PEU
*• ( *9f ) # XL*
"jS, T^Oici les paroles que Mofé parla à tout Iiraëî *Y au-delà du Jourdain dans le défert près de la mer rouge , entre Pharan & Thophel , & entre Laban & Azeroth où il y a beaucoup d'or. En la quarantième année , le onzième mois , le premier jour du mois , Mofé dit aux nls d'Ilrael tout ce que le Seigneur lui avait ordonné de leur dire. Après que le Seigneur eut frappé Séhon Roi des Amorrhéens qui habitait en Hesbon , & Og Roi de Bazan qui demeurait à Aftaroth ôc à Edraï qui eft au-delà du Jourdain dans la terre de Moab. Et Mofé commença à expliquer la loi & à dire.
Le Seigneur notre Dieu nous parla en Oreb 5 difant : il vous fùffit d'avoir demeuré fur cette montagne , retournez à la montagne des Amorrhéens , & à tous les lieux voifins dans les campagnes ( i ) & les montagnes vers le midi , &
( i ) Le favant la Croze s'explique ainfi fur ce commencement du Deutéronome dans fon manufcrit qui eft à Berlin. „ Autant de paroles , autant de faulfetés pué- }i riles , & autant de preuves fautant aux yeux , qu'il }> eft impoiïible qne Moyfe ait pu compofer aucun des >} livres que l'ignorance lui attribue.
,j II eft faux que Moyfe ait parlé au-delà du Jourdain $ „ puifqu'il ne le pa/Ta jamais , & qu'il mourut -Gar le « mont Nébo , 8c à Y orient du Jourdain , àce que dit Jf l'Ecriture elle-même.
pli eft faux & impoiïible qu'il put être alors dans
îqô* DEUTERONOME.
le long des côtes de la mer , terre des Cananéens & du Liban , jufqu'aa grand fleuve de PEuphrate ( 2 ) 6c je vous ordonnai alors
„ l'autre défert de Pharan , puifque l'auteur vient de J} dire qu'il gapna une bataille dans ce tems-là même }, dans le déiert de Moab , à plus de cinquante lieue3 3, de Pharan.
' }} Il eft faux & impoffible qu'il ait été dans ce défert ,} de Pharan proche de la mer rouge , puifqu'il y a ,., encore plus de cinquante lieues de la mer rouge à ce >} Pharan.
,, Il efl faux qu'il y ait beaucoup d'or à Azaroth y, près de ce Pharan. Ce miférable pays, loin de pory> ter de Por } n'a jamais porté que des cailloux.
« Don Calmet répète en vain les explications de quel- 3> ques Commentateurs , afiez impudents pour dire qu'auy> delà du Jourdain lignifiait au-deça du Jourdain. Il vaut y, autant dire que demis lignifie deflcus , que dedans fi- » gnifie dehors } & que les pieds lignifient la tête.
» L'auteur , quel qu'il foit , fait parler Moyfe fur le » bord de la mer rouge dans la quarantième année Se s> onze mois après la l'ortie d'Egypte , pour donner plus ai de poids à fon récit par le foin de marquer les dates j i> mais ce foin-même le trahit , & conilate tous fes men- 3> longes. Moyfe fortit d'Egypte à l'âge de quatre-vingt 3) ans ; & l'Ecriture dit. qu'il mourut à cent vingt. Il 3) était donc déjà mort lorfque le Deutéronome le fait 3> parler ; &c il le fait p'\rler dans un endroit où il n'était 3> pas j & où il ne pouvait être.
Ces critiques hardies , imputées au lavant la Croze £ peuvent n'être point de lui. On n'y reconnaît point fort caractère j il a toujours parlé avec refpecl de la fainte Ecriture.
( 2 ) Nous avouons au célèbre la Croze , ou à celui qui a pris fon nom , qu'il y a de grandes difficultés dans ce commencement du Deutéronome ; Calmet en convient. Nos meilleurs Critiques , dit-il , recotmaijfent qu'il y a dans ces livres des additions qu'on y a mifes four expliquer quelques endroits obfcurs , ou pour fuppléer ce qu'en croit y manquer four une parfai.ti intelligence,»
tout ce que vous deviez faire ; & étant partis d'Oreb , nous paflàmes par ce grand ôc effroyable défert.
