LE NOTRE-PÈRE
v!.Nostre Père ki es el ciel. Kascoii hume qui sun Père del ciel apelet, deit estre itel qu'il puised fiz Deu estre apelé. . ,
«Le tun mim seit semtijiet. Nus ne prium pas que sun num plus saint faceL . ., kar il fud luz jurz saint. . .; mais nus li prium que sun num face saint en nus . . .
«Le tun règne avienget. Nus ne prium raie que sun règne plus avienget qu'il venuz est, car sun règne (?) est en ciel e en terre e partut, mais nus prium que sun règne vienget en nus e sa buntet e sa justise, si que diable ne puisse régner en nus ne nule maie vice.
«La tue vohinté seit. faite en tere si cume en ciel, » etc.
Que le lecteur veuille excuser la hardiesse d'un rapprochement qui paraîtra au premier moment dépasser les bornes d'une saine critique. L'homme habitué à faire usage du Petit Catéchisme de Luther a reconnu, dès le premier coup d'œil, plusieurs des passages les plus connus de ce catéchisme. Pour expliquer ces mots, qui du reste n'ont pas le naturel et le caractère enfantin ordinaires aux explications de Luther, les auteurs allemands ont supposé que le réformateur avait eu sous les yeux le Catéchisme théotisque, qu'on attribue à tort à Otfrid de Wissembourg, et où l'on retrouve des explications analogues. Luther ne cherchait pas ses modèles aussi loin ; mais il a eu probablement entre les mains quelque catéchisme expliqué en latin , aujourd'hui perdu ou peu connu, le même dont notre commentaire français est la traduction, et qui a servi de modèle au catéchisme théotisque. Ce catéchisme était tout composé d'extraits du de Dominica Oratione de saint Cyprien et du de Oratione de TertuUien, et c'est le même texte qu'apprennent encore des millions d'enfants dans toutes les parties du monde, que nous venons de rencontrer dans un manuscrit anglo-normand du xni'" siècle. Preuve nouvelle du rôle dominant qui appartient à la race normande dans l'histoire des origines de la littérature biblique en langue française.