‹ La Bible enfin expliquéeChapitre 16 sur 19 · Tome J · texte numérisé non relu

Tome J

J U <ur IL OU

A Près la mort de Jofué les enfans d'Ifraeî confultérent le Seigneur , difant : qui montera avec nous contre les Cananéens , & fera chef de guerre ? Le Seigneur dit : ce fera Juda qui montera , car je lui ai donné cette terre. Juda monta donc , & Dieu lui. livra le Cananéen au nombre de dix mille hommes, (i).

Puis Juda & Siméon fan frère rencontrèrent le roi Adonibézec dans Bézec -7 ils le prirent & lui coupèrent les mains & les pieds. Alors Adonibézec dit : j'ai fait couper les mains & les pieds à foixante & dix rois qui mangeaient fous ma table les reftes de mon dîné ; Dieu m'a traité comme j'ai traité tous ces rois. ( 2 ).

( i ) Le Lecteur peut s'étonner > après avoir vu Jofué , à la tête de fîx cent mille combattants } mettre à feu & à fang tout le pays de Canaan > de voir encore ces mêmes vainqueurs obligés de combattre contre ces mêmes vaincus. La léponfe eft que quelques-uns avaient échappé j puifqu'en voilà déjà dix mille que Dieu donne à tuer à Juda. On difpute fi c'eft à un xapitaine nommé Juda , ou à la tribu de ce nom. Mais } capitaine ou tribu , c'elt une victoire de fùrérogation.

( i ) Le Lecteur croirait encore peut-être qu'il fuffifait de trente & un rois pendus ; mais en voilà encore foixante & dix non moins maltraités dans un pays de fept à huit lieues ; car il paraît } par les autres endroits du texte , que le peuple Juif n'en poffëdait pas alors davantage. On demande comment le Roi Adonifcézec 3 dont on ignore ig royaume , pouvait avoir fous

JUGE So

Dieu était avec Juda , & il fe rendit maître' des montagnes ; mais il ne put vaincre les habftans des vallées , parce qu'ils avaient des cha-* riots de guerre armés de faulx. ( 3 ).

Les enfans d'Ilrael habitèrent donc au milieu des Cananéens , des Héthéens , des Amorrhéens $ des Phéréféens., des Hévéens & des Jébuleens»

fa table foixante & dix rois qui mangeaient fans tdûnii De plus il fallait que cette table eût au moins fix vingt pieds de long. Enfin les Critiques trouvent ici cent 6C un Rois dans un pays un peu ferré. Chaque Roi ne pouvait avoir un royaume d'un demi quart de lieue. Ce font des Critiques frivoles , & des détails qui ne touchent point au fond des ehofes , toujours très - ref-> pectables.

( 3 ) Les favants Critiques ont élevé une grande diilpute fur ce fameux paiîage. La plupart ont aiïuré qu'il eft impoifible de faire manœuvrer des chariots de guer-. re dans ce pays , jout couvert de montagnes & de cailloux.

Secondement ils diferit , que le pays ne riourina.it point de chevaux ; & ils en aportent pour preuve tous les endroits de l'écriture où il eft raconté , que la plus grande magnificence était de monter fur de beaux ânes. Et jufqu'au tems des rois on voit que Saiil courait aoxès les ânefles de fon père quand il fut couronné.

Troiiîeniement , il n'eft point dit que ces peuples £ Cachés dans leurs montagnes & dans leurs cavernes jj euffent jamais fait la guerre à perfonne avant que les Israélites vinifent mettre tout leur pays à feu & à fang ; par cohféquent ils ne pouvaient avoir des chariots de fer armés, en guerre. Ces chariots ne furent inventés que dans les grandes plaines qui font Vers l'Euphrate» Ce font les Babyloniens & les Perfans qui mirent cette invention en pratique deux ou trois fiecles après Jofué.

Quatrièmement ; on reproche a l'auteur facré d'avoir laine entendre que le Seigneur pouvait beaucoup fur les montagnes , mais qu'il ne pouvait rien dans les vallées} & que les Juifs ne regardaient leur Dieu aue commet

Us épouferent leurs filles , & firent le rhal aux yeux du Seigneur , Ôc ils adorèrent Baal & Al" taroth. (4J.

un Dieu local , comme le Dieu d'un certain diflriel: , n'ayant aucun crédit fur celui <les autres ; femMable en cela à la plupart des dieux des autres nations. Mais le Dieu du ciel <ÔQ de la terre s'étair choifr, feion tous" les interprètes , un peuple particulier , & un lieu particulier poar y exercer juftice & miféricorde.

( 4 ) Les Critiques ne comprennent pas comment , tous les Cananéens ayant été exterminas- par une armée de fîx cent mille Ifraélites , & tout ayant été pa/Té au fil de l'épée fans miierieorde , les Hébreux cependant épouferent leurs filles , & donnèrent les leurs aux jenfans de ces peuples. Mr. Freret ibutient que Je texte eft corrompu. Cette comradiiftion , dit -il, eft trop forte. On lait dire dans le livre des Juges tout le contraire de ce qu'on a dit dans le livre de Jofué. Le livre des Juges fe contredit lui-même; il y eft énoncé., que les Jéfufeens demeurèrent dans Jémfaiem avec les enfans de Beniamin , comme ils y font encore aujourd'hui. Et il eft dit dans Jofué > que les enfns de }ada ne purent ex-f terminer les habhans de Jérufalem 3 & que le Jêbiîfém y habita avec les en fans de Jttda juïqu'à aujourd'hui, C'eft fur quoi Mr. l'Abbé de Tilladet , & fur-tout Mr. l'Abbé de Longuerue , avaient propofé de remettre dans leur ordre tous les- pafTages de l'écriture qui femblent fa contredire , & principalement les premiers chapitres des Juges & les derniers- chapitres de Jofué. Mais il n'y avait que l'Eglife feule , aflemblée en Concile , qui prît entreprendre un ouvrage fi hardi & fï pénible. Il etît fallu confronter tous les exemplaires des Eibles , toutes les différentes fautes des copiftes } toutes les différentes leçons. Il a paru plus prudent de laifTer l'ivraie avec le bon grain , que de s'exnoïer à perdre l'unir l'autre à la fois. Il ne refîe aux fidèles qu'à fe défier de ce qui eft intelligible ,& à n« point chercher l'explication de ce qui eft trop obfcur. Le médecin &ftriiç lui-même y a échoué.

Le Seigneur étant donc en colère contre Ifraël , les livra entre les mains de Cuzan Raza-thaïm roi de Méfopotamie » donc ils furent efclaves pendant huit ans. { $).

Les eafans d'Iirael furent efclaves d'E-

glon roi des Moabites pendant dix huit ans. . . . Les eafaas d'Iirael envoyèrent un jour des tri-

( ? ) Woolfion oie déclarer nettement que l'hiftoire des Juges eft fauffe , ou que ceile de Jofué l'eu d'un bout à l'autre. ïl n'eft pas poffibie , dit-il, que les Juifs aient été efclaves immédiatement après avoir détruit tous les habitons du Canaan avec une armée de fix cent mille hommes. Quel eft ce Cuzan Razathaïm Roi de Méfopotamie , qui vient tout d'un coup mettre à la chaîne tous les enfans d'Ifraël ? Comment eft-il venu de fi loin, fans qu'on dife rien de fa marche? Le texte dit bien, à la vérité, que c'eft un châtiment du Seigneur pour avoir donné leurs filles en mariage aux Cananéens , & pour en avoir reçu des filles. Mais il eft trop amé de dire , que lorfqu'on a été vaincu , c'eft p ïrce qu on a péché , &. que quand on a été vainqueur , c'eft parce qu'on a été fidèle. ïl n'y a aucune nation ni aucune bourgide de fauvages qui n'en puiiïe dire autant. Il fera toujours impollible de comprendre comment fix cent mille hommes peuvent avoir été réduits en fervitude dans le même pays qu'ils venaient de conquérir ; de-même qu'il eft impoffible qu'ils aient exterminé tous les anciens habitants , & qu'enfuite ils fe foient alliés avec eux. Cette foule de contradi&ions n'eft pas foutenable. Il eft dit qu'au bout de hait ans d'efclava^e ils charTereni & tuèrent ce Cuzan Razathaïm Roi de Syrie & de Méfopotamie 5 mais on ne nous inftnj.it point dune guerre qui dut être confidérable , & le le&eur refte dans l'incertitude.