Voici la quarantième année que vous êtes en chemin ; & cependant les vêtements dont vous étiez couverts ne fe font point ufis de vétuflé , 6c vos pieds n'ont point été déchaufles. (3)
Ce difcours du Commentateur Calmet ne rend pas. l'intelligence plus parfaite. Si on a , félon lui , ajouté aux livres faims , le St. Efprit n'a donc pas tout dicîé ; <k lî tout n'eft pas du St. Efprit , comment diltinguera. t-on fon ouvrage de celui des hommes ? Peut-on fuppofer que Dieu ait dicté un livre pour i'inflruction du genre humain, & que ce livre ait beibin d'additions & de corrections? On ne peut fe tirer de ce dabyrinte qu'en recourant à l'églife , qui peut feule* diiliper tous nos doutes par Tes dédiions infaillibles.
( 3 ) La Bible grecque, attribuée aux feptante , traduit , vos pieds n'ont point eu de calus > mais le Deutéïonome , en un autre endroit , répète encore que les fouliers des Hébreux ne fe font point ufés dans le défert pendant quarante ans. Ce miracle elt auffi miracle que tous les autres. Colins fuopute , que le peuple de Dieu étant parti du beau pays de l'Egypte au nombre d'environ trois millions de perfonnes , pour aller mourir dans les déferts dans l'-efpace de quarante années , ce fut trois millions de vertes & de robes , & trois millions de paires de fouliers à vendre , & que les Juifs, qui ont toujours été fripiers, pouvaient gagner beaucoup à revendre ces effets à Babylcne , à Damas ou à Tyr. Mais puifqu'il reftait dix cent un mille fcpt cent trente combattans par le dénombrement que Moyié ordonna, fi on fuppofe que chaque combattant avait une femme , & que chaque mari & femme euffent un père & une mère , & que chaque ménage eût deux enfans , cela ferait quatre millions huit cent treize mille huit cent quarante perfonnes à chauffer 6c à vêtir ; en ce cas , le miracle aurait été beaucoup plus grand , ÔC il aurait fallu que le Seigneur eût donné à fon peuple un million huit
Ecoute îfraël , tu pafïèras aujourd'hui le Jourdain pour te rendre maître des grandes nations plus fortes que toi , qui ont de grandes villes &c des murailles jufqu'au ciel , & un peuple grand & fublime , des géants que tu as vus , & que tu as entendus , ôc à qui nul ne peut réfuter. (4).
cent treize mille huit cent quarante paires de fouliers de plus.
Pour répondre plus férieufement à Colins , nous le renverrons à St. Juftin > qui, dans fon dialogue avec .Tryphon , foutient, que non feulement les habits des Hébreux ne s'uferent point dans leur marche de quarante années au foleil & à la pluie , & en couchant fur la dure , mais que ceux des enfans croilîaient avec eux, & s'éiargiflaient merveilleufement } à mefure qu'ils avançaient en âge. Nous le renverrons encore à St. Jérôme , qui ajoute dans une épitre , laquelle eft la 38 de ïa nouvelle édition , ces propres mots : Envain les barbiers apprirent leur art dans h défert pendant quarante années y ils gavaient que les cheveux & les ongles des Israélites ne croiraient pas.
(4) Aujourd'hui ne {lénifie pas ce jour- là même, puifque le peuple de Dieu ne paiTa le Jourdai" qu'un mois après.
