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LES OUATRE LIVRES DES ROIS. LES MAGHABEES

Les livres qui vont être l'objet de ce chapitre appartiennent, le premier du moins, aux plus beaux monuments de notre langue. Ils sont contenus dans deux manuscrits, dont le plus important est le célèbre manuscrit des Cordeliers.

Le manuscrit des Quatre Livres des Rois d'après lequel M. Leroux de Lincy a publié, en i8ûi , ce remarquable texte, est conservé à la bibliothèque Mazarine, sous le numéro yo. C'est un volume splendide à tous égards, dont on peut apprécier la beauté par le fac-similé qui accompagne l'édition. Il porte la signature delà fille de Philippe le Long, Madame sœur Blanche, religieuse à Longchamp. A la suite des Livres des Rois est relié un autre manuscrit de même grandeur, mais qui en est absolument distinct : il contient les deux livres des Machabées, et peut sans doute être attribué au commencement du xiif siècle; celui des Rois paraît lui être antérieur de cinquante ans au moins. Le manuscrit des Machabées est lui-même excellent et très correct.

Un autre manuscrit des Quatre Livres des Rois se trouve à Paris; il a échappé à l'éditeur de i8/ii. Quoiqu'il soit d'une valeur bien inférieure au manuscrit des Cordeliers, le manuscrit 59 11 de l'Arsenal aurait pu rendre service à M. L. de Lincy pour corriger certaines leçons fautives et pour combler la lacune du quatrième Livre des Rois.

C'est une Bible incomplète, écrite peut-être au milieu du \uf siècle, et qui sera décrite dans un prochain chapitre. Les Livres des Rois sont, comme tout le manuscrit, écrits dans un

langage bien inférieur à celui du beau texte des Cordeliers, Le manuscrit lui-même est si mauvais, tant au point de vue de la correction que de la langue, qu'on pourrait à peine regretter qu'il n'ait pas été utilisé pour l'édition de i 8/ii , si le manuscrit des Cordeliers n'était pas lui-même fautif en bien des endroits et ne présentait pas une lacune au milieu du quatrième livre. Les auteurs des gloses ne sont pas nommés , le texte est arbitrairement divisé en chapitres; il y a soixante de ces chapitres dans le premier livre des Rois, cinquante-quatre, quatre-vingts et cinquante-huit chapitres dans les suivants. C'est donc presque uniquement d'après le manuscrit des Cordeliers que nous parlerons de la traduction des Quatre Livres des Rois.

C'est une version peu littérale des Livres de Samuel et des Rois; on y trouve, dans le texte même, des gloses nombreuses et assez étendues, tirées de saint Jérôme, de saint Grégoire, d'Isidore, de Rède, de Cassiodore et d'Augustin; Angelôme et Raban sont cités chacun une fois; ces notes, quoique fondues dans le texte, sont marquées d'une accolade au vermillon et accompagnées en marge du nom de l'auteur auquel elles sont empruntées. Le seul ouvrage qui soit cité constamment est le De Quœstionibus in Libros Regwn et Paralipommon de saint Jérôme ; il est vrai que ce livre n'est pas authentique; son auteur est déjà connu de nous; c'est le même juif du temps de Charlemagne auquel nous devons les scolies du Psautier dont nous avons longuement parlé. Très souvent nous trouvons en marge le mot auctoritas , auctoritas super hune locum ou super hanc liiteram, in libro Regum, ou m originah, ou encore in origmali glosato. Los notes marquées ainsi se retrouvent presque toutes dans la Glose ordinaire ou dans la Glose interlméaire ; on peut donc admettre que le traducteur a eu entre les mains, outre un certain nombre de commentaires, un exemplaire de la Bible avec les deux gloses, et qu'il en a extrait un certain nombre de notes, en marquant en marge le mot «une autorité 5? partout où la glose n'était pas accompagnée du nom de son auteur.

Une curieuse remarque a été faite, au siècle dernier, par

Barbazan''^, l'auteur de la copie qui existe à la bibliothèque de l'Arsenal'-'. «Cette traduction, dit le critique, est entremêlée de vers, quoiqu'ils paraissent écrits comme de la prose , et cela est très fréquent, v M. L. de Lincy a donné, en citant le Cantique d'Anne, un curieux exemple de cette prose rimée; on pourrait en donner de nombreuses preuves :

La dame liaitée s'en parti,

La chère puis ne 11 cbaï.

