Tome L G
Séboïm, Se contre le Roi de Bah, autrement
Ségor ; & ils prirent toute la fubftance
des Sodomites Se de Gomore, & tout ce qu'il y avait à manger , & s'en allèrent. Ils prirent auîïl toute la fubftance de Loth fils du Frère d1 Abram ,
qui habitait à Sodome Abram , ayant
entendu que fon frère Loth était pris, dénombra trois-cent dix-huit de fes valets (63), Se pourfuivit les Rois vainqueurs jufqu'à Dan; Ôc les ramena jufqu'à Oba qui eft à la gauche de Damas ; & il ramena toute la fubftance , ôc
( 6"$ ) On fait ici pîufieurs difficultés. On demande comment Abram } qui n'avait pas un pouce de terre dans ce pays } avait pourtant un afTez grand nombre de domeftiques pour en choifîr trois cent dix - huit ? & comment avec cette poignée de valets il défit les armées de cinq Rois fi puiiîants , & les pourfuivit jufqu'à Dan qui n'était pas encor bâti. Quelques interprêtes ont lubftitué Damas à Dan ; mais il y a un chemin de cent milles du pays de Sodome à Damas ; & le texte dit enfuite qu'il les pourfuivit jufqu' auprès de Damas,
Cette guerre d'Abraham contre tant de Rois, femble avoir quelque rapport avec les anciennes traditions perfannes , dont on trouve des vertiges dans le lavant Hide. Les Perfans prétendaient qu'Abraham avait été leur Prophète & leur Roi } & qu il avait eu une guerre contre Nembrod. Il eft conftant , comme nous l'obfervons ailleurs , qu'ils appellerent leur religion Millat Abraham , ou Ibrahim ; Kiss Abraham > ou Ibrahim. On a prétendu qu'il était le Brama des indiens ; qu'enfuite les Perfans l'adoptèrent } ôc qu'enfin les Juifs , qui vinrent & qui écrivirent très-longtems après , s'approprièrent Abraham. Il réfulte que ce nom avait été fameux dans l'orient de temps immémorial.
Nous nous en tenons ici à l'hiftoire hébraïque. Peutêtre un jour ceux qui voyagent dans l'Inde , 6c qui apprennent la Langue facrée des anciens Bracmunes > nous en apprendre nt-iis davantage.
GENESE, |f Loth Ton frère , & les femmes >• ôs tout le peuple
Or Saraï , femme d' Abram ?< n'avait point en»'
gendre d'enfans ; mais ayant fa fervanté égyptienne , nommée Àgaf , elle dit a fon mari <$ Dieu m'a fermée, afin que je n'enfantafïe pas§ couche avec ma fervanté ; peut-être que j'en aurai des enfans ; & Abram acquiefça à cette? prière (64). Mais Agar , voyant qu'elle avait conçu, méprifa fa maîtrefFe. Sara dit à Abram j tu agis iniquement contre moi ;■ j'ai mis ma fervanté dans ton fèïn ; & voyant qu'elle a conçu? elle me méprife. Que Dieu juge entre moi &: toi. A quoi Abram répondit, la fervanté eft en tes mains ; fais en ce que tu voudras. Saraï la battit , && Agar s'enfuit. L'Ange du Seigneur l'ayant trouvée dans le défert , près de la fontaine d'eau qui efl dans la foîitude dans le ch^mirV de Sur au défert , lui dit : Agar fervanté de Saraï , d'où viens - tu , où vas- - tu ? Laquelle répon-
( <î4 ) Cette adoption était fort communs en OriénO tJn père ou urie mère mettait l'enfant d'un autre fur fes genoux j & cela fuffifait pour le légitimer. La poligamie d'ailleurs était en ufage dans la fainte écriture. Lamech avait eu deux femmes. Mais on diipute pour lavoir iî Agar était une féconde femme ,. ou Amplement une concubine. L'opinion la plus commune efr. qu'Agar ne fut que concubine. Car fi elle avait été la féconde femme d'Abraham, fon enfant n'aurait pas pu appartenir à Sara; il lerait demeuré à ia véritable mère. De-pius A-> "bram n'aurait pas chafie A par fon époufe , & fon fils aîné' Ifmaël , en leur donnant , pour tout viatique , un paire & un pot d'eau. Il eil cruel fans doute de renvoyer ainfî fa fervanté ôc l'enfant qu'on lui a fait 5 mais il etk été plus abominable de chauer ainfî fa femme > dont l'Ecriture ne dit point qu'il etfe à- fe plaindre.
dit: Je m'enfuis de la face de Saraï mamaitre£ fe. L'Ange du Seigneur lui dit , Retourne à ta maîtrefie, humilie-toi fous fa main. Je multiplierai ta race , en la multipliant , & on ne pourra la compter à caufe de fa multitude. Tu ai conçu & tu enfanteras un fils , tu l'appelleras Ifmaél, parce que Dieu a écouté ton affiiclion, il fera comme un âne fauvage ; fes mains feront contre tous, 6c les mains de tous contre lui ( 65 ). Or Agar appella le Dieu qui lui parlait Dieu qui nia vue : car certainement , dit-elle > j'ai vu le derrière de celui qui m'a vue (66).
Abram ayant commencé fa quatre-vingt dixneuvieme année , Dieu lui apparut , & lui dit , Je fuis le Dieu Sadaï (67)} marche devant moi, & fois fans taches: je ferai un pacte avec toi , & je te multiplierai prodigieufement. Tu ne t'appelleras plus Abram, mais Abraham (6"8).....
C 65 ] On a remarqué que cet Ange du Seigneur i qui ramené Agar à Abram étant groffe d'Ifmaël j ne la ramené plus quand elle eft change avec fon fils.
[ <5tf ] C'était une opinion fort ancienne qu'on ne pouvait voir le vifape d'un Dieu , fans mourir. Vous verrez même dans FExode que Dieu ne Te laiiTa voir que par derrière à Moyfe par la fente d'un rocher ; quoiqu'il foit dit que Moyfe voyait Dieu face-à-face.
[ 67] Sadaï était le nom que quelques peuples de Syrie donnaient à Dieu. Ils l'appellaient tantôt Sadaï., tantôt Adonaï , tantôt Jehovah , ou El , ou Eloa , ou Melch y ou Bel , félon les différentes dialecïes. On prétend que Sudaï lignifiait l'Exterminateur : d'autres difent que c'était le Dieu des champs ; &t d'autres le Dieu des marnmelles. Il faut confulter Caimet ; car il fait tout cela.
[58] On connaît peu la différence d' Abram à Abraham. On a prétendu qu' Abram lignifiait Père illuftre , & Absaham Père de plufieurs. Les Perfans crurent tou-
Voki mon pac/te qui fera obfervé entre moi Ôc tes defcendants. On coupera la chair de ton prépuce , afin que ce lbit un figne de mon pacte. L'enfant de huit jours fera circoncis parmi vous , tant le valet né dans la maifon que celui qui efl acheté , & tout ce qui n'elt point de votre race. Et mon padle fera dans votre chair à tout jamais. Tout mâle, dont la chair ne fera point circoncife , fera exterminé , parce qu'il aura violé mon pacte (60. )
Dieu dit auiïi à Abraham, tu n'appelleras plus ta femme Saraï, mais Sara (70). Je la bénirai; elle te donnera un fils que je bénirai: il fera fur les nations ; & les Rois des peuples forjours qu'il y avait eu un Abram furnommé Zerdujl , qui leur avait enfeigné la religion ; & les Grecs l' appelleront Zoroajire. Des Savans ont cru qu' Abram n'était autre que le Brama des Indiens ; &c que la religion des Indiens , qui fublïfte encor } était la plus ancienne de toutes. Mais il eft difficile de pénétrer dans ces ténèbres 5 & le meilleur parti eft d'en croire le texte & l'Eglife.
[ 69 ] Cela contredit tous les écrivains de l'antiquité ; qui s'accordent à dire que les Egyptiens & les Éthiopiens inventèrent la Circoncilîon ; mais il n'y eut en Egypte que les Prêtres & les Initiés qui ie rirent couper le prépuce , comme un ligne d'affbciation qui les diftinguait du genre-humain. Les Arabes prirent cette coutume. On prétend qu'en Ethiopie on circoncifait auiîi les filles. Dieu ordonne ici de faire mourir quiconque n'aura pas eu le prépuce coupé. Cependant la Circoncilîon; ne fut point obfervée par les Juifs en Egypte pendant deux-cent-cinq-ans. Et les fix-cent - trente - mille coiru battans que le texte dit avoir fuivi Moyfe ,' ne furent point circoncis dans le défert.
