‹ La Bible enfin expliquéeChapitre 2 sur 19 · Tome L A · texte numérisé non relu

Tome L A

bonne. Et il divifa la lumière des te'nébres. II fit un foir & un matin qui fit un jour.

Dieu dit encor : que le ferme , le firmament ? foit au milieu des eaux, 6c qu'il fépare les eaux

dans l'eipace. Defcartes même fut longtems dans cette erreur. C'eit Romer le Danois , qui le premier a démontré que la lumière émane du foleil > & en combien de minutes. Les critiques ofent dire que fi Dieu avait d'abord répandu la lumière dans les airs pour être pouf. fée par le foleil & pour éclairer le monde , elle ne pouvait être pouffée , ni éclairer , ni être féparée des ténèbres ; ni faire un jour du foir au matin , avant que le foleil exiilât : cette théorie eft contraire ( difent-ils ) à toute phiiique & à toute raifon : mais ils doivent fonger que l'auteur faeré n'a pas prétendu faire un traité de phiiofophie & un cours de phyiîque expérimentale. Il fe conforma aux opinions de fon tems, & fe proportionna en tout aux efprits groiSers des Juifs pour lefquels il écrivait : fans quoi il n'aurait été entendu de perfonne. Il eft vrai que la Genefe eft encor difficile à entend te ; aufîi les Juifs en défendirent la lecture avant 1" âge de vingt-cinq ans ; Se cette défenfe fut aifément exécutée dans un pays où les Livres furent toujours extrêmement rare.

Ce Dogme , que Dieu commença par la création de, la lumière , eit entièrement conforme à l'opinion de T ancien Zoroailre , ëc des premiers Perfans : ils diviferent la lumière des ténèbres ; jufques-là les Hébreux & les Perfans furent d'accord ; mais Zoroaftre alla bien plus loin. La lumière &c les ténèbres furent ennemis , & Harimane^ Dieu de la nuit , fut toujours révolté contre Oromaze le Dieu du jour : c'était une allégorie fenfible , & d'une phiiofophie profonde. Voyez hidk Chapitre IX.

Il a. paru en 1774 un ouvrage fur les fix jours de notre création par le docteur Chrifander 3 profeffeur en théologie. Il allure que Dieu créa le fécond jour la matière électrique } &C enfuite la lumière , qu'alors la -vénérable Trinité qui n'avait point reçu de dehors l'idée exemplaire de la lumière vît que la lumière était bonne & avait fa perfection. Tout le commentaire de Mr. Chrifandeç sfï dans ce goût, il faut en féliciter notre fieclc.

des eaux.... (4)... . Et Dieu fit deux grands Liminaires, le plus grand pour préfider au jour» iSt le petit pour préfider à la nuit, & diviièr la lumière des ténèbres ëc du jour.

Et du ioir au matin le fit le quatrième jour.

Dieu dit auffi : gque les eaux produisent des reptiles d'une ame vivante, & des volatiles fur la terre fous le ferme du Ciel

Et Dieu lit les bêtes de la terre félon leurs efpeces, & Dieu vie que cela était bon. Et iî dit : faifoni l'Homme à notre image , &c reiïèmblance (5). Et qu'il préiide aux poiiïbns delà

( 4 ) Racach lignifie le folide , le ferme , le firmament»' Tous les anciens croyaient que les deux étaient folides s & on les imagina de criftal 3 puifque la lumière panait à travers. Chaque aitre était attaché à l'on Ciei épais & tranfparent : mais comment an valte amas d'eaii pouvait-il le trouver fur ces firmaments ! ces océans céleftes auraient abforba toute la lumière qui vient dU foleil & des étoiles , & qui eft réfléchie des planètes. La chofe était impoiïïbie , n'importe ; on était afiez ignorant pour penfer que la pluie venait de ces cieux fu-. périeurs , de cette plaque , de ce firmament. C'ell 1© îêntiment d'Origene : de St. Auguftin , de St. Cyrille , de St. Ambroife, & d'un nombre confidérable dq Dodleurs.

Pour avoir de la plaie il fallait que l'eau tombât diï firmament. On imagina des fenêtres , des cataractes qui s'ouvraient & fe fermaient : c'eft ainfl que dans l'Amérique Septentionale les pluies étaient formées par les querelles d'un petit garçon céiefte & d'une petite fille célefte , qui fe difp utaient une cruche remplie d'eau jj le petit garçon caifait la cruche, & il pleuvait.

