalité de l'ame > St n'ayant aucune idée faine de Famé, purent imaginer alors,*

Ce ne fut que vers le tems où Jé-us-Chrift vint au inonde , que ce grand dogme des âmes immortelles fut connu des Juifs. Encore l'école entière des Saducéeus le niait abfoîument. Les Critiques oient ajouter à cette réflexion , qu'ils ne nconnaiflent pas la Majefté divine dans les difcours qu'on lui fait tenir. Mais qui de nous peut favoir quel eft le langage de Dieu ? C'elt à nous de révérer ce que les livres faints mettent dans fa bouche : ce langage , quel qu'il foit , ne peut avoir rien de proportionné au nôtre ; è% toute la fuite nous convaincra de cette vérité.

(ô) C'eft ici le fameux pafiage fur lequel tant de favants fe font exercés. C'eft delà qu'ils ont conclu que. les Juifs immolaient des hommes à leur Dieu , comme ont fait tant d'autres nations dans Ééur's dangers: & dans leurs calamités. Ils fe fondent for ces paroles, & fur le Texte de Jephté, comme nous le verrons en fon lieu. Les Juifs àppeliaient cette confecration le dévouement, l'anathême^ Ainfî nous verrons qu'Acan fut dévoué avec toute -à famille & fon bétail. Les pères pouvaient dévouer leur enfans. Tout cela s'expliquera dans la fuite.

On a pajfé dans le Lévitique tout ce qui ne regarde que les Cérémonies 5 & on s'ejl attaché principalement à l'hlftorique : c'eji ainjî qu'on en ufera dans tout le rejl* de ces ouvrage j excepté quand ce qui ejl rite , précepte , cérçrno* nie t tient à l'hijioirtt & à la connaijfance des mxurs3

Fin du Commentaire sur le Lévjtiqus*

fy o° r/i &> i\ n ô

fE' Seigneur parla à Mofe , dilant : ordonne ^A aux enfans d'Iiiaël de jetter hors du Camp tout lépreux , & ceux qui ont la Gonorrhée , Se quiconque aura affûté à l'enterrement d'un mort , foit homme , foit femme , afin qu'il ne fouille point le lieu où il demeure avec vous.... Le Seigneur parla encore à Moyfè , diiànt : loriqu'une femme méprifant fon mari aura couché avec un autre homme , & que fon mari n'aura pu la mrprendre , & que des témoins ne pourront la convaincre d'adultère , on la mènera devant le prêtre Et il prendra de l'eau faihte dans une cruche de terre , pc de la terre du pavé du Tabernacle , & il adjurera la femme, en lui difant : fi tu n'as pas couché avec un étranger , & fi tu n'es pas pollue , cette eau amere ne te nuira pas ; mais fi tu as couché avec un autre que ton mari , & fi tu es pollue , fois un exemple au peuple , que Dieu te maudiffe , qu'il faife pourir ta cuiife 7 que ton ventre enfle & qu'il crevé, (i).

( i ) Il femble d'abord qu'on ne devait pas être charTé clu camp pour avoir aidé à enfevelir un mort ,• ce qui était une très bonne a&ion.

La gonorrhée n'eft point une maladie contagieufè qui puilfe ie gagner ; c'eft un écoulement involontaire 'de femence , caule par le relâchement des mufcles de la verge Se par quelque acreté dans les proftates ; c'eii à peu^ près ce qu'on nomme rieurs blanches dans les

NOMBRES. i$f

Le Seigneur parla à Moyfe , difant : parle aux enfans d'IiraTil , difant : lorfqu'un homme ou une femme auront fait vœu de fe Panélifièr j & de fe confacrer au Seigaeur particuliéreme'nt , ils ne boiront ni vin ni vinaigre , & ne mangeront point de raifin ; le rafoi'r ne pafïera point fur leur tête pendant tout le tems de leur vœu , & ils feront faints pendant que leur chevelure croîtra j ils auront foin de ne point iè rendre impurs , &' de ne fe point fouiller en ailiftan.t à des funérailles, fulïènt celles de leur

femmes: cette maladie fé guérit par un bon médecin. L'auteur de ces remarques en a guéri pluuçurs fans les féqueftrer de la Société civile. De l'ofeiile , de la fcolopendre , & de l'ortie blanche > iu filent quelquefois contre cette maladie dans les hommes & dans les femmes. Il y a une autre forte de gonorrhée virulente 3 qui fe nomme la chaudepiffe j & que l'on guérit furement par des injections , par la faignée , par un opiat de favon Se de mercure doux : cette maladie n'était point connue dans nôtre continent avant la fin de notre quinzième fîecle : on fait aiTez qu'elle eft contagieufe par l'accouplement , & que fi elle eft négligée elle eft luivie immanquablement de la vérole.

