‹ La Bible française au moyen ageChapitre 33 sur 137 · CHAPITRE ÏH · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏH

PSAUTIERS GLOSÉS.

Le Psautier est ]e premier livre de la Bible qui ait été traduit en français. Bientôt une simple traduction cessa de suffire aux besoins de la religion populaire, et on trouva nécessaire d'insérer des commentaires dans le Psautier. Le sujet de ce chapitre nous ramène fort près de l'étude, que nous avons entreprise tout à l'heure, des livres des Vaudois. En effet, nous serions heureux de retrouver, soit ^\e texte et la glose du Psautier» que les disciples de Valdus avaient apportés au concile de Latran, soit le Psautier que lisaient dans leurs conventicules les bourgeois de Metz. Mais cette recherche, qui du reste ne peut aboutir faute de renseignements suffisants, ne doit pas être l'objet principal de ce chapitre. La comparaison des textes entre eux, qui est notre souci constant, doit être, ici encore, l'intérêt qui nous anime. A cet égard, nous aurons toute satisfaction. Les Psautiers qui vont nous retenir un instant sont tous glosés, sauf un seul; tous, sauf le premier, qui est plutôt une paraphrase qu'une traduction, ils reproduisent, plus ou moins fidèlement, le vieux texte gallican du Psautier normand.

La recherche en laquelle nous nous engageons, c'est-à-dire la poursuite de la généalogie des Psautiers, est fort difficile; mais lorsqu'on opère sur un grand nombre de manuscrits (et à l'heure qu'il est nous avons classé quatre-vingt-quatorze Psautiers, tous appartenant de près ou de loin à une même famille), on peut avoir l'espoir d'approcher davantage de la certitude. Voici notre procédé de collation : Nous avons copié, au moins par extraits, dans chaque Psautier, les psaumes i, li et ci,

tlésignés par leur numéro, et qui d'ailleurs présentaient certaines caractéristiques intéressantes, et les psaumes xnv el cwwi, déjà pris comme exemple, et à juste titre, par M. Reuss. Nous avons choisi, dans ces cinq psaumes, les mots sur lesquels se rencontrent les variantes les plus intéressantes, et nous avons copié ces extraits en une trentaine de colonnes parallèles, groupant dès l'abord ceux des manuscrits qui appartiennent évidemment à un même type. Ainsi la collation des divers Psautiers s'est faite d'elle-même , et il a été possible d'embrasser d'un coup d'oeil toutes les variantes d'un même passage, et de procéder avec ensemble et avec une sûreté relative.

M. P. Meyer a fait connaître, dans son Rapport^^K un magnifique exemplaire d'un Commentaire sur les Psaumes, composé de trois volumes in-folio écrits au commencement du xiii" siècle, sinon à la fin du xn% et qui est conservé dans la bibliothèque du chapitre de Durham(A. II, 1 1). M. Meyer a publié le commencement du Commentaire sur le Psaume i ; en voici les premiers mots : ç^ Adam nostre premer père ne fu mie beatus vir, karil alat al conseil des feluns, del serpent et de Eve, ki li firent la obédience Deu enfreindre; et il estut en la veie des peccheurs quant il se délitât en ço ke li serpenz et Eve la decevent et li promistrent ke il savereit e bien et mal, et serreit si cum Deus; ceo est ke il ne murreit ja. E il sist en la chaere de pestilence quant il escusa sun mesfet envers Deu...» Il est probable, quoique nous ne puissions pas en être assuré pour le moment, que ce texte est le même qui se rencontre dans un volume de format moyen, écrit au commencement du xiif siècle, qui est conservé au Britisb Muséum (19 C v), et qui ne contient que les psaumes li à xcix. Le commentaire en est fort étendu; il commence ainsi, au psaume li, après une belle initiale romane, qui paraît être du genre anglais: ^Quul gloriaris, etc.. Le title de ceste psahne est pris del Regum en tel manière :... Al premer livre del Regum cunte l'istorie ke David, etc.. Tu Doech, e tu