( S ) C'était encor, une idée univerfeilement répandu© dans notre Occident , que l'homme était formé à l'image^ des Dieux. Finxtt in ejjigiem moierantium cuntla Deorumè JL'antiquité profane était antropomorfite. Ce n'était pas l'homme qu'elle imaginait femplable aux Dieux : eUg

mer , & aux volatiles du ciel 8c aux bêtes , Se à la terre univerfelle , Se aux reptiles qui fe meuvent fur terre.

Et il fit l'homme à fon image; & il le fit mâle & femelle. Et du foir au matin fe fit le fixieme jour ( 6 ).

Et il acheva entièrement l'ouvrage le feptieme jour; 6c il fe repofa le feptieme jour, ayant achevé tous fes ouvrages.

Et il bénit le feptieme jour, parce qu'il avait cefTé tout ouvrage ce jour-là, ôc l'avait créé pour le faire ( 7 ).

fe figurait des Dieux femblables- aux hommes. C'eft pourquoi tant de philofophes difaient que fi les chats s'étaient forgés des Dieux , ils les auraient fait courir après les fouris. La Genefe > en ce point comme ea plufieurs autres , fe conforme toujours à l'opinion vuJU gaire , pour être à la portée des fimples.

( 6 ) Voila l,homme & la femme créés ; & cependanfi quand tout l'ouvrage de la création eft complet , le Seigneur fait encor l'homme ; & il lui prend une côte, pour en faire une femme. Ce n'eft point > fans doute , une contradiction : ce n'eft qu'une manière plus étendus .d'expliquer ce qu'il avait d'abord annoncé.

(7)1/ l'avait créé four le faire: c'eft une expreiïion hébraïque qu'il eft difficile de rendre littéralement. Elle refTemble à ces phrafes fort communes ; en s'en allant , ils s'en allèrent ; en pleurant, ils pleurèrent.

Une remarque plus importante eft que le premier Zoroaftre fit créer l'univers en fix temps qu'on appella les fix Gahambars ; ces fix temps qui n'étoient pas égaux compoferent une année de trois cent foixante & cinq jours. Il y manquait fix heures ou environ 5 mais c'était beaucoup que dans des temps fi reculés Zoroaftre ne fèi fut trompé que de fix heures ; nous ne croyons pas que le premier Zoroaftre eût neuf mille "ans d'antiquité 3 comme on l'a dit 3 mais il eft inconteftable que la religion des Periaris exiftait depuis très-longtemps.

Ce font là les générations du Ciel & de la Terre; & le Seigneur n'avait point fait encor pleuvoir fur la terre ; & il n'y avait point d'hommes pour cultiver la terre.

Mais une fontaine forfait de la terre 7 & arrofait la furface univerfelle de la terre ( 8 ).

Et le Seigneur Dieu forma donc un homme du limon de la terre.

Et il lui foufla fur la face , ( en hébreu ) dans les narines un ioufle de vie (9).

Or le Seigneur Dieu avait planté du commencement un jardin dans Eden (10).

( 8 ) Ce ne peut être fur tout le globe que cette fon* îaine verlait tes eaux. Il faut apparemment entendre par toute la terre l'endroit où était le Seigneur. Il n'y avait point encor de pluie ; mais il y avait des eaux inférieures ; & il faut que ces eaux inférieures euffent produit cette fontaine.

( 9 ) Dieu lui fouffla, v.n fotïfjïe, prouve qu'on croyait que la vie coniifte dans la refpiration. Elle en fait effectivement une partie efTen:ielle. Ce paffage fait voir > ainfl que tous les autres, que Dieu agiffait comme nous, mais dans une plénitude infinie de puiffance : il parlait y il donnait les ordres , il arrangeait } il fo uflait , il plantait , il pétrifiait , il fë promenait , il faifait tout de fes mains.

(10) Ce jardin, ce verger d'Eden } était néceffaire pour nourrir l'homme & la femme. D'ailleurs dans les pays chauds où l'auteur écrirait 3 le plus grand bonheur était un Jardin avec des ombrages. Longtemps avant l'irruption des Bédoins Juifs en Paieftine , les jardins de la Saana auprès d'Aden ou Eden , dans l'Arabie , étaient très fameux 3 [es jardins des Hefpérides en Afrique l'étaient encor davantage. La Province de Bengale , à caufe de fes beaux arbres & de fa fertilité j s'appelle toujours ie jardin par excellence ; & aujourd'hui même encor le grand Mogol dans fes Edits nomme tou^ jours le Bengale le Paradis terrejlre.

g GENESE.