L'eau amere de jaloufie qu'on fefait boire aux femmes aceufées d'adultère , eft probablement le premier exemple qui nous refte de ces épreuves pratiquées par toute la terre : elles ont été variées en bien des manières, & fort ufitées dans les tems d'ignorance. Phi- Ion & l'hiftorien Jofiephe nous aiïurent que l'épreuve des eaux ameres était en ufage de leur tems. Les livres faints ne nomment perfonne à qui on ait fait boire de ces eaux ; mais le Protévangile de St. Jaques , qui eft lu dans quelques Eglifés d'orient , tout apocryphe qu'il eft, dit au chap.XVl. que le grand-Prêtre fit boire des eaux de jaloufie à r, . Jofeph ,- & à la vier~; ge Marie ; ils en burent l'un & l'autre, & furenç déclarés également innocens.

père, ou mère, ou frère, ou fœur. .. '. . '.. . .

Le Seigneur parla encore à Mpyfe , difant ; faites deux trompettes d'argent duclile , aria que vous purifiez convoquer la multitude quand il faudra décamper Les premiers qui décampèrent furent les enfans de Juda , diftingués par

troupes Alors Mofé dit à O.oab ( frère de

Séphora fa femme) : viens avec nous, nous te

ferons du bien ne nous abandonne pas ;

car tu connais tous les endroits de ce déiert ; tu ■ nous diras où nous devons camper , &c tu nous ferviras de guide ; & lorfque tu feras arrivé avec nous , nous te donnerons la meilleure part de ce que Dieu nous aura attribué (2).

Or une grande populace > qui était venue

(2) Les Nazaréens femblent la, première origine des vœux , du moins parmi nous : ils font vœu de mener une vie particulière , de ne boire ni vin , ni vinïuuVre. Le peu de vinaigre qu'on jettait dans l'eau était la boiiibn du petit peuple & du foidat dans l'antiquité : il faut obferver que les mères vouaient leurs enfans au Nazareat ; & qu'au lieu que nos moines fe tondent , ceux là étalaient leur chevelure : ou fefait auiE quelquefois d autre* Vœux , comme de ne point boire de vin , & de ne rien manger à l'huile pendant quelque tems. Les favans difent que le mot Syriaque f.car lignifie du vin ; #C Calmer, dit qu'il lignifie du fucre. Il efl fort douteux que les Juifs dans ie déiert euffent du fucre , qui vient des Indes.

Quelques troupes distinguées dans les maifons des Rois ont des trompettes d'argent ; Se puifqu'il eft dit que le Tabernacle , qu'on portait fur un char dans le défert , avait pour plus de deux millions d'ornements j il ne faut pas s'étonner que les trompettes fufTent d'argent. Les interprètes difent , que, c'était de l'argent battu ; il efl plus croyable qu'on les jettait au moule 5 & il eft plus 4iScile qu'on ne penfe de faire de bonnes trompettes.

avec les Hébreux , demanda avec eux à manger

de la viande Et un vent, s'étant élevé

par le Seigneur , apporta des cailles de la mer

rouge dans le camp Mais la chair de ces

cailles étant encore entre leurs dent , la fureur du Seigneur s'alluma contre le peuple > & il le frappa d'une très grande plaie ; & on appella ce lieu le fépulchre des murmures ou de concupiicence (3). VQfK -

En ce teins Marie. & Aaron parlerdni contre

Me-ie Auiiitôt le Seigneur defcendit dans

la Colonne de nuée ; il fç mit à la porte du Tabernacle , & il dit à Aaron & à Marie : s'il y a entre vous un Prophète je lui apparaîtrai en viiion , ou je lui, parlerai en ibnge ; mais il n'en eft pas ainii de Mofé , mon ferviteur ; car je lui parle bouche à bouche 5 il- me voit clairement , fans énigme &c fans figure ; pourquoi donc ayez vous mal parlé de mon ferviteur Mofé ? Ayant dit cela il s'en alla en colère. La nuée, qui était fur le Tabernacle, fe retira , 6c Marie fut couverte de .lèpre (4.).

