‹ La Bible enfin expliquéeChapitre 15 sur 19 · Tome I. O · texte numérisé non relu

Tome I. O

2io J O S U E.

Tous les R.ois des Amorrhéens qui habitaient la rive occidentale du Jourdain , & tous les Rois Cananéens qui poiïedaient les rivages de la Grande Mer ( méditerranée ) , ayant appris que le Seigneur avait féché le Jourdain , eurent le cœur diffout ; tant ils craignaient l'invafion des fils d'Ilrael. . . .

Or le Seigneur dit à Jofué : fais- toi des couteaux de pierre , & circoncis encore les enfans d'Iiraël. ( 5 ) Jofué lit comme le Seigneur lui

mais il nous allure auffi qu'il en reftait beaucoup au-delà du Jourdain dans le pays de Canaan ji & géants ou non , ils devaient dilputer le pafTage de la rivière.

On répond à cela que l'arche parlait ia première j que la gloire du Seigneur était visiblement fur i'arche ■> que Dieu marchait avec Jofué & quarante mille hommes choifïs ; &: que les habitans durent être concernés d'un miracle dont ils n'avaient point d'idée. *

( 5 ) Puifque Dieu fit circoncire teuf-fon peuple après. avoir pafle le Jourdain , il y eut donc fix Cent un mille combattants circoncis ces jours-là 5 ÔC iî chacun eut deux enfans , cela fit djx-huit cent trois mille prépuces coupés , qui furent mis dans un tas dans la colline appellée des prépuces. Mais comment tous les géants de Canaan y &t tous les peuples de Bibios, de Béryte, de Sidon , de Tyr , ne profitèrent -ils pas de ce moment favorable pour égorger tous ces agrefTeurs affaiblis par cette plaie ) comme les Patriarches Siméon & Lévi avaient feuls égorgé tous les Sichémites , après les avoir engagés à iè circoncire ? Comment Jofué fut-il aifez imprudent pour expofer fon armée, incapable d'agir, à la vengeance de tous ces gréants & de tous ces Rois ? c'en1 une réflexion du Comte de Boulainviiiiers. C'était 3 dit-ii , une très grande imprudence 5 ii fallait attendre qu'on eût pris jérico. Que dirait-on aujourd'hui d'un Général d armée , qui ferait prendre médecine à tous fes Soldats devant l'ennemi ?

Nous lui diions que Jofué ne fefait pas la guerre Ce-

• j O S U Ê. 2it

Commanda , Se circoncit tous les enfans d'IIraël fur la colline des prépuces. .. Car le peuple né dans le défeft ? pendant quarante années de marche dans ces vaftes folitudes , n'avait point été circoncis.... & ils furent circoncis par Jofué , parce qu'ils avaient encore leur prépuce § & ils demeurèrent au même lieu jufqu'à-ce qu'ils fuilent guéris. .. Alors le Seigneur dit à jolués aujourd'hui j'ai ôté l'opprobre de l'Egypte de fur vous.

Et ils firent la pâque le quatorzième ^our du mois dans la plaine de Jéiïco ... & après qu'ils eurent mangé des fruits de la terre , la Manne ceffa. (6).

Ion les règles de la prudence humaine , mais félon les ordres de Dieu. Et d'ailleurs tous les géants & tous les Rois pouvaient très bien ignorer ee qu'on fêlait dans le camp des Ifraëlites.

Quelque peine que les Commentateurs aient prifè , pour expliquer comment les prépuces entiers des Hébreux en Paleftine étaient ■ ioprobre de l'i^ypie , nous avouons qu'ils n'ont pas réuffî. Les Egyp iens n'étaient pas tous circoncis ; il n'y avait que les prêtres & les initiés aux myfteres qui euûent cette marque facrée x pouf les diftinguer des autres hommes : mais Dieu vôu-f lut que tout ion peuple eût cette même marque , parce que tout fou peuple était faint , & que le moindre Juif était plus facré que le grand-prêtre de l'Egypte.