"' Archices des Missions, 1871, p. 8 A ot 8().

inalveis heoni, quicumque lu es, ki puissanz es en iniquité, laquele puissance gueres ne valt, a quei te glorifies tu en ta malice? E noter poez ke puissance en mal est melz clile nunpuissance que puissance... Provum le par essample: Poi de homes sevent bien maisim cdeficr, c chascun musard les set destruire. Chascon vilain ne set mie bien terre gainer, e ki le set, od grant traveil et od grant ahan la feit fructifier, et si peot uns bucuns od une estencele de feu en poi de hure tuit le fruit anentir... Si tu peoz home tuer, tant peot une musche. ..v Ce commentaire présente un grand intérêt. Il paraît être à peu près exactement traduit ou du moins imité de celui de saint Augustin.

Le Psautier glosé qui va maintenant être décrit nous est parfaitement connu dans son origine, mais nous n'en possédons que les deux premiers tiers. On voit à la Bibliothèque nationale, dans les armoires de la galerie Mazarine, un volume de dimensions moyennes, marqué /r. 22892, qui a appartenu à la Bibliothèque de l'Eglise de Paris et qui est écrit d'une belle écriture du commencement du xiif siècle. Le manuscrit s'arrête au psaume c; le latin est en rouge; les ornements sont dans le beau style roman du xif siècle. Si les deux manuscrits qui précèdent sont anglais, celui-ci est bien, par excellence, une œuvre française et parisienne. Avant toutefois de parler du texte qui y est reproduit, nous devons dire un mot du manuscrit yr. 968, qui contient le deuxième tiers seulement, c'est-à-dire les psaumes li à c, du même Psautier. Le volume est un peu plus grand que le précédent, l'écriture est belle; M. Delisle l'attribue à la première moitié du xiif siècle. L'initiale du psaume li contient une miniature dorée qui représente un meurtre; un homme y tient sur une banderole les premiers mots du psaume en latin. Le texte de ce manuscrit est beaucoup moins pur que celui du précédent.

Ces deux manuscrits sont intéressants pour nous; le premier surtout est d'une importance exceptionnelle à nos yeux; tous deux contiennent la traduction du commentaire, ou plutôt de la glose de Pierre Lombard, évêque de Paris, qui mourut en

1160, sur lo Psautier, et le plus ancien des deux manuscrits est [)resnue du siècle même de Pierre Lombard. Nous n'ajoutons pas qu'il provient de la bibliothèque même de sa cathédrale, car il n'est entré à Notre-Dame qu'au xvii^ siècle. La glose latine de Pierre Lombard est conservée dans un grand nombre de manuscrits parisiens; ce commentaire a joui, sous le nom de K Grande Glose», d'une véritable célébrité au moyen âge*''. Voici les premiers mots de la préface traduite en français : « Tôt premièrement, ençois que nos lisiem les prophéties dou Sautier que David fist, nos covient aucune chose defors dire... E ce devez savoir que ne cil cui Dex done lo pooir de senement entendre Seinte Escriture, ne cil qui la grâce unt dou seinement espondre, ne sunt sanz lo don de profecie... Li titles dou livre si est tex: Ci comence li livres des hynnes ou des soles paroles dou profete, de Crist. Titles est uns petiz escriz que l'en fait de vermeillon sor les comencemenz de ces livres... Ynne est loenge de Deu 0 chançon et 0 mètre... Saulm en grezois sone autant come toichiers en romanz, et de saulm fu apelez sautiers, uns estrumenz de musique... Saumes proprement est la mélodie de cel estrument...» Cette préface se retrouve dans le manuscrit Harléien, 3978 , qui contient du reste un autre Psautier.