(3 ) Les Critiques nous difent qu'il n'eftpas étrange que des malheureux , n'ayant pour nourriture que la roiée nommée Manne , aient demandé à manger ; & qu'il paraîtrait cruel de les faire mourir pour cette faute 3 & pour avoir mangé des cailles que Dieu-même leur envoya. Apparemment qu'ils en mangèrent trop ; ce qui arrive prefque toujours après un long jeune.

( 4 ) Le texte dit , que la femme de Mole était Ethiopienne ; l'hiftoire ancienne de Mofé , dont nous avons déjà parlé, dit -, qu'il avait époufé la Reine d'Ethiopie , mais que , loin que cette Reine le fuivît dans cet horrible défert où il erra quarante ans } elle le chaïîa de les Etats. L'Ecriture dit que Mofé avait époufe Séphoras la Madianite } fille de Jéthro. Il fe peut qu'il ait ea

ï<58 NOMBRES.

Et Aaron la voyant lépreufe , dit à Mofé fan frère : je te prie , ne nous punis pas du péché que nous avons commis follement , & que Marie ne meure pas ; car la lèpre lui a déjà mangé la moitié du corps Marie fut donc jet-

tée hors du camp pendant fept jours (5).

Et Mofé envoya du défert de Pharan douze hommes pour confidérer la terre de Canaan. . . . Et ces hpmmes montèrent du côté du midi , Ôç vinrent àjiHébron , qui a été bâti fept ans avant Tanis ville d'Egypte (6).

Et s'étant avancés ils coupèrent une branche avec fon raiiin , que deux .hommes portèrent fur une voiture , avec des grenades éc des figues. (7) D'autres , qui avaient été dans ce

plufieurs femmes , comme tous les autres Patriarches ; &C il elt naturel que Marie fe foit brouillée avec cette Ethiopienne.

Le Seigneur venge Mofé des injures de Marie & 'd' Aaron. Mais Marie eft feule punie , & Aaron ne l'efl jamais.

C s ) Cette efpeçe de lèpre était donc un cancer ; car ïa lèpre , qui n'eft qu'une forte galle } ne détruit pas les chairs en fi peu de tems. ->

Dieu déclare ici qu'il parle toujours bouche à bouche à MoH : cela fernble contraire à ce qui eÛ. dit ailleurs , que Dieu ne lui permit de le voir que par derrière. Marie dit aufii que Dieu lui a parlé tout comme à fon frère: on concilie ces contradictions apparentes aifément. .

( 6 ) On ne peut gueres excufer la méprife des co-, pilles j qui fans doute on pris ici le nord pour le midi. On va droit au nord du défert de Sin à celui de Pharan , de Pharan à Cadès-Barné à Azeroth , de ces déferts à celui de Berfabé au pays de Canaan.

( 7 ) Plusieurs interprètes difent que ces efpions n'apportèrent qu un feul raifin ; mais on peut entendre que £ej:te branche portée par deux hommes était chargea

pays , dirent : la terre que nous avons parcourue dévore fes habitans , & ils font d'une grandeur démefurée ; ce font des monftres de la race des géants , devant qui nous ne paratfïons que comme des fauterelles. Et ils dirent l'un à l'autre : Etablirons - nous un, autre chef , &; retournons en Egypte (8).

Et Dieu dit à Mofé : aucun des Ilraëlites ne verra la terre que j'ai promis par ferment de donner à leurs pères ; mais pour Caleb mon ferviteur , je le ferai entrer dans ce pays dont

de plufieurs grappes. Don Calmet cite des Moines > qui ont vu dans ia Paleftine des raifins fi prodigieux que deux hommes n'en auraient pu porter un feul \ ainfi un raifin aurait donné un quartaut de vin comme dans la Jérufalem célefte j mais les raifins de ce pays-là ne font pas fi gros aujourd'hui.