[70] On ne fait pas précifément quelle différence effentielle eft entre Saraï & Sara. Les Commentateurs ont dit que 5«r«ï .fignifiait Madame, 3c Sara la Dame,
tiront de lui. Abraham tomba fur fa face & le mit à rire , difant dans fon cœur , penfe-t-il qu'un homme de cent ans fera un (ils , & qu'une femme de quatre-vingt-dix ans accouchera (71) ? Et il dit à Dieu , plut à Dieu qu'Ifmael vécut devant toi 1 Et Dieu répondit à Abraham , ta femme t'engendrera un fils que tu , appelleras Ifaac. Je ferai un paéle avec lui ik. avec fa race à jamais. Et à l'égard d'ïfmaëi , je t'ai exaucé ; je le bénirai , je le multiplierai beaucoup : il engendrera douze chefs , & j'en ferai une grande
nation Alors Abraham prit fon fils &
tous Ces efclaves qu'il avait achetés , & généralement tous les mâles de fa maifon ; & il leur coupa la chair du prépuce % comme le Dieu Sadaï l'avait ordonné. Abraham le coupa la chair de fon prépuce lui-même , à l'âge de quatrevingt dix-neuf ans. Ifmaël avait treize ans accomplis , quand il fut circoncis ( 72 ) . Abraham & Ifmaël furent circoncis le même jour , & tous les hommes de fa maifon , tant les natifs que les achetés, tout fut circoncis.
Or Dieu vint trouver Abraham dans la val-
[71 ] Si Tharé en effet avait entendre Abraham à foixante & dix ans , & fi Abraham fût parti d'Aran à l'âge de cent-trente-cinq , & li on y ajoutait les huit £ns qui s'écoulèrent de fon arrivée en Canaan jufqu'à cette entrevue de BieU & de lui , il avait alors cent quarante- trois ans 5 & c'ert une raifon de plus pour rire. Cependant vous le verrez fe marier dans trente ans 3 .après la mort de Sara fa femme.
[•■72 ] Les Mahométans , qui fe croient defcendus d'ïfmaëi , ou qui repréfentent la race d'ïfmaëi, coupent en-, cor le prépuce à leurs enfans , quand ils ont treize ans j mais les Juifs le coupent au bout de huit jours.
lêe de M ambré , affis devant fa tente dans la chaleur du jour. Et Abraham, ayant levé les yeux , vit trois hommes à côté de lui; & les ayant vus, il courut au plus vite & les falua jufqu'à terre. Et il leur dit, MefTeigaeurs , fi j'ai trouvé grâce devant tes yeux (73) , ne pafïè pas au-delà de l'habitation de ton ferviteur; mais j'apporterai un peu d'eau pour laver vos pieds i, repofez-vous fous l'arbre. Je vous donnerai une bouchée de pain : confortez vous ; après cela vous paûerez ; car c'eft pour manger que vous êtes venu vers votre ferviteur. Et ils lui répondirent, fais comme tu l'as dit. Abraham entra vite dans la' tente de Sara , & lui dit : dépêche toi, pétris quatre-vingt-fept pintes de farine (74), & fais des pains cuits fous la cendre. Pour lui , il courut au troupeau , où il prit un veau très
[ 73 ] Voici un nouvel exemple du fînguiier joint ave<? le pluricr. Il y a ici trois hommes; & ces trois hommes font trois Dieux } & Abraham ne parle qu'à un feul 5 & enfuite il parle à tous trois. Quelques-uns ont cru que cela fignifiait la Sainte Trinité. Cette explication a été combattue , parce que le mot de Trinité ne fe trouve dans aucun endroit de l'Ecriture. Il ne nous appartient pas d'approfondir cette queftion.
[ 74 ] Trois Sata de farine font un Fpha ; & fi PEpha contient vingt-neuf pintes , trois ephata de farine font quatre-vingt-fept pintes. C'était prodïgieufement de pain. L'ufage était chez les Orientaux de fervir d'un feul plat en grande quantité. Le Kern a ou Kdîmac qu'Abraham fit lui-même , était une efpece de fromage à la crème , dont la mode a été chez les Mahométans : ils ont un. conte intitulé le Kaimac & le ferpent , dont ils font grand cas , &~qui a été traduit par Senecé , valet de chambre d'Anne d'Autriche , mère de Louis XIV. Il effc dit dans Thiftoire des Arabes qu'on fervit du Kaimac au repas de noces de Mahomet avec Cadishé,
tendre & très -bon; ëc il le donna à un valet pour le faire cuire. Il prit auiïi du Kaïmac, & du lait , & le veau cuit; & il fe tint debout fous Parbre vis-à-vis d'eux. Après qu'ils eurent mangé, ils lui dirent, où eft Sara ta femme? Et il répondit , elle eft dans fa tente. L'un d'eux lui dit , je reviendrai dans un an en revenant , fi je fuis en vie ( 75 ) ; ôc ta femme Sara aura un fils. Sara, ayant entendu cela derrière la porte de la tente , le mit à rire ; car ils étaient tous deux biea vieux; & Sara n'avait plus fes règles. Elle rit donc en fe cachant, & dit, après que je fuis devenue vieille , & que mon Seigneur eft fi vieux , j'aurai encor du plaifir ! Mais Dieu dit à Abraham, pourquoi Sara s'eft-elle mife à rire en diiant , pais- je enfanter étant (ï vieille ? Eftce qu'il y a quelque chofè de difficile à Dieu? Je reviendrai à jtôi dans un an , comme je te l'ai dit , fi je fuis en vie ( 76 ) ; & Sara aura un
C ?? ] Si je fuis en vie , eft une façon de parler ordinaire. Ni un Anjre , ni un Dieu ne pouvait douter qu'il ne dût être en vie dans un an. Et comme ces voyageurs ne fe donnaient point pour des Dieux , ils pouvaient emprunter le langage des hommes ; mais , puifqu'ils prédirent l'avenir , ils fe donnaient au moins pour Prophètes. \16] C'eft Dieu même ici qui parie",' & qui dit, je reviendrai fi je fuis en vie. C'eft qu'il ne fe donne encor à Abraham que pour un hoijlme.
Dom Calmet trouve une refTemblance vifible entre l'avanture d'Abraham & celle' du bon homme Irius à qui Jupiter , Neptune & Mercure accordèrent un enfant en jettant leur femençe fur un cuir de bœuf dont l'enfant naquit. Il eft bien clair , dit Calmet, que le nom çJ'Irius eft le même que celui d'Abraham.
fils. Sara , toute tremblante , dit , je n'ai point ri. Dieu lui dit, fi fait , tu as ri (77).
Les trois voyageurs , s'étant levés de-là , dirigèrent leurs yeux vers Sodome, 6c Abraham marchait en les menant. Et le Seigneur dit , pourrai-je cacher à Abraham ce que je vais faire ? PuifqiTil fera père d'une nation grande & robuile , & que toutes les nations de la terre feront bénies en lui (7S ) 5 car je fais qu'il ordon-
[77] Cette converfation de Dieu & d'Abraham, & ious ces détails , font de la plus grande naïveté. L'auteur -rend compte de tout ce qui s'eft fait & de tout ce qui s'eft dit , comme s'il y avait été préfent. Il a donc été infpiré fur tous les points par Dieu-même ; fans quoi il ne ferait qu'un conteur de fables. Ceux qui ont dit que toute] cette hiftoire n'était qu'allégorique , ont été bien hardis. Ils ont prétendu que Dieu & les deux Anges , qui vinrent chez Abraham , ne mangèrent point ; mais firent femblant de manger. Or fi cela était , on pourait en dire autant de -toute la fainte Ecriture : rien ne ferait arrivé de ce qu'on raconte : tout n'aurait été qu'en apparence r l'Ecriture ferait un rêve perpétuel ; ce qu'il n'efl pas permis d'avancer.