(ô) Quelques Commentateurs recherchent comment le petit pays de Jérico , qui ne produit que quelques plantes odoriférantes > & qui alors n'avait qu'un petit nombre de palmiers & d'oliviers, put fulrire à nourrir une multitude affamée qui n'avait mangé que de la. Manne pendant lî longtems. On fait monter cette multitude à plus de quatre millions de perfonnes , R Fort compte vieillards > enfans & femmes. Mais il n'était pas plus difficile à Dieu de nourrir fon peuple avec quelques dattes g qu'avec de la Manne,

Or Jofué , étant dans un champ de Jérico * vit un homme debout devant lui tenant à la main une épée nue. 11 lui dit : es- tu des nôtres , ou un ennemi ? Lequel répondit : non ; mais je fuis le prince de l'armée du Seigneur , & j'arrive. Et Jofué tomba profterné en terre , 8c l'adorant il dit : que veut mon Seigneur de fon ferviteur ? ôtes tes fouliers de tes pieds , dit-il » parce que le lieu où tu es eft faint ; ôc Jofué ôta fes fouliers. (7).

Le Seigneur dit à Jofué : Je t'ai donné Jérico ôc fon Roi , & tous les hommes forts. Que toute l'armée Hébraïque faffe le tour de la ville pendant fix jours. Qu'au feptieme jour les prêtres prennent fept Cornets ; qu'ils marchent devant l'arche du pacte fept fois autour de la ville ? & que les prêtres fonnent du Cornet. Et lorfque les Cornets fonneront le fon le plus long & le plus court , que tout le peuple jette un grand cri ; & alors les murs de la ville tomberont jufqu'aux fondements. (8)....

( 7 ) Les Critiques demandent , pourquoi ce prince de la milice célefte ? à quoi bon cette apparition , lorfque Dieu était continuellement avec Jofué comme avec Mofé ? Cette apparition leur paraît inutile. Mais apparemment ce prince de la milice célefte était Dieu-même , qui voulait donner des marques évidentes de là protection fous une autre forme. L'ordre d'ôter fes fouliers eft conforme à l'ordre de Dieu 'quand il apparut à Mofé dans le buiffon ardent. Ce fut toujours une grande irrévérence de paraître devant Dieu avec des fouliers.

( 8 ) Plus d'un Savant perfifte à croire qu'il n'y avak aucune ville fermée de murailles dans ces quartiers. Iisfe fondent fur ce que Jérufalem elle-même , qui devint dans la fuite la capitale des Juifs , n'était pas uneviile. Ils prétendent que les villes étaient vers la mer , comme Tyr f

, . . . Et pendant que les prêtres Tonnaient du Cornet au feptieme jour , Joiué dit à tout lirael : Criez , car le Seigneur vous a donné la ville. Que cette ville (bit dévouée en Anathème. Ne fauvez que la proflituée Rahab avec tous ceux qui lèront dans fa mailon ; que tout ce qui fera d'or , d'argent , d'airain ôc de fer, foit confacré au Seigneur , & mis dans lès tré-

fors Ils prirent ainfi la ville , & ils tuèrent

tout ce qui était en Jérico , hommes , femmes , enfans , vieillards , bœufs , brebis & ânes ; ils les frappèrent par la bouche du glaive. . . . après cela ils brûlèrent la ville & tout ce qui était

dedans Or Jofué iauva Rahab la profti-

tuée ? ôc la mailon de fon père avec tout ce qu'il avait ; & ils ont habité au milieu d'Ifraél jufqifà aujourd'hui. (o).

Sidon > Beryte , Biblos , villes très -anciennes. Calmet compte pour des villes les deux méchants villages de Béthoron , parce que St. Jérôme en parle. Calmet ne fonge pas qu'un village pouvait être devenu une ville au bout de deux mille ans. Il n'y avait pas une feule ville murée du tems de Chariemagne au-delà du Rhin. Jérico pouvait n'être qu'un bourg entouré de paliffades j & cela iurEt pour le miracle.

Il eft raconté dans une Chronique Samaritaine , que Jofué étant attaqué par quarante cinq Rois d'orient, & le trouvant enfermé entre fept murailles de fer par une magicienne mère d'un de ces Rois , il fut délivré par Phinée fils d'Aaron , qui fonna fept fois de fon Cornet. On a fort agité la queftion fi le récit de Jofué était antérieur au récit Samaritain. L'un & l'autre font merveilleux ; mais il faut donner la préférence au livre de. Jofué.

( 9 ) C'eft avec douleur que nous rapportons fur cet événement les réflexions du Lord Bolingbroke , lefquelles Mr. Mallet fit imprimer après la mort de ce Lord*!