( 8 ) Ces deux rapports des efpions juifs font entièrement contradictoires. On demande d'ailleurs , comment ces géants fi redoutables laifTerent prendre & emporter leurs raifins , leurs grenades & leurs figues , par des étrangers qui ne leur venaient pas à la ceinture. Ceux qui virent ces géants ne virent pas apparemment les gros raifins 3 & s'ils voulurent choifir un autre chef que Mofé , ils ne firent que ce que font encore aujourd'hui tous les Arabes , & les Maures de Tunis , d'Alger & de Tripoli , qui dépofent leurs chefs , & qui fouvent les tuent quand ils en font mécontents. Mais on eft furprïs que des gens qui voyaient tous les jours Dieu même parler à Mofé , <5c qui ne marchaient qu'an milieu des miracles, puffent imaginer de dépofer; ce même Mofé déclaré fi fouvent le Miniftre de Dieu , & qui était armé de toute fa puiflance. On peut bien confpirer contre un chef à qui on efpere de fuccéder ; mais perfonne ne pouvait fe flatter d'obtenir de Dieu les mêmes faveurs qu'il avait faites à Mofé fon repréfentant. Les mœurs de ce tems-là font différentes des mœurs jswdernes :-on le voit à chaque ligne.

ijo NOMBRES.

il a fait le tour ; & fa femence le poûedera ; mais parce que les Amalécites & les Cananéens habitent dans les vallées , ne montez pas par les montagnes , & retournez-vous en tous dans ïes Délèrts vers la mer rouge Vous n'entrerez point dans le pays dans lequel j'ai juré de vous faire entrer , excepté Galeb , fils de Séphoné , ôc Jolué fils de Nun. .... Et les Canéens & les Amalécites , qui habitaient fur les montagnes , dépendirent contre eux , les battirent ëz les pourfuivirent juiqu'à Orma (9).

( 9 ) Nous voyons qu'il était ordinaire chez les anciens que les Dieux fiffent ferment comme les hommes ! Il y en a des exemples dans tous les Poètes héroïques. Les Critiques ne peuvent concilier ce que JDieU d.t ici , que les Cananéens & les Amalécites habitent les vallées , avec ce qui eft dit ie moment d'après ? qu'ils defçendir-ent des montagnes. La chofe cependant eft trèspoffible. Mais ils trouvent Mole auiïî mauvais Général que mauvais Légiflateur : car } difent-ils , en fuppofant que Mofé fut à la tête de fix cent mille Combattants, il devait s'emparer de tout le pays en fe montrant : il avait allez de monde pour fe faiiir de tous les déniés 3 & il fe laiiTe battre, en rafe campagne par une poignée d' Amalécites 3 il ne fait plus eniuite qu'errer pendant quarante ans 3 aller de défert en défert , Se revenir fur fes pas , fans aucun projet de Campagne. Ils ne reçoivent point pour exeufe les décrets de Dieu 3 ils diùm qu'il eft trop aifé de fuppofer qu'on n'a été battu que pour avoir offenfé Dieu 3 ils ajoutent qus quand 011 eft errant pendant quarante ans fans avoir pu prendre une feule ville } ce ne peut être que par fa faute 3 & après avoir regardé Mofé comme un homme très mal entendu dans fon métier , ils perfiftent à dire que toute cette hiftoire ne peut être qu'une fable encore plus mal inventée. Nous nous fommes fait une loi de rapporter toutes leurs objections , auxquelles nous avons déjà répondu. Il fe peut que Mofé , à l'âge de cent ans } ait

Or un homme ayant ramaffé du bois un jour

de fabbath Dieu dit à Mole : que cet

homme meure &. foit lapidé. On le mena hors du camp , il fut lapidé , & il mourut comme

l'avait ordonné le Seigneur Le Seigneur

parla auffi à Moyfe , 6c lai dit : parle aux enfans d'Ifraël ; dis -leur de faire des franges aux coins de leurs manteaux , Ôc d'y mettre des rubans couleur d'hyacinte (10).

été un très mauvais capitame & un légiflateur ignorant. Mais s'il obéilïait à Dieu , nous devons le refpeder.

