N O M BRES< Î
Çjui n^aît jamais porté le joug. On la donnera au prêtre Eléâzaf > qui la mènera hors du camp & l'immolera devant le peuple. Il trempera le doigt dans fon iang j & il en aipergera les portes du Tabernacle. ïl la brûlera devant tout le monde , tant la peau & les chairs , que le
iàng & la bouze Il jettera dans le feu du
bois de cèdre , de Thyiope & de la pourpre deux fois teinte. Il reviendra au camp , & fera impur jufqu'au loir. Un homme qui fera put amafTera les cendres de la vache , & les mettra hors du camp dans un lieu très-pur , pour en faire une eau d'afperfion. (12).
Le Roi d'Arad , prince Cananéen qui habitait vers le midi , ayant appris qu'Ifraël était ..venu pour reconnaître fon pays , vint le corn-
( 12 ) Ce facrifi.ee > ôc cette eau de la vache rouïïe 3 furent longtenas en ufage chez les Juifs. Le ChevaLer Marsham fait voir dans fon Canon Egyptiaque , auilîbien que Spencer , que cette cérémonie eft entièrement prife des Egyptiens , auiii-bien que ie bouc émiffaire £ç prefque tous les rits' hébreux.
Kirker dit, qu'on croirait que les Hébreux ont tout imité des Egyptiens , ou que les Egyptiens ont hébra:ié | plulîeurs penfent qu'il eft vraifemblable que le petit peuple le foit modaié fur la grande nation fa voifine , quoiqu'il fut fon ennemi. Les uns croyent que les Egyptiens immolaient une vache à Ifis ; les autres croient que c'était un taureau. Ce n'était point une contradiction d'avoir un taureau confacré dans un Temple , Ôç d'immoler les autres. Au contraire , dit-on , la même Religion qui ordonnait la conficration du taureau , fymbole de l'agriculture } ordonnait qu'en immolât des taureaux & des vaches à ïsheth , que les Grecs nommèrent Ifîs , inventrice de l'agriculture.
Calmet dit que la vache roufTe marque aifez Jeik%j .Çhrift dans fon, agonie,
£ome L M
î78 NOMBRES.
battre , en fut vainqueur , & en emporta îe$ dépouilles. Mais Iiraël s'obligea par un vœu au Seigneur : fi tu me livres ce peuple je détruirai fes villes. Et Dieu exauça le vœu d'Iiraël 9 ce lui livra le Roi Cananéen , qu'ils firent mourir ; &c ils nommèrent ce lieu Horma , c'eft-àdire., Anathême.
Enfuite ils partirent de la montagne de Hor par le chemin qui mené à la mer rouge (13)»
( 13 ) Les copiftes ont fait encore ici une très-grande faute ; car on ne peut en foupçonner l'auteur facré : c'eft de prendre toujours le Nord pour le Midi. Arad eft préeifement à l'extrémité orientale où les Hébreux parvinrent félon le texte en partant du défert de Sin. Ils font battus vers Adar, ou Arada , qui eft dans le défert de Berfabé ; ils battent enfuite ce petit chef, qu'on appelle Roi d'un peuple Cananéen , voilà le pays que Dieu leur a promis. Mais , loin d'en jouir 3 ils détruisent fes villes & s'en retournent au midi vers la mer rouge. Cela eft incompréheniible . Le peuple de Dieu devait être plus nombreux au bout de trente huit ans que lorfqu'ii partit d'Egypte ; la bénédiction du Seigneur était dans 3e grand nombre des enfants ; ÔC fi chaque femme a eu feulement deux mâles , il devait y avoir douze cent mille combattants , fans compter les vieillards qui pouvaient être encore en vie. Il eft vrai que le Seigneur en avait fait tuer vingt -trois mille pour le veau d'or^ comme depuis vingt-quatre mille pour une Madianite , & quatorze mille pour la querelle de Coré , de Datan5 & d'Abiron avec Mofé ; mais certainement il en reftait ■aiTez pour conquérir le petit pays de Canaan , & furtout pour l' affamer. Il n'eft pas naturel qu'il s'enfuie alors vers la mer rouge : nous ne pouvons expliquer cette étrange marche ; nous nous en rapportons au texte , fans pouvoir en applanir les difficultés ; nous ne répondrons rien aux guerriers , qui difent hardiment que cette marche de Mole eft d'un imbécille ; nous répondronsçncore moins aux incrédules, qui ne regardent c« livra
NÔMËËÉl 179
Et lé peuple commença à s'erinuyef du chermin & de la fatigue ; &: il parla contre Dieu & Mofé. Il dit : pourquoi nous as-tu tiré d'Egypte , pour nous foire mourir dans ce défertj où nous n'avons ni pain ni eau ? la manne ? cette vile nourriture , nous fait foulever le cœur,
C'efl pourquoi le Seigneur envoya des fervents ardents ; plufieurs en furent blefTés ck en moururent. Le peuple vint à Mofé ; ils dirent t, nous avons péché , prie Dieu qu'il nous délivre de ces ferpents. Mofé pria pour le peuple. Le Seigneur dit à Mofé : fais un ferpent d'airain pour fervir de figne ; ck ceux qui auront été mordus le regarderont, & ils vivront, (i^).