Alors Jofué dit : maudit foit devant le Seigneur celui qui relèvera 6c rebâtira Jérico. (10)...

» Eft-il poilîbie que Dieu , le père de tous les hom- » mes , au conduit lui-même un barbare à qui le Cans) nibale le plus féroce ne voudrait pas reffembJer ! py Grand Dieu ! venir d'un défert inconnu ! pour ma/Ta- » crer toute une ville inconnue ! égorger les femmes » 6c les enfans contre toutes les loix de la nature ! » égojger tous les animaux! brûleries maifons & les j> meubles contre toutes les loix du bon fens , dans le ?) tems qu'on n'a ni maifons , ni meubles ! ne pardonner j> qu à une viie putain digne du dernier fupplice ! fï » ce conte n'était pas le plus abfurde de tous , il ferait 3> le plus abominable. Il n'y a qu'un voleur ivre qui puif- » fe favoir écrit , & un imbécille ivre qui puifTe le croi- 3> re. C'ell offenlèr Dieu & les hommes , que de réfu- » ter férieufement ce miférable ' tiffu de fables, dans y> l.lqaelles il n'y a pas un mot qui ne foit ou le com- 5> ble du ridicule , ou celui de l'horreur. «

Myiord était bien échauffé quand il écrivit ce morceau violent. On doit plus de refpecï à un livre facré. Il ajoute que ces mots , jafqu aujourd'hui } montrent que ce livre n eft pas de Jofué. Mais quelque foit fon auteur , îl eft dans le canon des Juifs ; il eft adopté par toutes les Egiifes Chrétiennes. Nous favons bien que les rigueurs de Jofué révoltent la faibleffe humaine ; qu'il ferait affreux de les imiter , foit que les habitations qu'il détruifït , & qui nagèrent dans le fang , fuffent des villes ou des villages. Nous ne nions pas que u un peuple étranger venait nous traiter ainfî , cela ne parût exécrable à toute l'Europe. Mais n'eft-ce pas précifément la manière dont on en ufa envers les Américains au commencement de notre feizieme fiecle ? Jofaé fut-il piùs cruel que les dévaftateurs du Mexique & du Perdu ? Et iï l'hiftoire des barbaries Européanes eft vraie s pourquoi celle des cruautés de Jofué ne le ferait-elle pas ? Tout ce qu'on peut dire , c'eft que Dieu commanda Se opéra lui-même la ruine du Canaan ; & qu'il n'ordonna pas la ruine de l'Amérique.

;('iô) La fêntence contre Jérico ne fut pas exécutée. Jérico exiftait fous David & du tems c£ês Romains ?

Or les enfans d'Ifraël prévariquerent contre i'anathême , & ils prirent du réiérvé par I'anathême ; car Acan fils de Charmi déroba quelque chofe de I'anathême ; & Dieu fut en colère contre les enfans d'Ifraël. Et comme Jofué envoya de Jérico contre Haï près de Béthel , il dit : il fuffit qu'on envoie deux ou trois mille hommes contre Haï. Trois mille guerriers allèrent donc ; mais ils s'enfuirent & ils furent pouriuivis par les hommes de Haï , qui les tuèrent, comme ils fuyaient; & les Juifs furent faifis de crainte, & leur cœur fe fondit comme de l'eau. Et Dieu dit à Jofué : Ifraël a péché , il a prévariqué contre mon pacte , ils ont dérobé de I'anathême , ils ont volé , & ils ont menti ; vous ne pouvez tenir contre vos ennemis juf qu'à-ce que celui qui s'elï fouillé de ce crime foit exterminé.

Jofué fe levant donc de grand matin , fit venir toutes les tribus d'Ifraël i 'àc le iort tomba fur la tribu de Juda , puis fur la famille de Zaré. . . . puis fur Acan fils de Charmi , fils de

Zabdi , fils 4e Zaré Et Acan répondit -, il

eft vrai , j'ai péché contre le Dieu d'Ifraël ; & ayant vu parmi les dépouilles un manteau d'écarlate fort bon , deux cent ficles d'argent , & une règle d'or de cinquante iicles , je les pris , 8c je les cachai dans ma tente. ... Et Jofué lui dit : puiique tu nous a troublés, que Dieu te trouble en ce jour. Et tout îiraël le lapida ; & tout ce qu'il pofTédait fut brûlé par le feu. ( 11 ).