[ 78 ] Il n'eft p?.s vrai à la lettre que toutes les nations de la terre defcendent d'Abraham ; puifqu'il y avait déjà, d„ès longtems , de grands peuples établis, & que lui-même avait battu cinq grands Rois avec trois cents dix-huit valets. On ne peut pas entendre non plus , par toutes les nations , les gens de Canaan , puifqu'on fuppofe qu'ils furent tous mafTacrés. Il eft difficile d'entendre , par toutes les nations , les Mahométans & les Chrétiens qui font les ennemis mortels des Juifs. On peut dire que le Chriftianifme a été prêché dans la plupart des nations ; que le Chriftianifme vient du Judaïfme ; Se que le Judaïfme vient d'Abraham. Mais tous les peuples , qui n'ont point reçu le Chriftianifme , les Japonois , les Chinois , les Tartares , lies Indiens , les Turcs , 5e peuvent être regardés comme bénis. Ce font de peti-
nera à lui & à toute fa famille de marcher dans la voie du Seigneur, & de faire jugement & juftice ? Dieu dit donc , la clameur des Sôdomites Se de Gomore s'eft multipliée , & le péché s'eft apéfanti. Je defeendrai donc pour voir , & je verrai û la clameur , qui eft venue à moi , eft égalée par leurs oeuvres , pour favoir fi cela eft ou û cela n'eft pas. Et ils partirent de-là & ils s'en allèrent à Sodome. Mais Abraham refta encor avec Dieu , ck s'approchant de lui il lui dit , eft-ce que tu perdras le Juile avec l'impie ? S'il y avait cinquante Juftes dans la Cité , périrontils auiîi ? & ne pardonneras-tu pas à la ville à
caufè de ces cinquante Juftes? Dieu lui
dit , fi je trouve dans Sodome cinquante Juftes ,
je pardonnerai pour l'amour d'eux Et
Abraham répliqua , s'il manque cinq de cinquante Juftes , détruiras-tu la ville pour ces cinq là ? Et Dieu répondit , je ne la détruirai point , fi j'en trouve quarante - cinq. Et Abraham continua -,
tes difficultés qui fe rencontrent fouvent ; & par demis îeiqueiles il faut paiîer pour aller à J/erTentiel. Cet effêntiel eft la piété , la foi , la ioumiffion entière au chef de l'Eglife , & aux Conciles écuméniques . Sans cette fourmilion , qui pourait comprendre par fon feul entendement comment Dieu s'entretenait fi familièrement avec Abraham , fur le point d'abîmer ÔC de brûler cinq villes entières l quelle langue Dieu parlait l comment il fît rire Sara ? comment il mangea ï Chaque mot peut faire naître un doute dans l'ame la plus fidèle. Ne liions donc point l'Ecriture dans la vaine efpérance de l'entendre parfaitement ; mais dans la ferme léfolution de la vénérer 3 eu n'y entendant pas plus que les Commenlateuts.
peut-être ne syen trouver a- t-il que quarante .... Dieu répondit; je ne la détruirai point pour Ta-
niour de ces quarante Abraham dit ; &
trente ? Dieu répondit , Je ne la détruirai
point , fi j'en trouve trente Et vingt ?. . . .
Et. . , . dix. . . Je ne la détruirai point s'il y en a dix ... Et Dieu fe retira après cet entretien , Ôc Abraham fe retira chez lui.
Sur le foir , les deux Anges vinrent à Sodome. Et Loth, affis aux portes de la ville , les ayant vus , fe leva , les falua proflerné en terré » & leur dit : Meilleurs , pafTez dans la maifon de votre ferviteur , demeurez-y , lavez vos pieds , Ss demain vous panerez votre chemin. Et ils lui dirent, non; mais nous relierons dans îa rue. Loth les preffa inftamment , &c les obligea de venir chez lui. Il leur rit à louper, cuifit des azimes a & ils mangèrent.
Mais avant qu'ils «allafTent coucher, les gens de la ville , les hommes de Sodome , environnèrent la maifon, depuis le plus jeune juiqu'au plus vieux, depuis un bout jufqu'à l'autre ; & ils appellerez Loth , & lui dirent : où Ibnt ces gens qui font entrés chez toi cette nuit ? Amene-les nous , afin que nous en ufions. Loth étant forti vers eux , & fermant la porte derrière lui , leur dit : je vous prie , mes frères , ne faites point ce mal; j'ai deux filles qui n'ont point connu d'homme , je vous les amènerai ; abufez d'elles tout comme il vous plaira , mais ne faites point de mal à ces deux hommes ; car ils font venus à l'ombre de mon toit. Mais ils lui dirent, retire-
toi de -là (79) : cet Etranger eft-il venu chez
[ 79 ] Nous avouons que le texte confond ici plus qu'ailleurs l'efprit humain. Si ces deux Anges , ces deux Dieux , étaient incorporels } ils avaient donc pris un corps d'une grande beauté pour infpirer des deiïrs abominables à tout un peuple. Quoi ! les vieillards & les enfans } tous les habitans fans exception viennent en foule pour commettre le péché infâme avec ces deux Anges ! Il n'eft pas dans la nature humaine de commettre tous enfemblé publiquement une telle abomination , pour laquelle on cherche toujours la retraite & le fiience. Les Sodomites demandent ces deux Anges comme on demande du pain en tumulte dans un tems de famine. Il n'y a rien dans la mythologie qui approche de cette horreur inconcevable. Ceux qui ont dit que les trois Dieux , dont deux étaient ailés à Sodome ; Se un était refté avec Abraham , étaient Dieu le Père , le Fils & le Saint Efprit , rendent encor le crime des Sodomites plus exécrable } &C cette hiïioire plus incompréheniible .
La proposition de Loth aux Sodomites , de coucher tous avec fes deux filles pucelles , au lieu de coucher avec ces deux Anges , ou ces deux Dieux , n'ell pas moins révoltante. Tout cela renferme la plus déteftabie impureté , dont il foit fait mention dans aucun livre.
Les interprêtes trouvent quelque rapport entre cette avanture & celle de Philémon &C de Baucis ; mais celle-ci effc bien moins indécente , & beaucoup plus ïnftrucKve. C'eft un bouro- que les Dieux puniiTent d'avoir méprifé l'hofpitalité ; c'efl un avertiifement d'être charitables ; il n'y a nulle impureté. Quelques-uns difent que l'auteur facré a voulu renchérir fur l'hiftoire de Philémon & Baucis , pour infpirer plus d'horreur d'un crime fort commun dans les pays chauds. Cependant les Arabes voleurs, qui font encor dans ce défert fauvage de Sodome , ftipulent toujours que les caravanes , qui pafTent par ce défert , leur donneront des filles nubiles , &c ne demandent jamais de garçons.
Cette hiftoire de ces deux Anges n'eft point traitée
nous pour nous juger ? Va, nous t'en ferons encor plus qu'à eux; & ils firent violence à Loth , & le préparèrent à rompre les portes. Les deux voyageurs firent rentrer Loth chez lui , & fermèrent la porte, ils frappèrent d'aveuglement tous les Sodomites depuis le plus petit jufqu'au plus grand , de forte qu'ils ne pouvaient plus
trouver la porte
Les Anges dirent à Loth : as-tu ici quelqu'un de tes gens , {bit gendre , foit fils ou fille ; fais fonir de la ville tout ce qui t'appartient ; car nous allons détruire ce lieu ; parce que leur cri s'eft élevé devant le Seigneur qui nous a envoyés pour les détruire. Loth étant donc forti parla à les gendres qui devaient époufer fes filles ; il leur dit : levez-vous & fortez de ce lieu , parce que le Seigneur va détruire cette ville. Et ils crurent qu'il fe moquait d'eux (80).
ici en allégorie , en apologue ; tout efl au pié de la lettre , & on ne voit pas quelle allégorie on en pourait tirer pour l'explication du Nouveau Teftament , dont l'Ancien eft une figure } félon tous les Pères de l'Eglife.
[ 80 ] L'auteur ne dit point ce que devinrent les deux gendres de Loth qui demeuraient dans fa mai- Ion avec fes filles , & qui ne les avaient pas encor époufées. Il faut qu'ils aient été enveloppés dans la deftrucfcon générale. Cependant l'auteur ne dit point que ces deux gendres de Loth fuflent coupables du même excès d'impureté abominable pour laquelle les Sodomites furent brûlés avec la ville. Il ne paraît pas par le texte qu'ils furfent de la troupe qui voulut violer ies deux Anges. Mais pourquoi ne fuivirent-ils pas ies deux filles ôc leur beau-pere ( pourquoi ne viennentils pas faire des enfans à leurs deux époufes & pourquoi lailTent-iis ce foin à leur propre père qui les oki grofie étant yvre !