que comme un amas de contes fans raifon , fans ordre/ fans vraifembiance : il faudrait des volumes pour réfoudre toutes leurs objections j quelques-uns l'ont ten? té , perfonne n'a pu y réuifîr. Le faint Efprit , qui a ieul dicté ce livre , peut feul le défendre.
( 14 ) Les Egyptiens avaient d::ns leur Temple dé Memphis un ferpent d'argent qui fe mordait la queue , & qui était feion les prêtres d Egypte un fymbole de l'éternité. On voit encore des figures de ce ferpent fur quelques monuments qui nous relient. C'eft une nouvelle preuve , Il Ton en croit les Savants , que les Hébreux furent en beaucoup de choies les copiftes des Egyptiens.
On ne fait pas trop ce que c'eft que ces ferpents ardents ; mais la grande difficulté eft d'expiiquer comment cette figure peut s'accorder avec la loi , qui défendait fi expreffément de faire aucune figure. Il eft aifé de détruire cette objection , en montrant qje le légiflateur peut fe difpenfer de la loi. Grotius dit que l'airain eil contraire à ceux qui ont été mordus des ferpents , 6c que le danger du malade redouble fi on lui montre feulement l'image de l'animal qui l'a mordu. Grotius n'ém tait pas grand phyficien. Il fe peut que l'imaginatioa
î8o NOMBRE S.
Ifraël demeura dans le pays des Amorrhéens j & il envoya des batteurs d'eflrade pour confidérer le pays de Jazer , dont ils prirent les villages & les habitants ; & ils fe détournèrent pour aller vers le chemin de Bazan. Et Osr Roi de
Bazan vint avec tout ion peuple pour combattre dans Edraï ; & Dieu dit à Ifraël : ne le crains point , car je l'ai livre entre tes mains avec tout ion peuple & ion pays. Ils le frappèrent donc lui & tout ion peuple ; tout fut tué , & ils fe mirent en poffeilion de fa terre. Et étant partis de ce lieu , ils campèrent dans les plaines de Moab , où eft fitué Jéricho au-delà du Jourdain. Or Balac fils de Sephor ayant vu tout ce qu'Ifraël avait fait aux Àmorrhéens , & confidérant que les Moabites les craignaient- 6c ne pouvaient lui réfiiler , Balac Roi de Moab envoya des Députés à Balaam fils de Béhor ; c'était un devin qui demeurait fur le fleuve du pays des Ammonites. (15).
de tout malade fe treubie à la vue de toute figure qui lui repréfentera l'animal qui caufe fon mal , de quelque eipece que cet animal puifie être. Si Grotius avait raiibn , Mofé ferait ailé contre ion -but, & en élevant un iérpent d'airain il aurait augmenté le mal au lieu de le, guérir.
Les incrédules trouvent mauvais que Dieu envoie 'des ierpents à ion peuple , au lieu du pain qu'il lui demande ; & ils difent que le ferpent d'airain ne reiïufcita' j>as ceux que les ferpents • avaient tués. Ce qui pourait confondre les incrédules , c'eft que le ferpent d'airain , érigé par le g-rand Mole , eft foignèuièment confervé à Milan j & cela eft d'autant plus admirable, que feïon la iainte Ecriture le Roi Juif Ezéchias avait fait londre ce ferpent , comme un monument d'idolâtrie &' jde magie qui ibuili it le Temple Juif.
(15) Tout ce pays, des Moabites, & d'Og Roi d%
11 lui fit dire : voilà un peuple forti de l'Egypte , qui couvre toute la face de la terre , & qui s'eft campé vis-à-vis de moi ; viens donc pour maudire ce peuple , parce qu'il eft plus fort que moi ; car je lais que ce que tu béniras fera béni , & que celui que tu maudiras fera maudit.
Bazan , eft le défert qui conduit à Damas , & par lequel les Arabes parlent encore pour aller en Syrie. Ce défert eft à ia gauche du Jourdain , près des montagnes de la Céléfyrie. La terre promife , qui contient Jérico , Sichem j Samarie , Jérufalem } eft à la droite de ce petit fleuve.
