VI PRÉFACE
royale; mais, au \iv' et au xv' siècle, il y avait si loin des princes au peuple, la religion de la cour était si étrangère à la piété des simples gens, que jamais peut-être le peuple n'a plus profondément ignoré la Bible, C'était sans doute uniquement par les vitraux des églises et par les sermons lies moines qu'il apprenait à la connaître.
Il en fut ainsi jusqu'à la Réforme. 11 appartenait à Le Fèvre d'Etaples et à ses disciples de fournir à la Bible du nioyen âge, à cette œuvre si belle malgré tous ses défauts, la revanche bien méritée de l'éloignement oii on l'avait tenue si longtemps, en la mettant, sous une forme nouvelle, entre les mains du peuple entier ('l Dès le règne de Charles VIÏI, un évèque, ami de Jacques Le Fèvre et d'Erasme, Jean de Rély, avait, par ordre du roi, fait imprimer la Bible historiale. Le Fèvre reprit son œuvre, la compléta, la transforma, et la livra, presque entièrement renouvelée, mais encore reconnaissable, au peuple des campagnes et des villes, en donnant à sa traduction la belle devise : «Voici maintenant le temps acffceptable, voici maintenant les jours de salut. ii La Bible de Le Fèvre d'Etaples a été la base de toutes les traductions postérieures; aussi trouverait-on peut-être, en cherchant bien, dans les Bibles que nous lisons aujourd'hui, quelques traces du style des anciens traducteurs du règne de saint Louis.
Telle est, en quelques mots, l'histoire de la Bible française au moyen âge. Qu'il nous soit maintenant permis de dire de quelle manière nous avons été amené à en aborder l'étude.
Voir v^. l>ei'<j"or. La Bible an wi' siècle, Paris, iSyy.
PREFACE. vu
L'Académie des inscriptions avait, dans sa séance publique du 12 novembre 1879, mis au concours l'étude des versions de la Bible en langue d'oïl, totales ou partielles, antérieures à la mort de Charles V. Le sujet était plus vaste qu'il ne pouvait le paraître, car les versions du moyen âge qui ont quelque importance sont presque toutes antérieures à l'an i38o. C'était donc toute l'histoire des versions de la Bible en langue d'oïl qu'il s'agissait d'embrasser.
L'Académie a bien voulu, sur un rapport très indulgent présenté, au nom de la commission, par M. Gaston Paris, et par l'organe bienveillant de son président, M. Girard, couronner le présent mémoire. A elle appartient, avec l'expression de ma reconnaissance, l'hommage d'un travail qu'elle a fait naître et qu'elle n'a pas dédaigné d'encourager.
11 s'agissait, avant tout, de comparer entre elles toutes les versions qui nous sont conservées, afin de les grouper et de reconnaître les rapports qu'elles peuvent avoir entre elles. Mais comparer entre elles des versions françaises est chose dangereuse. Les ressemblances du langage sont aussi trompeuses que les dilFérences de style ou de dialecte, et, pour rapprocher sûrement les divers textes l'un de l'autre, il fallait, pour ainsi dire, les dépouiller de leur langue et revenir au texte latin. Pour cette recherche, il a été nécessaire d'appliquer à la Bible française, dans la mesure du possible, la méthode de la collation par passages choisis, qui a permis à M. Reuss de classer à coup sûr huit cents Nouveaux Testaments grecs. J'ai pris pour base de mon travail l'édition de la Vulgate de Leander van Ess (Tubingue, 1822, 3 volumes in-8°), où l'on
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a marqué au bas des pages les variantes des deux recensions de Sixte V et de Clément VllI. Ces deux éditions ayant été établies d'après des principes opposés, il se trouve que le choix de leurs variantes est dirigé par autre chose que parle hasard. J'ai donc noté, entre les lignes d'un exemplaire de l'édition de Van Ess, les leçons des principaux textes frauçais et des textes latins usités à Paris au moyen âge. Certains passages ont été collationnés plus complètement encore dans un petit nombre de manuscrits. Ainsi, j'ai pu conclure avec quelque probabilité à la dépendance réciproque d'un certain nombre de nos textes, et, du même coup, j'ai pu trouver quelque lumière sur les textes latins dont ils ont été traduits ^^K Quant à la collation des manuscrits, il importait qu'elle fût faite avec beaucoup d'ordre et d'ensemble. Même les Bibles historiales, qui sont si nombreuses, devaient être examinées avec soin : un grand nombre de questions intéressantes dépendaient de leur classement. J'ai donc procédé avec une symétrie absolue. Il n'est pas un manuscrit dont j'aie notion , et dans lequel les mêmes passages n'aient été minutieusement relevés. Ces passages, quelquefois assez étendus, étaient, pour ainsi dire, dispersés dans toutes les parties de la Bible (^^; ils doivent le choix qui en a été fait à des variantes ou à des erreurs de copie faciles à relever; plusieurs avaient déjà été choisis par M. Reuss. La même unité a été observée dans la description des manuscrits, dans laquelle on s'est efforcé d'apporter une grande exactitude.
''' Cette recherche est re'sumëe à la page 1 5o et dans les pages suivantes. '^' On en verra ronumération à la page 211.