Le Seigneur Dieu avait auiïi produit du limon , tout arbre beau à voir , & bon à manger.

Et l'arbre de Vie au milieu du jardin , & l'arbre de la fcience , du bon & du mauvais, (i i).

De ce lieu d'Eden un fleuve fortait pour arrofer le jardin.

Et delà le divifait en quatre fleuves ; Pun a nom Phyfon. C'eft celui qui tourne dans tout le pays d'Evilath, qui produit l'or (12). Et l'or

On trouve auiîî un jardin > un paradis terreftre dans l'ancienne Religion des Perians ; ce paradis terreftre s'appeliait flian^-dizotivho : il eft appelle ïran-vigi dans le Sadder qu'on peut regarder comme une abrégé de la doctrine de cette ancienne partie du monde. , Les Brachmanes avaient un pareil jardin de temps immémorial. Le Révérend Père Dom Calmet Bénédictin «le la Congrégation de St Vanne & de St Idulphe , dit en propres mots : Nous ne douions point que le lieu où fat fiante le paradis terreftre ne JubjijU encore,

(11) Cet arbre dévie, & cet arbre de la fcience ,' put toujours embarraïTé les commentateurs. L'arbre de vie a t-ii quelque rapport avec le breuvage de i'immortalité } qui de temps immémorial eut tant de vog^e dans tout T orient i II eft aifé d'imaginer un fruit qui fortifie Se qui donne de la fanté : c'eft ce qu'on a dit du Coco , des Dattes, de l'Anana, du Ginfing, des Oranges ; mais Mn arbre qui donne la fcience du bien & du mal eil une cliofe extraordinaire. On a dit du vin qu'il donnait de l'Llpfit : FacunJi calices qUem non ficére difcrtum ! mais jamais le vin n'a fait un favant : il eft difficile de fê faire Aine idée de cet arbre de la fcience : on eft forcé de le regarder comme une allégorie. Le champ de l'allégorie eft lî vafte ., que .chacun y bâtit à fon gré : il faut donc s'en tenir au texte iacré ■ fans chercher à l'approfondir.

C iz ) Les Commentateurs conviennent allez que le iPhyfon eft le Phafe : c'eft un fleuve de la Mingrelie qui qui aia fource dans une des branches les plus inaccelE- 5bles du Caucafe. Il y avait furement beaucoup d'or Sans £e pays, puifque l'auteur facré le dit. C'eft au-

'de cette terre efl excellent ; & an y trouve le bdellium & l'onyx.

Le fécond fleuve eft Géon, qui coule tout autour de l'Ethiopie (i.3).

Le troifieme efl le Ty.gr e qui va contre les Aiïyriens.

Le quatrième efl l'Euphrate.

Le feigneur Dieu prit donc l'homme Se le mit dans le jardin pour le travailler & le garder.

Et il lui ordonna, difant, mange de tout bois du Paradis , mais ne mange point du bois de la feience, du bon ce du mauvais (13 bis.)

jourd'hui un Canton fàuvagè , habité par des Barbares qui ne vivent que de ce qu'ils volent. A l'égard du Bdellium , les uns difent que c' elt du baume } les autres que ce font des perles.

( 13 ) Pour le Géon , s'il coule en Ethiopie } ce n® peut être que le Nil : & il y a environ dix hait cent îieues des fources du Nil à celles du Phafe. Adam & Eve auraient eu bien de la peine à cultiver un fi grand jardin. Les fources du Tygre & de PEuphrate ne font qu'à foixante lieues l'une de l'autre • mais dans les parties du globe les plus efearpées & les plus impratiquafcles : tant les chofes font changées,

Ce Tygre qui va chez les Ajjyriens prouve que l'au-^ leur vivait du temps du Royaume d'Affyrie ; mais l'étabiiiTement de ce Royaume eft une autre chaos. Remarquons feulement ici que le fameux Rabin Benjamin De Tudele , qui voyagea dans le douzième liecle en Afrique & en Aile , donne le nom de Philbn au grand fleuve d'Ethiopie ; nous parlerons de ce Benjamin quand nous en ferons à la difperfion des dix Tribus.