0(1 Sun seignur, le matin, Deu aiirat.

Puis a sa maisun returnad.

Deus out sa ancele en remembrance, tost conceut et out enfant.

Grâces rendit ai enfanter,

E Samuel le fist numer. . .

Puis revint le serf Deu Helchana od sa maigniée, ai tabernacle,

Pur sacrefier e festival ment offrir,

E pieinerement ses vudz furnir '-^K

Voici des vers qui ne sont pas même, les cinq premiers du moins, traduits du latin (I Rois, ii, qS) :

Tant tendrement les fols ama.

Que reddement ne's ciiastia ;

Par bel les reprist e par amur.

Nient par destresce ne par reddur,

Cum apent a mestre e a pastur.

Li foi pruveire ne receurent le chastiement ,

Kar Deus les volt ocire e faire vengement.

Mais les vers proprement dits sont rares; le plus souvent les lignes sont inégales comme dans le texte suivant (^IRois, XVII, 35) :

Respundi David : Pasturel ai esté del fuie mun père ; Quant liun u urs al fuie veneit, E ma beste perneit ,

('' Fabliaux et Contes des poètes français, 1756, nouvelle édition par Méon, t. III, 1808; rOrdène de C/iewt/ene (anonyme), iv^g.

(-' N" 2o3i. Il en existe une autre, faite par Sainlc-Palaye, à la Bibliothèque nationale (Moreau, 1G90).

(^' I Rois, I, 18 et suiv.

Erranment le pursewi,

E la preie toli ;

Par la joue les pris,

E rétine , e ocis.

E cist Philisliens iert cume uns de ces.

E ore baldement encuntre lui irrai,

E le repruce de Israël enosterai.

Nostre Sires ki del liun e del urs me delivrad,

Del fort Philistien mult bien me guarrad.

Respundi Saul : Va , e Deu seit od tei.

M. L. de lincy se refuse à voir, dans ces vers imparfaits, «aucun exemple certain de fragments versifiés rimant par assonance. 55 «Il faut, dit-il (p. Lv), se contenter de voir, dans ces répétitions rapprochées du même son, sinon une rencontre fortuite, du moins une recherche du traducteur et une sorte de prose rythmée, qui n'était pas sans avoir quelque charme à son oreille. . . Cette traduction, destinée aux offices du dimanche, devait être psalmodiée par le diacre chargé de lire aux fidèles le texte de la sainte Ecriture, r

M. L. de Lincy fait erreur. Jamais notre traduction n'a été ni psalmodiée, ni lue aux offices du dimanche. Il n'est, en général, nullement difficile d'admettre que des fragments d'un poème aient pu se glisser dans une traduction en prose. Les rapports ont été si nombreux , au moyen âge , entre les textes en prose et en vers, que l'esprit est plutôt porté, à cet égard, à trop de crédulité qu'à trop de défiance. Nous possédons un Psautier tout entier qui est rimé d'après une version en prose ; dans l'autre sens, nous pouvons citer une preuve curieuse de l'influence exercée par la poésie sur la prose.

On trouve, dans deux manuscrits du xiv' et du xv' siècle (//'. 6260 et 9562), dont le dernier est d'origine anglaise, une Histoire de la Bihle en prose. Dans le dernier des deux manuscrits cités , elle commence par les mots : r^ Al roi de glorie Deu tut puissant, qe sanz definement parmaint. » Mais dans le manuscrit 6260, nous lisons: «Au roy de gloire Dieu omnq)otent, qui est sans fin et sans commancement. ?? Ce sont deux vers, et

il ne faut pas chercher longtemps pour retrouver l'original de cette Histoire sainte en prose dans un poème anglo-normand qui se trouve à Paris dans les deux manuscrits yî\ 898 et 902, tous deux du xiv" siècle, et dont le dernier commence ainsi :

Al rei de glorie, a Deu omnipotent, Ke maint senz fin et senz comensement.