f^ Bonseuret sera [l]i ber, ce est Jhesus Crisz li novaus huem... , qui n'ira, et de Deu ne se partira par malveise volonté, ne par délit que il eit.., ou conseil des félons, ce est dou deable qu[i l]e tentera, et des félons Giis qui dirent: Descende ore de la croiz et nos lo crerrom...» Le commentaire continue ainsi, plein d'allégories; l'application religieuse des paroles du psaume y disparaît à peu près sous les figures et les comparaisons scolastiques. Si nous dégageons le texte de la glose qui l'entoure, nous pourrons restituer ainsi les psaumes i, xliv et li :

«Bonseuret sera [l]iber qui n'ira ou consoil des félons, e en la voie des pecheors ne s'aresta, et en la chaiere de pestilence ne sist. Mes en la lei dou Seignor fu sa volentez, et en sa lei por-

('' Alhrici chronica , a. iiT)!") {Mm. Gcrm., Script., XXXIII, p. 8^3).

pensera [)ar nuit ol par jor. E il sera si corne li fusz qui est planiez selonc les cors des eaucs, [qui donraj son fruit en son tens, e la fuile de lui ne decorra mie, e totes iceles choses que il fera lorneront totes eures a prospérité. Ensi ne serunt mie li félon, mes il serunt si [co]me la poudre [q]ne li venz giete de [la] face de la terre. Et porce ne releverunt li mescreant en jugement-, ne ii pécheur ou jugemcnz des juz. Porce que li Sires conoist la voie dez juz, et li eirres des félons périra. 75

Psaume xliv: c^Mes cuers a roté (ce est a rais fors et engendré) buene parole (ce est mon buen fil); ge di mes uevres au rci. Ma langue est chalemeaus (ce est penne) d'escrivein qui escrit isnelement... "

Psaume li : « Porquei te glorefies tu , tu qui puissanz ies en félonie? Totc jor torcenerie purpensa ta langue; si come rasors aguz feïs boisdie. Tu amas malice plus que debuenereté a fere, et tort plus a dire que droit. Tu amas totes les paroles de trebuichement, langue tricherresse. Porce te destruira Dex en fin, il t'arachera et te fera trespasser et eissir de ton tabernacle, et il gitera ta racine de la terre des vivanz. Li just verrunt ce et criembront et sor lui rirunt, et dicent li just: Veez ci l'orne, lo cheitif, qui ne mist raie Deu son edeur; mes il ot espérance en la multitude de ses richeces, et veinquie (sîc) en sa vanité. Mes ge, si comme l'olive portanz fruit en la meison Deu, oi m'esperance en la miséricorde Deu a toz jorz et in seculmn, ou siècle qui iert après la fin seculi, de cestui siècle. Ge te regehirei et connoistrei a Seignur, car tu l'as fet, et atendrei ton non, [car il e]st bons en la [veue de t]es seinz. ?5

Voici ce que nous croyons pouvoir avancer relativement au texte du Psautier qu'accompagne la glose de Pierre Lombard.

Le texte même du Psautier est à peu près le même que celui du Psautier de Montebourg. Ce fait est remarquable. Pour traduire en français un ouvrage tel que celui de l'illustre évêque de Paris, on ne crut pouvoir mieux faire, à Paris même sans doute ou dans l'Ile-de-France (car le langage du Psautier 22892 paraît bien celui de ce pays), que de prendre comme

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hase (le travail la traduction en usage, la traduction normande. Le texte du Psautier de Montebourg était donc à "ce moment une cuJgale, un tcxle reçu. Tous les Psautiers que nous étudierons confirmeront ce fait à nos yeux.