Nous avons avoué dans toutes nos1 remarques , que le texte de l'écriture eft très difficile à entendre. Il peut y avoir des tranfpofitions de copifte ; & une feule fufKt dans toute l'hiftoire. Nous redifons que le mieux eft de s'en rapporter aux interprètes approuvés par l'Eglife.

buts à Eglon roi des Moabkes , par Aod fiïs de Géra. Aod fe fit un poignard à deux tranchans , ayant au milieu une poignée de la longueur d'une palme , & le mit fous fa tunique iiir fa cuifle droite.... Et il dit au roi dans fa chambre d'été , j'ai un mot à vous dire de la part de Dieu. Et le roi fe leva de fbn trône , & Aod ayant porté fa main gauche fur fon poignard à ion côté droit , le lui ,enfonça dans le ventre fi vigoureufement , que le manche fuimt le fer & fut recouvert de la graiflè d'Eglon , qui était fort gras. Et auffi-tôt les excrémens du roi , qui étaient dans fon ventre , fortirent par en bas... . (6).

( 6 ) C'eft cette ayanture fi célèbre qui a été tant de :fois citée chez plus d'un peuple chrétien , & dont on a tant abu.fé pour exciter les fanatiques au parricide & à FarTaffinat des Rois. On fait affez que du tenis de la ligue en. France les prédicateurs criaient en chaire , Il pbus faut un Aod. Grand Dieu } donnez-nous tm Aod ! 'a (aime Eglip- naura-t-el'.e jamais un <'hd ? On lait comme le moine Jaques Clément fut béatifié , comme on mit Ion portrait fur Fautel , comme on l'invoqua ; & on en aurait fait autant de Ravaillac , fi Henri ly. s'était trouvé dans les mêmes circonftances que Henri III. Les Romains ont toujours révéré Scévoia , qui voulut afiafiîner leur Roi Tarquin. Les Athéniens dreiferent des liâmes à Harniodius & à Ari!logiton , alTaffins des enfans de Piiîiîxate. Henri de Tranftamare a été loué des hiftoriens efpaçmois 3 pour avoir alTajRné fon propre frère &c fon Roi légitime déiarmé dans fa tente. Philippe 1 1. Roi d'Efpagne donna la nobleffe , non feulement de mile en mile , mais de filie en fille , à la famdie de Baltazar Gérard alfallin de Guillaume prince d'Orange.

Milton a fait un livre entier pour juftiher l'afTaifinat juridique du Roi Charles premier ; & dans ce livre il parcourt tous les meurtres des rois rapportés dans l'hif-

JUGES. 23ï

Aod Ce fauva pendant que tout le monde était troublé , & il lonna de la trompette fur la montagne d'Ephraïm. Les Ilraèlites fuivirent Aod , ils le faifirent des gués du Jourdain par où l'on palïè au pays des Moabkes ; & ils en tuèrent environ dix mille , oc aucun n'échappa. (7).

Et le pays fut en repos pendant quatre-vingt ans.... Après Aod fut Sangar , qui tua lix cent Philiftins avec un foc de charrue , 6c qui défendit Mrael.

Et après la mort d'Aod les fils d'ïfraël recommencèrent à faire le mal aux yeux du Sei-

toire fainte & dans l'hiftoire profane. On peut regarder ce livre comme le dictionnaire des aiïaffinats.

<Sordoiij dans les notes , eft pénétré d'une refpectueufe admiration poar l'afTaninat de Jules Céfar., tué en plein Sénat par vingt Peres-confcrits qu'il avait comblés de biens & d'honneurs. Ces aflaffins avaient le même prétexte qu'Aod, la Liberté.

Il n'eft point Tpécifié dans la lainte écriture que Dieu ait ordonné à cet Aod d'aller enfoncer fon poignard dans le ventre de fon Roi. Mais Aod , pour récompenfe , fut juge du peuple de Dieu. Cet exemple ne peut tirer à conféquence ; un jugement particulier du Seigneur ne peut prévaloir contre "les loix du genre humain émanées de Dieu-même. Aod était i ri l pi-ré par le Seio-neur ; & le moine Jaques Clément ne fut infpiré que par la rage du fanatifme.

( 7 ) Les Moabites ont été détruits par Jofué ; &£ ïh reparaifTent & reparaîtront encore ; Aod en tue dix mille. Il faut remarquer que ce petit pays de Moab n'eft point fîtué dans le Canaan propre , mais fort loin dans le défert de Syrie ; qu'il n'y a jamais eu dans ce défert qu'une très petite horde d'Arabes vagabonds -y que jamais il n'y eut ni ville , ni habitation fixe ; que le pays n'eft qu'un fable ftérile ; que ce n'eft qu'un paifage pour, aller vers Damas.

gneur ; & le Seigneur les livra à Jabin roi des Cananéens , dont la capitale était Azor. (8).

Les fils d'Ifrael crièrent -donc au Seigneur ; car Jabin avait neuf cent chariots de guerre ■armés de faulx ; & il les opprima avec véhémence pendant vingt ans. ( o ).

Or il y avait une prophétefïè nommée Débora femme de Lapidoth , laquelle jugeait le peuple Elle envoya donc chercher Barac , &

lui dit : le Seigneur Dieu d'Ifrael t'ordonne d'al-

• { 8 ) Qu'entend l'auteur par un repos de quatre -vingtans '{ Ces mots ne peuvent lignifier que les Juifs furent les maîtres de la contrée pendant ce grand nombre d'années , mais feulement qu'on ne les inquiéta pas. Il faut t>ien pourtant qu'on les inquiétât , puifque Sanpar fuc- .CeiTeur d'Aod tue fix cent Paleftins, ou Philiitins j, ou î^h; niciens; avec le 1er d'une charrue. Il fallait que ce jSangar fut auifi fort que Samfon.

Immédiatement après , les Juifs font réduits en efcla- Vage pour la troifieme fois par ces mêmes Cananéens qui avaient été exterminés jusqu'au dernier. Ce Cahos biftorique eft bien difficile à débrouiller. L'auteur facré écrivait pour des Juifs , qui probablement étaient inftmits des particularités de leur hiftoire , ce qui entendaient aifément ce que nous ne pouvons comprendre.

( 9 ) On n'a point encore entendu parler de ce Roi .Jabin , qui régnait dans le Canaan envahi par Jofué , & qui avait neuf cent chariots de guerre. Nous ne pouvons dire de ces chariots que ce que nous en avons déjà dit. Diodore de Sicile nous conte que le prétendu Séfoftris alla conquérir le monde avec dix-huit cent cha^ riots. Le Roi Jabin n'en pouvait conquérir que la moitié. Mais où avait-il pris fes neuf cent chariots l Et toujours la même queftion : Comment les fix cent mille fo'dats de Jofué , qui en avaient dû engendrer douze cent niille autres , furent-ils efclaves , & leurs enfans auifi?, efdaves dans ce petit terrein que Dieu leur avait pro-s mis par ferment .' ô Altitudo ! i

JUGE S. 23s

ïer & de mener dix mille combattons far le mont Thabor. ... ( 10 ).

Or Sizara ( capitaine des armées du roi Jabin ) fut faift de terreur. Le Seigneur renverfa tous les chariots 3c tous [es foldats dans la bou* che du glaive , de forte que Sizara defcendit de fon chariot pour mieux fuir à pied

Sizara ainfi fuyant parvint à la tente de Jaîiel femme d'Haber Cinéen , car il y avait paix alors entre Jabin roi d'Azor & la famille de Haber le Cinéen.

Jahel étant donc venue au-devant du capitaine Sizara , lui dit : entrez dans ma tente , ne craignez rien. Il entra dans la tente , Ôc elle le couvrit d'un manteau. Et il lui dit : donne-moi , je t'en prie , à boire , car j'ai grande fbif. Elle lui donna du lait plein une peau de bouc. Et Sizara s'étant endormi , Jahel , femme

(io) Débora eft la féconde prophéteife , car Marie fceur de Mofé le fut avant elle. Mais Débora fut la première & la feule qui fût Juge. On eft furpris de ne trouver ni dans le Lévitique , ni dans le Deutéronome , ni dans l'Exode , ni dans les Nombres , aucune loi qui permette aux femmes de juger les hommes. Il y a eu de tout tems , & dans toutes les hiftoires anciennes, des femmes qui ont prédit 1 avenir , miis on ne leur attribua jamais de jurifdidlion.

Le mont Thabor eft très-loin au Septentrion de cette ville d' Azor où demeurait le Roi Jabin , dans la baffe Galilée. Il fallait donc que le Roi Jabin eut conquis tout le Canaan. Auiîi quelques auteurs Juifs lui donnent une armée de trois cent mille fantaiîïns } de dix mille cavaliers , & de trois mille chariots.