Il n'y a point d'autre fleuve dans le pays , il n'y a que des torrens ; auilî le texte hébreu ne dit point que Balaam demeura fur le ileuve des Ammonites 3 il dit que Balac envoya des Députés à Balaam à Petura , ûtué fur le fleuve de la patrie de Balaam ; ÔC les Commentateurs conviennent que le texte hébreu eft corrompe dans la Vulgate. Le Deutéronome , au Chap.' XXÏII , dit formellement que Balaam fils de Béhor était de Méfopotamie de Syrie. Ce fleuve , dont il eft parié dans les Nombres , ne peut donc être que l'Euphrate ; ôc les doctes conviennent que , luivant le texte chaldéen , Balaam demeurait vers l'Euphrate. Mais nous avons déjà remarqué qu'il y a plus de trois cent milles de l'Euphrate à l'endroit où étaient alors les Hébreux i, cela forme une nouvelle difficulté. Comment le petit Roitelet Balac , le petit chef d'une horde d'Arabes , pourfuivi par douze cent mille hommes , pouvaitil, pour tout fecours , envoyer chercher un prophète, en Chaldée , à cent cinquante lieues de chez lai ?
Les Critiques demandent encore , de quei droit , Se par ^quelle fureur , douze cent miile étrangers venaient . ravager ôc mettre à feu ôc à fan g un petit pays qu'ils ne connaiiTaient pas. Si on répond que ces douze cent mille étaient les enfans de Jacob & d'Abraham, les Critiques répliquent qu'Abraham n'avait jamais polFédé qu'un champ , & que ce champ était en Hébron de l'au^
Les anciens de Moab & ceux de Madian s'en allèrent donc > portant dans leurs mains dequoi payer le Prophète..... Dieu dit à Balaam : garde -toi bien d'aller avec eux & de maudire ce peuple ; car il eft béni. Balaam leur répondit donc : quand Balac me donnerait fa maifon pleine d'or & d'argent , je ne pourais dire ni plus ni moins que ce que le Seigneur m'a ordonné Dieu étant venu encore à Balaam , lui dit : û ces hommes font venus encore à toi , marche & va avec eux , à condition que tu m'obéiras.
Balaam , s'étant levé au matin , fella fon âneflè , & fe mit en chemin avec eux ( 16).
tre côté du Jourdain , êc que les Moabites & les Ammonites; defcendans , feion l'Ecriture, de Loth neveu d'Abraham, n'avaient rien à démêler avec les Juifs. Ou ils les connaiiTaient, ou ils ne les connaifTaient pas. Si les Juifs les connaifTaient , ils venaient détruire leurs parents. S'ils ne les connaifTaient pas , quelle raifoa avaient-ils de les attaquer ?
(15) Les interprètes ne font pas d'accord entr'eux fur ce prophète Balaam : les uns veulent que ce fut un idolâtre de la Chaldée ; les autres prétendent qu'il était de la Religion des Hébreux. Le texte favorife puiiTamrxient cette dernière opinion; puifque Balaam , en pariant du Dieu des Juifs, dit toujours, le Seigneur mon Dieu, & qu'il ne prophétife rien que Dieu n'ait mis dans fd bouche. Il eft étonnant, à la vérité , qu'il y eût un prophète de Dieu chez les Chaidéens. Abraham , né de parents idolâtres en Chaldée , fut le plus grand ferviteur de Dieu. Il eft dit que Dieu lui-même vint parler à Balaam pendant la nuit , & lui ordonna d'aller avec Ses députés du Roi Balac. Cependant Dieu fe met en colère contre lui fur le chemin ; ÔÇ l'ange du Seigneur tire (on épée contre TânefTe, qui portait le prophète. Le texte ne dit pas pourquoi Dieu était en colère , & gourquoi l'ange vint à l'ânefTe l'épée nue y ce n'eft pas
Mais Dieu entra en colère contre lui , & l'ange du Seigneur fe mit dans le chemin vis-à-vis Balaam qui était fur fon ânelïè.
L'ânene , voyant l'ange qui avait un glaive à la main , Te détourna du chemin. Et comme Balaam la frappait & la voulait faire retourner ,
un des endroits de l'écriture lainte les plus aifés à expliquer. Balaam femble ne frapper fon an elfe , que parce qu'elle fe détourne du chemia qu'il prenait pour obéir au Seigneur.
