CONCLUSIONS
distinction, toute normande, des imparfaits en nhnm et cbam, en oe et en eie. En général, nous ne pouvons pas dire que le manuscrit d'Eadwin, quoique plus ancien que celui de Montebourg, nous fasse remonter j)lus haut que ce texte vers les origines du dialecte normand. Mais si nous comparons nos deux textes réunis avec un texte qui paraît écrit avant le milieu du XI* siècle, le Saint- Alexis , tel que l'a restitué M. G. Paris, nous arriverons aux conclusions que voici : Il paraît y avoir, entre la langue du Saint-Alexis et celle des Psautiers de Montebourg et de Canterbury, assez peu de différences en dehors de celles qui peuvent être attribuées aux copistes. Néanmoins la langue est certainement plus récente, les archaïsmes du Saint-Alexis ont disparu , et surtout la distinction des deux imparfaits marque avec certitude ce fait, que les deux Psautiers ont été écrits, dans leur forme primitive, assez longtemps après le poème de Saint- Alexis.
Plus récente que le Saint-Alexis, la Chanson de Roland a été sans doute écrite peu avant 1090 ; le manuscrit conservé à Oxford date de la seconde moitié du xif siècle. Entre ce poème et nos deux Psautiers, nous trouvons de nombreuses différences, mais il n'en est pas beaucoup qui puissent rajeunir ou vieillir un texte par rapport à l'autre. Nous n'avons donc pas de raison d'admettre que les deux Psautiers aient été mis en français ni beaucoup avant, ni longtemps après la Chanson de Roland. Nous craindrions de pénétrer trop avant dans cet examen , qui excéderait notre science, mais nous ne croyons pas que ce que nous nous risquons à avancer soit contredit par de plus savants que nous.
Et maintenant nous entrons dans le champ de l'hypothèse, mais cette hypothèse nous est commandée par les faits que nous avons constatés jusqu'ici. Ces faits acquis, nous allons les rappeler : Nous croyons que nos deux versions sont l'œuvre d'un même traducteur.
Or il existe un texte bien connu, le Psautier tri-pie, dans lequel se trouvent réunis, colonne contre colonne, les deux ori-
ginaiix latins dont elles sont traduites, et, circonstance infiniment importante, dans tous les endroits du Psautier triple où les deux colonnes, Y hébraïque et la gallicane, se confondent en une seule, nous n'avons qu'une seule version. Il n'est personne qui ne tire de ces faits la conclusion que voici : les deux textes du Psautier proviennent d'un même exemplaire du PsaUerium triplex, où ils ont été écrits d'abord en glose interlinéaire. Il n'est pas nécessaire, en effet, d'étudier bien longuement le Psautier de Montebourg pour se convaincre que ce texte a d'abord été, aussi bien que celui d'Eadwin, une glose, et que cette glose a été fort bien retournée ensuite dans la prose ordinaire. Ce fait, qui n'a pas besoin de démonstration, explique la lourdeur du style, qui est assurément peu poétique, en comparaison des beaux monuments de la littérature normande qui ont été produits au môme temps. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de se soustraire à la conclusion que nous avons indiquée : elle s'impose à l'esprit.
On aimerait à aller plus loin et à reconstituer l'exemplaire de l'antique Psautier dans lequel, sans doute, deux colonnes ont porté la glose française et, peut-être, la troisième la glose saxonne que nous possédons encore. Mais ici les difficultés commencent. Pour trouver la place d'une glose française sur le VsdMixev gallican, il faudrait en faire disparaître la glose latine qui règne au-dessus des lignes, et c'est là un acte d'autorité qui dépasse les droits de la critique. En outre , nous ne devons pas dissimuler au lecteur que nous avons collationné avec soin le Psautier de Montebourg avec le texte gallican qui est accolé au texte hébraïque dans notre Psautier triple (manuscrit de Paris, fr. 8846 ), et que nous n'avons pas trouvé les deux textes parfaitement d'accord. Mais cette difficulté ne prouve qu'une chose, c'est qu'il est une limite même aux hypothèses nécessaires, et qu'en critique il faut savoir s'arrêter à temps.