Si maintenant il s'agit de rechercher la relation qui peut exister entre le Psautier de Pierre Lombard et les autres manuscrits des Psaumes, nous remarquerons (|u'au commencement du psaume xliv on trouve trois synonymes pour un seul mot latin, eructavit: t^Mes cuers a roté, ce est a mis fors et engendré buene parole;» plus loin: «Chalemeaus, ce est penne. m Formis et chalemeal sonl les mots mêmes du Psautier de Montebourg; a roté est la leçon d'un grand nombre de manuscrits; la Bible du xiii^ siècle (Manuscrit /r. 899) dit de même que notre texte: «a routé, ce est a dire a mis fors?;; penne se trouve dans un grand nombre de textes, en particulier dans le Psautier lorrain. De même notre traduction dit au psaume li : «rasors aguz, ce est trenchanzw, tandis que les autres manuscrits se partagent entre les deux leçons: rt rasoir aguz 15 et ^rasour bien tranchant 57. Il est donc certain que notre traducteur avait sous les yeux au moins deux manuscrits du texte français reçu; on ne peut retrouver ces textes, mais il est permis de croire que l'un d'entre eux ressemblait de loin au Psautier lorrain, qui se trouverait ainsi, non point, il est vrai, sous la forme où nous l'avons, acquérir une autorité supérieure à celle que lui donne l'âge des manuscrits. Mais de semblables déterminations sont délicates et difficiles, et la prudence est, en ces matières, mère de sûreté.

Il nous reste à parler de l'orthodoxie de notre Psautier glosé. Ce n'est pas sans raison que nous soulevons cette question, car la glose de Pierre Lombard n'a pas laissé, dans l'Eglise, une réputation sans tache. Certain passage de l'explication du psaume xcvni (verset 5 , psaume xcix de l'hébreu) a été dénoncé au pape Alexandre III comnie contraire au ç^ culte de latrie 55 qui est du à l'humanité du Christ'''. Le traducteur était certainement informé

") GerJiohi ad Alex. III Epist. (l\'z, TItes. Aiiccd., VI, i , p. 53^.)

(les accusations qui avaient été portées contre son auteur, car il a retranché prudemment la phrase incriminée, et c'est ainsi que la traduction qui nous occupe se trouve, comme toutes les autres, irréprochable au point de vue de la foi catholique.

Nous passons à l'examen du manuscrit 2 58 de la bibliothèque Mazarine. Il en a déjà été question au sujet du Notre-Pérc. Ce beau manuscrit a appartenu, au commencement du xiv" siècle, à deux nobles religieuses du monastère de Longchamp, les dames de Brabant, dont l'une était amie du célèbre théologien Nicolas de Lire'^\ Le manuscrit même, si l'on en juge parla litanie qui le termine, est postérieur à 1297, tandis que le calendrier qui est en tête, et qui est évidemment parisien, est antérieur à cette date. Le nom de saint Martial , placé dans la litanie après ceux des apôtres, pourrait faire croire à une origine limousine, non pas du manuscrit mais de son texte latin: il est vrai que ce détail se rencontre assez fréquemment. Le Psautier latin est constamment écrit à gauche, la traduction, d'une écriture plus fine, à droite. Mais ici déjà nous remarquons une chose étrange : le texte latin d'un grand nombre de passages n'est nullement d'accord avec la traduction française; je citerai les psaumes xxxiv , v. 2 i ; xlviii , 8 ; li , 1 g ; lxxvii ,65; lxxix, 1 9 ; xc, 6; xciv, 9. Par endroits, le latin a été corrigé au grattoir. Les Psaumes sont suivis des Cantiques; le Te Deum porte ce titre: «Ce chant de loange fist S. Geriaumejj; le Symbole d'Athanase est intitulé en latin Canticum Bonifacii et porte en français cet en-tête: «Ce chant fist S. Anaistaise, qui apotoilles (s/c) de Rome (s/c)»; le Credo a pour titre : «Li escoz des Apostres, car chascun y mist du sien?). La litanie n'est pas traduite. Tous les textes français sont accompagnés d'une courte glose. Voici quelques citations du texte avec des extraits de la glose. Nous ne savons sur quel original le commentaire est traduit.

«Bien euret est li bons qui n'ala mie ou consueil des félons, et qui n'estut mie en la voie des pecheeurs, et qui ne sist mie

(') Lebeuf-Cocheris, IV, p, 272.