(" 10 ) S'il était permis de juger des loix du Seigneur par les loix de nos peup.es policés , on trouverait peutêtre un peu de dureté à faire périr un homme pour avoir ramaffé un peu de bois dont il avait probablement befoin pour faire bouillir le lait de fes enfans , ou pour préparer le dîner de fa famille ; il n'eft pas dit que cet homme ramaffa un fagot en dérifïon de la loi. Ce n'eft pas à nous à interroger Dieu , & à lui demander pourquoi il fait Aaron grand-pontife immédiatement après qu'il a jette le veau d'or en fonte , de qu'il l'a fait adorer ; & pourquoi il condamne à mort un homme qui n'a commis d'autre crime que de ramaffer un petit fagot pour fon ufage. Dieu fait miféricorde à qui il lui plait.

Plufieurs incrédules foupçonnent que ce livre fut é- «rit par Samuel ; & on fait que Samuel fut un homme dur ; c'eft le fentiment du grand Newton. Mais quelque refpedf que nous ayons pour Newton , nous refpectons encore plus l'Eglile.

Les Critiques font révoltés de voir un article de franges & de rubans joint immédiatement à une condamnation à mort. Cela leur paraît incohérent ; ils ne croient pas qu'un peuple , qui manquait de tout > & dont Dieu fut obligé de coniérver les habits par miracle , ait mis des franges & des rubans à fes robes . dans un défert. Mais fî Dieu conferva leurs habits par miracle pendant quarante ans , il put auffi leur donner des franges par miracle , & fur -tout empêcher que fîx cent mille combattants de fon peuple ne fuiTeut battus par une troupe, sà'Amaléckes.

Ea ce tems-là Coré fils d'Ifaac j Dathan & Abiron fils d'Eliab , & Hon fils de Phelet , s'élevèrent contre JVtofé ôc Aaron avec deux cent cinquante des principaux de la Synagogue , & sj étant préientés devant Mofé ils lui dirent : qu'il vous fuffife que ce peuple eft un peuple de iaints , & q u-e le Seigneur eft dans eux ; pourquoi vous élevez-vous fur le peuple de Dieu ? Ce que Mofé ayant entendu , il tomba par terre ; puis il dit à Coré & à toute fa troupe : Demain Dieu fera connaître ceux qui font à

lui que chacun prenne (on encenibir , toi

Coré 3s tous tes adhérens ; & demain mettez du feu fur vos encenfoirs devant le Seigneur ; & celui qu'il aura choifi fera faint ; vous êtes trop infolens , enfans de Lévi. '

Mofé étant donc extrêmement en colère

dit à Coré ; Préiente-toi demain avec toute ta troupe d'un coté ? & Aaron fe préfentera de l'autre. ( il ).

(il) Si l'on en croit les favants hardis dont nous avons déjà tant parlé, cette hiitoire de Coré, Dathan , Se Abiron , fat écrite après le retour des Juifs de ia captivité de Babylone , lorfque Ion fe difputait dans Jérufalem la place de Grand- Prêtre avec plus de fureur que n'en ont jamais déployé les Anti-papes. Les frères alors tuaient leurs frères pour parvenir au fouverain Pontificat ; & il n'y eut jamais plus de troubles chez les Juifs que quand ils furent gouvernés par leurs Pontifes avant et après les conquêtes d'Alexandre.

On fuppofe donc , qu'alors quelque Juif, pour rendre le facerdoce plus vénérable , écrivit cette hiftoire } qui ne tient point au relie du Pentateuque , & l'inféra dans le Canon. Nous croyons que c'eft une conjecture hazardée. D'autres la rejettent abfolument , comme m-s compatible avec l'éloge qu'on donne à Mofé dans le f eiitateuque d'avoir été le plus doux des hommes.

NOMBRES. î73

"Prenez chacun1 vos encenfoirs , mettez-y de l'encens , présentez à Dieu vos deux cent cinquante encenfoirs ; & qu'Aaron tienne aufïi ion encenfbir. Ce que Coré & ia troupe ayant

Il n'eft pas furprenant , difent--ils , que Coré , arrière-* petit-fils du Patriarche Lévi , Datan , Abiron & Hoiï defcendants de Ruben , fuffent mécontents de la- fupé- ' riorite que Mofé affectait fur eux j puifqu'Aaron foa frère & Marie fa fceur avaient montré ies mêmes fenciments.