Le mont Thabor eft une montagne très célèbre dans l'écriture fainte , par la iplendeur qui brilla fur la robe de Jéfus-Chrift > & par l'entretien qu'il eut avec Mo-, fé & Elie.

cTHaber , pre -îant un grand blôû de fa tente avec Uii marteau , rentra tout doucement , &z enfonça le clou à eoup de marteau dans la tempe & dans la cervelle de Sizara jufqu'en terre. Et le lomrneil de Sizara le joignit au fômmeil de la mort. ( 1 1 ) .

Or les enfans d'Iiraël rirent encore le mal devant le Seigneur ; & il les livra pendant fëpt ans entre les mains des Madianites , & ils furent très opprimés. Ils fe creuferent des antres dans les cavernes & dans les montagnes pour fe

(ii) L'action de Jahel a été regardée par les Critiques comme plus horrible encore que l'anaffinat du Roi Eglon par Aod; car Aod pouvait avoir du moins quelque excufe de tuer un prince qui avait rendu fa nation efclave ; mais Jahel n'était point juive , elle était femme d'un Cinéen qui était eh paix avec le Roi Jal>in. Nous n'examinons pas ici , comment le texte peut dire qu'un particulier était en paix avec un Roi qui avait trois cent miiie%hommes fous lés armes. Nous n'examinons que la conduite de Jahel qui affafùne le capitaine Sizara à coups de marteau , 6c qui cloue ïâ cervelle à terre. On ne dit point quelle récompenfe les Juifs lui donnèrent. Seulement on lui donne des' éloges dans le Cantique de Débora. Elle n'aurait aujourd'hui chez nous ni récompeafê ni éloge. Les tems font changes» ïl eft vrai que dans la guerre des fanatiques ces Cevenes , ces malheureux avaient une prophétefTe nommée la Grande Marie , qui dès que l'eiprit lui avait parlé , condamnait à la mort les captifs faits à la guerre ; mais c'était un abus horrible des livres facrés. C'efl: le propre des fanatiques qui iifent l'Ecriture fainte , de fe dire à eux-mêmes : Dieu a tué , donc il faut que je tue ; Abraham a rnêntij jacob a trompé , Rachel a volé, donc je dois voier, tromper, mentir. Mais, malheureux ! tu n'es ni Rachel , ni Jacob , ni Abraham , ni Dieu : tu n'es qu'un fou furieux , & les Papes qui défendirent la lecture de la Bible furent très figes.

cacher. . . . Et ils crièrent au Seigneur , lui demandant du fecours contre les Madianites. . . .

Or l'ange du Seigneur vint s'aiTeoir fous un chêne à Ephra , appartenant à Joas le chef de la. famille d'Efri. Et Gédéon fon fils battait & vannait fon bled dans le preifoir. L'ange du Seig leur lui apparut donc & lui dit : Dieu eft avec toi, ... tu délivreras Ifraël de la puuTance des Madianites. Et Gédéon lui dit : fi j'ai trouvé grâce devant toi, donne -moi un figne que c'eft toi qui parle à moi ; refle ici jufqu'àce que je revienne t'apporter un facriiice. Gédéon , étant donc rentré chez lui , fit cuire un chevreau & des galettes de pain. Il mit le jus dans un pot , Se l'apporta fous le chêne. L'ange du Seigneur étendit la verge qu'il tenait à fa main,- Se un feu fortit de la pierre fur laquelle était le chevreau Se les galettes , il confuma tout , Se l'ange difparut. ( 12).

Donc tout le Madian , Se Amalec , &

tous les" peuples orientaux s'afTemblerent & paf-

ferent le Jourdain Mais l'eiprit du Seigneur

remplit Gédéon , qui fonna du cornet Se aifem-

{ 12 ) Vorftius rejette l'hiftoire de Gédéon } & la croit inférée dans le Canon par une main étrangère. Il la déclare indigne de la Majefté du peuple de^Dieu. Ce n'eft pourtant pas à nous à décider de ce qui en effc digne. Gédéon ne fait ici que ce que fit Abraham. Dieu donna auffi un ligne à Mofé. Dieu donne des lignes à prelque tous les prophètes Juifs. Que ce foit dans un palais ou dans une grange , il n'importe. Dieu gouverna les Juifs immédiatement, par lui-même ; il leur parla toujours lui-même, foit pour les faveyrifer foit pour les châtier ; il leur donna toujours des lignes lui-même ; il agit toujours lui-même. Il apparaiffait toujours en homme. Mais à quoi pouvait-on le reconnaître l

iii juges.

bla toute la maifoh d'Abiézer Et Gédéon

dit à Dieu : fi tu veux fauver Ifrael par ma main , comme tu Pas die , je vais mettre une toifon dans mon aire ; & fi la rofée ne tombe que fur la toifon , le refte étant fec , je connaîtrai que tu veux fauver Ifrael par ma main. Et il fut fait ainfi , car fe levant la nuit il prêt fa fa toiibn , & il en remplit une talïè de rofée.

Il dit encore à Dieu : ne te fiche pas fi je demande encore un 'fi g ae pour gage ; je te prie que la toifon feule foit feche , & que la terre d'alentour foit humide. Et Dieu fit cecte nuit comme Gédéon avait demande ; la toifon fut fèchs , 5c la terre d'alentour fut humide. (13).

Gédéon entra donc dans le camp des

ennemis avec trois cens hommes à la première veille ; 8c ayant éveillé les gardes ils fe mirent à fonner du cornet , à calfer leurs cruches (dans lefquelles ils avaient mis leurs lampes) , & tout le camp des Madianites en fut troublé , 6c ils s'enfuirent en hurlant Or il ne relia

( 13 ) Le Curé Jean Mêiier > dans fon teftament , tourne toute cette hiftoire en ridicule , ôc le pot rempli de jus , ÔC l'aire ÔC le prefibir de Gédéon , ôc ce pauvre homme qui eft efclave dans un pays que Ton grand-pere avait conquis , étant un des fix cent mille vainqueurs de la Paleitine J & l'a défiance quand il eït fur que c'eft Dieu-même qui lui parle, ÔC Tes difeours avec Dieu, ôc les réponfes de Dieu , & la toifon tantôt feche } tantôt humide.

\ Tout cela , cependant , n'eft pas plus extraordinaire que le reJle. Calmet a raiibn de dire , que fi on fe révolte contre le merveilleux il faudra fe révolter contre toute la Bible. C'eft. pouffer les incrédules au pied du mur. Ils ne veulent jamais comprendre que ces tems-là n'ont aucun rapport avec les nôtres.]

à ce peuple oriental que quinze mille hommes , car on en tua cent vingt mille dans la bataille.

Gédéon eut loixante & dix fils fortis de la cuifïè i parce qu'il avait eu plufieurs femmes. Et une concubine qu'il avait à Sichem lui enfanta encore un fils nommé Abimélec.

Et hs Sichémites lui donnèrent loixante & dix fïcles d'argent , qu'ils tirèrent du temple de Baal bérith. Et Abimélec , avec cet argent , leva une troupe de gueux & de vagabonds. Et il vint à la maifon de (on père ( qui était mort}:, & il égorgea fur une même pierre fes loixante & dix frères fils de Gédéon. Et il ne relia que Joatham le dernier des erifans , qui fut caché. (15).

(14) A la vérité les gens de guerre de nos jours ne hazarderaient pas un pareil ftratagême. Ce n'élit poinfi avec trois cent cruches qu'on gagne à préient des batailles. Le texte dit que chacun des trois cent combattants tenait une lampe de la main gauche , & un cornet de la main droite. Ces armes font faibles ; leurs lampes ne pouvaient fervir qu; à faire difcerner leur petit nombre. Celui qui tient une lampe eft vu plutôt qu'il ne voit , à moins qu'il n'ait une lanterne iburde. C'eft-là ce que difent les Critiques. '

Auili cette victoire de Gédéon doit être regardée comme un miracle , & non comme un bon ftratagême de guerre. Ce qui rend le miracle évident } c'eft que ce§ trois cent hommes , armés d'une lampe & d'un cornet t tuent cent vingt mille Madianites. Nous paifons ici fous iïlence les peuples de Socoth , dont Gédéon brifa les os. avec les épines du déCert , pour avoir refufé des rafraîchifTements à fes troupes fat'iguées d'un li grand carnage. Nous verrons David en faire autant. Les juifs , ôc peuple & chefs 3c rois & prêtres , ne font pas trop miféri-* cordieux.

( i ? ) Les Critiques fe foulevent comrg cgfte multi-.

Et tous les hommes de Sichem & de Melïo # ou du Creux , allèrent établir roi Abimélec près du chêne qui était dans Sichem. Et Joatham ->• l'ayant appris , fe mit fur le haut de la montagne Gariiim , & dit aux gens de Sichem.