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en la chaiere de pestilence (Cil siest en la chaiere de pestilence qui gist en mortel pecliié). Mes en la loi de Dieu est la volentez de celui home, et en la loi Nostre Seigneur pensera par jour et par nuit (Bieneurez iert qui en la loi Dieu sera entemtibles). Et cist bons sera ausi comme li fuz qui est plantez de jouste les cours des iaues, qui donra son fruit en son tans... Et la fueille de cel arbre ne decorra mie, et toutes iceles choses que il fera seront tornées en bien... Issi ne feront mie li felom, ainz seront ausi comme la poudre que li venz giete de la face de la terre... Force ne se dreceront mie li félon au jugement, ni li pecheor au consuel des justes hommes... Car Nostre Sires Dieu conoist la voie des justes homes, et la voie des félons périra... 5j

Psaume xliv : «Li miens cuers rota bone parole (En pensée a li miens cuers que ge parole de la louenge au Sauveeur)... La moie langue est ausi comme chalemiaus, corne penne d'escrivain isnelement escrivent...»

Psaume li : «Por quoi te glorefies tu en malice, tu qui es poissanz en felenie?(Ne doizpas moustrer tout ton pooir de mal faire.) Toute jour pensa torçonerie la teue langue. Tu, si comme rasoirs aguz..., feïs tricherie... 55

Psaume ci : «Sire Dieux, oies et reçoif la moie oroison (que ge a toi faz en humilité et en voire repentence), et li miens criz vieigne a toi... Ne trestorne mie la teue face de moi... En quelcunques jor ge t'aurai apelé, arraument m'oies... Car li mien jor défaillirent ausi comme fumée, et mi os si sechierent ausi corne alumaille de feu... Samblanz sui fez a la chauve '^^ souriz de leu seul. Faiz sui ausint comme la nuitre en l'auvent de la meson... Ge veille..., et sui faiz ausi comme li moiniaus solitaires en la meson... v

Psaume cxxxvi : t^Seur les Huns de Babiloine iluec seimes nos et plorames, endementieres que nos recordions de toi, Syon... Es sauz en milieu de li pendismcs nos orgrcs... Car iluec nos demenderent, cil qui nos chaistis menèrent, paroles de

*'' Manuscril : chaniiue.

chançons... Sire Dieux, soies remenbrierres des. filz Edom on jour de Jherusalem... Qui dient: Anientez, anientez dusque au fondement en celi... 0 tu, fille de Babiloine clietive, boneurez sera qui guerredonera a toi le guerredon que tu gueredonas a nos... Beneoiz soit qui tendra et esgenera ses petuz (^sœ) a la pierre... »

Le moment n'est pas venu d'étaler aux yeux la richesse des variantes qui distinguent les divers Psautiers, Il nous suffit en ce moment de dire que nous avons voulu rapprocher ce Psautier de celui qu'accompagne le commentaire de Pierre Lombard, auquel il ressemble de près pour son texte, malgré sa date, qui est beaucoup plus récente.

Le manuscrit dont l'examen doit suivre [fr. 1761) est bien connu sous le nom de Psautier de Pierre de Paris ou de Patis. C'est Pierre de Paris qu'il faut lire. L'écriture du manuscrit est du commencement du xiv^ siècle. En tête est écrite cette rubrique : t^Si coumence le Sautier translaté dou latin en frances par maistre Pierre de Paris, as preeres de frère Simon Lerat, de la sainte maisson de l'ospitau de saint Jouhan de Jérusalem. E coumence premièrement par 1" epistele que le devant dit maistre Pierre manda au desus nomé seignor, a ce que la manière de son tranlat soit miaus couneu...55 Personne sans doute ne défendra plus aujourd'hui l'ancienne hypothèse qui faisait de l'évêque de Paris, Pierre de Nemours (1208-1219), l'auteur de cette version. A supposer que le langage de notre texte soit celui de Paris, ce qu'on ne peut guère admettre, le style de maître Pierre, dans sa lettre à Simon Lerat, n'est pas celui d'un évoque écrivant à un religieux ni même à un chevaher. Au folio 188, après les Cantiques, on lit ces mots écrits en rouge: «Issi fenist le Sautier translaté que Linardyn escrist. w A partir du psaume cix, les jours où les psaumes doivent être lus aux vêpres sont marqués, soit en marge, soit dans le texte. La traduction des psaumes est accompagnée d'un commentaire qui y est mêlé et qui est tout entier composé d'extraits, du reste sans intérêt, de la ûiose ordinaire et inlcrl médire.