Dès le point du jour les deux Anges prêtèrent Loth de fortir en lui difant : prens ta femme & tes filles , de peur que tu ne périfïès pour le crime de la ville. Comme Loth tardait , ils le prirent par la main , & ils prirent la main de fa femme & de les filles , parce que le Seigneur les épargnait ,....& l'ayant tiré de fa maifon , ils le mirent hors de la ville , ôc lui dirent , fauve ta vie ; ne regarde point derrière toi ; fauve toi fur la montagne , de peur que tu ne périiïès»
Le Seigneur donc fit tomber fur Sodome ôc fur Gomore une pluie de fouffre & de feu qui tombait du ciel ; &c il détruifit ces villes & tout le pays d'alentour , & tous les habitans & toutes
les plantes La femme de Loth , ayant
regardé derrière elle 3 fut changée en ftatue de fel (81 ).....
La propofïtion du père Loth, d'abandonner fès deux filles à la lubricité des Sodomites ; femble pref. que auffi infoutenable que la furieufe paflïon de tout ce peuple pour ces deux Anges.
( 81 ) Cette métamorphofe d'Edith femme de Loti» en ftatue de fel , a été encor une, grande pierre d'àchopement. L'hiftorien Jofephe aflure , dans fes Antiquités , qu'il a vu cette ftatue, & qu'on la montrait encor de fon tems.. L'auteur du Livre de la SageiTe dit qu'elle fubfifte comme un monument d'incrédulité., Benjamin de Tudele , dans fon fameux voyage , dit qu'on la voit à deux $ara\mges de Sodome. St. Irénée dit qu'elle a fes régies tous les mois. Aujourd nui les voyageurs ne trouvent rien de tout cela. Quand les Romains prirent Jérufalem , ils ne furent point curieux de voir la ftatue de fel. Ni Pompée , ni Titus , ni Adrien , n'avaient jamais entendu parler de Loth , de fa femme Edith & de fes deux filles , m d'Akaham , ni d'aucun homme de cette famille. Le
Abraham s'étant levé de grand matin vint au !ieu où il avait été auparavant avec le Seigneur; & jettant les yeux fur Sodome, fur Gomore & iur tout le pays d'alentour , il ne vit plus rien que des étincelles & de la fumée qui s'élevait de la terre, comme la fumée d'un four (82)..
tems n'était pas encor venu où elle devait être connue des nations.
Les Commentateurs diient que la fable d'Euridice eft prife de liiiftoire d'Edith , femme de Loth. D'autres croient que la fable de Niobé changée en ftatue , fut pillée de ce morceau de la Geneie. Les Savans alTurent qu'il eft impoifible que les Grecs aient jamais rien pris des Hébreux } dont ils ignoraient la langue , les livres , Se jufqu'à l'exiftence , & que les Grecs ne purent favoir qu'il y avait une Judée que du tems d'Alexandre. L'hiltorien Flavian Jofeph l'avoue dans fa réponfe à Appion. Les Grecs , les Romains', les rois de Syrie , & les Ptolémées d'Egypte , furent que les Juifs étaient des barbares & des ufuriers, avant de favoir qu'ils euflent des livres,
[ 82 ] Le texte ne dit point que la ville de Sodome & les autres furent changées en un lac : au contraire y il dit qu'Abraham ne vit que des étincelles > de la cendre & de la fumée comme celle, d'un [gut dans toute cette terre» Il faut donc que Sodome , Gomore & les trois autres villes , qui formaient la pentapok } fufTent bâties au bout du lac. Ce lac en effet devait exifter & former le dégorgement du Jourdain. La plus grande difficulté eft de conce-f voir comment il y avait cinq villes fî riches & fi débauchées dans ce défert affreux qui manque abfoiument d'eau potable , & où l'on ne trouve jamais que quelques hordes vagabondes d'Arabes voleurs , qui viennent dans le tems des caravanes. On eft toujours furpris qu'Abraham & fa famille aient quitté le beau pays de la Caldée pour venir dans ces déferts de fable ÔC de bitume } où il eft impolïïble aux hommes Se aux .animaux de vivre. jNpus ne prétendons point éclaircir
Loth monta de Ségor , & demeura fur îà montagne dans une caverne avec fes deux filles (83). L'aînée dit à la cadette, notre père efl vieux , & il n'efl refté aucun homme fur la terre qui puilïè entrer à nous , félon la coutume de toute la terre ; venez , enivrons notre père avec du vin , couchons avec lui , afin de pouvoir fuf citer de la femence de notre père. Et cette aînée
toutes ces obfcurités ; nous nous en tenons refpeftueu-; fement au texte.
[ 83 ] Ségor était une ville du voifinage. Quelques Commentateurs la placent à quarante -cinq milles de Sodome ; & Loth quitta Ségor pour aller dans une caverne avec fes deux filles. Le texte ne dit point d'ailleurs ce qu'il fit lorfqu'il vit fa femme changée en ftatue de fel. Il ne dit point non plus le nom de fes filles. L'idée d'enivrer leur père pour coucher aveô lui dans la caverne eft finguliere. Le texte ne dit point où elles trouvèrent du vin ; mais il dit que Loth jouit de fes filles fans s 'apercevoir de rien , foit quand elles couchèrent avec lui , foit quand elles s'en allèrent. Il eft très - difficile de jouir d'une femme fans le fentir ; fur-tout fi elle eft pucelle. C'eft un fait que nous ne hazardons pas d'expliquer.
Il eft vrai que cette hiftoire a quelque rapport avec celle de Myrrha & de Cyniras. Les deux filles de Loth eurent de leur père les Moabites & les Ammonites. Myrrha avait eu dans l'Arabie Adonis de fon père Cyniras. Au refte on ne voit pas pourquoi les1 filles de Loth craignaient que le monde ne finit , puis qu'Abraham avait déjà engendré Ifmael de fa fervante , que toutes les nations étaient diiperfées , & que la ville de Ségor , dont ces filles fortaient , & la ville de Tfohar , étaient tout auprès. Il y a là tant d'obicurités que le feui parti eft toujours de le foumettre , fans ofer rien approfondir.
née alla coucher avec fon père qui né féntït rien ni quand il fe coucha ^ ni quand iî fe releva. Et le jour fuivant cette aînée dit à la cadette : voilà que j'ai couche hier avec mon père j donnonslui à boire cette nuit & tu coucheras avec lui s afin que nous gardions de la femenee de notre père. Elles lui donnèrent donc encore du vin à boire ; & la petite fille coucha avec lui qui n'en fentit rien , ni quand elle concourut avec lui , ni quand elle fe leva. Ainfi les deux filles de Loth furent grolïès de leur père. L'aînée enfanta Moab qui fut père des Moabites jufqu'à aujourd'hui; 6c la cadette fut mère d'Aramon , qui veut dire fils de mon peuple. C'efl le père des Ammonj-* tes jufqu'à aujourd'hui.