Les arbres allèrent un jour pour oindre uri roi ; & ils dirent à l'olivier, commande fur nous. L'olivier répondit : puis-je laiffer mon huile ,

dont les dieux & les hommes fe fervent ?

Puis au figuier .... Puis à la vigne , qui répon-

tude abominable de fratricides. Ils difênt que ce crime eft aufc improbable qu'odieux. La raiicn d'Etat , cette infâme exeufe des tyrans , ne pouvait être connue feiorï eux de la petite horde juive à peine fortie d'efclavage, & qui ne poffédait pas alors une ville. Ces cruautés n'ont été exercées, dit-on, que dans de vaftes empires, pour prévenir les révoltes des frères. Si Clotaire & Childebert fils de Clotilde a/Taffinerent deux petits enfans de Clotiide prefque au berceau, fi Richard III. en Angleterre aflaffina fes deux neveux , ii Jean fans terre affalEna le lien ; nous étions tous des barbares en ces tems-là : mais ces horreurs n'approchent pas de celle d' Abimélec, qui fut commife fans être excitée par un orand intérêt. Il Semble que les Juifs ne tuent que pour avoir le plaifir de tuer. On les repréfente continuellement comme le peuple le plus féroce , & le plus imbécille à la fois , qui ait fouillé & enfanglanté la terre.

Mais remarquons que les Livres faerés ne louent point cette aétion comme ils louent celles d'Aod & de JaheL

Les Critiques reprochent encore au peuple de Dieu, de n'avoir point eu de temple , lorlque les Phéniciens en avaient à Baal-bérithj à Sidon , à Tyr , à Gaza. Ils. ne peuvent concevoir comment le Dieu jaloux ne voulut pas avoir un temple aujîi , & donner à fon peuple dequoi en bâtir un, après lui avoir tant juré qu'il lui donnerait tous les royaumes, de la mer m é dit erra rie e à l'Euphrate. Ils demandent toujours compte à Dieu d«; fes a&ions j & nous nous bornons à les révérer.

dit •: puis-je abandonner mon vin , qui eft la joie

de Dieu & des hommes Puis au buiflba 9

qui dit : fi vous me voulez pour roi , mettezvous fous mon ombre , linon que le feu forte du buiiïon , & qu'il dévore les cèdres du Liban...

Puis Joatham s'enfuit . Abimelec gouverna

donc trois ans Ilrael. (16).

.... Le Seigneur étant en colère contre les Ifraëlites , les livra aux Philiftins & aux enfans d'Ammon , & ils furent violemment opprimés & affligés pendant dix-huit afis;. ( 17 ).

( 16 ) Voici le premier apologae qui l'oit parvenu jufqu'à nous ; car il y en a de plus anciens chez les Arabes, les Perfans ÔC les Indiens ■. Les cenfeurs , qui ont objecté que les arbres ne marchent pas , devaient coniidérer que fi la fable les fait parier , elle peut les faire marcher. Cet apologue eft tout-à-fait dans le goût orientai.

Le feul défaut de cette fable , eft qu'elle ne produit rien ; au contraire , Abimelec n'en règne pas moins fur. les Hébreux : c'eft-là le grand reproche de tous les. Critiques. Ils ne peuvent fouffrir que le guide , l'ami, le Dieu de Mole > de Joiué , le condu&eur de fon peuple * farTe régner un auiïï grand fcélérat qu' Abimelec. Jean Mêiier s'emporte jufqu'à dire , que cette fable du règne d' Abimelec eft bien plus fable que celle des arbres 3 ëc d'une morale bien plus condamnable , &c qu'on ne lait quel eft le plus cruel , de Moié , de Jofué & d' Abimelec,

Woolfton prétend que les Juifs étaient alors idolâtres ; & fa rail'on eit que l'olivier dit que Ion jus piait aux dieux & aux hommes. Il veut prouver d'après les prophètes , Se d'après St. Etienne, qu'ils furent toujours idolâtres dans le défert, où ils n'adorèrent que les Dieux Re-mpham èc Kium ; & il conclut delà que la religion Juive ne fut -véritablement formée qu'après la difperiion des dix tribus, & après la captivité de Babyione. Il eft vrai que les Juifs. de leur propre aveu , furent très fouvent idolâtres ; mais auffi c'eft pour cela fans doute qu'ils furent fi malheureux,

(17) Voilà encore } di-iént les Critiques ? les Juifs

Il y avait en ce tems-là un homme très fort & bon guerrier nommé Jephté le Galaadite , fils d'une proftituée & de Galaad. Or Galaad ayant eu d'autres fils de la femme , ceux-ci , étant devenus grands , châtièrent Jephté de la maifon comme fils d'une mère indigne. Et Jephté s'enfuit dans la terre de* Tob , & fè mit à îa tète d'une troupe de gueux tk de voleurs , qui le fuivirent. (18)» En

errants ou en efclava?e pendant dix-huit ans. G'eft laiîxieme fervitude dans laquelle ils croupirent , après $ être rendus maîtres de tout le pays avec une armée de fîx cent mille hommes. Il n'y a point d'exemple d'unq contradiction pareille dans l'hiftoire profane.

(18) Toland, Tindal , Woolfton, le Lord Bolingbroke , Mallet fon éditeur , prétendent prouver que les. Hébreux n'étaient que des Arabes voleurs 3 fans foi , fans loi , fans principe d'humanité, dont la feuie de-meure était dans des cavernes dont ce pays eft rempli , Se qu'ils en ïortaient quelquefois pour aller piller , & que les peuples voifins les pourfuivirent comme des bêtes fauvages , tantôt les punifiant par le dernier fupplice , tantôt les mettant en efclavage. Les Juifs-- mêmes avouent } dans les livres compofés par eux fi longtems après , que Jephté n'était qu'un chef de voleurs > Àbiméiec un autre chef de voleurs , fouillé du fang de toute fa famille. Ces Critiques n'ont pas honte de mettre Jofué , Caieb , Eléazar , & Mofe lui - même , annombre de ces voleurs. Le Lord Bolingbroke dit après •Marsham, que toutes les hordes Arabes de ce pays - là avaient coutume de voler au nom de leurs dieux > ÔC que c'était un ancien proverbe arabe , JJieu me l'a «donné , pour lignifier Je l'ai volé. lis foutiennent qu'il n'y avait point d autre jurifprudence parmi ces barbares > & que le fond même de toutes ces loix du Pentateuque ie rapporte au brigandage ; puilque la prétendue famille d'Abraham étant venue des bords de l'Euphrate 3 ne pouvait avoir rien acquis vers, le Jourdain que par ufurpationj Noug-

En' ce même tems les enfans d'Âmmon côrtl- Ibattant contre les enfans d'ifraël ) & les pourfuivant vivement, les Mraeiites fe réfugièrent vers Jephté , & lui dirent : foyez notre prince y & combattez pour nous-. Ils s'en- allèrent donc avec lui en Galaad , Sb tout le peuple l'élut poufprince. . .0 '

Jephté eiivoya des députés aux enfans -d' A my mon , & leur fit dire : le Seigneur Dieu d'ifraël a; détruit les Amorrhéens combattans contre fon peuple ; 6t maintenant vous voulez pofTeder lés terx res des Amorrhéens l . . . . ( 19 ).

Quoi donc ! ce que votre Dieu Ghamos po£

Nous répondons qu'il fallait bien que lés Hébreu» éulFent déjà des ioix , quand même ils auraient été aufl? barbares éc aulïï voleurs que ces' Critiques les repréfen-^ t'ent j car Jephté elt chaffé de la maifori dé fôn per© Comme fils d'une pfoftituéé. Ils répliquent qu'il n'y a aucune loi dans le Pentatèuque - même Contre les enfant des proftituées , & que , félon le texte ,- les enfans de» fervantes de Rachel & de Lia héritèrent comme l'es enfans de leurs maitrelTes 3 que par conféquenf aucune juriiprudence n'était encore établie chez lé peuple Juif j qu'il n'y eut jamais de^véritable loi dans ce téms - là parmi ces peuples vagabonds que la loi du partage de» dépouilles ; & qu'enfin toute cette hiftoiré ri'eft qu'uni' récit confus de vois & de brigandages. Calmet' y fur c©" pafTage de Jephté y avoue expreffératerit > que le nom dé vokur n'était pas aujji odkux autrefois qu'aujourd'hui.' Au--^ cune de ces raifons pour' & contre ne détruit le grand principe , que Dieu donne les biens à qui il lui plait^ C'eft-là , félon norré avis , le grand dénouement } qui ré-j fout toutes les difficultés des incrédules.

