Tome L R
Ils s'approprièrent doncjj$fcs idoles de fcuîpture, &c ils établirent pour «prêtre Jonathan fils de Gerion fils de Moylè , pour être leur prêtre lui & Ces enfants dans la tribu de Dan jufqu'au jour où elle fut captive. Et l'idole de Michas demeura parmi eux tout le tems que la maiion de Dieu fut à Silo. (36)
ions & meubles qui n'étaient pas à leur ufage , mais qu'ils emmenaient avec eux les filles, les vaches, les moutons & les chèvres ,-. avec quoi ils Te retiraient dans les cavernes profondes qui font fi communes dans ces montagnes , &C qui peuvent tenir jufqu à quatre à cinq, mille hommes. S'ils égorgeaient jufqu'aux filles dans Jérico , c'était par un ordre exprès du Seigneur , qui voulait punir Jérico.
(36) Il faut toujours un prêtre à ces voleurs. Mais ce que Mr. l'Abbé de Tilladet ne peut croire , c'eft qu'un petit-fils de Mofé lut lui-même ^rand-prêtre des idoles dans une caverne de fcélerats. Celafeul, dit-il, ferait capable de lui faire rejetter du canon ce livre de Michas. Cela montre , dit Fréret , la décadence trop ordinaire dans les grandes familles. Le fils du roi Perfee fut greffier dans la ville d'Albe ; & nous avons vu les defcendants des plus grandes maifons demander l'aumône.
Le texte dit que l'idole de Michas demeura dans la tribu de Dan jufqu' à la captiyité , pendant que la maifon de Dieu était à Silo. Silo était un petit village, qui appartint depuis à la tribu d'Ephraïm. La maifon de Dieu dont il ell parlé ici , eît le cofre , ou l'arche , le Tabernacle du Seigneur. Il faut donc que les Hébreux 3 efclaves alors , euiïent obtenu des maîtres du pays la permiiïion de mettre leur arche dans un de leurs villages. Cette permitfion même , dit Mr. Fréret , ferait le comble de leur aviliiîtment. Des gens pour qui Dieu avait ouvert la mer rouge & le Jourdain, & arrêté le Soleil & la Lune en plein midi , pouvaient-ils ne pas pofféder une fuperbe ville en propre , dans laquelle ils auraient bâti un temple pour leur arche ?
On répond que ce temple fut en effet bâti plvifieurs
tJrï Lévite avec fa femme ne voulurent point paner par Jébus ( qui fut depuis jérufaiem )« Ils allèrent à Gab'aa pour y demeurer* Et y é-tant entrés , ils s'aifirent dans la place publique ? & perfonne ne voulut leur donner l'hofpitalité» Un vieillard les fit entrer dans la maiibn, Se donna à manger à leur âne. Et quand ils eurent lavé leurs pieds \ il leur fit un feftin. . . .
Pendant le fouper il vint des méchants de la ville , gens fans frein , qui environnèrent la maifon du vieillard , frappant à la porte & criant ; fais-nous fortir ce Lévite afin que nous en abusions. Le vieillard allant à eux 7 leur dit : mes frères , ne faites point ce mal ; cet homme eft mon hôte; ne conlbmmez pas cette folie; j'ai une fille vierge , & cet homme à là concubine avec lui ; je vous les amènerai pour que vous les mettiez fous vous & que vous aifouviiiiez votre déannées après dans Jérufaiem , & qu'un fiecle de plus ou de moins n'eft rien dans les conieiis éternels de la pro^ vidence.
Il eft difficile d'entendre le fens de l'auteur facré x quand il dit que l'idole de Michas refta dans la tritm de Dan jufqu'au tems de la captivité. Pluiïeurs commentateurs croient que l'avanture de Michas arriva immédiatement après Jofué.
Or Jofué mourut félon le comput Hébraïque l'an du monde z<>6i ; & la grande captivité fut achevée parle roi Salmanazar en l'an 3183. Les idoles de Michas <Sc leur fervice feraient donc dans la tribu de Dan fepe cent vingt-deux ans. Cette hiftoire,, comme on voit »■ n'eft pas fans de grandes difficultés ; & la feule fournit fion aux décirions de l'Eglife peut les réfoudre.
Ce qu'on peut recueillir de ces hiftoires détachées i qui fembient toutes fe contredire , c'eft que le culte hébraïque ne fut jamais uniforme ni fixé jufqu'au tems d'Efdras.
%6q JUGE S.
bau|che ; (-37) feulement, je vous prie, ne commettez pas ce péché contre nature avec cet homme.