( 13 bis ) L'Empereur Julien , notre ennemi , dans fora trop éloquent difeours réfuté par St. Cyrille , dit que le Dieu Seigneur devait au contraire ordonner à l'homme fa créature de manger beaucoup de cet arbre de la feience du bien & du mai ; que non feulement Dieu lui avait donné une iète p enfante qu'il fallait néceifairement inflruire 3 mais

Car le même jour que tu en auras mangé tu mourras de mort très certainement (14).

Et le lèigneur Dieu dit . il n*efl pas bon que l'homme lbit ièul. Fâîforis - lui une aide qui fbiç Semblable à lui.

Eionc le feigneur Dieu ayant formé de terre tous les animaux ck tous les volatiles du Ciel, il les amena à Adam, pour yoir comment il les nommerait,

qu'il était encore plus indifpenfable de lai faire connaître le bien & le mal; pour qu il remplit fes devoirs ; que la défenfe était tyrannique & abfurde > que c'était cent fois pis que û on lui avait fait un eftomac pour l'empêcher de manger. Cet empereur abufe des apparences , qui font ici en fa faveur , pour accabler notre ^Religion de mépris & d'horreur : mais notre fainte Religion n'étant pas la juive ; ei;e s'en: foutenue par les miracles contre les raifons de la phiiofophie : d'ailleurs la miihoiogie était, auilî abfurde que la Genefe le parut à l'empereur Julien , $c fa Religion n'avait pas comme la notre une fuite continue de miracles & de prophéties, qui ont foutenu mutuellement ce divin édifice.

(14) Ce n'était fins doute qu'une peine comminatoire ; puifqu'Adam & Eve mangèrent de ce fruit , & vécurent encor neuf-cent-trente années. St. Auguitin dans fon premier Livre , des mérites des pécheurs } dit qu'Adam fera t mort dès ce jour-là s'il n'avait pas faiî pénitence.

Le premier Zoroafire avait aufH placé un homme & fa femme dans le paradis terreftre. Le premier homme était Micha , & la première femme Mishqna. Chez Sanconiaton ce font d'autres noms. Chez les Bracmanes c'efr. Adimo"& Procriti. Chez les Grecs , c'eit Prométhée & Pandore 3 mais des ficelés entiers de philofophes ne reconnurent pas plus un premier homme qu'un premier arbre. Chaque nation fit fon fyitême , oC toutes avaient befoin de ia révélation de Dieu même pour connaître ces chofes fur lefque'les on difpute encore , & qu'il n'gft pas donné à l'homme de connaître.

Car le nom qu'Adam donna à chaque animal eft Ton vrai nom (15).

Mais il ne trouva point parmi eux d'aide qui fût femblable à lui.

Le feigneur Dieu envoya donc un profond fommeil à Adam ; & lorfqu'il fut endormi , le feigneur Dieu lui arracha une de fès côtes, ôe mit de la chair à la place ■(lô\)

Et le feigneur Dieu conftruiiit en femme la côte qu'il avait ôtée à Adam j & il la préfenta à Adam.

C 15$) Cela fuppofe qu'il y avoit déjà un langage très abondant >& qu'Adam connaiffant tout d'un coup les propriétés de chaque animal , exprima toutes les propriétés de chaque efpece par un feul mot ■-, deforte que chaque nom était une définition. Aiaiî le mot qui répond à cheval , devait annoncer un quadrupède avec fes crins , la queue , fon encolure ■> fa viteffe , fa force. Le mot qui répond à éléphant , exprimait fa taille , fa trompe } fon intelligence , &c. Il eft trille qu'une fi belle langue foit en-, tiérement perdue. Plufieurs favans s'occupent à la retrouver. Ils y auront de la peine.

On a demandé II Adam nomma auffi les poiflbns. Plufieurs Pères croient qu'il ne nomma que ceux des quatre fleuves du jardin ; mais tous les poiffons du monde pouvaient venir par ces quatres fleuves : les baieines pouvaient arriver de l'Océan par l'embouchure de l'Euphrate.

( 16 ) St. Auguîlin ( de Geneji ) croit que Dieu ne rendit point à Adam fa côte ; & qu'ainfi Adam eut tous jours une côte de moins : c'était apparemment une des faunes côtes ; car le manque d'une des cotes principales etlt été trop dangereux : il ferait difficile de comprendre comment on arracha une côte à Adam fans qu'il le fentit^fî cela ne nous était pas révélé. Il eft aifé de voir que cette femme formée de la côte d'un homme , eft un fymbole de 1J union qui doit régner dans le mariage: cela n'empêche pas que Dieu ne formât réellement Eve de la côte d'Adam , à la lettre 5 un fait allégorique n'en eft pas moins un fais.

eo GENESE.