De là Abraham alla dans les terres amorales $ & il habita entre Gadès & Sur ; 6c il voyagea en Gérar ; & il dit que fa femme Sara était fa Iceuri c'eft pourquoi Abirneleek, Roî de Gérar enleva Sara. Mais le Seigneur vint par un fonge pendant la nuit vers Abirneleek & lui dit : tu mourras à caufe de cette femme ; car elle a un mari (84). Mais Abirneleek ne l'avait point touchée 5
[ 84 ] Voici qui eft auffi extraordinaire que tout le: refte } quoique d'un autre genre. Premièrement Ore voit un Roi dans Gérar , defert horrible 3 ou , depuis ce tems , il n'y a eu aucune habitation. Secondement Sara eft encore enlevée pour fa beauté , ainfî qu'en» Egypte , quoique l'Ecriture lui donne alors quatrevingt-dix ans. Troifîemement , elle était groiTe dans ce tems -là même de fon fils Xfaac* Quatrièmement Abraham le fert de la même adreïTe qu'en Egypte * & il dit que fa femme eft fa foeur. Cinquièmement il dit qu'en effet il avait époufé fa fœur fille de fort pe~ te & non de fa mère. Sixièmement les Commentateurs difent qu elle était fa nièce, Septièmement Dieu avertit eg Tome L D
& il dit : Seigneur , ferais-tu mourir des gens innocents & ignorants ? Ne m'a-t-il pas dit luimême , elle eji ma fœur ? Ne m'a-t-elle pas dit y il ejt mon frère ? J'ai fait cela dans la firnplicité de mon cœur , & dans la pureté de mes mains. . . . Dieu lui répondit , je fais que tu l'as fait avec un cœur fimple i c'eft pourquoi je t'ai empêché de la toucher. Rends donc la femme à fon mari ; parce que c'eft un prophète , & qui priera pour toi, & tu vivras. Mais fi tu ne veux pas la rendre , fâche que tu mourras , toi & tout ce qui eft à toi. ÀuflTitôt Abimeleck fe levé au milieu de la nuit ; il appella tous fes gens , qui furent faïfis de crainte. Il appella aufli Abraham, & lui dit : qu'as-tu fait ? Quel mal t'avions-nous fait pour attirer fur moi Se fur mon royaume le châtiment d'un fi grand crime ? Tu n'as pas dû faire ainfi envers nous. Abraham répondit; j'ai penfé en moi-même qu'il n'y avait peut-être point de crainte de Dieu dans ce pays-ci, & qu'on me
fonge le Roi de Gérar que Sara efl la femme d'Abraham. Huitièmement ce Roi , ou ce chef d' Arabes- Bédouins , donne à Abraham , ainfi que le Roi d'Egypte , des brebis. j des bœufs > des fervîteurs & des fervantes } Si. miile pièces d'argent. Neuvièmement le Dieu des Hébreux apparait à Abimeleck , Roi ou chef des Arabes de Gérar, auffi bien qu'à Abraham & à Loth. Cependant Abimeleck , Roi de Gérar , n'était point de la religion d'Abraham : Dieu n'avait fait un pacte qu'avec Abraham & fa femence. Dixiemement, Loth j que Dieu fauva miraculeufement de l'incendie miraculeufe de Sodome , n'était pas non plus de la femence d'Abraham. Il efl , par fon double incelte 3 père de deux nations idolâtres. Ce font autant de nouvelles difficultés pour les doctes , & autant d'ob-« jets de docilité & de ibiumSon pour noiif.
GENESE; 'jf
"tuerait pour avoir ma femme. D'ailleurs * ma femme eft auffi ma fœur , fille de mon père ; mais non pas fille de ma mère Mais depuis que les Dieux me font voyager loin de la maifon de mon père , j'ai toujours dit à ma femme : fais moi le plaifir de dire par tout où nous irons que je fuis ton frère
Abimeleck donna donc des brebis ,- & des bœufs , & des garçons & des iervantes à Abraham , & il lui dit : va- t'en , & habite où tu voudras. Et il dit à Sara; voici mille pièces d'argent pour ton frère , pour t'acheter un voile. Et partout où tu iras , fouviens - toi que tu y as été priie (80-
Or Dieu avait fermé toutes les vulves ( 86 )
[S?] Si la conduite d'Abraham parait extraordinatJ te , iî fa crainte d'être tué à caufe "de la beauté d'une femme nonagénaire paraît la choie du monde la plus chimérique , la conduite du chef des Arabes de Gérar parait bien généreufe, & fon difcours très-fage0' Mais pourquoi Abraham dit-il , les dieux & non pas Dieu , Eloim & non pas Eloï ; les commentateurs, difent que c'eft parce que trois Eloim lui étaient ap^ parus , & non pas un feul Eloï , ou Eloa.
[ 86 ] Il faut que ce Roi du défert ait retenu Sara longtems, pour -que toutes ces femmes le Ibient appert <cues qu'elles avaient la matrice fermée 3 & qu'elles neS pouvaient enfanter. La maladie , dont elles furent a£< Âigées n'efc pas fpécifiée. On ne fait û Dieu fe contenta de les rendre ftériles , ce dont on ne peut être afluré qu'au bout de quelques années ; ou fi Dieu les rendit inhabiles à recevoir les embralTemens d' Abimeleck. Cette expreilion fermer U vulve peut lignifier l'un êc l'autre. Mais dans les deux cas il parait qu'Aiimeletk voulut leur rendre , ou leur rendit le devoir; conjugal : & qu'il n'était point tenté de donner la préférence a une femme de quatre - vingt - dix ans*
à caufe de Sara femme d'Abraham ; & à la prière d'Abraham , Dieu guérit Abimeleck , & fa femme , & fes fervantes , & elles enfantèrent.
Or Dieu vifita Sara , comme il l'avait promis ; ôc elle enfanta un fils dans fa vieillefïè 5 dans le temps que Dieu avait prédit. Et Abraham nomma ce fils Ifaac Et il le circoncit
le huitième jour , comme Dieu l'avait ordonné ; & il avait alors cent ans. ( 87 ).
L'enfant prit fa craifTance , & il fut fevré. Mais Sara voyant le fils d'Agar l'égyptienne jouer avec fon fils Ifaac , elle dit à Abraham : chaffez moi cette fervante avec fon fils ; car le fils de cette fervante n'héritera point avec mon fils Ifaac. Et Abraham, ayant confulté Dieu, fe leva du matin , & prenant du pain & une outre d'eau , les mit fur l'épaule d'Agar , & la renvoya ainfî elle 8t fon fils (88 ) ; 6c Agar s^en alla errante
Tout cela eft , encore une fois , un grand fujet de furprife , & un grand objet de la fourmilion de notre entendement.
[ 87 ] Nous avons déjà dit qu'en fupputant le tems où Abraham naquit , il devait avoir cent-foixante ans , au moins , au rapport de St. Etienne , & félon la lettre du texte. Mais } félon le cours de la nature humaine , il eft auflî rare de faire des enfans -à cent ans qu'à cent foixante. Auili la naiffance d'Ifaac eft un miracle évident ■> puifque Sara n'avait plus fes règles > lorfqu'elle devint groffe.
[ 88 ] Si Abraham était un Seigneur fi puifTant , s'il avait été vainqueur de cinq Rois avec trois-cent dixhuit hommes de l'élite de fes domeftiques , ft fa femme lui avait valu tant d'argent de la part du Roi d'Egypte & du Roi de Gérar } il parait bien dur & bien inhumain de renvoyer fa concubine & fon premier-né dans le défert , avec un morceau de pain & une cruche d'eau , fous prétexte que ce premier-né
dans le défert de Bertzabé. Et Peau ayant -manqué dans fon outre , elle laiffa fon fils couché fous un arbre. Elle s'éloigna de lui d'un trait d'arc , & s'aifit en le regardant & en pleurant > & en difant : je ne verrai point mourir mon enfant. . . . Dieu écouta la voix de l'enfant. L'Ange de Dieu appella Agar du haut du ciel , & lui dit : Agar 9 que fais-tu là ? Ne crains rien ; car Dieu a entendu la voix de l'enfant : leve-toi > prends le petit par la main , car j'en ferai une grande nation. Et Dieu ouvrit les yeux d'Agar, laquelle , ayant vu un puits d'eau , remplit fa cruche & donna à boire à l'enfant. Et Dieu fut avec lui ; il devint grand , demeura dans le défert ; il fut un grand archer , & il habita le déiért de Pharan , & fa mère lui donna une femme d'Egypte.
Après cela , Dieu tenta Abraham , & lui dit : Abraham , Abraham l Et il répondit , me voilà.
jouait avec îe fils de Sara. Il expofa l'un & l'autre à mourir dans le défert. Il fallut que Dieu lui-même montrât un puits à Agar > pour l'empêcher de mourir. Mais comment tirer l'eau de ce puits ? Lorfque les Arabes -vagabonds trouvaient quelque fource faumâtre fous terre dans cette folitude fabloneufe > ils avaient grand foin de la couvrir & de la marquer avec un bâton. Quel emploi pour le Créateur du monde [ dit Mr. Boulenger ] de defcendre du haut de Ton trône éternel pour aller montrer un puits à une pauvre fervante à qui on a fait un enfant dans un pays barbare , que des Juifs nomment Canaan !