Pour ce qui concerne les géants , les Critiques y trAou~ vent une contradiction , parce qu'il eft dit dans le même Deutéronome , que Og était refté le feul de la race des géants. Mais Og demeurait à l'orient du Jourdain ; & il pouvait y avoir d'autres géants à l'occident. Mais dans cet endroit , où il eft dit que Og était refté feul de la race des géants , l'auteur ajoute : on montre encore fon lit de fer dans Rabath , qui ejl une ville des enfans de Ammon , & il a neuf coudées de long & quatre de large- C'eft encore une des raifons pour laquelle on a prétendu que Mofé ne pouvait avoir écrit les livres qui font fous fon nom; parce que ces mots, on montre encore fon H* > prouvent que l'auteur n'était pas contemporain ; & Mofé , dit-on y ne pouvait l'avoir vu dans Rabath ; qui ne fut prife que longtems après par David.
BEUTERONOME. 199
■. . . Prenez bien garde d'avoir foin du Lévite dans tout le tems que vous demeurerez fur la terre.... Lorfque vous aurez un chemin trop
long à faire , vous apporterez toutes les dixmes au Seigneur...... Vous les vendrez toutes , &
vous achèterez de cet argent tout ce que vous voudrez , bœufs , brebis , vin , bière ; & vous en mangerez avec le Lévite qui efl dans l'enceinte de vos murs , & qui n'a point d'autre pofîèfîion fur la terre Gardez-vous d'abandonner le Lévite.. . ( 5 ).
S'il s'élève parmi vous un prophète , qui dife avoir eu des vifions & des fonges , & s'il prédit des fignes & des miracles , ôc û les chofes qu'il aura prédites arrivent , & qu'il vous dife > allons , fuivons des dieux étrangers que vous ne connaiiTez pas , & fervons-les ; vous n'écouterez pas ce Prophète, ce fongeur de Congés ; car c'efl le Seigneur votre Dieu qui vous tente , afin qu'il voie û vous l'aimez ou non de toute votre ame. . . Ce prophète ou ce fongeur de fonges fera mis à mort. Si votre frère fils de votre mère , ou votre fils ? ou votre fille , ou votre femme qui eft entre vos bras ,
( 5 ) Les Critiques prétendent que ce partage prouve trois chofes : la première , que c'eft évidemment un Lévite qui écrivit ce livre quand les Juifs eurent des villes : la féconde , que les Lévites n'eurent jamais quarantehuit villes à eux appartenantes : la troifieme , que les Ifraëlites ne furent pas nourris Amplement de Manne dans le défert , puifqu'ils doivent manger du bœuf & du mouton , & boire du vin & de la bière avec le Lévite. Cette critique nous paraît bien rigoureufe. L'auteur facré veut dire probablement , que les Juifs doivent manger du bœuf & du mouton , & boire de la bière & du vira avec le Lévite, quand ils en auront.
vous dit en fecret , allons , fervons des dieux étrangers ; tuez aufli-tôt votre frère , ou votre fils , ou votre femme ; qu'ils reçoivent le premier coup de votre main , de que tout le peuple frappe après vous. (6).
(<?) Le premier Préfident de Harley fâchant qu'on avait abufé de ce partage de l'Ecriture , & de quelques autres partages pareils", pour faire aiïaffiner Henri III. par le Jacobin Jaques Clément ^ écrivit dans un petit Mémoire , qui nous a été montré par un Magi fixât de fà Maifon, ces propres mots.» Il ferait expédient de s» ne lairter lire aux jeunes prêtres aucun des livres de •>•> l'ancien teftament , dans lefquels pouraient fe rencon- 3> trer femblables inftigations , qui ont induit maints ef- •ii prits faibles & méchants au parricide & régicide. Il s) vaut mieux ne point lire , que de tourner en poifon 3> ce qui doit être nourriture de vie. «
On peut appliquer à ce partage du Deutéronome la réflexion du Préfident de Harley. Ii eft aifé à un fanatique de fe perfuader que fa femme & fon fils veulent le faire apoftafier ; & s'il les tue fur ce prétexte, ilfe croira un Saint.
Ravaillac avoue dans fon interrogatoire , qu'il n'a affartiné Henri IV. que parce qu'il ne croyait pas que ce grand & adorable Monarque fut bon Catholique.