Or Adam & fa femme étaient tout nuds 5c «l'en rougiraient pas (17).

Or le ferpent était le plus rufé de tous les animaux de la terre , que le feigneur Dieu avait £ûts (18).

Et il dit à la femme : pourquoi Dieu vous at-il défendu de manger du bois du jardin?

La femme lui répondit : nous mangeons de fout fruit , de tout arbre du jardin ; mais de l'arbre qui eft au milieu du jardin , Dieu nous a défendu d'en manger, de peur qu'en le touchant nous ne mourions.

Le ferpent dit à la femme : Vous ne mourrez

(17) Pluileurs peuplades font encor fans aucun vêtement. Il e(t très probable que le froid fit inventer les habits. Les femmes iur-tout fe firent des ceintures pour recevoir le fang de leurs règles. Quand tout le mond» eii nud , perfonne n'a honte de l'être. On ne rougit que par vanité : on craint de montrer une difformité que les autres n'ont pas.

(18) Le ferpent panait en effet , du tems de l'auteur facré 3 pour un animal très- intelligent & très fin. II était ie iymboie de l'immortalité chez les Egyptiens, fiuiîeurs peuplades l'adoraient en Afrique. L' Empereur Julien demande quelle langue il parlait ? Les chevaux .d'Achille parlaient Grec : & le ferpent d'Eve devait parler la langue priniidve. La converfation de la femme ÔC du ferpent n'efi point racontée comme une chofe furnaturelle & incroyable, comme un miracle } ou comme «ne aliégoiie. Nous verrons bientôt une àneffe qui parle j & nous ne devons point être furpris que les ferpens , qui avaient plus d'efprit que les ânes , parlaient encore mieux. On voit les animaux parier dans plusieurs hiitoires Orientales. Le pohTon Oanne3 fortait deux fois par jour de l'Euphrate pour prêcher le peuple. On a recherché iï le ferpent d'Eve était u;ne couleuvre , ou une vipère , ou un afpic , ou une autre efpece 3 mais 911 n'a aucune lumie* ?e fur cette quefiion.

GENESE, ït

point: car dès que vous aurez mangé de cet arbre , vos yeux s'ouvriront , & vous ièrez comme les Dieux (19) fâchant le bon & le mauvais.

La femme donc vît que le fruit de ce bois était bon à manger, & beau aux yeux, d'un afpedl délectable, prit de ce fruit, en mangea, & en donna à fon mari , qui en mangea.

Et les yeux de tous deux s'ouvrirent , & connaiifant qu'ils étaient nuds , ils coufurent des feuilles de figuier & s'en rirent des Ceintures.

Le fèigneur Dieu fe promenait dans le jardin ( 20 ) au vent qui foufle après midi : & Adam <8c îa femme fe cachèrent de la face du Seigneur Dieu , au milieu des bois du Jardin.

Et le Seigneur Dieu appella Adam* & lui

( 19 ) Il eft difficile de favoîr ce que le ferpent entendait par des Dieux ; de favans commentateurs ont dit que c'étaient les Anges : on leur a répondu qu'un ferpent ne pouvait connaître les Anges ; mais par la même raifon il ne pouvait connaitre les Dieux. Quelques-uns ont cru que la maiignité du ferpent voulait par là introduire déjà la pluralité des Dieux dans le monde ■■> mais il vaut mieux s'en tenir à la {implicite du texte que de fe perdre dans des fjftêmes.

(2.0) Le Seigneur fe promené ; le Seigneur parle ;' îe Seigneur fouille j le Seigneur agit toujours comme s'il était corporel. L'antiquité n eut point d'autre idée de la Divinité. Platon paffe pour le premier qui ait fait Dieu d'une fubftance déliée, qui n'érait pas tout-à-fait corps. Les critiques demandent fous quelle forme Dieu fe montrait à Adam , à Eve 3 à Gain 3 à tous les Patriarches , à tous les prophètes , à tous ceux auxquels il parla de fa propre bouche. Les Pères répondent qu'il avait une forme humaine , & qu'il ne pouvait fe faire connaitre autrement ayant fait l'homme à fon image ; c'était Topiniora des anciens Grecs ? adoptée par les anciens Romains..

dit: Adam, où es -tu? (21).