Ce qui pafTe pour le plus merveilleux } c'eft le colloque du prophète , & de l'ânene. Mais il eft certain que dans ces tems - là c'était une opinion généralement reçue que les bêtes avaient de l'intelligence j & qu'elles pariaient. Le ièrpent avait déjà parlé dans le jardin d'Eden j & Dieu-même avait parlé au ferpent. Don Calmet dit fur cet article ces propres mots. » Si le Dét> mon a pu autrefois faire parler des animaux , des ar- 3> bres , des fleuves ; pourquoi le Seigneur ne pouvait-il i> pas faire la même chofe ( Cela eft-il plus difficile que y> de voir l'âne de Bacchus qui lui parle , le bélier de j> Phryxus , le cheval d' Achille , un agneau en Egypte j> fous le règne de Bocchoris , l'éléphant du Roi Porus ? »> des bœufs en Sicile & en Italie n ont-ils pas autrefois 3> parlé y lî on en croit les hiltoriens i Ees arbres mêmes y, ont proféré des paroles ; comme le chêne de Dodo- » ne , qui rendait , dit-on } des Oracles , & l'orme qui y> falua Appolloniu's de Thyane. On dit même que le 5> fleuve Caucafe falua Pythagore. Nous ne voudrions 5> pas garantir tous ces événements ; mais qui oferait les o> rejetter tous , lorfqu'ils font raportés dans un très grand » nombre d'hiftoriens très graves & très judicieux ? «
La remarque de Don Calmet eft très finguliere. Mais on ne fait ce que c'eft que ce fleuve Caucafe qui falua Pythagore. On ne connaît que le mont Caucafe 3 8c point de rivière de ce nom. Stanley , qui a recueilli tout ce que les hiltoriens & les philofophes ont dit de Pythagore , ne parle point d'une rivière appellée Caucafe ; & nul Géographe n'a cité cette rivière. Mais Diogene de
l'ange fe mit dans un chemin étroit entre deutf murailles qui entouraient des vignes ; & j'âneîïe , voyant l'ange , fe ferra contre le mur , & froiifa le pied de fon cavalier , qui continuait à la battre. L'ange fe mit dans ce lieu étroit , où l'ânefïè ne pouvait tourner ni à droite ni à gauche. L'ânefïè s'abattit fous Balaam ; & Balaam en colère la frappa encore plus fort avec un bâton. Le Seigneur ouvrit la bouche de L'ânefïè ; & elle dit à Balaam : que t'ai-je fait? pourquoi m'as -tu frappée trois fois ? Balaam lui répondit : c'eft. parce que tu l'as mérité , êc que tu t'es moquée de moi ; que n'ai-je une épée pour t'en frapper ?
L'ânelfe lui dit : ne fuis-je pas ta bête , que tu as coutume de monter juiqu'à aujourd'hui $ dis-moi , fi je t'ai jamais rien fait. Jamais , dit J3aîaam.
AufTi tôt Dieu ouvrit les yeux à Balaam ; & il vit l'ange qui avait tiré fon fabre , & l'adora, fe profiernant en terre. L'ange lui dit : pour-
Laërce , Tamblique & Elien } difent que ce fat la rivière Caufan qui faiua Pythagore à haute & intelligible voix. Porphyre ôc Jamb'iqt'e difent , que Pythagore ayant vu auprès de Tarente un bœuf qui mangeoit des fèves , il Pexhërta à s'abftenir de cette nourriture. Le bœuf répondit qu il ne pouvait manger d'herbe. Mais enfin Pyth 'gore lé peifaada; & il retrouva fon bœuf plusieurs années après dans le Tempie de Junon , qui mangeait tout ce qu'on lui présentait ; excepté des fèves. Il eut aaffi un entretien avec une aiple qui volait fur fa tête aux jeux Olympiques ; mais on ne nous a pas rendu compte' de cette converfation..
Au refte , il e(t viSble que Dieu préféra l'âneffe à Balaam , puifqu'il dit qu'il aurait tué le prophète > &C laiffé l'âneife en vie.
NOMBRES. i8f
quoi as-tu battu trois fois ton ânefïè ? je fuis venu à toi , parce que ta voix eu perverlè & contraire à moi ; & fi ton ânefTe ne s'était pas détournée de la voie , je t'aurais tué > & j'aurais laifïe la vie à ton âneffe
Or Balac alla au-devant de Balaam dans une ville des Moabites fur les confins de l'Arnon. Ils allèrent donc enfemble jufqu'à l'extrémité de fa terre. Et Balac , ayant fait tuer des boeufs <& des brebis , envoya des préfents à Balaam & aux princes qui étaient avec lui.