On pourrait remarquer encore que, dans les Quatre Livres des Rois , les rimes ne se rencontrent que dans le récit proprement dit, jamais dans la traduction des commentaires qui l'accompagnent. De là la pensée que le traducteur aurait eu sous les yeux un texte en vers comme nous en avons beaucoup.

Mais il faut savoir renoncer au rêve de retrouver l'original en vers de la traduction des Livres des Rois. De telles hypothèses sont trop souriantes pour n'être pas dangereuses , et il sera plus sage de se borner à voir, dans la prose rimée des Quatre Livres des Rois, l'influence de la littérature poétique du temps, et peut-être l'habitude du rythme et de la rime, ou du moins de cette rime imparfaite que nous appelons assonance, et qui était fréquente chez les anciens.

En général, le style du beau texte qui nous occupe est des plus élégants, et aussi remarquable par la finesse du sentiment qu'il exprime que par la pureté du langage. Qu'on en juge par la traduction de ce seul mot : Numqiiid non ego melior lihi siini quant decem jilu ( I Rois , 1,8)?

«Sis mariz Helcana le areisuna, si li dist : Purquei plures? purquei ne manjues ? e purquei es tis quers en Iristur ? Dun n'as tu m'amur ? dun n'as tu mun quer, ki plus te valt que si eusses dis enfanzîw

L'indépendance où se maintient le traducteur à l'égard du texte latin lui permet de donner à son style beaucoup plus de couleur. Iléli est «eveschesw, Abner est «maistre cunestables de la chevalerie» de Saiil. David n'appelle pas Goliath Philistin

incirconcis, mais son langage est celui des chevaliers du temps des croisades ^^^:

« Fist un de ces de Israël a David : As tu veu cest merveillus champiun ki ci vient ? 11 vient pur nus attarjer e escharnir, e a celui ki ocire le purrad, li reis sa fdle od grant richeise durrad, e la meisun sun père de treùd quite clamerad.

«Dist David a ces ki esturent od lui: Que durreit l'uni a celui ki cest Philistien ocireit, e la repruce de Israël enostereit ? Ki est cest ord paltunier ki fait tels repruces a la gent Deu ? » Quand le jeune David revient vainqueur devant le roi, c^Dist Saûl a David : De quel lignage es tu, sire bacheler? Respundi David : Fiz sui Ysaï de Bethléem, ki est tis huem.j) Néanmoins, malgré la rudesse des mœurs du temps , le traducteur est un homme délicat, qui évite de prononcer les mots malsonnants ^-^, chose bien rare parmi les traducteurs de la Bible au moyen âge.

Le lecteur verra avec plaisir quelques extraits des trois premiers livres des Rois, revus sur le manuscrit.

I Uois, I, 10 : «Anna, puis que ele out mangied e beud, levad, e al sueurs Deu requerre tut sun quer turnad. Vint s'en al tabernacle; truvad le vesche Hely al entrée, ki asis iert, qu'il as alanz e as venanz parole de salu mustrast.

«La dame fist a Deu sun présent e sa oblatiun; sun quer nienne chaldes lermes. Acuragée ureisun , e en ceste baillie : Sire merciable. Sire Deus puissanz des lioz banis et des charapiunscumbatanz, sifusttun plaisir que veïsses ma miserie,e ma afflictiun , e tei membrast de mei la tue ancele , que par ta pitied eusse fiz, durreie le tei a tun servise, e rasur ne li munterad le chief, mais tqz dis a tei iert adetid

«La dame en sa preere demurad, ses lèvres moût, li quers parlad, tant que li evesches l'esguardad, e pur ivre l'enterçad.

(') I Rois, XVII, 2 5.

(^' I Rois, xviii, 95 : «E a mei cent de lue chiefs porter.'; Chap. xxv, sa et 3 A : ffNeis le chien de sa meisnn.?;

K E si li dist : Va , bone femme , a lun ostel dormir ; si te deseniveras par le dormir.

«Respundit Anna : Ne me tient si ; n'ai beu ne vin ne ei par unt l'um se poisse enivrer. Ne me tenez pur fille Belial, kar sobre sui, e en anguisse, e en plur ; a Deu ai reveled mun duel.