On a cru voir encore un autre danger dans ces verfets du Deutéronome , & le voici. Si un prophète prédit des chofes mivaculcufes , & fi ces chofes miraculeufes arrivent , c'eft donc la divinité elle-même qui l'a infpiré. Et s'il vous dit enfuite , je fuis autorifé par mes miracles à vous prêcher le culte d'un nouveau Dieu , ce nouveau Dieu eft donc le véritable. Cet argument J fans doute , n'eff. pas aifé à réfuter, à moins que vous ne difiez qu'un fripon fcélérat peut faire de véritables miracles. Mais a'ors vous faites un Dieu de ce fripon fcélérat. Et s'il eff. votre père ou votre frère , comme vous le fuppofez , fi vous le tuez vous commettez non feulement un parricide , mais un Déicide. Vous n'avez plus d'autre réponfe à faire , que d'avoir recours à la mapie , & de dire qu'il sft au pouvoir des prétendus magiciens de faire de vrais
Si vous apprenez que dans une de vos villes des ?ens méchants ont dit , allons , iervons des dieux à vous inconnus ; vous parferez auffitôt au fil de Vépée tous les habitans de cette ville , & vous la détruirez avec tout ce qu'elle poffede ? jufqu'aux bêtes. (7).
miracles. Ainfl , quelque chofe que vous répondiez , vous êtes abfurde & barbare.
Cette objection eft fpécieufe. On la réfolut en difant ■> que Dieu ne permet jamais qu'un faux Prophète fane autant de miracles qu'un vrai Prophète.
(" 7 ) Le Lord Bolingbroke parle fur cet article avec plus de force encore que le Prélident de Harley. » C'ell » le comble , dit-il , de la barbarie en démence , de y> maffacrer tous les habitans d'une ville qui vous appary> tient , & d'y détruire tout jufqu'aux bêtes ? parce que » quelques citoyens de cette ville ont eu un culte diffé- » rent du vôtre. Ce ferait un peuple coupable de cette » exécrable cruauté qu'il faudrait détruire , comme nous » avons détruit les loups en Angleterre. «
Pour tâcher d'appaifer ceux qui penfent comme le Président Harley & comme le Lord Bolingbroke , nous dirons que ces partages du Deutéronome ne font probablement que comminatoires ; & nous dirons à ceux qui font perfuadés qu'Efdras ou quelque autre Lévite compofa ce livre , qu'il ne voulut qu'inlpirer une forte horreur pour le culte des Babyloniens , & pour celui des Perlans. Mais nous conviendrons qu'il ne faut jamais lire l'Ecriture qu'avec un efprit de paix & de charité univerfelle.
Nous avouons d'ailleurs , que cela n'a pu être écrit que dans un tems où les Hébreux eurent des villes , & où chaque ville voulut avoir fon Dieu & fon culte , pour être plus indépendante de fes voifines. La haine fut extrême entre tous les habitans de cette partie de ia Syrie. La fuperftrtion & l'efprit de rapine envenimèrent cette haine ; & tant qu'il y eut des Juifs , leur hiftoire fut l'hiftoire des Cannibales. Mais c'efl que Dieu voulait les éprouver. D'ailleurs la loi juive ne nous importe poigt. Nous fouîmes Chrétiens , & non pas Juifs.
Quand vous ferez entrés dans la terre que
le Seigneur vous donnera , ôc que vous la pofïe-
derez , 6c que vous direz , nous voulons choifir
un Roi comme en ont les autres nations qui
nous environnent ; vous ne pourrez prendre pour
Roi au'un homme de votre nation , un de vos j. ...
frères. Et quand il fera établi Roi , il n'aura pas un grand nombre de chevaux , il ne ramènera point le peuple en Egypte, il n'aura point cette multitude de femmes qui enchantent lbn efprit , ni de grands monceaux d'or & d'argent. (8)... Après qu'il fera aflis fur lbn trône , il écrira pour lui ce Deutéronome fur un exemplaire des prêtres de la tribu de Lévi.