Il répondit: j'ai entendu ta voix dans le Paradis; ik, j'ai craint, parce que j'étais nud, ôc je me fuis caché.

Et Dieu lui dit : qui t'a appris que tu étais nud ? Il faut que tu aies mangé ce que je t'avais ordonné de ne pas manger.

Et Adam dit : la femme que tu m'as donnée m'a donné du fruit du bois , & j'en ai mangé.

Et Dieu dit à la femme : pourquoi as -tu fait cela? Elle répondit: le lerpent m'a trompé; tte. j'ai mangé.

Et le Seigneur Dieu dit au ferpent: parce que tu as fait cela , tu feras maudit entre tous les animaux ôc bêtes de la terre; tu marcheras

( 21 ) Il eft palpable que tout ce récit eft dans le Mile d'une hiftoire véritable > & non dans le goût d'une invention allégorique. On croit voir un maître puifTant à qui fon ferviteur a défobéi : il appelle le ferviteur qui fe cache ôc qui enfaite s'excufe. Rien n'eft plus {impie Se plus circonftancié 3 tout eft hiflorique. Quand l'Efprit- Saint daigne fe fervir d'un apologue , il a foin de nous en avertir. Joatham ; dans le Livre des Juges , afiemble le peuple fur la montagne de Garifim ;, <Sc lui conte la fable des arbres qui voulurent fe choifir un Roi , comme Ménénius raconta au peuple romain la fable de l'eftomac ôc des membres*. Mais , dans la Genefa } il n'y a pas un mot quifaffe fentir que l'auteur débite un apologue. G 'eft une hiftoire fuivie , détaillée , circonftanciée d'un bout à l'autre.

On trouve dans le Zenda-Vefta l'hiftoire d'une couleuvre tombée du ciel en terre pour y faire du mal. Dans la mythologie le ferpent Ophionée fit la guerre aux Dieux. Un autre ferpent régna avant Saturne. Jupiter fe fit ferpent pour jouir de Proferpine fa propre fille 5 toutes allégories difficiles à entendre > fuppofé qu'elles foient allégories,

GENESE. ï|

fur ton ventre ( 21 ) dorénavant , & tu te nouriras de terre toute ta vie.

Et je mettrai des inimitiés en tes enfans 6c les enfans de. la femme: tu chercheras à les mordre au talon j Se ils chercheront à t'écrafee la tête. •

Il dit aufTi à la femme : je multiplierai tes roiferes & tes enfantemens. Tu feras des enfans en douleur , \ & tu feras fous la domination de ton mari (33).

Et il dit à Adam : parce que tu as écouté là voix de ta femme , & que tu as mangé du bois que je t'avais défendu de manger, la terre fera maudite en ton travail; Ôç tu mangeras en tes travaux tous les jours de ta vie. Et la terre portera épines <k chardons -, ôc tu mangeras l'herbe de la terre , & tu mangeras ton pain à la fueur de ton vifage (24), jufqu'à-ce que tu retour-

( 22 ) Une preuve indubitable que la Genefe eft don-? née pour unfe hiftoire réelle , c'eft que Fauteur rend ici raifon pourquoi le ferpent rampe. Cela fuppofe qu'il avait auparavant des jambes & des pieds avec leiquels il mar-< chah. On rend auffi raifon de l'averfion qu'ont prefqua tous les hommes pour les ferpens. Il eft vrai que les ferpens ne mangent point de terre j mais on le croyait 3 Se cela fuffit.

( 23 ) L'auteur rend auffi raiibn des douleurs de l'enfantement & de l'empire de l'homme fur la femme. Il eft vrai que ces punitions ne font pas générales , & qu'il y a beaucoup de femmes qui accouchent fans douleur , ÔC beaucoup qui ont un pouvoir abfolu fur leurs maris. Mais c'eft affez que l'énoncé de l'auteur facré fe trouve communément véritable.

( 24) L'auteur écrivait en Paleftine > où l'on mangeait du pain : & en effet les laboureurs ne le mangent qu à la lueur de leur vilige ; mais tous les Riches le mangent plus à leur aiie. L'auteur le ferait exprimé autrement a

nés en terre , d'où tu as été pris ; & parce que

tu es poudre, tu retourneras en poudre.

Alors Adam nomma fa femme Héva > parce qu'elle était mère de tous les vivants.