& exifte encore tel qu'il fut toujours, c'eft-à-dire } un petit hameau à fix. lieues de JéruCdem.

(n) Mr. Bouienger s'exprime encore pius violem-

Jofué fe leva donc , & toute l'armée avec lui , pour marcher contre Haï j & on choifit trente mille hommes des plus vaillants. . . . Jofué brûla la ville , & y fit pendre à une potence le

ment a s'il eft pofïïbie , que le Lord Bolingbroke fur ces morceaux de l'hiftoire de Jofué. » Non feulement on 5> nous rcpréfente Jofué comme un capitaine de voleurs &■> Arabes, qui vient tout ravager , & tout mettre à fanpy> dans un pays qu'il ne connaît pas ; mais ayant , dit-on , » fix cent mille hommes de troupes réglées, il trouve le •» fecret d'être battu par deux ou trois cent payfans à ;» l'attaque d'un village. Et pour achever de peindre ce y> Général d'armée , on en fait un forcier qui devine :» qu'on a été battu parce qu'un de fes foldats a pris pour a> lui précédemment une part du butin , & s'eft approp, prié un bon manteau rouge & un bijou d'or. On fe j, fert, pour découvrir le coupable , d'un fortilege dont ?i les petits enfans fe moqueraient aujourd'hui : c'eft de 3, tirer la vérité aux dés , ou à la courte paille , ou à ?3 quelque autre jeu femblable. Acan n'eft pas heureux 33 à ce jeu. On le brûle vif, lui, les fils, fes filles, les „ bœufs , fes ânes , lès brebis ; & on brûle encore le 3, manteau d'écariate , & le bijou d'or que l'on cher- ,, chait. Si Cartouche ( continue Mr. Boulenger ) avait 33 fait un pareil tour , Madame Oudot l'aurait imprimé „ dans la bibliothèque bleue. Nos hiftoires de voleurs 33 8c de Ibrciers n'ont rien de femblable. cc

Ce difcours blafphématoire ; ces dérifions de Mr. Boulenger , pouraient . faire quelque impreilion s'il s'agiffait «l'une hiftoire ordinaire arrivée & écrite d e nos jours j mais ne peuvent rien contre un livre facré miraculeufement écrit < & miraculeufement confervé pendant tant de fiecies. Dieu était le maître d'exterminer les Cananéens , qui étaient de grands pécheurs. Il n'appartenait qu'à lui de choifîr la manière du châtiment. Il voulut <jue tout le butin fut également partagé entre les enfans d'Iiraël exécuteurs de fes vengeances. Il fe fervit toujours de la voie du fort dans l'ancien & le nouveau teftamenr., parce qu'il eft le maître du fort. La place de Judas même , de ce Judas qui fut caufe de la mort de

Roi qui avait été tué. Puis on jetta fon corps à l'entrée de ia ville j & on mit deffus un grand tas de pierres , qui y eft encore aujourd'hui. (12).

Adonizedec Roi de Jerufalem ayant appris ce que Joiué avait fait dans Haï & dans Jérico , envoya vers les rois d'Hébron , de Pharan , de Jérimoth , &c, . . . (13).

Joiué tomba donc tout d'un coup fur eux tous ; & le Seigneur les épouvanta , & il en fit un grand carnage près de Gabaon. Jofué les pourluivit par la voie de Béthoron , & les tailla tous en pièce. Et lorfque les fuyards furent

notre Seigneur , a été tirée au fort. Voilà pourquoi St. Auguftin a toujours diftingué la cité de Dieu de la cité mondaine. Pans la cité mondaine tout eft conforme à notre faible raifon , à nos faux préjugés. Dans la cité de Dieu tout eit contraire à nos préjugés & à notre raifon.

( 12, ) Ces mots , ce grand tas de pierres qui y eft encore aujourd'hui } femblent indiquer que ce livre de Jofué n'eft pas écrit par les contemporains. Mais en quelque tems qu'il ait été fait , il eft fur qu'il a été infpiré. Jamais un homme abandonné à lui - même n'aurait ofé écrire de pareilles chofes.