Les deux cent cinquante Juifs qui étaient de leuf parti étaient les premiers de la nation ; c'était un fchifme dans toutes les formes. Ces fayants prétendent que le terme de Synagogue, dont l'auteur facré le fertici., prouve que ce livre fut fait dans le tems de la Synagogue , & non pas dans le, défert où il n'y avait point de Synagogue. Ils difent que ce mot à échappé au fauffaire qui a mis cet ouvrage fous le nom de Mofé lui-même 3 ik. qui s'eft trahi par cette inadvertence.

Ils croyent voir tant de cruautés & tant de prodiges dans cette avanture , qu'ils la regardent comme un« fidtion ; ils ne parlent qu'avec horreur de quatorze mille fept cent hommes mourants par le feu du ciel , 8t de deux cent cinquante chefs du peuple engloutis dans la terre.

Toland & Wolfton ont la hardiefie de traiter ce châtiment divin de roman diabolique.

Quelques Commentateurs ont cru , en lilànt le mo6 infernum qui eft dans la vulgate pour la folfe y qu'il lignifiait l'enfer , tel que nous l'admettons , & que h$ Juifs ne connaiifaient pas. Ces mots defcenderum vivantes in infermtm , lignifient qu'ils dépendirent vivants dans le fouterrein ; teii ce que nous avons déjà remarqué. Cette équivoque } qui n'eft que dans la vulgate , a occafîonné bien des méprifes. Les Commentateurs onfi pris fouvent injermtm la foffe , la fepulture , pour l'enfer ; ÔC Lucifer , l'étoile du matin , pour le diable.

Cette hiftoire a révolté piufieurs Juifs, au point qu'un d'eux écrivit l'origine de la querelle entre Mofé & les adverfak es , pour ia rendre odieufe Se ridicule. Ceftlç

fait en préfènce de Moie & d' Aaron , la gloire du Seigneur apparut à tous. Et le Seigneur parla à Mofé. àz à Aaron , &z leur dit : ieparez-* vous de leur afîèmblée , afin que je îes de-;

feul ouvrage de plaifanterie qai nous foit venu des an-* ciens Juifs. On ne fait pas dans quel tems il fut écrit, Ii eft intitulé Livre des chofes omij s par Mofé. On l'imprima à V'enife en hébreu tous le titre Maynshioth, fur la fin du quinzième liecie. Le lavant Gilbert Gaumin le traduifit en latin ; & Albert Fabricius l'inféra dans la Coliedion en 17 14. En voici la traduction en notre langue. « Le commencement de la querelle vint par une » veuve 3 elle n'avait qu'une brebis , qu'elle voulut ton-* y> dre. Aaron vint ÔC emporta la laine , en difant qu'el- » le lui appartenait par la loi 3 dans laquelle il eit écrit : » tu donneras à Dieu les prémices de la laine de toi? •»> troupeau. La veuve alla implorer Coré avec des lar- »> mes & des gémiffemens. Coré alla vers Aaron j mais » il ne put le fléchir ; alors , prenant pitié de la veuve , 9» il lui donna quatre pièces d'argent , &c s'en retourna ai fort en colère. Quelque tems après } la même brebis s» mit bas fon premier agneau • dès qu Aaron le fut il » courut chez la femme , prit l'agneau 6c l'emporta. La y> pauvre veuve alla encore pleurer chez Coré , celuix ci conjura A ai on une ieconde fois de rendre à la veuy> ve fon feul bien. Je ne le puis , répondit le prêtre Aa- » ron } car il eit écrit : tout mâle premier né du troui» peau lera offert au. Seigneur. Il retint l'agneau pouf » lui, 6c Coré le quitta lurieux. La femme délefpérée » tua la biebis} Aaron vint fur le champ ôc prit pour » lui l'épaule j le cou & ie ventre. Coré retourna vers » Aaron , & lui fit de nouveaux reproches 5 il eit écrit , .w répondit le Pontife : tu donneras l'épaule , le cou $£ s> le ventre au prêtre. La veuve , pouffie à bout , jura & » dit : que ma brebis foit anathême. Aaron , i'ayant fu > p prit la brebis entière pour lui , en difant : il eit écrit , » tout anathême dans Ifraël t'appartiendra. u L auteur dit enfuite que Coré , Dathan & Abiron , formèrent un parti confidérabie contre Aaron , mais qu'ils ne furent pas les plus forts 3 & que quatorze mille des leurs périrent dans jfene bataille.