Et le Seigneur Dieu fit pour Adam Se pour fa femme des chemilettes de peau ( 25 ) ; il les

s'il avait vécu dans les valtes pays où le pain était inconnu , comme dans les Indes , dans l'Amérique , dans l'Afrique méridionale > & dans les autres pays où l'on vivait de châtaignes & d'autres fruits. Le pain eft encor Inconnu dans plus de quinze-cent lieues de côtes de la mer glaciale : mais l'auteur , écrivant pour des Juifs , ne pouvait parler que de leurs ufages.

On fait une autre objeclion : c'eft qu'il n'y avait point 'de pain du tems d'Adam , que par conféquent fi Dieu lui parla , s'il l'habilla lui & fa femme 3 s'il les chaffa du jardin d'Eden 3 il ne put les condamner à manger à la fueur de leur front , un pain qu'ils ne mangèrent pas; Mais on verra que l'auteur facré parle prefque toujours par anticipation.

(" 2 î ) Nous avons vu que tout eft hiftorique dans la Genefe. Il eft poiitif que Dieu daigna faire*de fes mains un petit habillement pour Adam & Eve , comme il eft poiitif quii ieur parla , qu'il fe promena dans le Jardin; L'ironie amere , dont il fe fert en leur parlant cette fois » eft de la même vérité. Il eût été trop hardi à l'Ecrivain facré de mettre dans la bouche de Dieu ces paroles infultantes 3 fi Dieu ne les avait pas effectivement prononcées: Ce ferait une prophanation. Aufïi nos commentateurs déclarent que tout fe paifa mot -à-mot comme il eft dit dans la Ste Ecriture. Ce changement arrivé dans* la race humaine a été regardé depuis par les fondateurs de la théologie Chrétienne , comme un effet de la malice du diable ,' quoique le diable foit entièrement inconnu dans la GeneCe: Les Savants commencent à croire que la vraye origine du diable eft dans un ancien livre des bracmanes , qui a près de cinq mille ans d'antiquité, nommé le Sh*Jla. Il, n'a été découvert que depuis peu par Mr. Dow Colonel jm feivicç àg la compagnie Anglaife, des Indes 4 & pas

GENESE, iy

.en habilla , & il dit : eh bien 1 voilà donc comme Adam eil devenu l'un de nous , fâchant le bon & le mauvais î Maintenant, pour qu'ils- ne. mettent plus la main fur l'arbre de vie , Ôc qu'ils n'en mangent , & qu'ils ne vivent éternellement * il le chaffa du jardin d'Eden , pour aller labourer la terre dont il avait été' pétri.

Et après qu'il l'eut mit dehors , il mit un Chenil? , un bœuf (26) au devant du jardin, &

Mr. Holweil fous gouverneur de Kakuta. Mr. Hoîwell a traduit pruiieurs pafiages importants de ce livre qui contient l'ancienne religion des bracmanes , & l'origine de tomes ies autres } c eil là que l'Eternel crée tous les denv Dieux , non par la paroie , par le logos 3 comme l'a dit Platon d ms la fuite des tems , mais par un ieul aâ© de fa volonté 3 comme il paraît plus digne de l'eiTence divine. Parmi ces demi-Dieux il fe trouva un rebelle nommé Moifazor qui fut condamné à un enfer très-long ÔC qui pervertit enfuite la terre après avoir perverti le ciel. C'eitl Arimandes Perles ; c eft le Tiphon des Egyptiens 5 c'eft i'Encelade des Grecs. Ce fut enfin le diable des Pharifiens 3 ils l'admirent dans le tems de rétablilTement du Sanhédrin par le grand Pompée. Ce diable fut regardé alors comme un ange rebelle chafle du ciel & venant ten- 4er les hommes . On fait alTez qu'il courut en ce. tems-là ira livre fur la chute des anges qui fat attribué à Enoch : ïi eft cité dans une épitre de St. Pierre. Nous n'avons que des fragments de ce livre > il en fera parlé ailleurs.

( 16 ) Chérub lignifie un bœuf 5 Charab labourer: Les "Juifs ayant imité plufieurs ufages des Egyptiens j fculpterent groffiérement des bœufs , dont ils rirent des eipeces de fphinx , des animaux compofes 3 tels qu'ils en mirenfi dans le Saint des Saints Ces figures avaient deux faces > une d'homme > une de bœul , 6c des aîies , des jambes d'homme & des pieds de bœuf. Aujourd'hui les peintres nous repréfentent les chérubins avec des têtes d'enfant fans corps, &|ces têtes ornées de deux petites aîies- â s'eft ainn qu'on les voit dans plufieurs de nos églifes»

i6 GENES E,

une épee flamboyante pour garder l'arbre de vie."