(13) Les Critiques difént qu'il n'y avait point de roi de Jerufalem alors. Ils prétendent même que le mot de Jerufalem était inconnu. C'était un village des Jébuféens , qui touche au grand défert de l'Arabie pétrée , un lieu fort propre à bâtir une fbrtereffe fur le palfage des Arabes. Ce font trois montagnes dans un pays aride. Nous difons avec les Commentateurs les plus approuvés^ que Jofué n'écrivit point cette hirtoire. Les Samaritains ont un livre de Joiué très différent de celui-ci. Il y en a un exemplaire dans la bibliothèque de Leide ; mais nous ne reconnaiffons que celui qui eft admis dans le canon. C'eft indubitablement le ieui facré '&. le feul infpiré.

dans la defcente de Béthoron , le Seigneur fit pleuvoir du haut du ciel fur eux de groffes pierres , & en tua beaucoup plus que le glaive d'Ifraël n'en avait mis à mort. ( 14). ... Alors Jofué parla au Seigneur le jour auquel il avait livré les Amorrhéens entre lès mains , en préfence des enfans d'Ifraël , & il dit en leur préfence : Soleil , arrête-toi vis-à-vis de Gabaon , Lune n'avance pas contre la vallée d'Ayalon. Et le Soleil & la Lune s'arrêtèrent jufqu'à-ce que le peuple fe fut vengé de fes ennemis.. .. Cela n'en: il pas écrit dans le livre des Juftes ? Le Soleil s'arrêta donc au milieu du ciel , ôc ne fe coucha point l'elpace d'un jour. (15).

( 14 ) Toute l'antiquité a parlé de pluie de pierres.' La première eft celle que Jupiter envoya . au fecours d'Hercule contre les fils de Neptune. Don Calmet affure , que c'ejî un fan confiant qu'on a vu autrefois de fort greffes pierres s'enflammer en l'air & retomber far la terre , & qu'on ne peut raifonnablemenl révoquer en doute le prodige raconté par Jofué.

On remarque feulement ici que ces pierres , étant fort groiTes , durent écrafer tous les Amorrhéens qui étaient pourfuivis par l'armée de Jofué, & qu'il eft difficile qu'il en foit refté un feul en vie. C'eft ce qui fait que piufïears favants font étonnés que Jofué ait encore en recours au grand miracle d'arrêter le Soleil & la Lune.

( 15 ) Grotius prétend que le texte ne lignifie pas que le Soleil & la Lune s'arrêtèrent , mais que Dieu donna le tems à Jofué de tuer tout ce qui pouvait refter d'ennemis avant que le Soleil & là Lune fe couchalTent. Le Clerc décide nettement que le Soleil ne s'arrêta pas , mais parut s'arrêter. Mais tous les autres Commentateurs , parmi lefquels nous ne comptons point Spinofa , qui ne doit pas être compté, conviennent tous que le Soleil & ia Lune s'arrêtèrent en plein midi. On aurait eu le tems de tuer tous les fuyards depuis midi jufqu'au

Jamais jour , ni devant ni après , ne fat fi long que celui-là. . . . Les cinq rois s'étant fauves dans

une caverne de la ville de Macéda Jofué les

fit amener en fa préfence , & dit aux principaux

foir , fuppofé que la pluie de pierres en eût épargné quelques-uns ; mais il le peut auJÏÏ qu'il y en eut qui coururent il vite qu'il fallut huit à neuf heures pour les attraper & les tuer tous.

Les profanes remarquent que Bacchus avait déjà fait arrêter le Soleil $t la Lune , & que le Soleil recula d'horreur à la vue du feftin d Atrée ce de Thyefte. Surquoi Mr. Bouienger oie dire » Que fi le miracle de *> Jofué était vrai , c'eft que le Soleil fe ferait arrêté » d'horreur en voyant un brigand fi barbare qui égor- » geait les femmes , les enfans & les rois , & les bœufs , y> ôc les moutons , ÔC les ânes , 8c qui ne voulait pas j> qu'un feul animal vivant, foit roi , foit brebis , échapj> pat à fon inconcevable cruauté . ' c

Les phyfîciens ont quelque peine à expliquer comment le Soleil , qui ne marche pas , arrêta fa courfe , & comment cette journée , qui fut le double des autres journées , put s'accorder avec le mouvement des planètes Se la régularité des éclipfes. Le révérend père Don Calmet dit , qu'il ne fallait que faim aller d'une vi:ejp égale , far-dffus & par-defjbas la terre , la matière célejîe , qui ia fratte par-la , en l'avançant d'une coté & le retardant de Vamte } le tournoiement de la terre fur fon centre ne venant que de l'inégalité de ce frottement. Cette réponfe ingénieufe , favante ôc nette , ne réfout pas entièrement la queftion.