(19) Cette députatlon & ce difcours montrent évidemment , qu'il y avait déjà chez ces peuplés vin droit' des ?éns reconnu» Jephté , tout chef de voleurs qu'il § ft , agit en prince légitime dès qu'il eil reconnu chef

Toms ï% Q,

fede n'eft -il pas à vous de droit ? Laïfîèz - nous donc en porTelTion de ce que notre Dieu a obtenu par fes victoires. Nous avons habité pendant trois cent ans dans le pays conduis ; pourquoi , dans tout ce tems-là , n'avez-vous pas réclamé vos droits ? ( 20 ).. . .

des Hébreux. Il envoie des ambafTadeurs pour repréfenter fès raifons avant de les foutenir par les armes.

Nos adverfaires ne répondent à cet argument qu'en niant tous les anciens livres hébreux , àc qu'en lbutenant toujours qu'ils n'ont pu être compilés que par des Lévites ignorants dans des iiecles très éloignés de ces tems fauvages. Comme les Juifs , s'étant enfin établis à Jémfalem , eurent toujours la guerre avec les peuples voilins , ils voulurent enfin établir quelques anciens droits fur les terres qu'on leur difputait ; & ce fut alors, difent les Critiques , que les Lévites compilèrent ces livres fur d'anciennes traditions ; plus ils les remplirent de faits extraordinaires , de l'intervention continuelle de la divinité , & de prodiges entaifés fur d'autres prodiges, plus ils éblouirent leur peuple fuperfhtieux & barbare. L'intérêt perfonnel de ces Lévites, auteurs de ces livres , était qu'on crût fermement tous les faits qu'ils annonçaient au nom de Dieu , puifque c'était fur la croyance de ces faits-mêmes que leur fubfîltance était fondée.

Remarquons que ce Syftême des incrédules n'eft établi que fur une conjecture , & qu'une fuppolition , quand même e lie ferait très vraifemblable , ne fuffit pas pour constater les faits.

( 20 ) Nous fommes obligés de réfuter les Critiques prefque à chaque ligne. C'elt ici leur plus grand triomphe. Ils croient voir une égalité parfaite entre Chamos- Dieu des Ammonites > & Adonaï , Dieu des Juifs. Ils font convaincus que chaque petit peuple avait fon Dieu , comme ^chaque armée a fon Général. Saiomon" même bâtit un temple à Chamos. Ils croient que Kium , Phégor j Belréem , Belzébuth , Adonis , Thammus , Moloc , Melchom , Baalméom , Adad , Amaiec , Maladie 1 , Adramalec, Aflaroth , Dagon , Dercéto } Ater-

Juge s. 243

Après cela l'efprit du Seigneur fut fur Jephté. ïî courut tout le pays $ & il voua un vœu au Seigneur > difant : fi tu me livres les enfans d'Ammon j je te facrifierai en liolocaufte (au Seigneur) le premier qui fortira-des portes de ma maifon > &c qui viendra au-devant de moi...„ Jephté paifa enfuit e dans les terres des enfans d'Ammon , que Dieu livra entre fes mains , & il ravagea vingt villes.... Mais lorfque Jephté revint dans fa maifon à Mafpha , fa iille unique

gati , Marnas , Turo > &c. étaient des noms différents qui lignifiaient tous la même choie, le Seigneur du lieu. Chacun avait fon iéigneur du lieu ; & c'était à qui l'emporterait fur les autres feigneurs. Chaque peuple combattait fous Fétendart de fon Dieu , comme des peuples barbares de l'Europe combattirent fous les étendarts ;de leurs faints après la deftru&ion de l'Empire romain.

Nos incrédules foutiennent que cette vérité eft pleinement reconnue par Jephté* Ce que Chamos vous a donné eft à vous , ce qu'Adonaï nous a donné eft à nous. Il n'y a point de fophifme qui puiiFe détruire un aveu lî clair , & fi clairement énoncé. Calmet dit , que e'efl une figure de difcotirs qu'on appelle concejjîon. Mais il n'y a point là défigure de difcours, c eft un principe que Jephté établit nettement, & fur lequel il raifonne. Il faut, ou rejetter entièrement le livre des Juçes, ou convenir que Jephté admet deux dieux également puirTants.

La meilleure réponfe , à notre avis , ferait que le texte eft corrompu dans cet endroit par les copines , & qu'il n'était pas poifible que Jephté , qui avait entendu parler de tous les miracles du Dieu des Juifs en faveur de fon peuple , pût croire qu'il y eût un autre Dieu auilî puiflant que lui : non eji Dais 7 ficut Deus nojler.

On pourait encore dire que Jephté était fils- d'un adorateur de Baal , êc que peut-être il n'était pas encore aiTez inftruit de la religion du peuple Juif qui'l'a™ vait choifî pour fon chef.

courut au-devant de lui en danfant au fon dis tambour. Et Jephté l'ayant vue déchira Tes vêtemens , & lui dit ; helas 1 ma fille , tu m'as trompé , tk. tu t'es trompée toi-même ; car j'ai fait un vœu au Seigneur , & il faut que j'accomplifïè mon vœu. ( 21 ).

A quoi elle répondit : mon père , fi tu as fait un vœu , fais-moi félon ton vœu , punique cela t'a fait remporter la victoire fur tes ennemis j je ne te demande qu'une grâce ; laiiïèmoi defcendre fur les montagnes , afin que je pleure ma virginité pendant deux mois avec mes

compagnes Jephté lui répondit, va; ôc

ôe elle alla pleurer fa virginité fur les monta-

( zi ) Ce mot feul , je te facrîfierai en holocaufie , décide la queftion , fi longtems agitée entre les commentateurs , fi Jephté promit un vrai facrifice } ou fimplement une oblation qu'on pouvait évaluer à prix d'argent. S'il ne s'était agi que de quelques fîcies , de quelques dragmes, ce capitaine n'aurait pas déchiré Tes vêtements en voyant fa fille ; il n'aurait pas dit en gémif-. faut ; j'ai fait un voeu , il faut que je l'accompiiiiè. Ifeft ftatué expreifément au chapitre 27 du Lévitique , que tout ce qui fera voué au Seigneur; j'oit h&mme , Joit animal i ne Jlra yoïnt racheté , mais mourra de mort.

Nous forâmes donc obligés malgré nous de convenir y que félon le texte indifputahle des Livres fderés , Dieu , maître abfolu de là vie ék. ce la mort , permit les fucrifices de iang humain. ïl les ordonna même. Il commanda à Abraham de ikerifier fon fils unique ; &C il reçut le fang de -la fille unique de Jephté. S'il ^arrêta le bras d'Abraham , c eft que fon fils devait produire la race des Juifs ,- S>C s il n arrêta pas le bras de jephté , c'eft probablement parce que le peuple Juif était déjà nombreux. Nous ne propofons cette folutiôn qu'avec défiance > fâchant bien que ce n'eft pas à nous de devinée Jes deiieins & les raifons de Dieu»

gnes. Et après deux mois elle revint chez fora père ; & fon père lui fit comme il avait voué , étant encore vierge. Et delà vient que la coutume efl: encore parmi les filles d'Ifraël , de s'a£ fembler tous les ans , & de pleurer pendant quatre jours la fille de Jephté (22).

(jz ) La fille de Jephté demande de pleurer fa. virginité avant de mourir. C'était le plus grand malheur pour, les filles de cette nation , de mourir vierges ; delà vient qu il n'y eut jamais de religieufes chez les Juifs» Le mot descendre fur les montagnes n'e;t qu'une faute de copifte , une inadvertance.

Les mots , Il lui fit comme il avait voué , marquent trop clairement que le père immola la fille. Il avait voué un Jiolocaufte.

Calmet traduit très infidèlement le texte par ces mots , elle demeura vierge; il y a, étant encore vierge , ignorant l'homme. Cette faute eit d'autant plus impardonnable à Calmet , que dans fa note il dit tout le contraire. La voici , il l'immola au Seigneur , elle èiait encore vierge. Et dans fa difTertation fur le vœu de Jephté , il avoue que cette fille fut immolée.

Une raifon non moins forte que Calmet devait alléguer , c'eft que les filles juives pleurèrent tous les ans la fille de Jephté. pendant quatre jours 3 & cette coutume dure encore , dit le texte. - Cr certainement on n'aurait point pleuré tous les ans une fille qui n'aurait été qu'offerte au Seigneur, confacrée > reiigieufe.

Il réfuite de cette histoire que les Juifs immolaient des hommes , & même leurs enfants ; c'eft une choie incontestable.