«Dune respundi li evesche Hely : Va, bone femme, as veies Deu ; Deus, ki de tut bien faire ad poesté, furnisse en grâce ta volenté. )5

I Rois, III, 1 : ç^Li emfes Samuel serveit a Deu devant Hely ; e la parole Deu relment fud oïe, e en cesjurs ne fud nule aperte visiun.

«Avint a une feiz, que li evesclies Hely se fud aculché pur reposer; perdu aveil la veue de veillesce, ne veer ne pout la lumière Deu devant sa mort. E Samuel se dormeit el temple, u l'arche Deu esteit.

«E'Deu l'apela, e Samuel respundi : Ci sui. E curut erranment a Hely, e dist : Ci sui venuz, kar tu m'apelas. Li evesches respundi : Nun fis , va t'en dormir.

«E Deu de rechief Samuel apela, e Samuel chalt pas leva, vint al evesche, si l'areisna.

c^ Samuel ne fud encore a Deu acuintez , ne la parole Deu ne li fud manifestée. Respundi li evesches : Ne t'apelai pas, mais va ariere dormir.

«Tierce fiede Deu Samuel apela, e tierce feiz a Hely Samuel returna,e dist : Sire, veez mei ici, kar tu m'apelas. Idunc entendi Hely que Deu out Samuel apelé, e si li dist : Repaire a tun lit, e se l'um t'apele mais, respund : Parole, Sire, kar tis serfs esculte; e Samuel a sun lit returna, e dormi.

«E Deu vint et apela Samuel : Samuel, Samuel ! E Samuel respundi : Parole , Sire , kar tis serfs esculte. jj

On a sans doute remarqué avec étonnement ce mot : «Ne veer pout la lumière Deu devant sa mort, » C'est ainsi que sont traduits les mots : Nec poterat viderc. Lucerna Dci antequam extin-

gueretur, Samuel donniebat, •>•> En effet , tous les manuscrits du moyen âge, et l'édition de Sixte V elle-même, donnent la leçon absurde : lucernam, que la version du xin^ siècle rend ainsi : «Ne il ne pooit pas veoir la lumière Damedeu devant que ele fust estainte. 55 Cela n'a aucun sens. Notre traducteur, du moins, a cherché à comprendre son texte, et l'a interprété avec intelligence.

Il Rois, XII, 1 : t^Cest afaire que David out fait desplout mult a Nostre Seignur; si enveiad a lui Nathan le prophète, e li dist cest respist :

K Dous humes furent en une cited : li uns fud riches , li altres povres.

«Li riches out mult buez e berbiz ; li povres n'en out mais une oueille qu'il out achatée et nurrie od ses enfanz; e manjout de sa viande e beveit de sun beivre ; et tant li fud privée que en sa culche dormeit , si la tint cume sa fille.

«E cume uns pèlerins vint al riche hume pur herbergier, e li riches huem volt faire cunvivie al pèlerin , ne volt nient prendre de ses bues ne de ses berbiz, mais fist prendre la berbeiete al povre hume, si 'n fist aturner viande a celi qu'il out herbergied. ^

«Li reis s'en curechad forment e out grant indignatiun vers celi ki ço out fait ; si dist al prophète Nathan : Si veirement cume Deu vit, celi ki ço ad fait en murrad, e quatre duble la berbeiete rendrad.

« Respundi Nathan : Tu es cil ki ço ad fait. »

WlRois, XVII, 1 : «Helyes li prophètes de Thesba ki est en Galaad , parlad al rei Achab , si li dist : Si veirement cume Deu vit, devant qui jo estois, rusée ne pluie ne charrad en terre si par ma parole nun.

«Lores fist Deu al prophète une revelatiun, si li dist : «Va t'en d'ici vers orient, si te tapis a la rivière de Charit ki est encuntre Jordan ; la surjurne e beif de la rivière, e j'or ai cumandcd a corps que la vitaille te truissent c guarisun.

«Helyes fist le ciiraandement Nostre Seignur, vinte surjurnad a la rivière de Charith ; e corps veneient tut dis, le matin e le vespre, si li portouent pain e charn, et il le receveit, e de la rivière beveit.

«Puis avint que la rivière sechad, kar giens de pluie ne vint en terre. Dune reparlad Nostre Sire a Helye le prophète, si li dist :

«Lieve,si t'en va en Sarepte ki est en Sydonie, si i surjurne; la ai cumanded a une vedve que el te truisse vitaille e sustenement.