Nous fera-t-il permis , à propos de ce grand miracle , de raconter ce qui arriva à un difciple de Galilée traduit devant l'Inquifition pour avoir foutenu le mouvement de la terre autour du foleil ? On lui lifait fa fentence ; elle difait qu'il avait blafphémé , attendu que Jofué avait arrêté le foleil dans fa courfe. Eh , MefTeigneurs , leur dit -il, c'eft auffi depuis ce tems-là que le foleil ne marche plus.

A l'égard du livre des juftes , qui eft cité comme ga-

officiers de fon armée : mettez le pied defïus îe cou de ces rois. Et tandis qu'ils leur mettaient Je pied fur la gorge , Jofué leur dit . n'ayez point peur , confortez vous , foyez robuftes ; car cJe&. ainfi que Dieu traitera ceux qui combattront contre nous. Après cela Jofué frappa ces rois & les tua , de les fit enfuite attacher à cinq potences. ( \6 )..

ï?.m de la vérité de cette hiftoire , le Lord Bolingbroke infifte beaucoup fur ce livre , qui dans les Bibles proteftantes eil appelle le livre du droiturier. Cela démontre , dit-il , que c'eft du livre du droiturier que 1 hiftoire die Jofué eft prife. Mais ee même livre du droiturier eft cké dans le fécond livre des Chroniques des rois. Or comment le même livre peut-il avoir été écrit du tems des rois & avant Jofué ? Cette difficulté eft grande. Don Caimet y répond en difant , que ce livre eji entièrement fer du .

(itf) Le Clerc & quelques théologiens d'Hollande n'ont pas ici tout-à-fait le même emportement que Bolingbroke & Boulenger à propos de ces cinq rois , fur le cou defquels les princes de l'armée juive mettent le pied jufqu'à-ee que Jofué vienne les tuer de fang-froid. Nous avouerons toujours , que tout cela n'eft pas dans eos mœurs ; que nous fefons aujourd'hui la guerre plus généreufement. Mais auiïi nous ne la fefons pas par ordre exprès du Seigneur ; & il ne nous a pas commandé exprenement , comme à Jofué , de tuer tous les rois que fa providence voulait punir. On ne fait plus pendre tous les rois qui ont été pris à ia guerre , parée qu'il n'y en a plus qui prévariquent contre le Seigneur comme les rois du Canaan avoient prévariqué. L'objection des favants, qui prouvent qu'il n'y avait aucun roi dans ce pays, compofé feulement de quelques villages, ou un peuple innocent cultivait une terre feche & ingrate 3 portant très peu de bied & hériffée de montagnes, cette obj-e irion , dis-je , eft peu de chofe ; car foit qu'on app.eiiât les principaux de ces villages rois , on maires , ou iyndics , cela revient au même ; on leur mit à tous le pied fur le cou , parce qu'ils avaient tous prévariqué.

Jofué ravagea donc tout le pays des montagnes & du midi , toute la plaine , & il tua tous les rois & les fit tous pendre. Il tua tout ce qui avait vie , comme le Seigneur Dieu le lui avait commandé.

Il pourfuivit tous les rois qui reliaient , & il tua tout fans en rien laifler échapper. Et il coupa les jarrets à leurs chevaux ; il brûla leur chariots ; & il prit Azor & en tua le roi , ôç il égorgea tous les habitans d'Azor , & toutes les bêtes, 6c réduiilt le tout en cendre....

Et il marcha contre les géants des montagnes , & les tua , & il ne laifïa aucun de la race des géants , excepté dans Gaza 9 Geth & Azoth. (17)....

Et il fit pendre en tout trente & un rois. (18).

Jofué bénit Caleb & lui donna Hébron en poiîefTion ; & depuis ce tems Hébron a été à Caleb fils de Géphoné. Or Pancien nom d'Hébron était Cariath-Arbé. Et Adam, le plus grand des géants de la race des géants , eil en* terré dans Hébron. ( 19 ) . . . .