Le même Commentateur dit que le facrifice. d'Iphigénie eft pris de celui de la fille de jephté. Rien n'eft plus mal imaginé } jamais les Grecs ne connurent les livres des Juifs ; & les fables grecques eurent toujours cours dans l'Afie.

Si le livre des Juges fut écrit du tems d'Efdras, il y avait alors cinq cent ans que Favanture d'Iphigénie , jirraie ou fauffe , était publique. §i ce livre fut écrit du

Cependant les hommes d'Ephraïm le mirent à crier , & paiTerent au lèptentrion , difant ; pourquoi , allant contre les Ammonites , ne nous a-t-on pas appelles ? Nous allons donc mettre le feu à ta maifon. . . . Jephté combattit donc contre Ephraïm ; & ceux de Galaad défirent ceux d'Ephraïm. ... Ils fe faifirent des gués du Jourdain par où les Ephraïmites devaient s'enfuir. Et lorfqu'un Ephraïmite , fuyant de la bataille , venait fur le bord de Peau , & difait , laifTez-moi pafTer , je vous prie , on lui re'pondait , prononce Schiboleth ; & comme ils prononçaient Siboleth , on les tuait auiTi tôt au paflage du Jourdain, Et il y en eut quarantedeux mille de tués. (23}.

îems de Saiil , comme quelques-uns le prétendent , il y a plus de deux cent ans entre la guerre de Troye } éc l'élection du roi Saiil.

Langlet , dans toutes fes tables chronologiques , dit dit que Jephté fit un vœu indifcret de confacrer fa fille à une virginité perpétuelle. Rien n'eft plus mal imaginé encore. Où ferait l'indifcrétion fi la virginité n'avait pas été une efpece d'opprobre chez les Juifs '( Le père Pétau } plus fincere , dit , unicam filiam mattàvit.

Flavien Jofephe , le feul Juif qui ait écrit avec quelque ombre de méthode , dit pofïtivement que Jephté immola fa fille. Cela ne prouve pas que l'hiftoire de Jephté foit vraie , mais que c'était l'opinion commune des Juifs. Un hiftorien profane > qui n'eft pas contemporain y n'eft que le fécrétaire des bruits publics , 8c Flavien Jofephe eft un auteur profane.

( ^S ) Mr. Boulenger prétend que Jephté n'était point îin Hébreu : » Qu'il n'eft dit nulle part qu'il fut Hé- 3i breu , que c'était un payfan des montagnes de Ga- » laad3 qui ne furent point alors poffédées par les Juifs j y> que s'il avait été prince des Hébreux , la querelle de 3> la tribu d'Ephraïm n'aurait pas eu la moindre vrai- » femblance 3 que d'ailleurs les gués du Jourdain prou»

.... Abdon fils d'Hilel de Paraton fut juge d'Ifraël. Il eut quarante fils , & de ces fils trente petits fils , qui montaient fur ibixante & dix ânons. . . .

Et les enfans d'Ifrael firent encore le mal devant le Seigneur , & ils furent efclaves des Philiflins pendant quarante ans. . . .

Or il y avait un homme de la tribu de Dan nommé. Manué , dont la femme était ftérile. Et l'ange du Seigneur apparut à fa femme & lui dit : tu es ftérile , tu concevras , ôc tu enfanteras un fils ; prends gar'çle de ne boire du vin & de la bière ; tu ne mangeras rien d'immonde...- le raibir ne parfera point fur la tête de ton fils , car il fera nazaréen de Dieu dès

5> vent que le rejlux du Jourdain vers fa fource , du y, tems de Joïué , eft un miracle inutile & abfoiument i> faux 3 que la fable de quarante deux mille hommes » tués l'un après l'autre aux gués du Jourdain , pour >■> n'avoir pu prononcer fchiboleth, eft une des plus grandi des extravagances qu'on ait jamais écrites j que fi qua- }> tre ou cinq fuyards feulement avaient été tués à ces » partages pour n'avoir pu bien prononcer , les quatan- ,, te-deux mille fuivants ne s'y feraient pas hazardés. }) Et de plus , dit-il, jamais ni la tribu d'Ephraïm } ni ,, toutes les tribus eniemble de ce miférable peuple , jj ne purent avoir une armée de quarante mille hom- ,3 mes : tout eft exagéré &C abfurde dans l' hiftoire jui- ), ve ; & il eft auili honteux de la croire , que de i'a- 3, voir écrite. fC

Il faut avouer que nul homme n'a parlé avec plus d'horreur & de mépris pour la nation Juive que j\lr . Boulenger , excepté peut-être Mylord Bolingbroke. Nous nous fommes fait une loi de rapporter toutes les objections , fans en rien diminuer , parce que nous fommes fûrs qu'elles ne peuvent faire aucun tort au texte.

j y JG E s.

|bn enfance, 8c dès le ventre de fa mère... EMf -enfanta donc un fils., &: elle Pappella Samfon,., 4 24 )-.,»

Nous jie déciderons point dans quel tems l'hiftoire ïacrée de Jep'hté fut écrite i il ïuffit qu'elle ioit recourue pour canonique.

( 24 S Nous voici à cette fameufe hiftoire de Samfon., l'.éternel fujet des piailànteries des incrédules. D'abord ils parlent de cette fe.rvitude de quarante années Comme des autres. Ceft leur continuel argunent contre la protection de Pieu accordée à ce peuple , êc .contre les miracles faits en fa faveur, fomais , difent- ■ils, on ne vit rien de plus infurieux à la divinité que •«le faire fon peuple toujours efclave. Et il n'y a pas da plus mauvaife excufe que d'imputer fon efclavage à fes péchés ; car ces yainqueurs étaient des idolâtres beaucoup plus pécheurs encore , s'il eft poffible. On répond que Dieu châtiait fes enfans plus fiverement qu'un autre peuple , parce qu'ayant plus fait pour eux ils étaient . plus criminels.

Le rafoir qui ne devait point paiFer fur la tête de Samfon forme une petite difficulté. On ne rafait point les Juifs; ils portaient tous leurs cheveux. On confacrait quelquefois une petite partie de fes cheveux à tous les dieux de l'antiquité. On mettait un peu de ces .cheveux fur les tombeaux. Et pour fe couper les cheveux il femble qu'il fallait plutôt des cifeaux qu'un ravoir. Cependant } on fe rafait entièrement chez pref- ,que toutes les nations , quand on venait remercier les dieux d'être échappé d'un grand péril. La plupart de ces coutumes viennent d'Egypte } où les prêtres étaient îafés.

Les Nazaréens chez les Juifs ne fe rafaieiit point la tête pendant le tems de leur Nazaréat , mais ils fe rafaient le premier jour de cette confécratien. Or ici il efc dit que Samfon ne fe rafa jamais. C'était donc une foi te de Nazaréat différent de celui qui était en ufage. "£a force finguliere pour laquelle il était fi renommé, cpnfîftait en fes cheveux.

L'ancienne fable du cheveu de Nifus roi de Mégare^

Samfon defcendit à Thamnatha -, & voyant des filles de Philiftins , il dit à ion père & à fa mère : j'ai vu des filles de Philiftins , j'en yeux époulèr une , donnez - moi celle - là parce qu'elle a plu à mes yeux.... (25 ).

êc de Corneto fille de Ptérélas , eft , félon nos Critiques , la fource dans laquelle une partie de lmftdire de Samfon eftpuifée. Ils croient que le refte eft pris de la faible d'Hercule , qui eut autant de force que Samfon , 6c qui fuccomba comme lui à l'amour des femmes. Le père Pétau fait naître Hercule douze cent quatre-vingt-neuf ans avant notre Ere ; & il ne paraît pas vraifembiable à nos Critiques que l'hiftoire de Samfon ait été écrite auparavant. C'eft fur quoi ils fondent leur fentiment , que toutes les hiftoires juives , comme nous l'avons déjà dit , font évidemment prifes, & çrofiîerement imitées des anciennes fables qui avaient cours dans le monde.

Le même Pétau, qui fait naître Hercule 1289 ans avant notre Ere , ne fait commencer les exploits de Samfon que 113 ? ans avant la même Ere. Suppofé qu'il eût commencé à vingt-cinq ans , il ferait donc né en onze cent dix. Hercule était donc né cent foixante &C dix-neuf ans avant Samfon. Il efl donc démontré, félon ces Critiques, que la fable de Samfon, trahi par les femmes , eft une imitation de la fable d'Hercule. Les fages Commentateurs répondent , qu il eft pofîïble que les deux avantures foient vraies , 8c que l'une ne foit point prife de l'autre ; que dans tous les pays on a vu des hommes d'une force extraordinaire , 6c que plus on eil vigoureux plus on fe livre aux femmes , & qu'alors on abrège fes jours.