«Li prophètes levad e celé part en alad: e cume il vint a la porte de la cited , la vedve truvad ki boisettes i cuillid. Helyes l'apelad, si li dist : Dune mei del ewe, si beverai.

«Cume la femme fud esmue pur l'ewe, Helyes criad après, si li dist : Aporte mei un poi, se vels, une buchie de pain.

«Celé respundi : Si veirement cume Deu vit, jo n'en ai si une puinnie nun de farine en un vaissel e un sul petitet de olie en un altre vaissel ; e vei mei ci pur dous boisettes cuillir dunt jo aturne tantel de viande a mei e mun fiz, que nus le manjum, e puis si murrum.

«Dune redist Helyes: Mar avéras pour : mais va, si l'fai cume dit l'as, e fai a mun oes tut premiere(me)nt un turtellet de celé farine, si l'rae porte, e puis fras a tun oes e al oes tun fiz. Kar ço dit Nostre Sires : La farine ne defaldrad ne l'olie ne avalerad jesque Deu enveit pluie en terre.

« La vedve s'enturnad e fist si cume Helyes la ruvad , si manjad Helye e cle e sa maidnée ; e lur farine ne faillid ne le olie ne descrut, sulunc ço que Nostre Sire le out dit par sun prophète. »

Il faudrait citer toute l'histoire d'Elie. La beauté du récit paraît y avoir donné plus de force encore au style, déjà si coloré et si vivant, du traducteur.

Chapitre xviii, v. 26 : «Li fais prophète le firent tut issi, e requistrent Baal des le matin jesque midi, mais rien ne fist, ne

rien ne respundi. Dune saillirent cil fais prophète ultre le altel.

« E Helyes les cumenchad a rampodner, si lur dist : Criez plus hait, criez, kar vostre Deu par aventure parole a ki que seit, u dort par aventure. Criez, criez, si que vus le esveillez.

et Cil crièrent a halte voiz, si se trenchierent si cume fud lur usages de cuJtels e riflerent la charn jesque il furent sanglenz.

«Mais puis que midie fud passée, e venud fud li tensquel'um dut le sacrefise faire e li fus ne vint sur lur sacrefise, Helies apelad tut le pople e redresçad le altel Nostre Seignur ki fud tut esgruned e deserted. . .

rvLores quant ure fud de faire le sacrefise, Helyes fist sa ureisun a Nostre Seignur en ceste baillie : Sire, Sire, ki es Deu Abraham, e Ysaac, e Israël, ui inustre que tu es Deu Israël e que jo sui tis serfs, e que par tun cumandement ai tut ço fait. Oï ine. Sire, si te plaist, que cist pople sache que tu as lur quers turnez derechief a bien.

«A ces paroles descendid li fuse la busche alumad, e tut le sacrefise esbrasad ; e neis les pierres esmiad , e l'ewe ki desus fud tute desecchad.

« Cume ço vit li poples, erranraent chaï a terre , si dist : Nostre Sire veirement est Deu, il est veirement Deu.

«Pernez me, fist se Helyes, tuz les prophètes Baal, si que un pie ne remaigne. E furent chalt pas prise sur la rivière de Cyson tuit ocis. »

Chapitre XIX, i : «Li reis cunctad tut a Jezabel la reine que Helyes out fait, e cume il out mort tuz les prophètes Baal. Pur ço Jezabel tramist un sun message a Helye,si li mandad : Gel mal me facent mes deus que venir deit sur tei, si jo demain a tel ure ne face de tei si cume tu as fait de nos prophètes.

«Helyes out grant pour de cest mandement, si s'en alad la u talent li prist. . ., e alad une jurnée en cel désert ; asist sei suz un geneivre e requist de Nostre Seignur sa mort , si dist : Ne sui pas. Sire, plus vaillanz que mes ancestres; si te plaist, receif ma aneme

LES LIVRES DES ROIS. (il

rrLa parlad Nostre Sire a lui, si li dist : Helye, que fais ci ?

«Helyas respundi : Grant maremcnt ai oud purl'amur Nostre Seignur de ro que guerpid le unt icil de Israël. Sire, tes altels unt abatud e les prophètes ocis , ejo sul sui remes, e mal me quierent e mort.