Or le Le'vite , voyant qu'ils n'acquiefçaient pas à cette proportion , leur amena lui-même fa concubine ,* il la mit entre leurs mains , èc
(37) L'Hiftoire du Lévite & de fa femme ne préfente pas moins de difficultés. Elle eft ifolée comme la précédente, Se rien ne peut indiquer en quel tems elle eft arrivée. Ce qui eft très extraordinaire , ceft qu'on y trouve une avanture à-peu-près femblable à une de ceiles qui font consignées dans la Genefe ■■> oL c'eft ce que nous allons bientôt examiner.
Le Lévite qui arrive dans Gabaa , & avec qui les Gabaïtes ont la brutalité de vouloir conibmmer le péché contre nature , femble d'abord une copie de l'abomination des Sodomites qui voulurent violer deux anges.- Nous verrons ces deux crimes infâmes punis , mais d'une manière diiféreme. Le Lord Bolingbroke en prend, occafïon d'invediver contre le peuple Juif, & de je regarder comme le plus exécrable des peuples. ïi dit qu'iL était prefque pardonnable à des Grecs -voluptueux , à de jeunes gens parfumés , de s'abandonner dans un moment de débauche à des excès très condamnables , dont on a horreur dans la maturité de l'âge. Mais il prétend qu'il n'eft gueres poffibie qu'un piètre marié, & par conféquent ayant une grande barbe à la manière des orientaux & des Juifs , arrivant de loin fur fon âne accompagné de fa femme , & couvert de pouffiere , ptit infpirer des déiirs impudiques a toute une ville. Il n'y a rien , leion lui , dans les hiftoires les plus révpkanres de toute l'antiquité > qui approche d'une infamikji peu vraifemblabie. Encore les deux anges" de Sodome étaient dans la fleur de 1 âge , & pouvaient tenter ces malheureux Sodomite?.
Ici les Gabaïtes prennent un parti que les Sodomites réfutèrent. Loch propofa fes deux filles aux Sodomites, oui n'en voulurent point. Mais les Gabaïtes affouviifent leur brutalité fur la femme du prêtre > au point
ils en abuferent toute la nuit. Quand les ténèbres furent difiipées , la femme retourna à la porte de la maiibn & tomba par terre. ... Le Lévite s'étant levé pour continuer fa route , trouva fa femme fur le ieuil étendue & morte. Ayant reconnu qu'elle était morte , il la mit fur fon âne Se s'en retourna en fa maiibn. Et étant venu chez lui, il prit un couteau 6V coupa le cadavre de fa femme en douze parts avec les os , & 'en envoya douze parts aux douze tribus
d'Iïrael. (38)
Alors tous les enfans (Tlfraël s'aiTemblerent comme un feul homme , depuis Dan ju'fqu'à Berfabée , devant le Seigneur à Maipha. Et ils envoyèrent des députés à toute la tribu de Benjamin pour leur dire : pourquoi avez-vous fo-uf-
qu'elle en meurt. Il eft à croire qu'ils la battirent après Tavoir deshonorée , à moins que cette femme ne mourut de l'excès de la honte oc de l'indignation qu'elle dut reffentir ; car il n'y a point d'exemple de femme qui foit morte fur le champ de l'excès du coït.
La maifon du Lévite , dans laquelle ie Lévite ramena le cadavre fur fon âne ,~ était devers la montagne d'Ephraïm 3 & fa femme était du village de Bethléem ; on ne fait s'il rapporta fa femme à Bethléem ou à Ephraïm.
{38) L'idée d'envoyer un morceau du corps de fa femme à chaque tribu,, eft encore iàns exemple , & fait frémir. Il fallut donc envoyer douze meifagers chargés de ces horribles reftes. Mais où étaient alors ces douzes tribus ( On croit que cette feene ianglante fe parla pendant une des . fervitudes des Juifs.
Et puifque cette hiftoire du Lévite eft placée dans le Canon après celle de Michas , il faut qu'elle foit du tems de la dernière fervitude , qui dura quarante ans. Mais nous verrons dans ce iyftême une difficulté pref« que infurmontable.
ttfa. JUGES,
£ert un fi grand crime parmi vous ? livrez-nous les liommes de Gabaa coupables , afin qu'ils meurent. Les Benjamites ne voulurent point écouter cette députation , mais ils vinrent de toutes leurs villes en Gabaa pour la fecourir , & combattre contre tout le peuple d'Ifraël. Il y avait vingt-cinq mille combattants de la tribu de Benjamin outre ceux de Gabaa , qui étaient £èpt cent hommes très vaillants. .... 6c les enfans d'Ifraël étaient quatre cent^miile hommes portant les armes. (3y )
{39) Si cette avanture arriva durant la grande fèr- -yitude de quarante ans , on eft embarrafle de lavoir comment ies douze tribus s'arTemblerent } 8c comment leurs maîtres le fouffrirent. C'était naturellement aux poffeffeurs du pays qu'on devait s'adreiTer pour punir un crime commis chez eux. C'eÛ le droit de tout les Souverains , dont ils ont été extrêmement jaloux dans tous les tems.