( z$ ) Le curé Mêlier s'emporte à fon ordinaire contre cette hiftoire facrée , & plus violemment encore que contre les autres. „ Quelle pitoyable fottife , dît— „ il , de commencer la vie de Samfon , Nazaréen , par- „ ticulierement confacré au Dieu des Juifs , par la con- „ travention la plus formelle à la loi juive ! Il était j, rigoureufement défendu aux Juifs d'épauler des étraa-

Il vît en chemin un jeune Lion furieux & KUgiffant î il le déchira comme un chevreau , if avant rien dans Tes mains.

Et quelques jours après il trouva un efTain d'abeilles dans la gueule du Lion , 8c un rayon de miel (26).

Après cela il continua fon chemin. Et il prit trois cent renards , il les lia l'un à l'autre par la queue , & y attacha des flambeaux au milieu. Et ayant allumé les flambeaux il lâcha les renards , qui brûlèrent tous les bleds des Philiftins ^ tant ceux qui étaient dans Paire que ceux qui étaient fur pied , 8c les vignes , 8c les oliviers.. . . ( 27 ).

xt gères, & encore plus d'époufer une Philiftine. Ce- 9> pendant Manué & fa femme , qui ont conlacré Sam- 32 fon dès fa naiflance 3 lui donnent une Philiftine en 31 mariage , & cela dans une prétendue ville de Tham-- » natha qui n'a jamais exifté. Je voudrais bien lavoir 23, comnient des Philiftins pouvaient s'abaiifer jurqu'à 31 donner leurs filles à un de leurs efclaves ! «

( z6 ) Mêiier trouve l'avanture du Lion auffi ridicule que le mariage à Thimnatha. Il dit que les abeilles qui font eniuite du miel dans la gueule de ce Lion font la choie du monde la plus impertinente ; que les abeilles ne font jamais leur cire & leur miel que dans des ruches j qu'elles ne bâtifient leurs ruches que dans les creux des arbres , Se qu'il faut une année entière pour qu'on trouve du miel dans ces ruches ; qu'elles ont une averfion insurmontable pour les cadavres , ÔC que l'auteur de ce miférable conte était auffi ignorant que Don Calmet -, qui rapporte férieufement la fable des abeilles nées du cuir d'un taureau. Quand on a de telles impertinences à commenter , dit Mêiier , il ne faut point les commenter , il faut fe taire.

( 27 ) Il parle avec la même indécence de l'avanture des trois cent renards. Elle lui paraît un conte abfurde } qui ne l'aurait même a-mulex les enfants les plus imbé-

JUGES. 25ï

... . . Et ayant trouvé une mâchoire d'âne qui était à terre , il tua mille hommes avec cette mâchoire. (28 )• • • •

Et le Seigneur ouvrit une des dents molaires de la mâchoire d'âne, & il en fortit une fontaine. Et Samfon ayant bu reprit fes forces. . . . Et Samfon jugea vingt ans le peuple d'Iiraël.

Il alla à Gaza , y vit une profiituée , & entra dans elle. .... Il prit les deux portes de la

cilles. Calmet a beau dire que la populace de Rome fefait courir un renard avec un flambeau allumé fur le «dos. Bochart a beau dire que cet amufement de la canaille était une imitation de l'avanture des renards de Samfon. Mêlier nen démord point ; il foutient qu'il eft impoffible de trouver à point nommé trois cent renards 6c de les attacher enfemble par la queue 5 qu'il faudrait un tems trop considérable pour trouver ces trois cent renards , & qu'il n'y a point de renardier qui ptit attacher ainfi. trois cent renards. Si on trouvait , dit-îl un pareil conte dans un auteur profane , quel mépris n'aurait-on pas pour lui {

(28) La mâchoire d'âne avec laquelle Samfon tue mille Philiftins fes maîtres , eft ce qui enhardit le plus Mêlier dans fes farcafmes auffi infoients qu'impies. Il va jufqu'à dire ( nous le répétons avec horreur ) qu'il n'y a de mâchoire d'âne dans cette fable que celle de l'auteur qui l'inventa. Nous répondrons à la fois à toutes les criminelles injures de ce mauvais prêtre à la fin de cet article de Samfon.

( zp ) Cet indigne curé fe moque de la fontaine que î>ieu fait fortir d'une dent molaire , comme de tout le refte. Il dit qu'un mauvais roman , dépourvu de raifon } n'en eft pas plus refpeélable pour avoir été écrit par un Juif inconnu; que la légende dorée & le pédagogue chrétien n'ont aucun miracle qui approche de cette iou.r le d'abfur dites.

ville de Gaza , & les porta en la montagne d'Hébron. ( jo). . ..

En ce temsdà il y eut un homme du

mont Ephraïm nommé Michas , qui dit à fa mère : Les onze cent pièces d'argent que vous aviez ferrées , & qu'on vous avait priies , je les ai , elles font entre mes mains. Sa mère lui répondit : que mon fils foit béni au Seigneur. Mich-as rendit donc ces pièces d'argent à fa mère , qui lui dit : j'ai voué cet argent au Seigneur , afin que mon fils le reçoive de ma main, &c qu'il en fafïè une image fculptée jettée en fonte ; ôç voilà que je te le donne. Le fils rendit cet argent à fa mère , qui eu prit deux cent pièces d'argent , qu'elle donna à un ouvrier en argent pour en faire un ouvrage de fculpture jette

(30) Les portes de Gaza emportées par Samfon far iès épaules achèvent d'aigrir la bile de cet homme. Et lur ce que le lieu d'Hébron eft à douze lieues de la ville de Gaza 3 il nie qu'un homme puiiTe pendant la nuit y porter les portes d'une ville depuis minuit , tems auquel Samfon s'éveilla 3 jufquau matin, fut ce pendant 1 h y ver.

Nous répondons qu'il n'eft point dit qu'il les porta en une feule nuit ; que s'il aima une courtifane , c'eit de cela même que Dieu le punit. Nous n'avons pas parié de Ja critique que fait Mélier , de Samfon reconnu pour Juge des Hébreux tandis qu'ils étaient efciave?. Cette critique porte trop à faux. Les Philirtins pouvaient très bien permettre aux Juifs de fe gouverner félon leurs loix, quoique dans Pefciavage. C'elî une eholç dont on a des exemples.

Po"ur les prodiges étonnants opérés par Samfon ; ce font des miracles qui montrent que Dieu ne veut pas abandonner fon peuple. Nous avons dit vingt fois , que ce qui n'arrive pas aujourd'hui arrivait fréquemment 4ms ces tems-là. Nous croyons cette réponfe fuffifante^

JUGES. 2jy

en fonte , qu'on mît dans la maifon de Michas. Il fitauîïi un Ephod & des Téraphim, c'eft- à-dire y des vêtements lacerdotaux & des idoles.... Il remplit la main d'un de fes enfans , & en fit fora prêtre. (31) Il n*y avait point de roi alors en liraëi , mais chacun faiiait ce qui lui femblak bon. Il y eut auffi un autre jeune homme de Be^ thléem qui eft en Jud.a , qui était fon parent y &c il était Lévite , & il habitait dans Bethléem. Et étant forti de Bethléem pour voyager £c chercher fortune , quand il vint au mont Ephraïm il fe détourna un peu pour aller dans la maifon de Michas Interrogé par Michas d'où iâ venait ,

il répondit : je fuis Lévite de Bethléem de Juda \ je cherche à habiter où je pour ai.

(31) L'hiftoire de Michas femble entièrement ifblée. Elle ne tient à aucun des événements précédents. On voit feulement qu'elle lut écrite du tems des rois Juifs , oa après ces rois par quelque Lévite , ou par quelque Scribe. C'eft une des plus fingulieres du Canon juif, êc des plus propres à faire connaître i'efprit de cette natiotr avant qu'elle eût une forme régulière de gouvernement. Nous ne nous arrêterons point à concilier les petites contradictions du texte. Mais nous remarquerons avec l'abbé Tilladet , que Michas & fa mère font des dieux , des idoles fcuiptées , Ôi tombent précifément dans le même péché qu Àaron & les Iiraëiites , fans que le Dieu d'Israël y faffe la moindre attention. Il croit que ce n'eil point un Lévite qui a écrit cette hiftoirç , parce que 3 dit-il, si! avait été Lévite, il aurait marqué au.moiî^ quelque indignation contre un tel facriiége,'

Le lavant Frtret penié que chaque livre fut écrit es différents tems par différents Lévites ou Scribes , qui ne fè communiquaient ■ point leurs ouvrages ■ & même que l'avanture de Michas peut fort bien avoir été écrite avant que la Genefe & l'Exode fuflent publics. Sa rai~ fon eft qu'on trouve ici des avantures à-peu-près fembla» blés à celles dj| l'Exode & de la Genefe , mais hem-

Michas lui dit : demeure chez moi , tu me (k* ras père & prêtre ; je te donnerai par an dix pieces d'argent & deux tuniques avec la nourriture... Et en ce tems-là il n'y avait point de roi en Israël... (32).