( 8 ) Ceux qui croient qu'un Lévite , du tems des Rois , eft l'auteur du Deutéronome , font confirmés dans leur opinion par cet article. Il y a , félon ia vu] gâte > trois cent cinquante-fix ans de la mott de Mofé à l'élection du Roi Saiil , & bien davantage félon d'autres calculs. Comment fe pourait-il que Moii parlât des Rois } iorfque Dieu était le feul Roi des Juifs ? On a Soupçonné que le Pentateuque entier fut écrit par quelques Lévites huit cent vingt-fêpt ans après Mofé félon la vulgate , du tems du Roi Jolias. Ce livre , alors ignoré , fut trouvé au fond d'un coffre par le grand-prêtre Helkia lortqu'il comptait de Parlent. Ce fut vers ce tems-là que quelques Juifs fe réfugièrent en Egypte fous le Roi Néchao ; ainû le Lévite , auteur du Pentateuque , avertit ici les Rois de ne point laiffer palier leurs iujets chez les Egyptiens. Tout fcmblerait concourir à rendre cette opinion vraifemblable , fi d'ailleurs on n'était pas convaincu que Mofé feul eft l'auteur du Pentateuque.
La défenfe d'avoir un grand nombre de femmes & de chevaux , femble regarder principalement Salomon 3 qu'on aceufe d'avoir eu fept cent femmes , & trois cent concubines , & quarante mille écuries ; car pour Saiil > Il ne fut choifl pour Roi que dans le tems qu'il cherchât les âneffes.
Lorfque vous combattrez vos ennemis , fi Dieu les livre entre vos mains ? & fi vous voyez parmi vos captifs une belle femme pour laquelle vous aurez de l'amour , & fi vous voulez l'époufer ; vous l'amènerez en votre maifon ; elle le raiera les cheveux & fe coupera les ongles ; elle quittera la robe avec laquelle elle a été prile , & pleurera dans votre maifon fon père & fa mère pendant un mois. Enfuite vous entrerez dans elle , vous dormirez avec elle , & elle fera votre femme. (9).
Lorfque vous marcherez contre vos ennemis , fi un homme a été poilu en fonge , il fortira hors du eamp , & n'y rentrera que le foir après s'être lavé d'eau. (10) Il y aura un lieu
( 9 ) Plufieurs perfonnes fe font fcandalifées de cet article. Les Juifs dans le défert , ou dans le Canaan , ne pouvaient avoir de guerre que contre des étrangers. Il leur était défendu , fous peine de mort , de s'unir à des femmes étrangères ^ & voilà que le Deutéronome leur permet d'époufer ces femmes ; 8c la feule cérémonie des époufaiiles eft de coucher avec elles. On a remarqué que ce n'eft point ainfi qu'Alexandre & Scipion en uferent. C'eft encore une raifon en faveur de ceux qui croient que le Pentateuque fut écrit du tems des Rois , parce que , dans les guerres civiles des Roisde Juda contre les Rois d'Iiraél , il était permis dépoufer les filles des vaincus. Les deux partis defcendant également d'Abraham. Tout femble donc concourir à prouver qu'aucun livre Juif ne fut écrit que du tems de David, ou longtems après lui. Mais l'opinion de tous les pères , & de toute l'églife , doit prévaloir contre les raifons des favants , quelque plaufibles qu'elles puiffent être.
( 10 ) Plufieurs gens de guerre ont dit que les pollutions , pendant la nuit , arrivaient principalement aux jeunes gens vigoureux, & que l'ordre de les éloigner de l'armée du matin au foir était très dangereux , par:
hors du camp pour faire vos nécelïités. Vous porterez une petite bêche à votre ceinture , vous ferez un trou rond autour de vous , & quand vous aurez fait , vous couvrirez de terre vos
excréments. ( 1 1 )
Si vous ne voulez point écouter la voix du Seigneur , le Seigneur vous réduira à la pauvreté , & vous aurez la fièvre. . .. Vous vous marierez y & un autre couchera avec votre femme. . . . On vous prendra votre âne , & on ne vous le rendra point. ... Le Seigneur vous frappera d'un ulcère malin dans les genoux & dans le gras des jambes Le Seigneur vous emmènera vous & votre roi dans un pays que vous ignoriez , & vous y fervirez des dieux étran-
ce que c'eft d'ordinaire du matin au foir que fe donnent les batailles ; que cet ordre n'était propre qu'à favorifer la poltronnerie ; qu'il était plus aile de fe laver dans la tente , où l'on eft iuppofé avoir au moins une cruche d'eau > que d'aller fe laver hors du camp } où l'on pouvait fort bien n'en pas trouver. Nous ne regardons pas cette remarque comme bien importante.