Et Balaam dit à Balac : fais-moi drefïèr fept autels , & prépare fept veaux & fept moutons. Et Balac & Balaam mirent enfemble fur l'autel un veau & un bélier ; & Balaam s'en allant promptement , Dieu alla au devant de. lui. Et Balaam lui dit : j'ai dreile fept autels , & j'ai mis un veau & un bélier fur chacun. Alors le Seigneur lui dit : retourne à Balac , &: ' dis-lui ces chofes. Balaam , étant retourné , trouva Balac debout près de fon (17) holocaulte , & tous les
( 17 ) Remarquez que Dieu ne prend foin d'inftruire & de conduire aucun prophète dans l'ancien Teftament avec plus d'emprefTement qu'il n'en montre envers Balaam. On croirait que toutes les nations avaient alors la même Religion , G. le contraire n'était pas dit dans plufieurs autres parTapes.
Il faut eneore obferver que les bénédictions & les malédictions étaient regardées par-tout comme des Oracles , comme des arrêts de la deftinée auxquels on ne pouvait échapper. Le fort de tout un peuple était attaché à des paroles ; & quand ces paroles étaient dites , on ne pouvait plus fe retraiter. Vous avez vu que quand Jacob furprit la bénédiction d'Ifaac fon père , quoique par une fraude auffi criminelle que gro.'lîere , Ifaac ne put la rétrader : il eft dit que cette bénédiction eut fon effet au moins pour quelque tejns-.
e8 6 NOMBRES.
Princes des Moabites. Et s'échauffant dans fa parabole , il dit : Balac Roi des Moabites m'a appelle des montagnes d'orient , viens au plus vite , m'a-t il dit , maudis Jacob & dételle Iirael. Comment maudiraîs-je celui que Dieu n'a point maudit ? Comment détefterais-je celui que Dieu ne dételle pas ? Qui pourra
nombrer la pouffiere de Jacob , & le nombre
de la quatrième partie d'Ifraël ? Il n'y a
point d'iniquité dans Jacob , ni de travail dans ïfraël. Sa force ? eft fèmblable à celle du Rhinocéros Balac , en colère contre Balaam
& frappant des mains , lui dit ; je t'ai fait venir pour maudire mes ennemis ; & tu les as bénis ; retourne en ton pays i j'avais réfolu de te donner un honoraire magnifique , & le Seigneur t'en a privé ( 18 ). .
Ici Dieu-même prend foin de diriger toutes les bénédictions , toutes les prophéties de Balaam , comme ft un mot de mauvaife augure devait empêcher l'effet de la conjuration & en détruire le charme. Ces idées prévalurent longtems chez les Orientaux.
( 1 8 ) Non feulement tous ces paffages indiquent que îe prophète Balaam était le prophète du Dieu des Hébreux, & infpiré par lui i'eul -y mais le Roi ou chef Balac déclare pofitivement , que c'eft ce même Dieu qui piive Balaam de la récompenfe.
Dieu infpire tellement ce Balaam , que lui qui ne pouvait connaître ni le nom de Jacob, ni celui d'Ifraël jfans révélation , lui qui demeurait au delà de l'Euphrate à cent cinquante ou deux cent lieues , prononce ces noms avec enthouflafme , & dit que Jacob eft fort comme un Rhinocéros. Calmet , dans les remarques, prouve par plufieurs paffages , qu'il y a des Rhinocéros ; la choie n'a jamais été douteufe , ÔC le Rhinocéros qu'on nous a montré depuis peu en Hollande & en France > en eft une preuve allez convaincante.
Balaam répondit à Balac : n'ai-je pas dit à tes députés , quand Balac me donnerait fa maiion pleine d'or , je ne pourais pas paiïèr les ordres du Seigneur mon Dieu ?
Voici donc ce que dit l'homme dont l'œil eiî ouvert , celui qui entend les difcours de Dieu a dit ; celui qui connaît la doctrine du très haut & la vifion du puiffant , qui en tombant a les yeux ouverts ; je le verrai , mais pas fitôt ; je le regarderai , mais non pas de près. Une étoile fortira de Jacob , Se une verge s'élèvera d'Ifraël , & elle frapera les chefs de Moab , & elle ruinera tous les enfans de Seth fi^).
Et Balaam ayant jette les yeux fur le pays d'Amalec , il reprit fon difcours parabolique , ôc dit : Amalec a été l'origine des nations ; mais fès extrémités feront détruites ; & fuiïiezvous l'élu de la race de Cin , Affur vous prendra : & ils viendront du pays de Kithim dans des vaiiïèaux ; ils vaincront les Aflyriens , rui-
( 19 ) Cette étoile de Jacob , jointe avec cette verge 3 fait voir que Balaam était fuppofé né dans la Cbal- <iée , où l'on crut , & où l'on croit encore } que chaque nation eft fous la protection dune étoile : ainlî l'étoile de Jacob devait l'emporter fut l'étoile de Moab ; & la Verge d'Ifraël devait vaincre les autres verges , comme la verge de Mofé vainquit la verge de Jannès $c de Mambrès Magiciens du Pharaon d'Egypte . On n'entend point le fens de ces paroles , elle ruinera tous les enfans de Seth. Ces enfans étaient les Juifs eux-mêmes. Tout cela fait foupçonner à plufieurs Savants } que l'hiftoire de Balaam inférée dans le Pentateuque n'a été écrite que très tard ■> ÔC après les conquêtes d'Alexandre. Ce qui femble favoriser un peu cette opinion hazardée , c'eft que l'auteur parle de Kittim , qu'on prétend être la Grèce ; ÔC qu'Alexandre avait une flotte dans fa guerre contre le Roi Darah } que nous appelions Darius.