NOMBRE S. rçy

truife .tout-à-coup. Mofé s'ëtant levé, s'avança vers Dathm & Abirort , fuivi des anciens d'ilrael. II dit au peuple : retirez-vous des tentes

de ces impies vous allez reconnaître que

c'efl Dieu qui m'a envoyé pour faire tout ce que vous voyez ; fi ces nommes meurent d'une mort ordinaire , & de quelque plaie dont les autres hommes font frappés , Dieu ne m'a pas envoyé; mais fi le Seigneur fait une choie nouvelle , û la terre s'entr'ouvrant les engloutit & tout ce qui leur appartient , & qu'ils deicendent dans la foiïè tout vivants , vous fa lires: qu'ils ont blafphêmé le Seigneur. Et dès qu'il .eut celle de parler , la tej:re s'entr'ouvrit ibus leurs pieds , & ouvrant fa gueule elle les dévora avec toute leur fubftance. «

Et ils dépendirent tout vivants dans la fofîè couverts de terre , 8c ils périrent du milieu du peuple ; & tout Ifrael , qui était là en cercle >

On. a conjecturé que cette fatyre juive , la feule qui nous loit parvenue , fut écrite lorfque le grand-Piêtr# Jean , diiputant la thiare à fon frère , Jéiu le tua dans le Temple - même du tems du R.oi Artaxerxés. Nous-, n'entrons point dans cette vaine difpute \ nous devons rejetter tout ce qui n'eft pas contenu dans les Livresfaints , dont nous commentons avec relpecl les principaux endroits, fans oier en approfondir le fejis. Nousdirons feulement', que de tout tems il y eut des eiprits> hardis qui le piquèrent d'être au-delfus des préjugés du* vulgaires il y en a beaucoup aujourd'hui à- Rome j à Confia» tinopie , à Londres , dans Amfterdam, dans Paris , dans Pékin ; mais ils ne forment point de factions * ÔC par-là iis ne font pas dangereux. Or le parti de Da-, than , Coré & Abiron , parait avoir été une faction confidcrable , réprimée par ceux qui avaient le pouvoir era main.

\i6 NOMBRES,

s'enfuit aux cris des mourants , de peur que îa terre ne les engloutit auifi. En même tems un feu fonit du Seigneur , & tua les deux cent cinquante hommes qui offraient de l'encens. Et Dieu parla à Mofé , difant : commande au Prêtre Eléafar fils d'Aaron de prendre tpus ces encenfoirs &c jetter le feu de côté & d'autre , car ils font fancTtifiës par la mort des pêcheurs qu'il les réduifè en lames , & qu'il les attache à l'autel , car ils font fanctifiés.

Le lendemain toute la multitude d'Ifraël murmura contre Mole & Aaron , difant : c'eft vous qui avez tue les gens du peuple de Dieu. Et la fedition augmentant, Mofé &: Aaron s'enfuirent au Tabernacle du. pacte. Quand ils ,y furent entrés , la nuée le couvrit , & la gloire du Seigneur parut. Dieu dit à Mofé ; retire - toi du milieu de cette multitude , je m'en vais les exterminer dans le moment. Ils le jetterent tous par terre. Mofé dit à Aaron : prends ton en- -cenfoir , mets-y du feu de l'autel , 6c va vite au peuple , prie pour eux ; car la colère elt fortie du Seigneur , & la plaie a commencé* Ce qu'ayant Fait Aaron , & ayant couru à la multitude que le feu embrafait , il offrit de l'eri* cens , & fe tenant entre les morts & les vivants , il pria pour le peuple ; & la plaie ceïïà. Le nombre de ceux qui furent frappés de cette plaie fut de quatorze mille fept cent hommes j iàns ceux qui étaient morts avec Goré dans la fedition.

Le Seigneur paria encore à Moyfe & à Aa-ron , difant. Voici la religion de la victime. Commande que les enfans d'Iiraël amènent une vache roufïè , d'un âge parfait , fans tache , &

qui

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