X/e texte donne vingt-cinq mille combattants à la tri- 2>u de Benjamin qui prit le parti des coupables , & quatre cent mille combattants aux onze autres tribus. En foppofant la population égale , chaque tribu aurait eu trente cinq-mille quatre cent fëize ibldats. Et en ajoutant Jes vieillards , les femmes & les enfants , chaque tribu devait être compofée de cent quarante un mille ûx cent foixante & quatre personnes , qui font pour les douze tribus un million , fix cent quatre-vingt-dix-neuf mille , neuf cent foixante & huit perfonnes.
Or , pour qu'on tint en fervitude un nombre fi prodigieux d'hommes , parmi lefqueis il y en avait quatre cent vingt-cinq mille en armes , il aurait fallu au moins huit cent mille hommes en armes pour les contenir. Et comment les maîtres laifTent-iis des armes à leurs efclaves ? quand il eu dit au livre des Rois Chap. XIII } que les Phiiiftins ne permettaient pas aux Juifs d'avoir tm feul forgeron , de peur qu'ils ne fi£ent des épées & des lances 3 Ù" qtte tous Us Ifraèlites étaient obligés d'aller chez les ¥hi'-
Les enfants d'îlrael marchant dès la pointe du jour , vinrent fe camper près de Gabaa. Mais Jes enfants de Benjamin étant ibrtis de Gabaa tuèrent en ce jour vingt-deux mille hommes des enfants d'Ifraél. (40)
Et les enfans d'Ifraél montèrent devant le Seigneur & pleurèrent devant lui , & le confulterent , difant : devons-nous combattre encore ? & Ui Seigneur leur répondit : allez combattre. Ils allèrent donc combattre, & les Benjamites leur tuèrent encore dix-huit mille hommes. (41 ). . . . Ôc l'arche du Seigneur était en
ce lieu Enfin le Seigneur tailla en pièces
aux yeux des enfants d'ifrael vingt-cinq mille
&: cent Benjamites ou grands guerriers. -.
Puis les Benjamites , étant entourés de leurs ennemis, perdirent dix-huit mille hommes en cet endroit, tous gens de guerre & très- robustes Ceux qui étaient refiés prirent la
fuite; mais on en tua encore cinq mille. Et
lijlins pour faire éguifer le foc de Lurs "chantes ; leurs hoyaux , leurs coignées & leurs fcrpettes.
Cette difficulté eft grande. Nous ne diffimulons rien.
(40) On eft encore étonné ici que le Seigneur protégeât les Benjamites qui étaient du parti le plus coupable , contre tous les Ifraëîites qui étaient du parti le plus jufte.
( 41 ) On eft étonné bien davantage , qu'après avoir marché une féconde fois par l'ordre exprès de Pieu , les Ifraëîites foient battus une féconde fois ^ Si qu'ils perdent dix-huit mille hommes. Mais aulïi ,- ils font en^aite entièrement vainqueurs. Tout ce qui peut faire un peu de peine 3 c'eft le nombre effroyable d'Ifraëlites égorgés par leurs frères , depuis l'adoration du veau d'or jufquà ces guerres intertines.
ayant pafîe plus loin on en tua encore deux mille , (42) •
Les enfants d'Ifraèl étant retournés du combat tuèrent tout ce qui reftait dans Gabaa , depuis les hommes jufqu'aux bêtes. Er une flamme dévorante détruiiit toutes les villes &c les villages de Benj?.min
Or les enfants d'Ifrael avaient juré à Mafpha , difant : nul de nous ne" donnera fes filles en mariage aux fils de Benjamin. Ils vinrenc donc tous en la maifcn de Dieu à Silo , & ils commencèrent à braire & à pleurer , difant : pourquoi un û grand mal eft -il arrivé ? faudra-t-il qu'une de nos tribus péiïffe ? . . . Où nos frères de Benjamin prendront - ils des femmes ? ( 43 ) car nous avons juré tous eniemble qUe nous ne leur donnerions point nos filles ! . . . . Ils dirent alors : il n'y a qu'à voir qui font ceux de toutes les tribus qui ne fe font point trouvés au ren-
(42.) Il femble que les Benjamites , qui n'étaient que Vingt-cinq mille en aimes , en aient pourtant perdu cinquante' mille. Mais on peut aifément entendre que le texte parie d'abord en général de vingt-cinq mille hommes îués'j Se dit enfuite en détail comment ils ont été tués. ( 43 ) Ceux qui nient la poflibîlité de tous ces événements , doivent pourtant convenir que le caractère des Juifs eft bien marqué dans cette douleur qu'ils règlement au milieu de leurs victoires , de voir qu'une de leurs tribus court rifque d'être anéantie. Ce qui aurait -détruit les prophéties & les prédictions de l'empire des dpu^e tribus fur la terre entière.