Et la tribu de Dan cherchait des terres pour y

habiter Ayant donc choifi cinq hommes des

plus forts pour fervir d'elpions & reconnaître le

coup moins merveilleufês. Ce qui fait penfer que l'auteur de la Genefe & de l'Exode a voulu enchérir fur l'auteur de Michas.

Ce fentiment du docle Fréret nous femble trop téméraire ; mais il eft très vraifemblable que la horde juive , qui erra fi longtems dansées déferts ôc dans les rochers , le fit de petits dieux & de petites idoles mal fculptées avec des inftruments groffiers, & que chaque famille avait fes idoles dans fa maifon , comme Rachel avait les iîennes. Ce fut l'ufage de prefque tous les peuples , comme nous l'avons déjà obfervé.

(31) Selon Fréret cette hiftoire , très-curieufe ,. prouve que de tout tems il y eut des pères de famille qui voulurent avoir chez eux des efpeces de chapelains &C d'aumôniers. Il prétend avec pluiîeurs autres , que l'efclavap-e où les Juifs étaient réduits dans la terre de Canaan , n'était pas un efclavage tel que celui qu'on effiue à Maroc ëc dans les pays d'Alger & de Tunis j que c'était une elpece de main-morte ; telle qu'elle a été établie dans toutes les provinces chrétiennes. II était permi à ces hordes Hébraïques de cultiver les terres, & ils en partageaient les fruits avec leurs maîtres. Ainfï il pouvait y avoir quelques familles riches parmi ces efclaves , qui dans la fuite des tems s'emparèrent ■ d'une partie du pays , & fe firent des chefs que nous nommons rois.

La veuve Michas & fes enfans étaient des payfans àleur aife. Il eft naturel qu'un Lévite pauvre ; Se n'ayant point de profefïîon , eût couru le pays pour chercher à gagner du pain. Ce jeune Lévite était un des efclaves demeurants à Bethléem petit village auprès du village

JUGES. àjf-

pays. Les cinq hommes vinrent à la montagne

d'Lphraïm Ils entrèrent chez Michas , &

ayant reconnu le Lévite à fon accent <> ils le prièrent de confolter le Seigneur pour lavoir fi leur ent,reprife ferait heureuie. Il leur répondit : allez en paix ? le Seigneur a regardé votre voie '& le voyage que vous faites. . . .

Donc les cinq eipions s'en allèrent à Laïs, Ils y virent les habitans qui étaient fans nulle crainte 5 en repos & en fécurité comme les Sidoniensy perfonne ne leur réiiftant , extrêmement riches 9 éloignés de Sidon , c* féparés du refte des hoiBmes. (33). ;

de Jcrufalem , dans le pays des Jébuféens ; & il eil à croire que les Hébreux n'avaient jamais eu en ce temslà aucune terre en propre. Bethléem & Jéruialem font;, comme on lait , le plus mauvais pays de la Judée. AinS il n'eft pas étonnant que ce Lévite allât chercher fortune ailleurs.

( 35 ) Il eft affez difficile de comprendre comment la horde Hébraïque , difperfée & efclave dans ces pays 3 ofoit envoyer des eipions à Laïs , qui était une ville appartenante aux Sidoniens. Mais enfin la choie eft poiïïble. Les efclaves des Romains firent de bien plus grandes entreprifes fous leur chef & compagnon Spartacus,. Les mains-mortables d'Allemagne , de France & d'Angleterre , prirent plus d'une fois les armes contre ceux qui les avaient afîervis. La guerre des payfans d'Allemagne , & fur- tout de Muniter , eft mémorable dans fhiitoire. CJelt-là dit Fréret , le dénouement de toutes les difficultés de fhiftoire juive. Les Hébreux errèrent très longtems dans la Paleftine. Ils furent manœuvres 3 régilfeurs , fermiers , courtiers , poflefTeurs de terres main-mortables , brigands , tantôt cachés dans des cavernes , tantôt occupant des défilés de montagnes ; Se enfin cette vie dure leur ayant donné un tempérament plus robufte qu'à leurs voiiins , ils acquirent en propre s par h révolte & par le carnage , le pays où iis n'avaient

Ils revinrent donc vers leurs frères, auxquels il? dirent : montons vers ces gens-là , car la terre

eft très-riche & très-grafTe Il partit donc

alors de la tribu de Dan un corps de fix cent hommes retroufïes en armes belliqueufes.. . . Ils parlèrent en la montagne d'Ephraïm , ôc étant venus en là maifon de Michas. . , . emportèrent l'image taillée , l'éphod , les idoles , & l'image jettée en fonte. Le prêtre Lévite leur dit : que faites vous là ? Et ils répondirent : tais-toi ; ne vaut-il pas mieux pour toi d'être prêtre de toute Une tribu d'Ifrael , que d'être prêtre chez un" lèul homme?.... Le Lévite le rendit à leur difcours. Il prit l'éphod , les idoles & les images de fculpture , èc il s'en alla avec eux. ( 3^).- .... Et Michas courut après eux en criant. 11*

dirent

été d'abord reçus que comme les Savoyards qui vontv en France } Se comme les Limouilns ÔC les Auvergnacs' qui vont faire les moinoâs -en Efpagne. Cette explication du do,lte Fréret ferait très piaunble , fi elle n'était pas contraire aux livres faints. L'Ecriture n'eit pas un' ouvrage qui puiffe être loumis à la raifon humaine.

(34) Il n'eft donc point abfoiument contre la vraiiêmblance que lîx cent hommes des hordes Hébraïques' aient paiTe en pleine paix par les déniés continuels desmontagnes de la Palelïine , pour aller faire un coup demain lur les frontières des Sidoniens , & piller la petite ville de Lais. Chemin tefant ils trouvent le prêtre de la famille Michas : ce prêtre le difait devin , Se telles font les contradictions de l'efprir. humain , que prefque tous les voleurs font fuperfïitieux. Les bandits qui ravageaient l'Italie dans les derniers fiecies , ne manquèrent jamais de faire dire des mefTes pour le fuccès de leurs entreprifes. Les Gorfes en dernier lieu fe confefTaient' avant d'aller affaffiner leur prochain ; Se ils avaient tou-, jours- un prêtre à leur tête dans leurs brigandages.

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JUGE S"; $ff

dirent à Michas : que veux-tu? pourquoi cries-* tu ? Michas répondit : vous m'enlevez mes dieux que je me luis faits, & mon prêtre; 05 vous me demandez pourquoi je crie. «.." . «

Les enfants de la tribu de Dan lui dirent i prends-garde > ne parle pas (i lia ut > de peur qu'il ne vienne à toi des gens peu endurants $ qui poliraient te faire périr toi & ta maifon,».,*

Ils continuèrent donc leur chemin les fïx cent hommes & le prêtre , & ils vinrent dans la ville de Lais chez ce peuple tranquille qui ne fe défiait de rien. Ils firent périr par la bouche du glaive tous les habitans , & brûlèrent la villes (35).....

Les fïx cent voleurs Juifs prirent donc le Lévite' dé Michas, ôc fes ornements faerés. Michas court après fes dieux, comme Laban après les fiens lorfque fa fille! Rachel les lui vola. Nous avons obfervé qu'Ehée , eri fuyant de Troye vers le tems où le livre de Michas fut écrit , ne manqua pas =d'emporter fes petits dieux avec lui. Il y a de très grandes reCmblanCes dans toute l'hif? toire ancienne.

L'auteur facre n'approuve ni Michas , ni fon Lévite' J ni la tribu de Dan.

(55) Il eft étrange, dit l'abbé de Tilladet, que' îa horde juive , dès qu'elle prend une ville ou un village , mette tout à feu ÔC à fang , manacre tous lés hommes , toutes les femmes mariées , tous les beftiaux , Se brûle s tout ce qui pouvait leur lervir dans un pays dont ils étaient turs d'être un jour les maîtres > puifque Dieu le leur avait promis par ferment. Il y a non feulement une barbarie abominable à tout égorger , mais une folie incompréhenfible à fe priver d'un butin dont ils avaient un befoin extrême.

Nous répondrons à l'objedtion prenante de Mr. l'Abbé de Tilladet , que fans doute les Juifs ne brûlaient que ce qu'ils ne pouvaient pas emporter , comme raai-

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