iSS N O M B R E S.
neront les Hébreux , & à la fin ils périront eux mêmes.
Or Ifrael était alors à Settim , & il forniqua avec les filles de Moab ; elles appellerent les Hébreux à leurs facririces : ils adorèrent les mêmes Dieux. Ifrael embrafla le culte de Bèlphegor. Le Seigneur fut en colère ; il dit à Mole : prends tous les princes du peuple, & pends- les à des potences contre le foleil , afin que ma fureur le détourne d' Ifrael. Mofé dit donc aux Juges : que chacun tue fes proches , qui font initiés à Beîphégor ( 20 ).
Et voici qu'un des Ifraelites était entré dans un bordel des Madianites à la vue de Mofé ôc de tous les enfans d'Ifraél , qui pleuraient à la perte du Tabernacle (21).
( 20 ) Les Critiques fe font élevés principalemnt contre cette partie de Thiftoire des anciens Juits. On voit > difent-ils , une armée innombrable d'Hébreux, prête à tomber fur les Ammonites & les Madianites : un prophète eft arrivé de cent cinquante lieues pour prédire une victoire complète à l'étoile de Jacob fur l'étoile de Moab & de Madian ; ëc voilà qu'au lieu de fe battre îe peuple Juif fe mêle familièrement aux peuples Madianites & Moabires; ils couchent tout d'un coup avec leurs filles 3 & ils adorent leur Dieu Beîphégor 5 & cela fans que la paix foit faite , fans trêve , fans le moindre préliminaire ; rien ne parait plus incroyable.
( ii ) Le Seigneur en colère commence par ordonner à Mofé de faire pendre tous les princes fans forme de procès, c'eft-à-dire ^ de les attacher à des potences après les avoir tués : car les Juifs n'avaient pas l'ufage ce pendre en croix les hommes vivants ; il n'y en a pas un feul exemple . Mofé va plus loin ; il ordonne que chacun tue toue fes parents qui ont facrifié à Beîphégor. Bel eft le nom de Dieu dans toute la Syrie. Balac , ce chef des Arabes Moabites, a reconnu le Dieu des Juifs
N OMBRE S. i%9
Ce que Primée fils d'Eléazar fils d'Aarorï ayant vu , il prit un poignard , entra dans le bordel & tranfperça l'homme &; la femme par les génitoires ; 6c la plaie d'Iirael cefL-t auiii-tôc ; <Sc il y eut vingt-quatre mille hommes de tués, Et le Seigneur dit à Mole : Phinée iils d'Eléazar
détourne ma colère cVit pourquoi le fn-
cerdoce lui fera donné par un pacte éternel (22).
pour Dieu en parlant tout 'à. l'heure à Balaarn : il eit donc probable que les Hébreux & ces peuples avaient, le même Dieu. Mais il eit très probable auiïï qu'ils n'entendaient point par Beiphégor l'Adonaï des Hébreux. Les Critiques ajoutent qu'il n'tft pas poiKble qu'il j eiit un lieu public de proititution dans ce défert fablonneux , où ii n'y a jamais eu que quelques Arabes errants Se pauvres ; que ces lieux de débauche n'ont jamais été connus que dans les grandes villes 3 où ils font tolérés pour prévenir un plus grand mai.
( 22 ) Ces mêmes critiques continuent & dliènt , que cette nouvelle boucherie eit aulïi diiïïcile à exécuter qu'à croire ; que ce Phinée aurait été le plus fanatique , le pk*s fou , & le plus barbare des hommes. Selon Flavien Jofephe , le Juif & la femme Madianite étaient mariés. Les parties génitales des cens mariés étaient facrées. ; & le crime de l'aiTafHn Phinée était exécrable. Si des Juifs 3 au lieu de combattre contre Madiah , époufe-. rent far le champ des filles de Madian^ cela peut êtreabfurde ; mais cela né mérite pas qu'on empale' . deux; époux par les parties facrées , &c qu'on maifacre vingtquatre mille innocents. De quel front Mofé , à l'âge "de près de iîx-vingt ans , pouvait-il faire tuer vingt-quatre mi-ile de les compatriotes pour s être unis à des filles Madianites , lui qui en avait époufé une 3 lui donï les enfans avaient un Madianite pour grand-pere ! Quoi * encore une fois , Aaron apoftat eft fait fur le charnu grand- prêtre , &C vino-t - quatre mille citoyens font égorgés pour la. choie la moins criminelle ! oc le facerdoce 3 eft donné éternellement à la race d' Aaron pour ia récompeniè ! Encore cette race d'Aaron n'eut- elle
ipo NOMBRES.