«E cil ki parlad a Helye respundid : Va fors e vien ester el munt devant Nostre Seignur. Este le vus li Sires i passed, e un terremote merveillus vendrad devant lui, mais ne vendrad pas li Sires a cei terremote ; après le terremote vendrad un esturbeillun estrange; mais al esturbeillun ne vendrad pas li Sires.

«Apres l'esturbeillun leverad uns fus, mais od le fu ne vendrad pas li Sires; après le fu vendrad un suef espirement de un petit vent, lores après vendrad li Sires, si parlerad a tei.?5

Dans quelle langue sont écrits les Livres des Rois ? M. L. de Lincy avait répondu : dans le dialecte de l'Ile-de-France, tel qu'il était parlé dans la première moitié du xif siècle. xMais aujourd'hui l'opinion est changée, et M. Suchier a pu affirmer ^'^ que le langage du traducteur, ou du moins du copiste, était le dialecte anglo-normand. 11 semble qu'il faille se ranger à cet avis ; mais il serait imprudent d'en conclure que ce beau texte a été pour la première fois écrit en Angleterre. Si peu de différences séparaient alors les dialectes français et normand , que la distinction des deux langages est difficile à faire en elle-même, impossible le plus souvent lorsque nous ne possédons que la copie d'un texte en prose. Au reste , la grammaire de notre texte a été établie par M. L. de Lincy, et le glossaire en a été fait par Barbazan ; il se trouve à la suite de la copie de l'Arsenal. Quant au texte latin qu'a suivi le traducteur, il semble n'être pas très éloigné, sauf pour la division des chapitres, de la revision d'Alcuin. Du reste, la traduction est si peu littérale que souvent l'auteur substitue, en l'indiquant par une rubrique, le texte des Paralipomènes à celui des Rois, et, dans ces conditions, il est impossible de rien préciser.

^'' Zdlschr. f. roinnn. Philolof^io , IV, 1880, p. 508.

La traduction des Machabées, qui est jointe aux Quatre Livres des Rois, sans y avoir aucun droit du reste, dans le manuscrit des Gordeliers , remonte peut-être au commencement du xiif siècle ; telle paraît du moins la date du manuscrit, qui est excellent et très correct. Le deuxième livre suit immédiatement le premier, sans nouveau titre. Les chapitres ne sont pas numérotés ; on compte 7/1 sections pour le premier livre et 61 pour le second ; ces divisions ne sont pas celles de la Bible alcuinienne; néanmoins les quelques passages que nous avons collationnés avec ce texte ne nous ont pas paru s'en éloigner beaucoup. La traduction n'est nullement servile ; elle est absolument différente de celle qui a pris place dans la Bible du xiif siècle. Rien n'engage à admettre que la version soit sensiblement plus ancienne que le manuscrit ; quant au langage, il ne paraît pas différer beaucoup de celui de l'Ile-de-France. Le seul auteur qui ait étudié ce texte, M. Herm. Breymann^^^ pense y reconnaître le dialecte de la Bourgogne, et estime que la traduction a été composée entre les années laSo et laBo. Voici quelques extraits du premier livre :

^ Ci commancc II livres des Machabeus. Il avint, puis que Alixandres, fiz de Philippe de Macédoine, qui primers régna en Grèce, issanz de la terre de Cethim, out oscis Daire lo rei de Perse et de Medie, si fistplosors batailles e prist les garnisons de toz, et oscist les rois de la terre, et ala jusque en la fin de la terre et gaigna toz les trésors des genz; et la terre fu en pais devant lui. . . E après ço si chay en maladie et s'apercent que il se moroit, et apela ses nobles barons qui estoient od lui norri de s'enfance, e si lor départi son reaume, dementiers que il vivoit. E régna Alixandres xii anz et mûri soi, et ses chevaliers eurent son règne chascon en son leu. E tuit se firent coronier après sa mort, et lor fil en après eaus et par mainz anz; et li mal furent acreu en la terre. Et issi de lor racine de pecché, Antiochus li

('' Introduction aux Deux Livres des Machal)pps traduction Jrauçai>ie du x m" siècle , Thèse, Gœllinfîue, 1S68 , in-8°.

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