Et Adam connut fa femme Heve , qui conçut & enfanta Caïn , & enfuite elle enfanta for* frère Abel.

Or Abel fut pafteur de brebis $ &c Caïn fut agriculteur.

Un jour il arriva que Caïn offrit à Dieu dôs fruits de la terre. Abel offrit auili des premiersnés de fon troupeau, & de leur graifïè. Et Dieu fut content d'Abel & de fes prélents , mais il ne fut point content de Caïn & de fes préfents ( £7 )i

Et Caïn fe mit fort en colère , & fon vifage fut abbattu ; 8c le Seigneur lui dit : pourquoi estu en colère & que ton vifage eft abbattu ? Et Caïn dit à fon frère Abel; fortons dehors; & Caïn attaqua fon frère Abel & le tua ( 28 ). Et Dieu dit à Caïn : où eft ton frère Abel ? Eê Caïn lui répondit : je n'en fais rien. Eft- ce que je fuis le gardien de mon frère ?....-.....

Et

( 27 ) Tous les anciens prêtres prétendirent que les Pieux préféraient des offrandes de viandes à des offrandes de fruits. On commença par des fruits ; mais bientôt on en vint aux moutons , aux bœufs , & ce qui eft exécrable, à la chair humaine. L'auteur facré n'entre point ici dans ce détail. Il ne dit pas même que Dieu mangeait les agneaux préfentés par Abel ; mais vous verrez bientôt dans l'hiftoire d'Abraham que les Dieux mangèrent chez lui.

( 2 S ) Il ny a rien d'allégorique encor une fois dans tout ce récit. Dieu rejette pofitivement ce que l'aîné Caïn lui donne , & agrée les viandes du cadet ; l'ainé s'en' fâche, & tue fon frère à quelques pas de Dieu même. Dieu employé la même ironie dont il s'était fervi avec Adam & Eve ; & Caïn répond inibïemment comme un méchant valet qui n'a fixait craints ds fon Maître.

"Et Dieu dit à Gain: quiconque ttierS Gain fera puni fept fois ; & le Seigneur mit un figne à Gain , pour que ceux qui le trouveraient n© le tuaiïènt pas (2$)).

Et Gain coucha avec fa femme , & il bâtis une ville ( 30 ) ; & il appella fa ville du nom d$ fon fils Enoch.

Enoch engendra Irad , & Irad engendra Ma-J

( 19 ) Il eft étonnant , difent les critiques > que Diei4 pardonne fur le champ à Gain V zfCdiïmat de fon frère , 64 qu'il le prenne fous fa protection.

Il eft étonnant qu'il lui donne une fauve-garde contra tous ceux qui pourai ent le tuer, lorfqu'il n'y avait quai trois perfonnes fur la terre , lui > fon père , 6C fa mere4

Il eft étonnant qu'il protège un affaffin , un fratricide £ lorfqu'il vient de punir à jamais & de condamner aux^ tourmens de l'ertfer tout le genre humain , parce qu'A~< dam Ôc Eve ont mangé du bois de la fcience du bien 8C du mal.

Mais, il faut confîdérer qu'il n'eft jamais queftion dan 3 le Pentateuque de cette damnation du genre humain , ni de l'enfer , ni de l'immortalité de l'ame , ni d'aucun da ces dogmes fublimes' qui ne furent développés que f| longtems après. On tira ces notions en interprêtant les -Ecritures, & en les allégôrifant. L'Ecrivain facré ne donnai d'autre punition à Adam que de manger fon pain à ht lueur de fon corps, quoiqu'il n'y eût pas encore de pain,} JLe châtiment d'Eve eft d'accoucher avec douleur ; 84 tous les deux doivent mourir au bout dé plusieurs fîe-w des : ce qui fuppofe qu'ils étaient nés pour être inv? mortels*

( 30 ) Caïn bâtit' une ville auflitôt après avoir tué fon! frère. On demande quels ouvriers il avait pour bâtir (h ville , quels citoyens pour la peupler , quels arts &J •quels inftrumens pour eonftruire des maifons ?

Il eft clair que l'Ecrivain iacré fuppofe beaucoup d'é~ vénejnens intermédiaires , & n'écrit point félon notrq méthode , qui n'a été employée que très-tard.

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