( 17 ) Voici encore une légère difficulté. Le peuplç de Dieu marche contre les géants , après que le texte a dit qu'il n'y avait pins de géants , & lorfque Caleb > le moment d'après , au chap. 14 , va , feion le texte , conquérir des villes grandes & fortes rempiles de géants au pays d'Hébron. On peut répondre que le pays d'Hébron n'était qu'à quelques lieues de Gaza & d'Azoth,

(18) Trente & un rois de pendus , c'eft. beaucoup Ylans un auffi petit pays. Mais remarquons toujours s qu'on ne ies mit en croix qu'après les avoir tués. On leur mettait d'abord le pied fur le cou. Et nous avons déjà obfervé , que le fuppiiee d'attacher à la potence , ou à la croix , des hommes en vie , ne fut jamais connus des Juifs en aucun tems .

( 1? ) Plusieurs favants hommes ont douté qu'Âdai^ \

an j O S U E.

Caleb extermina dans la ville de Cariath- Arbé trois fils de géants. Et de ce lieu il monta à Dabir , qui s'appellait auparavant Cariath- Sépher , c'eft-à-dire , la ville des lettres , la ville des archives. (20).... Et Caleb dit: je donnerai ma fille Axa en mariage à quiconque prendra la ville des Lettres. Et Othoniel , jeune frère de Caleb , la prit ; & il Lui donna fa fille Axa pour femme....

fut enterré dans la ville du géant Arbé , appellée Cariatharbé. Les moines portugais qui accompagnèrent les Albuquerques après ia découverte des grandes Indes , & qui ■entrèrent dans lile de Ceyian , nommèrent la plus grande montagne de cette île le pic d'Adam. Énfuite ils trouvèrent l'empreinte de ion pied, & jugèrent par-là de fa taille > qui devait être d'une centaine de coudées. Le pic d'Adam eft encore marqué fur nos cartes ; & les favants moines portugais ont cru qu'Adam y était enterré. Les Hollandais , qui dominent dans le Ceyian , &C qui recueillent toute la Canelle , doutent qu'Adam repofe dans cette île. Les habitans même ne lavent pas que nous donnons le nom de pic d'Adam à leur montagne, & ont le malheur d'ignorer qu il y ait jamais eu un Adam. La Genefe ne dit point qu'Adam' ait été un géant, ni qu'il lbit enterré à Hébron.

(20) Les Phéniciens avaient en effet quelques villes où l'on gardait les archives & les comptes des marchands. On fait qu'ils avaient inventé l'alphabeih , &que dans leurs voyages fur mer ils communiquèrent cet aiphabeth aux Grecs. Cariath-fépher eft entre Hébron èc la mer méditerranée ; c eft le commencement de la Phénicie. L hiftorien Jofephe ayoue que les Juifs ne pofféderent jamais rien fur cette côte. Les Phéniciens' en furent toujours les maîtres. Sanchoniaton le Phénicien, né à Beryte , avait déjà écrit une Cofmogonie longtems avant les époques de Mofi & de Jofué. Car Eusébe , qui rapporte un grand nombre de paffages de cette Cofmogonie , n'en cite aucun concernant les Hébreux j ôi s'il y en avait eu, il eft clair qu'Eufébe e»

Mais les enfants de Juda ne purent exterminer les jébuféens habitants de Jérufalem ; ils refterent à Jérufalem , & ils y (ont encore aujourd'hui avec les enfans de Juda. (21)....

Et Jofué parla au peuple aiïemblé dans Si-

chem , & lui dit Maintenant , s'il vous

femble mal de fervir le Seigneur notre Dieu , le choix vous eft biffé. Vous pouvez prendre le parti qu'il vous plaira , & voir fi vous aimez mieux fervir les dieux qui furent les dieux de

aurait fait mention comme d'un témoignage rendu par le plus ancien de nos auteurs à La vérité des livres Juifs. Il eft donc certain que Sanchoniaton écrivit , & qu'il ne connut point ces Hébreux , qui ne vinrent que depuis lui s'établir auprès de fon pays. Nous pourrions tirer delà, une conféquence , que û les Phéniciens avaient depuis ii longtems des viiles où l'on cultivait quelques fciences , les Cananéens , qui demeuraient entre la mer & le Jourdain , pouvaient avoir auiïï quelques villes dont la horde des Hébreux s'empara, & où elle commit plufîeurs cruautés.