Nous pourrions dire à ces détracteurs que Dieu voulut par^là nous enfeigner le devoir de la charité. Mais la réponfe la plus courte eft qu'il ne nous appartient ni de critiquer , ni d'expliquer la Ste. Ecri*. îure } ÔC qu'il faut tout croire fans rien examinera
Et Dieu lui dit; prends ton fils unique Ifaac que tu aimes; méne-le dans la terre de la vijinny & tu m'offriras ton fils en facrifice fur une montagne que je te montrerai (89)
[ 8jp ] On ne fait point ce que c'eft que la terre de £& ï(ÏJloti. L hébreu dit dans la terre de '^oria. Or Moria eft la montagne fur laquelle on bâtit depuis le temple de Jéruiaieni. C'eft ce qui a fait croire depuis à quelques Savans témcraires que la Genei'e ne put être écrite dans le défert par Moyfe , qui , n'étant point entré dans le Canaan , ne pouvait connaître la mon^ .tagne Moria. On a recherché fi dans le tems où Ton place Abraham les hommes étaient déjà dans l'ufage de facrifier des enfins à leurs Dieux* Sanconiaton nous aprend qui! leur avait déjà immolé fon fils Jéhud longîems auparavant. Mus depuis , fhiftoire eft remplie du récit de ces horribles faorifices. On remarque qu'Abraham avait intercédé pour les habirans de Sodome qui lui étaient étrangers , &c qu'il n'intercéda pas pour Ion propre fils. On accule auffi Abraham d'un nouveau menionge^ quand il dit à fes deux valets , nous ne ferons qu aller mon fils & moi , Se nous reviendrons. ]Puifqu il allait fur la montagne pour égorger fon fils , 11 ne pouvait , dit-on , avoir l'intention de revenir avec ïui. Et on a oie avancer que ce menfonge était d'un fcarbare , fi les autres avaient été d'un avare & d'un ïâche qui proftituait fa femme pour de l'argent. Mai? nous devons regarder ces aceufations contre Abraham comme des blafphêmes.
D'autres critiques audacieux ont témoigné leur fur-' prife qu'Abr;.ham > âgé de cent - foixante ans, ou au moins de cent , ait coupé lui-même le bois au bas de ïa montagne Moria , pour brûler fon fils après l'avoir égorgé. Il faut , pour brûler un corps , une grande charrette pour le moins de bois fec ; un peu de bois Verd ne pourait fuffire. Il eft dit qu'il mit lui-même le 2x>is fur le dos de fon fils Ifaac. Cet enfant n'avait pas encore treize ans. Il a paru à ces critiques auffi difficile que cet enfant portât tout le bois néceffiaire , qu'il aujfaif été difficile à Abraham de le couper. Le réchaud
Abraham donc fe levant la nuit , iangïa Ton âne & emmena avec lui deux jeunes gens &c Ifaac fon fils. Et ayant coupé du bois pour le facrifice , il alla au lieu où Dieu lui avait commandé d'aller. Et le troiiieme jour il vit de loin le lieu , &c il dit aux jeunes gens : attendez ici avec fane. Nous ne ferons qu'aller juiques-là mon fils & moi ; & après avoir adoré ? nous reviendrons. ..... Il prit le bois du facrilice ; il le mit
fur le dos de fon fils ; & pour lui , il portait en &s mains du feu & un labre. Comme ils marchaient enfemble , Ifaac dit à fon père , mon père 1 Abraham lui répondit , que veux-tu , mon fils ? Voilà , dit Ifaac , le feu & le bois ; où eft la viclime du facririce? Abraham dit, Dieu pourvoira la victime du facririce mon fils. Ils s'avancèrent donc enfemble , & ils arrivèrent à l'endroit que Dieu avait montré à Abraham ; il y
que portait Abraham , pour allumer le feu , ne pouvait contenir que quelques charbons qui devaient être, éteints avant d'arriver au lieu du facririce. Enfin on a pouffé la critique jufqu'à dire que la montagne Moria n'eft qu'un rocher pelé , fur lequel il n'y a jamais eu un feul arbre ; que toute la campagne des environs de Jérufalem a toujours été remplie de cailloux , & qu'il fallut dans tous les tems y faire venir le bois de très loin. Toutes ces objections n'empêchent pas que Dieu n'ait éprouvé la foi d'Abraham , & que ce Patriarche n'ait mérité la bénédiction de Dieu par fon obéiiTance.' Voyez ci-defîbus le facririce de la fille de Jephté> êc voyez enfuite les reproches qu'Ifaïe fait aux Juifs; d'immoler leurs enfans à leurs Dieux , & de leur écrafer faintement la tête fur des pierres dans des torrensj £ Ifaïe 3 ou Efaïachap. 47. ] Alors on fera convaincs que les Juifs furent de tout tems de facrés parricides» Pourquoi ï c'eft qu'ils abandonnaient fouvent Dieu ) ê& que Dieu les abandonnait à leur fens réprouvé.
D-fc
éleva un autel , arrangea le bois par-defTus , lia Ifaac fon fils , & le mit fur le bois ; il étendit fa main & prit fon glaive : & voilà que l'Ange de Dieu cria du haut du ciel difant : Abraham , Abraham! qui répondit, me voici. L'Ange lui dit , n'étends pas ta main -fur l'enfant , & ne lui fais rien. Maintenant j'ai connu que tu crains Dieu; de tu n'as pas pardonné à ton fils unique à caufe de moi. Abraham leva les yeux , ' & il apperçut derrière lui un bélier embarraffé par fes cornes dans un buifïbn ; & le prenant il l'offrit
en làcrirlce pour fon fils Or l'Ange du
Seigneur appella Abraham du ciel pour la féconde fois : J'ai juré par moi - même , dit le Seigneur, que parce que tuas fait cette chofe, & que tu n'as point épargné ton propre fils à caufe de moi , je te bénirai, je multiplierai tafemence comme les étoiles du ciel , & comme le fable qui eli fur le bord de la mer, ta femence pofïèdera les portes de tes ennemis ; & toutes les nations de la terre feront bénies dans ta femence 5 parce que tu as obéi à ma voix (90).
[po] C'eft encore ici une nouvelle promeuve de bénir toutes les nations de la terre comme dépendantes d'Abraham , quoiqu'elles n'en defeendiffent point. On peut entendre par toutes les nations de la terre la poftérité de Jacob , qui fut affez nombreufe. Tous les incrédules regardent ces hiftoires facrées comme des contes Arabes , inventés d'abord pour bercer les petits enfans •', & n'ayant aucun raport à l'effentiel de la loi juive. Ils difent que ces contes ayant été peu-à-; peu inférés dans le catalogue des livres juifs 3 devinrent facrés pour ce peuple ? &. enfuite pour les Ghréliens qui lui fucçéderent.
GENESE. f7
Or Sara , ayant vécu cent-vingt (ept ans , mourut dans la ville d'Arbée qui eft Hébron dans la terre de Canaan (91). Et Abraham vint pour crier & pour la pleurer. Et s'étant levé , après avoir fait le devoir des funérailles , il dit aux enfans de Heth , je fuis chez vous étranger ; donnez-moi droit de fépulture chez vous , afin que j'enterre ma morte. Et les. fils de Heth lui répondirent en difant : tu es Prince de Dieu chez nous ; enterre ta morte dans nos plus beaux fépulcres ; peribnne ne t'en empêchera. Abraham s'étant levé & ayant adoré le peuple , il leur dit : s'il plaît à vos âmes que j'enterre ma morte , parlez pour moi à Ephrom , fils de Séhor , qu'il me donne fa caverne double à l'extrémité de fou champ ; qu'il me la cède devant vous , & que
je fois en poffeiïion du fépulcre Et Ephrom
dit : la terre , que tu demandes , vaut quatre cent fi clés d'argent : c'efl: le prix entre toi & moi : enfevelis ta' morte (92).
( 9 1 ) Si Sara mourut à cent vingt-fept ans > & fi* elle mourut immédiatement après qu'Abraham avait voulu égorger fon fils unique Ifaac } ce fils avait donc trenteiept ans , Se non pas treize , quand fon père voulut l'immoler au Seigneur : car fa mère avait accouché de lui à quatre-vingt-dix ans. Or la foi & l'obéiffance d' Ifaac avaient été encore plus grandes que celle d'Abraham; puis qu'il s'était laifle lier & étendre fur le bûcher par un vieillard de cent ans pour le moins. Toutes ces choses font au-deiTus de la nature humaine teUe qu'elle eft. aujourd'hui. Saint Paul , dans PEpitre aux Galates , dit que Sara eft la figure de l'Eglife. Le Révérend Père Don Calmet aiTure quTfaac eft la figure de Jefus-Chrift , & qu'on ne peut pas s'y méprendre.
