‹ La Bible française au moyen ageChapitre 28 sur 137 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

riantes du latin, soit du fait des copistes. H y a, entre les deux textes, juste assez de différence pour qu'on ne soit pas tenté de croire que l'un des deux a été fait d'après l'autre ; dans ce cas, en effet, il n'y aurait guère entre les deux que les divergences qui ont pour cause la diversité du latin ; les deux traductions, au contraire, sont indépendantes, elles diffèrent, en bien des détails , aux endroits où le latin est le même. Mais il suffit de peu de temps pour se persuader que , lorsque dans les deux Psautiers un même mot latin n'est pas rendu par le même mot français, le mot employé dans l'un se retrouve néanmoins, presque sans exception, dans le glossaire de l'autre. Il y a identité de vocabulaire entre les deux versions , le trésor des mots est le même. Les exceptions à cette remarque la confirment. Voici, en effet, tous les mots qui, dans les trente premiers psaumes et dans les treize derniers , se rencontrent dans le Psautier de Montebourg sans se retrouver dans celui d'Eadwin :

PSADMES.

MONTEBODRG.

EADWIN.

Obprobre.

Reproce.

Depreiere.

Preiere.

xvir.

Envucherai.

Apelerai.

Devisad.

Departid.

CSXXVIII.

Denuiuberrai.

Numbrerai.

Salud.

Santé.

Criai.

Reclamai.

Fosse.

Lac.

Exoi.

Esculte, oi.

Plantemenz.

Planteisuns.

Les adventiz.

Les estranges

Detriblez.

Tribiez.

Énumérer ces différences, c'est en montrer le caractère insignifiant et, on peut le dire, la nullité. On remarquera en outre que, si peu nombreuses qu'elles soient, elles sont toutes, à l'exception de trois mots pour trente psaumes, concentrées dans la fin , dont l'orthographe est évidemment plus récente dans le Psautier d'Eadwin. On ne doit pas compter au nombre des dif-

férences l'usage ordinaire que le Psautier d'Eadwin fait du mot Damnes-Deiis , au lieu que le Psautier de Montebourg écrit: /? Sire, Nostre Sire; de même, là où Eadwin écrit: del Seifjnur, le Psautier de Montebourg lit souvent : de Nostre Segnor. Ce fait, au reste, n'est pas constant, et quelquefois les rôles sont intervertis; il est certainement à mettre au compte des copistes. La principale diversité est dans l'usage des adjectifs et pronoms possessifs, Eadwin écrivant d'ordinaire : mi, ii. si, là où le manuscrit de Montebourg a : li miens, li tuens, U suens, etc. Il est probable que ces détails doivent être uniquement attribués aux copistes. Du reste, ici encore, les rôles sont quelquefois croisés. En un mot, il n'y a aucune différence de glossaire ni de grammaire entre les deux versions.

Jusqu'ici notre route a été sûre , et nos conclusions ont pu satisfaire entièrement l'esprit. Il faudra user de plus de défiance lorsque se posera à nous cette double question : quelle est la langue des manuscrits les plus anciens du Psautier, et que pouvons-nous conclure de l'étude comparée de ces manuscrits quant à la langue qui a dû être celle du traducteur lui-même ? Nous pouvons pourtant , pour le Psautier de Montebourg, nous borner à accepter simplement le jugement de M. Littré, dans sa belle étude du Journal des Savants^^\ et dire avec lui : « Le Psautier appartient au dialecte normande, en ajoutant que le manuscrit d'Eadwin confirme assez généralement, mais non sans certaines différences, les remarques faites sur le Psautier de Montebourg. M. Littré donne pour preuve de la provenance normande du Psautier gallican les imparfaits : ce U apelowent le Segnur, e il meisme exoeit els; en la columne de la nue parlota els» (ps. xcviii de la Vulgate,xGix de l'hébreu, v. 6 et 7). Nous lisons, au même endroit, dans le Psautier d'Eadwin: «Il apeloent le Seignur, et il oeiteah ; en columne de nue parlout a eals. v Cette citation maintient absolument, dans les différences mêmes, et quelles que soient les variantes provenant des copistes, la

'*' Aoûl 1861 , et IHsloire de ta Langue française, ^i"" édit., I. Il, |) /i/i9-/i55.

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