(21) Cette déclaration, que Jofué ne s'empara jamais du village de Jérufalem, eft expreffe. Et l'aveu , que les Jébuféens , à qui ce village appartenait , y habitent encore aujourd'hui avec les enfants de Juda , démontre que ce livre ne put être écrit qu'après que David eut commencé à faire une ville de, Jérufalem, <5c que les anciens habitants fe joignirent aux nouveaux pour peupler la ville. Les Critiques concluent de- tous ces aveux femés dans plufîeurs endroits , que les Hébreux étaient une horde d'Arabes Bédouins, qui errèrent longtems entre les rochers du mont Liban & les déferts , qui tantôt fubfîftérent de leur brigandage , & tantôt furent efclaves , §c qui enfin , ayant eu des rois, conquirent ua petit pays dont ils furent chaffés. Voilà leur hiftoire félon le monde. Celle félon Dieu eft différente. Et fi Dieu la dicla , il la faut adorer malgré toutes les répugnances» de la raifon.

vos pères dans la MéTopotamie , ou les dieux? des Arnorrhéens dont vous habitez aujourd'hui la terre. Pour moi & ma maiibn nous fervirons notre Dieu. . . Le peuple répondit à Jofué : nous fervirons notre Dieu , & nous obéirons à lès préceptes. (22).

Joîué mourut âgé de cent dix ans. (23).

(12,) Cette proposition de Jofué, de choifir entre le Seigneur Adonaï & les autres dieux que leurs pères adorèrent en Méfopotamie , ferait croire qu'Abraham } Ifaac & Jacob leurs pères , avaient commencé par avoir un autre cuite. Et en effet , Tharé père d'Abraham était potier d'idoles. Et Jacob époufa deux filles idolâtres, quoiqu'il foi t dit fbuvent que le même Dieu était reconnu vers l'Euphrate & chez les enfants de Jacob. Mais ici , comment Jofué peut-il laiiTer le choix au peuple après tant de miracles ï II y aurait donc eu beaucoup d'Hébreux qui n'auraient rien vu de ces miracles , ou qui n'y auraient ajouté aucune foi. Il fe peut que ce texte fîgnifie : vous voyez ce que Dieu a fait pour vous, & combien il ferait dangereux d'en adorer un autre.

( 23 ) Toland fait le railleur fur Mofé & fur Jofué. 11 dit que jamais il n'y eut de vieillards de plus mauvaife humeur. L'un fait tuer vingt-quatre mille des liens fans forme de procès pour avoir aimé des fiiles Madianites >■ compatriotes de fa femme 5 l'autre fait pendre trente & Zin rois , avec lefquels il n'avait rien à démêler.

Les Commentateurs recherchent avec beaucoup de foin dans quel pays fe réfugièrent les fujets de ces prétendus rois. Un nommé Serrarius les tranfporte en Germanie , où ils apportèrent la langue allemande. Un nommé Hornius ne doute pas qu'ils ne fe foient réfugiés en Capadoce. Grotius trouve très vraifembiabie qu'ils allèrent d'abord dans les îles Canaries , & delà en Amérique. Chacun donne de profondes raifons de fon rlftême.

Le révérend père Don Calrnet avoue , que l'opinion qui a le plus d'apparence & de yartifans , eji celle qui place Ip Cananéens en Afrique. Il cite Prccope, qui a vu dans

•: TanGienne

JOSU E, ±1%

l'ancienne ville de Tangis deux grandes colonnes de pierre blanche avec une infcription en caractères phéniciens j que perfonne ne put jamais entendre , portant ces propres mots. Nous fommes ceux qui nous jommes en* fuis devant le voleur Jofué fis de Num

Si nous nous en tenons au texte j il ejî difficile que jofué ait laijfé à ces peuples le tems & la facilité de s'enfuir, puif, qu'il tuait tout fans mif'ricorde , félon que le Seigneur l'avait ordonné pofitivement. Niais es qui étonne bien davantage » c'eji qu'après la mort de Jofué on retrouve ces mêmes Cananéens exterminés > plus puijfants que jamais , & tenant le£ Juifs dans Je plus rude ej'clavage pendant plus, de cent années $ jufquau tems de Saut & de David.

Fin des Commentaires sur Josué,

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