(<?2,)On voit à la vérité qu'Abraham, tout grand Prince qu'il était , ne poifédait pas un pouce de terre
Abraham , ayant entendu cela , pefa l'argent qu'Ephrom lui demandait & lui paya quatrecent ficles de monnoie courante publique
Or Abraham était vieux de beaucoup de jours. Il dit au plus vieux ferviteur de la maifon , qui préTidait fur les autres ferviteurs : mets ta main fous ma cuiiTe , afin que je t'adjure au nom du ciel & de la terre que tu ne prendras aucune fille des Cananéens pour faire époufer à mon fils ; mais que tu iras dans la terre de ma famille , & que tu y prendras une fille pour mon fils Ifaac (93) Ce ferviteur mit donc la main
en propre ; & on ne conçoit pas comment , avec tant tle troupes & tant de richeffes , il n'avait pu acquérir le moindre terrein. Il faut qu'il acheté une caverne pour enterrer la femme. On lui vend un champ & une caverne pour quatre-cent ficles. Le ficle a été évalué à troislivres quatre fols de notre monnoie. Ainfi quatre-cent ficles vaudraient douze-cent quatre - vingt livres. Cela parait énormément cher dans un pays auill ftérile & auf» & pauvre que celui d'Hébron , qui fait partie du défert dont le lac Afphaltide eft entouré, & où il ne parait pas qu'il y eut le moindre commerce. Il eft dit qu'il paya ces quatre - cent ficles en bonne monnoie courante. Mais non feulement il n'y avait point alors de monnoie dans le Canaan , mais jamais les Juifs n'ont frappé de monnoie à leur coin. Il faut donc entendre que ces quatre-cent ficles avaient la valeur de la monnoie qui courait du tems que l'auteur facré écrivait. Mais c'eft encore une difficulté ; puifqu'on ne connaiflait point la monnoie au tems de Moyfe.
( 93 ) ^e ferviteur , nommé Eliézer , mit donc la main fous la cuiiTe d'Abraham. Plufieurs Savans prétendent que ce n'était pas fous la cuiffe , mais fous les parties viriles , très révérées par les Orientaux, fur-tout dans les anciens tems , non feulement à caufe de la circoncifîon qui avait confacré ces parties à Dieu , mais parce qu'elles font la fource de la propagation du genre humain a
fous la cuifTe d'Abraham fon maître , & jura fur fon dilcours. Il prit dix chameaux des troupeaux de fon maître ; il partit chargé des biens de lbn maître, & alla en MéTopotamie , à la ville de Nachor. ...... Etant arrivé le loir , au tems où
les filles vont chercher de l'eau (9<£> ) il vit Ré-
& le gage de la bénédïélion du Seigneur. Par cuijfe il faut toujours entendre ces parties. Un chef forti de la citîjp de Juda fignifie évidemment un chef forti de la lemence , ou de la partie virile de Juda. Abraham, fit donc jurer fbn ferviteur qu'il ne prendrait point une Cananéenne pour femme à Ifaac fon fils. L'auteur facré manque peu l'occafîon d'infînuer que les habitans da pays font maudits , & de préparer à l'invafion que les Juifs fin rent de cette terre fous Jofué & fous David.
C24) Il nous parait toujours étrange que ies anciens fartent travailler les filles des Princes , comme des fervantesique, dans Homère, les filles du Roi de Corfou aillent en charrette faire la ieffive. Mais il faut confidérer que ces prétendus Rois , chantés par Homère , n'étaient que des poiTefieurs de quelques villages ; 6c qu'un homme qui n'aurait pour tout bien que l'iile d'Iîaque , ferait une mince figure à Paris & à Londres. Ré- 2>ecca vient avec une cruche fur fon épaule , & donne à boire aux chameaux. Eliézer lui préfente deux pendans de nez ou deux pendans d'oreilles d or de deux fîcles. Ce n'était qu'un préfent de iîx livres huit fols ; ÔC les préfens qu'on fait aujourd'hui à nos villageoifes font beaucoup plus confidérables. Les bracelets valaient trente-deux livres, ce qui parait plus honnête. Il eft inutile de remarquer fi ies pendans étaient "pour les oreilles ou pour le nez. Il eft certain que dans les pays chauds , où l'on ne fe mouche prefque jamais , les femmes avaient des pendans de nez. Elles fe fefaicnt percer le nez comme nos femmes fe font percer les oreilles. Cette coutume eft encore établie en Afrique , ÔC dans l'Inde.
Aben Efra avoue qu'il y a trè^-loin du Canaan en Méfopotamie ; & il s'étonne qu'Abcahain } ayant fait
6o GENES E.
becca , fille de Bathuel , fils de Meîca & de Nachor , frère d'Abraham , qui vint avec une cruche d'eau fur l'épaule. C'était une fille très agréable, une vierge très belle qui n'avait point connu d'hommes ; & elle s'en retournait à la maiibn avec fa cruche. Le ferviteur d'Abraham alla à elle & lui dit : donne-moi à boire de l'eau de ta cruche ; & elle lui dit : bois , mon bon Seigneur. Elle mit la cruche fur ion bras ; & après qu'il eut bu , elle ajouta : je m'en vais tirer aufli de l'eau du puits pour tes chameaux , afin qu'ils boivent tous Et après que les chameaux eurent bu , le ferviteur tira deux pendans d'or pour le nez , qui pefaient deux ficles , & autant de bracelets , qui pelaient dix ficles. . . . Le ferviteur d'Abraham dit au Maître de la maiibn : je bénis le Dieu d'Abraham mon maître qui m'a conduit par le droit chemin, afin
une fi prodigieufe fortune en Canaan , étant devenu fi puiffant , ayant vaincu cinq grands Rois avec les feuis valets } n'ait pas fait venir dans fes Etats fes parens & amis de Méfopotamie , & ne leur ait pas donné de grandes charges dans fa maiibn.
Mr. Freret eft encore plus étonné , que ce grand "Prince Abraham ait été fi pauvre , qu'il ne fut jamais poffeiTeur d'une toife de terrein en Canaan , jufqu'à ce qu'il eut acheté un petit coin pour enterrer là femme. S'il était riche en troupeaux , dit Mr. Freret , que n'allait - il s'établir lui & fon fils dans la Méfopotamie , où les pâturages font fi bons ï S'il fuyait les Caldéens
comme idolâtres les Cananéens étaient idolâtres auffi 3 ÔC
Rébecca était idolâtre.
Mr. Freret ne fonge pas que Diea avait promis le
Canaan & la Méfopotamie aux Juifs , ÔC qu'il fallait
s'établir vers le lac de Sodome ; avant de conquérir les
bords ds l'Euphrate. ,
que je prifïè la fille du frère à mon maître pour femme à ion- fils
Puis Eliézer , fèrviteur d'Abraham , dit : renvoyez-moi , Ôc que j'aille à mon maître
Les frères & la mère de Rébecca répondirent; que cette fille demeure au moins dix jours avec nous , & elle partira Et ils dirent, appelions la fille , &c interrogeons fa bouche (<?S )• Etant appellée , elle vint ; ils lui demandèrent , veux-tu partir avec cet homme ? Elle répondit , je partirai. Ils l'envoyèrent donc avec fa nourice & le fèrviteur d'Abraham & les compagnons , lui fouhaitant prolpérité , & lui difant , tu es notre fœur : puiiTes-tu croître en mille & mille , & que ta femence poffede les portes de tes ennemis {96).
Ainfi donc Rébecca 8c les compagnes , montées fur des chameaux , fuivirent cet homme qui s'en retourna en grande diligence vers Ion maître Ifaac fit entrer Rébecca dans la tente
(,95) On a obfervé que Rébecca voulut partir fur le champ y fans demander la bénédiction de Tes père Se mère , fans faire le moindre compliment à fa famille. On a cru qu'elle avait une grande impatience d'être mariée . Mais l'auteur facré n'était pas obligé d'entrer dans tous ces détails.
( 96 ) Nouvelle infinuation que les Cananéens deviendraient les ennemis des Juifs } après avoir reçu leur père avec tant d'hofpitalité .
( 97 ) Il veut dire la tente qui avait appartenu à Sara : car il y avait trois ans que Sara était morte. Calmet dit qu'Abraham envoya chercher une fille pour fon fils chez les idolâtres , parce que Jefus-Chrift n'a point prêché lui-même aux pçntils. f mai; qu'il y a eiyyoyé î&s Apôtre^
de Sara fa mère ( 97) ; il la prit en femme , Se il l'aima tant que la douleur de la mort de fa mère en fut tempérée.