(n) L'ordre que le Seigneur lui-même donne fur la manière de faire fes néceiiités , a paru indigne de la Majefté divine au célèbre Colins ; & il s'eft emporté jufqu'à dire j que Dieu avait plus de foin du derrière des Ifraëlites que de leurs âmes 3 que ces mots Immortalité de l'Ame ne le trouvaient dans aucun endroit de l'ancien Teftament ; & qu'il eft bien bas de s'attacher à la manière dont on doit aller à la garderobe. C'efl s'exprimer avec bien peu de refpect. Tout ce que nous pouvons dire , c'eft que le peuple Juif était fi groifier 3 & que de nos jours même la populace de cette nation eft fi mal propre & lî puante , que fes légiflateurs furent obligés de defcendre dans les plus petits & les plus vils détails ; la police ne néglige pas les Latrines dans les grandes villes*
gers L'étranger vous prêtera à ufure ,
& vous ne lui prêterez point à ufure...... . .
Le Seigneur fera venir d'un pays reculé , 6c des extrémités de la terre , un peuple dont vous n'entendrez point le langage , afin qu'il mange les petits de vos beftiaux ? & qu'il ne vous lailïè ni bled , ni vin , ni huile. . . . Vous mangerez
vos propres enfants , & l'homme le plus luxurieux refufera à fon fîere & à fa femme la chair de [es propres fils , qu'il mangera pendant le fîege de votre ville , parce qu'il n'aura rien autre chofe à manger, <kc. (12).
(12) Les Critiques continuent à trouver , dans ces malédictions du Seigneur , de nouvelles preuves que jamais les Juifs ne connurent que des peines temporelles. La plus forte eft celle d'être réduits à manger leurs enfants •-, & c'eft ce que leur Hiftoire affùre leur être arrivé pendant le fiege de Samarie. Or le grand-prêtre Helkia ne trouva le Pentateuque qu'environ quatre-vingt ans après ce liepe. C'eft ce qui achevé de perfuader ces Critiques , qu'un Lévite compola fur-tout le Deutéranome , & qu'il lui fut aifé de prédire les horreurs du fiege de Samarie après l'événement.
fi
Nous croyons fermement que Mofé, appelle chez nous Moy* ,„j ejt le feul Auteur du Pentateuque } comme l'Eglife le croit , & qu'il ny a que le récit de fa mort qui ne fait pas écrit par lui. Nous avons feulement expofé avec candeur l'opinion de nos adverfaires.
Fin des Commentaires sur le Pentateuqus»
jf^aP
J Lp 5
T après la mort de Mofé ferviteur de Dieu , : il arriva que Dieu parla à Jofué fils de Nun , & lui dit : mon ferviteur Mofé efl mort ; îeve-toi , pane le Jourdain , toi & tout le peu* pie avec toi. . . . tous les lieux où tu mettras les pieds , je te les donnerai , comme je l'ai promis à Mofé , depuis le défert & le Liban , jufqu'au grand fleuve de PEuphrate ; nul ne pourra te réfifter tant que tu vivras. ( i ).
( i ) Le Seigneur promet plusieurs fois avec ferment 'de donner le neuve de l'Euphrate au peuple Juif 5 cependant il n'eut jamais que le fleuve du Jourdain. S'il avait pofledé toutes les terres depuis la Méditerranée jufqu'à l'Euphrate , il aurait été le maître d'un Empire plus grand que celui d'AfTyrie. C'eft ce que n'a pas compris "Warburton , quand il dit que les Juifs ne devaient haïr que les peuples du Canaan. Il eft certain qu'ils devaient haïr tous les peuples idolâtres du Nii ÔC de l'Euphrate.