Après que le fang des criminels eut été té* pandu , le Seigneur dit à Mofé & à Eléafar fils d'Aaron qui était mort : nombrez tous les enfants d'Ifrael depuis vingt ans & au-deffus par familles ; tous ceux qui peuvent aller à la guerre... . Et le dénombrement étant achevé , iï s'en trouva fix cent & un mille lépt cent trente (23 ).
" ,1e facerdoce que dû tems de SaiomOn , & jufqu'aux Maccabées. Une foule d'incrédules penfent que tout cela ne peut avoir été écrit que par quelque Lévite très ignorant , qui compila au hazard ces abfurdités en faveur de Ta tribu , comme nos moines mandiants ont écrit les hiiïoires de leurs fondateurs : nous regardons ces difcours comme des blafphèmes } mais nous fouîmes obligés de les rapporter.
Don Calmet dit que Fhinée crut que tout homme fage devait en ufer ainfi : c'eft-à-dire , que tout homme fage doit percer par les pénitoires les hommes & les femmes qu'il trouvera couchés enfembie , <5c enfuite égorger tout ce qu'il rencontrera dans fon chemin jufqu'au nombre de vingt-quatre mille.
C 25 y Nous avions compté que les Ifraëlites étanÇ fortis d'Egypte au nombre de plus de fix cent mille combattans , le nombre des femmes étant à peu près épa.1 à celui des hommes , & tous les Juifs fe mariant, tous étant nourris par un miracle, l'armée pouvait être , au bout de quarante ans , de douze cent mille hommes. On n'en trouve cependant ici qu'environ fix cent mille. Il faut confidérer qu'il en était mort beaucoup dans la marche pénible 6c continuelle au milieu des déferts : le Seigneur en avait fait tuer vingt-trois mille pour le Veau d'or; quatorze mille deux cent cinquante pour Coré & D'athan ; vingt-quatre mille pour les filles Madianites : fomme totale , foixante & un milie deux cent cinquante ; fans compter les princes d'Ifrael , que le Seigneur fit mourir pour le péché commis avec les Madianites , & ceux qui moururent de maladie : outre cela le Seigneur voulut que toute la race f qui avait mus-
Le Seigneur parla enfuite à Mofé , difant : venge premièrement les enfans cTIfraël des Madianites ; & après cela tu mourras , & tu feras réuni à ton peuple auffi-tôt. Mofé dit au peuple : faites prendre les armes , afin qu'on venge le Seigneur des Madianites ; prenez mille hommes de chaque tribu. Ils choifirent donc mille hommes de chaque tribu , douze mille hommes prêts à combattre. Ils combattirent donc contre les Madianites & tuèrent tous les mâles , & leur roi Hévi , Recem , Sur , Hur , & Rébé, & Balaam fils de Béhor , & ils prirent leurs femmes , leurs petits enfans , leurs troupeaux , tous leurs meubles , & ils pillèrent tout 6c ils brûlèrent villes , villages, châteaux....
Et Mofé fe mit en colère contre les tribuns & les centurions , & leur dit : pourquoi avezvous épargné les femmes ? ne font- ce pas elles qui ont féduit les enfans d'Ifraël , félon le conleil de Balaam ? .. . Tuez tous les enfans, égorgez toutes les femmes qui ont connu le coït , mais réfervez-vous toutes les filles ôc toutes les vierges. ....
Et on trouva que le butin que Tarmée avait pris était de fix cent foixante & quinze mille brebis , de foixante 6c douze mille bœufs , de foixante êc un mille ânes , de trente-deux mille pucelles ( 24 ) dont trente deux furent refera vées pour la part du Seigneur.