Or Abraham , prit une autre femme , nommée Kéthura , qui lui enfanta Zamran , Jexan f Madan, Madian & Suhé (98)* Or les jours d'Abraham furent de cent foixante 6c quinze années ; & il mourut de faibleiïè dans une bonne vieillefTe , plein de jours , &. il fut réuni à
fon peuple Ifaac & Ifmaël fes fils Pen-
fevelirent dans la caverne double qui eft dans le champ d'Ephron fils de Séhor l'Héthéen , vis-àvis Mambré ïfaac , âgé de quarante ans ,
ayant donc époufé Rébecca, fille de Bathuel le Syrien de Méfopotamie , & fœur de Laban ; Iiaac pria le Seigneur pour fa femme , parcequ'elle était ftérile ; & le Seigneur l'exauça en faifant concevoir Rébecca. Mais les deux enfans , dont elle était groiïè , fe battaient dans fon ventre l'un contre l'autre ( 99 ). Et elle dit : fi cela
{98) On croit que Kétura était Cananéenne. Cela ferait étrange , après avoir dit tant de fois qu'il ne fallait point Le marier à des Cananéennes. Il eft encore plus étrange qui! fe foit remarié à deux-cent ans , ou au moins à cent-quarante ans , d'autant plus que Sara ei-ie-même l'avait trouvé trop vieux à cent ans pour engendrer. Cependant il fait encore fîx enfans à Kétura. Ces lix enians régnèrent, dit-on, dans l'Arabie déferte. Ce n'aurait pas été un fort beau royaume 5 mais il fe trouverait par-là que les enfans de Kétura auraient été pourvus, dans le tems que les enfans de Sara, auxquels JJieu avait promis toute la terre, ne poiTédaient rien du tout. Ils ne le rendirent maîtres de la terre de Jérico que quatre cent foixante & dix ans après ? ielore -la computation hébraïque.
^9? j II eft difficile que deux enfans fè battent dan§
•GENESE. 6j
efl ainfi ? pourquoi ai - je conçu ? Et eDe alla confulter le Seigneur , qui lui dit : deux nations font dans ton ventre , Se deux peuples fortiront de ta matrice ; ils fe diviferont ; un peuple furmontera l'autre , & le plus grand fera afTujettï au plus petit. .,,... Le temps d'enfanter étant venu , voilà qu'on trouva deux jumeaux dans fa matrice. Le premier qui fortit était roux & hérilïe de poil ( io.o ) , comme un manteau ; fors nom eft Eiaiï ; l'autre , fortant auffitôt , tenait fon frère par le pied avec la main ; & on l'appella Jacob. Ifaac avait foixante ans , quand ces deux petits naquirent. Lorfqu'ils furent adultes, Efaiï fut homme habile à la chafîè ôc laboureur; Jacob j homme fimple , habitait dans les tentes.
ïfaac aimait Efau , parce qu'il mangeait du gibier de fa chaiïè; mais Rébecca aimait Jacob. . . Un jour Jacob fit cuire une fricafïee ; & Efau % étant arrivé fatigué des champs , lui dit : donnemoi , je t'en prie , de cette fiïcaflee roufïè , parune matrice , 8c fur -tout dans le commencement de la groffefTe. Une femme peut fentir des douleurs j mais elle ne peut fentir que fes deux fils fe battent. On ne dit point comment & où Rébecca alla confulter le Seigneur fur ce prodige ; ni comment Dieu lui répondit , deux % étiole s font dam ton vemre } <& l'un vain-, cra l'autre. ïl n'y avait point encore d'endroit privilégié j où l'on confultât le Seigneur : il apparaiffait , quand il voulait ; & c'eft probablement dans une de ces ap, paritions fréquentes que Rébecca le confuita.
( ioo) Il eft rare qu'un enfant naine tout velu, Efàiî en eft le feul exemple. ïl n'eft pas moins rare qu'un enfant , en naifTant 3 en tienne un autre par le pied. Ce font de ces chofes qui n'arrivent plus aujourd'hui 3 maijj gui pouvaient arriver alors.
ce que je fuis très fatigué. C'eft pour cela qu'ora l'appella depuis Efaii le roux. Jacob lui dit : vends-moi donc ton droit d'ainene ( 101 ). Efatï répondit : je me meurs de faim : dequoî mon droit d'aineffe me fervira-t-il (102)? Jurele moi donc , dit Jacob. Efali le jura, ôc lui vendit fa primogéniture ; & ayant pris la fricaflee de pain & de lentilles , il mangea & but , & s'en alla, fe fouciant peu d'avoir vendu fa primogéniture.
Or une grande famine étant arrivée fur la tertre , après la famine arrivée du temps d'Abraham , Ifaac s'en alla vers Abimeleck , Roi des Philif-
tins ,
( 101 ) Il n'y avait pas encor» de droit d'aineïTe > jmifqu'il n'y avait point de loi pofitive. Ce n'eft que très longtems après , dans le Deutéronome , qu'on trouve que Fainé doit avoir une double portion , c'eft-àdire } le double de ce qu'il aurait dti prendre } û on avait partagé également. On s'eft encore fervi de ce paiTage pour tâcher de prouver que la Genefe n'avait pu être écrite que lorïque les Juifs eurent un code de loix. Mais en quelque temps qu'elle ait été écrite > elle eft toujours infiniment relpeétable.
( ioz ) La plupart des Pères ont condamné Efaii } Se ont juftifié Jacob ; quoi qu'il paraùTe par le texte qu'Efaii péri/fait de faim, & que Jacob abufait de l'état où il le voyait. Le nom de Jacob lignifiait fupplantateur. Il femble en effet qu'il méritait ce nom ; puis qu'il fupplanta toujours fon frère. Il ne fe contente pas de luj vendre fes lentilles fi chèrement , il ie force de jurer qu'il renonce à fes droits prétendus ; il le ruine pour un dîner de lupins , & ce n'eft pas le feul tort qu'il lui fera. Il n'y a point de tribunal fur l<i terre } où Ja-i cob n'eut été condamné.
GENESE, 6s
tins i dans la ville de Gérar ( 103 ). Et Dieu lus apparut , & lui dit , ne defcends point en Egypte „ mais repofe-toi dans la terre que je te dirai , & voyage dans cette terre ; je ferai avec toi ; je te bénirai : car je donnerai àtoi& à ta femencetous ces pays ; j'accomplirai le ferment que j'ai fait à ton père ( 104). Je multiplierai ta femence comme les étoiles du ciel ; je donnerai à ta poftérité toutes les terres j & toutes les nations de la terre feront bénies en ta femence ; & cela parce qu'Abraham a obéi à ma voix , & qu'il a obfervé mes préceptes , mes ordonnances , mes cérémonies & mes loix ( 105") Ifàâc demeura
donc à Gérar. Les habitans de ce lieu l'interrogeant fur fa femme , il leur répondit , c'eil ma four ( 106 ) : car il craignait d'avouer qu'elle
( 103 ) On a cru que la ville de Gérar ne fignifie que le paflage de Gérar 3 le déiert de Gérar , & qu il n'y a jamais eu de vilie dans cette folitude , excepté Pétra , qui e!t beaucoup plus loin. Obfervez qu'il y a toujours famine dans ce malheureux pays. Dieu ne donne point de pain à Iiaac , mais il lui donne des virions.
(104) Remarquez que l'auteur lacré ne perd pas une feule occafion de promettre à la horde hébraïque , errante dans ces déferts , l'empire du monde entier*
( ioy ) Nous ne voyons point que Dieu ait donné de loi particulière à Abraham ; aucun précepte général > excepté celui de la circonciiîon.
( 106 ) Voilà le même menfonge qu'on reproche ai Abraham; & c'eil pour la troiiieme fois. C'eft dans le même pays ; c'eft ie même Abiméleck , à ce qu'il parait ; car il a le même Capitaine de les armées que du temps d" Abraham. Il enlevé Rébecca , comme ii avait enlevé Sara Ta belle-rnere. Mais fi cela eft , il y aura eu. quatre-vingt ans , feion le comput hébraïque , que cet Abiméleck avait enlevé Sara , quoique ce comput foit encore très fautif, -Suppoions qu'il eut alors trente ans :