Si on demande pourquoi Jofué fils de Nun ne rava~ gea pas , & ne conquit pas toute l'Ep-ypte , toute la Syrie & le refte du monde pour y faire régner la vraie religion , & pourquoi il ne porta le fer & la flamme que dans cinq ou iîx lieues de pays tout au plus , & encore dans un très mauvais pays en comparaison des campagnes immenfes arrofées du Nil & de l'Euphrate ? ce n'eft pas à nous à ionder les décrets de Dieu. Il nous fuffit de favoir que depuis Mofé & Jofué les Juifs-n'approcherent jamais du Nil & de l'Euphrate que pour y être vendus comme efclaves ; tant les jugements de Dieu jfontj impénétrables. Dieu ne ceiïe jamais de parler k
Jofué fils de Nun envoya donc feerettement de Céthim deux efpions. . . ils partirent , & entrèrent dans la ville de Jérico , dans la maiion d'une profutuée nommée Rahab , & y parlèrent
ia nuit Le Roi de Jérico en fut averti , il
envoya chez Rahab la profutuée , difant : amène-nous les efpions qui font dans ta maiion. Mais cette femme les cacha 6c dit : ils font fortis pendant qu'on fermait les portes , & je ne fais où ils font allés. ( 2 )
Mofé & à Jofué ; Dieu conduit tout ; Dieu fait tout ; il dit plufieurs fois à Joiué : fois robuite , ne crains rien , car ton Dieu eft avec toi. Jofué ne fait rien que par l'ordre exprès de Dieu. C'eft ce que nous allons voir dans la fuite de cette hiftoire.
(2) Les Critiques demandent pourquoi, Dieu ayant juré à Jofué fils de Nun qu'il ferait toujours avec lui, Jofué prend cependant la précaution d'envoyer des efpions chez une mérétrix l Quel befoin avait-il de cette rniférable , quand Dieu lui avait promis fon fecours de fa propre bouche ; quand il était fur que Dieu combattait pour lui , & qu'il était à la tête d'une armée de fix cent mille hommes , dont il détacha, félon le texte, quarante mille pour aller prendre le viilage de Jérico , qui ne fut jamais fortifié , les peuples de ce pays-là nç connaiffant pas encore les places de guerre , ÔC Jérico étant dans une vallée où il eft impojfible de faire une place tenabie ?
Mr. Fréret traite Calmet d'imbécille , & fe moque de lui de ce qu'il perd fon tems à examiner fi le mot Zonah fignifie toujours une femme débauchée , une proftiîuée , une gueufe , & fi Rahab ne pourait pas être regardée feulement comme une cabaretiere.
Don Calmet examine auiB avec beaucoup d'attention j fi cette cabaretiere ne fut pas coupable d'un petit menfonge en difant que les efpions Juifs étaient partis lorf. qu'ils étaient chez elle ; il prétend qu'elle fit une très £onne action. „ Etant informée, dit-il p du deifeùi dq
âoB J o S u £
Le peuple fortit donc de fes tentes pour pa£ fer le Jourdain , & les prêtres qui portaient l'arche du pacte marchaient devant lui ; & quand ils furent entrés dans le Jourdain , & que leurs pieds furent mouillés d'eau au tems de la moi£ îbn , le Jourdain étant à pleins bords , ( 3 ) les
eaux
3} Dieu , qui voulait détruire les Cananéens & livrer 3, leur pays aux Hébreux , elle n'y pouvait réfifëer fans ,3 tomber dans le même crime de rébellion à l'égard de 3i Dieu 3 qu'elle aurait voulu éviter envers fa patrie ; 3, de plus elle était perfuadée des juftes prétentions de 33 Dieu 3 &C de l'iniultice des Cananéens: ainfi elle ne 3, pouvait prendre un parti ni plus équitable } ni plus 33 conforme aux loix de la lâgefle. <c
Mr. Fréret répond que fi cela eu, Rahab était donc înfpirée de Dieu-même , aufîi bien que Jofué 3 & que le crime abominable de trahir fa patrie pour des efpions d'un peuple barbare; dont elle ne pouvait entendre la langue , ne peut être excufé que par un ordre exprès de Dieu, maître de la vie & de la mort. Rahab, ditil, était une infâme qui méritait le dernier fupplice. Nous favons que le nouveau Teltament compte cette Rahab au nombre des ayeules de Jefus-Chrirt ; mais il defcend auffi de Betzabé & de Thamaf , qui n'étaient pas moins criminelles. Il a voulu nous faire connaître que fa nailfanCe effaçait tous les crimes. Mais l'action de la proftituée Rahab n'en eft pas moins puniflable félon le monde.