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Voici quelques spécimens du texte et du commentaire :

et Beneuré est cel home qui nen ala pas en le conseiil des félons et ne se aresta pas en la voie des pecheors, coume fist Adam qui ala en le conseiil dou deable et se aresta en sa voie quant il manga la poume. E ensement celui est beneuré qui ne s'asist pas en la (^' cheere de pestilence. Syaus seent en la cheere de pestilence qui enseignent i et font vn autre. E ^-^ la volenté dou juste home sera tous jours en la loy de Nostre Seignor, et pource que il pencera nuit e jor en sa loy. E cel home sera ausi coume le fust qui est planté près des cors des aiguës, lequel fust durra son fruit en son tens; e nulles de ses feulles ne trespasseront. Sertes, toutes chosses passent et viegnent a nient, mais les paroles dou Fis de Dieu, qui gardent fermement les promesses de Dieu..., nen trépassent point. Dont toutes les chosses que il ay faites auront prospérité... Les fêlions ne seront pas en tel manière..., dont yaus devendront ausy coume la poudra que le vent gette de la face de la terre. E pource les fêlions ne ressiteront (s/c) pas en le jugement qui est a avenir. . . Dont les faus crestiens, qui sont propement (sic) apelés pecheours, ne seront point apellés au conseiil des justes... E pource que Dieu conoist la voie des justes, et les aime et les prent a soy, et la voie des félons de tout périra. 5?

Psaume xliv: ^E mon cueur ci a senti bounes parolles, laquelle si est escrit et engendré de la devigne nature, e je dis au roy mes heuvres. Ma lengue, qui est gouvergnée par le Saint Esperit, est la pengne de l'escrivain escrivant isnelement. Sire Jhesucrist, tu home es bel de grant biauté sur tous les fis des homes... »

Psaume li : «Pour coy te glorcfies tu en malisse, tu qui es puissant en ^-^^ iniquité ? Ta langue a parlé tous jors malisse et tu as fait trescheries par elles si coume par i nouvaculle''^ acue... 55

") Manuscrit : sa.

'-' Manuscrit: En.

('' Manuscrit : en on.

'^^ Manuscrit: rouvaculle.

Ih FRAGMENTS ANCIENS.

Psaume ci: :^Sire, essauce ma orisson, el ma clamour veigne a toi. Ne destournes pas ta face de moy. Encligne ta oreille a moy en queque (sîc) oure que je suis troublé. Oyes mollement (sjc) en quelque jour je te apellerais. Car mes jours ont defailly coume fumée, e mes os sont sechés come se yaus fussent fris... Je suis fait semblable au pellican de sollitairo, e suis fait come le corbiau noir en son niu. J'ennierais *^' et suis fait come le passerot en l'entier de la maisson...??

Psaume cxxxvi : et Sur les fluns de Babiloyne nous seymes et pleurâmes illeuc, quant nous nous remcnbrames de Sion. Nos pendimes en le sans qui estoyent sur les fluns nos escritures ou estoyent contenues les proumesses de Dieu... Sire, soyes remenbrable des fis de Edom... au jour que tu nous restablirais en Jherusalem... E, Sire, confondes tous syaus qui nous dient que nous soyons de tout agnientis... La fdle de Babiloyne, qui nos a estrangés de nostre terre, soyt ensement en cbaytivelé quant nous serons restablis en nostre terre. Mais celuy soyt beneuré qui reguerredounera ta retribussion que tu nous as guerredouné. w La fin du psaume manque. Peut-être est-ce avec intention que le traducteur a laissé de côté des malédictions qui blessaient sa conscience.