.muré dans le défert , fût entièrement détruite , "& n'entrât point dans la terre promife. Ainfi trois millions d'hommes fortis d'Egypte moururent dans ces déferts^ & lïx cent mille, qui étaient nés dans ces mêmes délerts , relièrent pour conquérir le petit pays de Canaan. (24) Les Critiques jettent les hauts cris fur "cetÇsr
Le Seigneur dit encore à Mole dans les pîai* nés de Moab , le long du Jourdain vis-à-vis de Jéricho: ordonne aux enfans d'iiraël , que. des villes qu'ils potTedent , ex pojjejjîonibus fuis , ils
en donnent aux Lévites 6c que de ces
villes il y en ait fix de refuge où les homicides puhTent fe retirer , 6c quarante-deux en outre
pour colère de Mole , qui n'eft pas content qu'on ait tué tous les mâles defcendants de la famille d'Abraham comme lui, & chez iefquels il avait pis femme: il veut encore qu'on tue toutes lesr mères , toutes les femmes qui auront couché avec leurs maris , & tous les enfans mâles à la mamelle , s'il en relie encore.
Ils ne peuvent comprendre que dans le camp des Madianites le butin ait été de lix cent foixante & quinze mille brebis , de foixante <Sc un mille ânes , de foixante ôc douze mille bœufs ; ils difent qu'on n'aurait pas pu trouver tant d'animaux dans toute l'Egypte. Si on donna trente deux mille fLles aux vainqueurs , ils demandent ce qu'on fit des trente deux filles réfervées pour la part du Seigneur : il n'y eut jamais de Religieufes chez les Juifs. La virginité était regardée chez eux comme un opprobre. Comment donc trente-deux pucelles furentelles la part du Seigneur ? En fit-on un facriflce ? Ces critiques ofent l'affurer. Il faut leur pardonner d'être faifîs d'horreur à la vue "de tant de marîacres de femmes & d'enfans. On conçoit difficilement comment il fe trouva tant de femmes & d'enfans dans une bataille ; mais rien ne nous apprend que les trente-deux filles offertes au feigneur aient été immolées. Que devinrentelles ? Le texte ne le dit pas ; & nous ne devons pas ajouter une horreur de plus à ces rigueurs qui foulevent le cceur des incrédules , &c qui font détefter le peuple Juif à ceux-mêmes qui lifent l'Ecriture avec le plus de refpeét & de foi.
Le texte dit encore, qu'on trouva une immenfe quantité d'or en bagues , en anneaux , en bracelets , en coliers, & en jarretières. On n'en trouverait certainement pas tanç aujourd'hui dans, ce-défert effroyable j nous avons
déji
pour les Lévites ; c'efî -à-dire , qu'ils aient en tout quarante-huit villes (25).
déjà dit que ces tems - là ne feiTemblaient en rien aux nôtres.
(25 ) M. Freret & le Lord Bolinabroke croient démontrer , que ce fut un Lévite ignorant &c avide qui compofa ) difent-ils , ce livre dans des tems d'anarchie. Les Lévites , difent ces philofophes , n'avaient d'autres poiTeinon que la dixme xi Jamais le peuple Juif, dans ïes » plus grandes prospérités ', n'eut quarante-huit villes mu- >> rées. On ne croit pas même qu'Hérode , leur feul Roi y> véritablement puiffant , les poffidât. Jérufalem > du y> tems de David , était l'unique habitation des Juifs y, qui méritât le nom de ville ; mais c'était alors une bi- » coque , qui n'aurait pas pu foutenir un liège de quaj> tre jours. Elle ne fut bien fortifiée que par Hérodej y> Ces auteurs , èc quelques autres , s'efforcent de faire « voir que les Juifs n'eurent aucune ville , ni fous Jo- *> fué , ni fous les Juges. Comment ce petit peuple , ery, rânt & vagabond jufqu'à Saiil , aurait -il pu • donner y> quarante-huit villes à des Lévites lui qui fut fept fois i> réduit en efclavage , de fon propre aveu? Peut-on ne fe >> pas indigner contre le Lévite fauffaire , qui ofe dire » qu'il faut donner quarante-huit villes à fes compagnons y, par ordre de Dieu ! apparemment on devait leur don- Ji ner ces quarante-huit villes quand les Juifs feraient mai? y> très du monde entier , & que les Rois d'Occident , » d'Orient , du Sud & du Nord, viendraient adorer à y> Jérufalem , comme il eft prédit tant de fois. Ce fau£, y> faire prétend encore, qu'il devait y avoir fix villes de » refuge pour les homicides. Voilà anurément une bel- » le police : voilà un bel encouragement aux plus grands » crimes. On ne fait ce qui doit révolter davantage , ou 3> de l'abfurdité qui fait donner quarante - huit villes » dans un défert , ou des fix villes de refuge dans ce >j même défert pour y attirer tous les fcélérats. «
Nos critiques ajoutent encore à ces reproches les contradictions évidentes qui fe trouvent dans les me fore s 4§ ces villes, raportées au livre des Nombres.