Colins foutient que Jofué fembla fe défier de Dieu en envoyant des efpiorts chez cette femme , & que puifqu'il avait avec lui Dieu & quarante mille hommes pour fe faifir d'un petit bourg dans une vallée , & que la paliffade qui enfermait ce petit bourg tomba au fan des trompettes , on n'avait pas befoin d'envoyer chez une gueule deux efpions qui rifquaient d'être pendus.
..Nous citons à regret Ces difcours des incrédules. Mais il faut faire voir jufqu'où va la témérité de l'efprk humain.
( 3 ) Les incrédules difent qu'il ne faut pas multiplier
les.
eaux defcendantes s'arrêtèrent à un même lieu ,s'élevant comme une montagne ; & les eaux d'en bas s'écoulèrent dans la mer du défert , qui s'appelle aujourd'hui la mer morte. Et le peuple s'avançait toujours contre Jérico , & tout lepeuple paifait par le lit du fleuve à fec. (4).
les miracles fans n.éceffité ; que le prodige du païTage du Jourdain eit fuperflu après le panade de la mer rouge. Ils remarquent que l'auteur fait palier le Jourdain dans notre mois d'Avril au tems de la moiifon , mais que la moifïbn ne fe fait dans ce pays là qu'au mois-de Juin.
(4) Ils afuirent que jamais au mois d'Avril le Jourdain n'eft à pleins bords ; que ce petit fleuve ne s'enfle, que dans les grandes chaleurs par la fonte des neiges du mont Liban ; qu'il n'a dans aucun endroit plus de quarante cinq pieds de large , excepté à fon embouchure ■ dans la mer morte ; & qu'on peut le palfer à gué dans plufîeurs endroits. Ils prouvent qu'il y a plusieurs çmés , par l'avanture funefte de la tribu d'Ëphraïm , qui combattit depuis contre Jephté capitaine des Galaadites. Ceux de Galaad fe faiiirent , dit le texte facré } des gués du Jourdain par lefquels les Ephraïmites devaient repaffer ; & quand quelque Ephraïmite échappé de la bataille venait aux gués & difait à ceux de Galaad , je vous conjure de me laifler parler , ceux de Galaad difaient à l'Ephraïmite j n'es-tu pas d'Ëphraïm ( non 3 difait l'Ephraïmite ; eh bien , difaient les Galaadites , prononce Schiboleth ; & l'Ephraïmite , qui graffaiait , prononçait Sibokth ; Ôc auili-tôt on le tuait ; 6c on tua ainfï ce jour-là quarante-deux mille Ephraïmites.
Ce paifage , difent les Critiques , fait voir qu'il y avait plufîeurs gués pour traverfer aifemeilt ce petit fleuve.
Ils s'étonnent enfuite que le Roi prétendu de Jérico, & tous les autres Cananéens que l'auteur facré a dépeints comme une race de géants terribles , & auprès de qui les Juifs ne paraiflaïent que des fauterelies , ne vinrent pas exterminer ces fauterelies qui venaient ravager leur pays. Il eft vrai , difent-ils , que l'auteur facré jious afTure que le Roi Og était le dernier des géants ;