; La définition de la vdle de Gabaa , de tous les homfees (k déboutes les bêtes, le Ion leur coutume > ne les effarouche pas, mus 'la perte d'une de leurs tribus les i't.'idut. Rien n'eft plus naturel dans une nation qui efpgi-ait que fes douze tribus aiTerviraient un jour toutf. ■r terte. > , •
dez-vous de l'armée à Mafpha. Et il fe trouva que ceux de Jabès ne s'y étaient point trouvés. lis envoyèrent donc dix mille hommes très-robuftes avec cet ordre : allez , & frappez dans la bouche du glaive tous les habitants de Jabès , tant les femmes que les petits enfants , tuez tous les mâles & les femmes qui ont connu des hommes , & rêfervez les filles Or il fe trouva
dans Jabès quatre cent filles qui étaient encore vierges. On les amena au camp de Silo dans la terre de Canaan. ( 44 )
Alors les enfants de Benjamin revinrent , & on leur donna pour femmes ces quatre cent filles de Jabès. Mais il en fallait encore deux cent , & on ne pouvait les trouver. Voici donc la réfolution que les Ifraëlites prirent : Voici une fête qui va fe célébrer au Seigneur dans Silo \ Benjamites , cachez-vous dans les vignes ; Ôz. torique vous verrez les filles de Silo venir dan-
Ç 44 ) Cette manière de repeupler une tribu a paru bien finguliere à tous les Critiques. Tout le peuple Juif eft ici fuppofe égorger tous les habitans d'une de les propres villes , pour donner des filles à lès ennemis. On maflacre les mères pour marier leurs filles. Le curé Mêiier dit , que ces fables de fauvages feraient dreiïer les cheveux à la tête fi elles ne fêlaient pas rire . Nous avouons que cet expédient pour rétablir la tribu' de Benjamin eft d'une barbarie finguliere ; mais Dieu ne l'ordonna pas. Ce n'eft point à lui qu'on doit s'en prendre de tous les crimes que commet fon peuple ; Ce font des tems d'anarchie.
Les Critiques infiftent •-, ils difent que Dieu fut confulté pendant cette guerre , que fon arche y était préfente : mais on ne trouve point dans le texte que Dieu ait été conlulté quand ils tuèrent tous les habitants de Jfibès avec toutes les femmes & les petits enfants.
z&6 JUGES.
fer en rond félon la coutume, fortez tout d'un coup des vignes , que chacun prenne une fille pour fa femme , & allez au pays de Benjamin. Les fils de Benjamin firent félon qu'il leur avait été prefcrit ; chacun prit une des filles qui danfaient en rond , & ils allèrent rebâtir leurs villes & leurs maifons. (45)
( 4Î ) Nous ne favons comment excufer cette nouvelle manière de completter le nombre des fix cent filles qui manquaient aux Benjamites. .C'eit précifement devant l'arche qui était à Silo, félon le texte 3 c'eft dans une fête célébrée en l'honneur du Seigneur , c'eft fous fes yeux que l'on ravit deux cent filles. Les Ifraëlites joignent ici le rapt à l'impiété la plus grande. On doit convenir que tout cet amas d'atrocités du peuple de Dieu eft difficile à juftifier.
Ce dernier rapt a quelque reffmblance avec l'enlèvement des Sabines dans Rome. Il y a dans l ' éiahlifllment de tous les feupks quelque chofe de fi féroce , qu'il femb 1er ait qu'on dut pardonner aux Critiques qui révoquent en doute toutes les hijloirts anciennes j mais nous ne pouvons pas douter de celle des Juifs. S'il y a des chofes embarr ajfantes & révoltantes four le commun des leCleurs } ce qu'il y a de divin doit nous fermer la bouche.
Fin du Commentaire sur les Juges.