PREFACE. V
première fois, traduite en entier en français. Cette version parisienne des Livres saints acquit bientôt une telle faveur qu'il fut dès lors impossible d'en faire accepter une autre. D'autre part, elle s'était, dès les premières années du xiv^ siècle, si étroitement unie à l'intéressante Histoire sainte de Guyart Desmoulins, que la Bible historiale qui circule sous le nom du chanoine picard n'est, en réalité, pour les deux tiers, qu'un simple extrait de la version de Paris.
Ainsi complétée, la Bible historiale a joui, pendant le XIV*' et le xv^ siècle, d'un succès sans égal. Il n'est presque pas un château de grande maison , en France et dans les pays voisins, où n'ait figuré quelqu'un de ces précieux manuscrits, qu'enrichissaient des miniatures de toute beauté. Mais il est peu probable qu'un seul de ces splendides volumes ait jamais pénétré jusqu'au peuple ou jusqu'au bas clergé. Aussi, depuis que la Bible française était devenue un objet de luxe, l'Eglise cessa-t-elle de s'en émouvoir, le peuple n'ayant plus le moyen de la lire.
J^esrois et les reines de France, les princes et les princesses du sang royal, ont, depuis l'avènement des Valois, porté à la traduction de la Bible l'intérêt le plus personnel. Le roi Jean en avait fait entreprendre une traduction qui promettait d'être excellente. La bataille de Poitiers interrompit cette œuvre. Charles V demanda à Raoul de Presles une version nouvelle; mais le traducteur du roi a imité beaucoup l'ancienne Bible française et ne l'a guère améliorée. Jusqu'à Charles VIII et à François P"", jusqu'à Anne de Bretagne et à Marguerite d'Angoulême, la traduction de la Bible ne cessa d'être à cœur à la maison