L'étude de ce Psautier nous révèle, malgré les apparences, de fréquents rapprochements avec le manuscrit 9 58 de la Mazarine et avec les Psautiers qui forment famille avec celui-ci et avec le Psautier de Pierre Lombard. Ces ressemblances sont intermittentes, mais elles sont certaines. A vrai dire, le Psautier de Pierre de Paris est plutôt une paraphrase qu'une traduction, et le commentaire en est entièrement emprunté à la Ghse interlinéaire. Parmi les textes qui appartiennent de près ou de loin au même groupe, nous pouvons encore compter le Psautier du duc de Berry (^fr. iSoQi) et le Psautier lorrain, et en tous cas le manuscrit 2/i3i du fonds français.

Ce dernier psautier est un très petit volume (il n'a que

C' Corrigez : je veillais.

1 35 millinièlres de hauteur). Il paraît écrit à la fin du xiif siècle et contient une traduction sans glose des Psaumes et des Cantiques. Le texte n'en est pas meilleur que celui du Psautier de Pierre de Paris. Le Notre-Père qui est à la fin est en vers; il a été étudié plus haut. Voici quelques extraits de ce psautier, nous n'osons trop les allonger.

«Li hons est beneurés qui non ala el conseill des félons, et non estu en la voie des pecheors, et non cist en la chaere de pestilence. (M)eis en la lei Nostre Seignor fu sa volentés, et en sa loi pencera de jor et de nuit. E sera enssement come li fust qui est plantés joste décors (s/c) des aiguës, qui donra son fruit en son tens, e sa feulle non decorra, et toutes les choses qu'il fera sera propres. Non issi li félon, non issi, meis ensement come la poudre que li vens jeté de la face de la terre. Enporice li félon ne s'esdreceront mie en jugement, ne li pecheor el conseill des justes. Car Nostre Sires conut la voie des justes, et la voie des félons périra, v

Psaume xliv : «Mes cuers rota bone parole, je dis mez heuvres au roi. Ma lengue est roisseau d'escrivain tost escrivant. . . 5?

Psaume ci : «... Je sui fais semblables au pélican del désert, je sui fais come niticorax en la maisonete. Je veillai et sui fais aussi come passere solitaire el tect . . . ^

Psaume cxxxvi : t^Sur les fluns de Babiloine yleuc seimes et plorames, entremens (s/c)que nos nos recordissiens de toi, Syon. Es Serines emmi de lui suspendîmes noz orguenes. . . Soveigne toi. Sire, des fiz de Edom el jor de Jherusalem, li quel dient : Anientissies, amermes*^' jusqucs al fondement en li. Fille '■^' de Babiloine chaitive , beneois yert qui reguerredonera a toi le don lequel tu donas a nos. Beneurés est qui tendra et brisera ses anians a la pierre. »

Il nous reste à comparer nos divers Psautiers entre eux et avec leur auteur commun, le Psautier de Montebourg, au point de vue du texte latin. Ce travail a été fait sur les cent premiers

^'^ Amermor= (idininimare.

^■■'' Manuscrit : Celé.

psaumes, pour les manuscrits 9 58 de la Mazarine, 1761 et 9/j3i du fonds français, ainsi que pour le Psautier lorrain, et nous avons rapproché de ces divers Psautiers les principaux textes latins. Cette collation n'a pas donné de résultats bien nets. Le manuscrit q/iSi, dans lequel les psaumes sont divisés comme dans le manuscrit de Montebourg, c'est-à-dire connne dans la Vulgate^'\ nous a paru dépendre le plus souvent, mais non pas toujours, de cet ancien texte; quelquefois il suit la même leçon que la version du xni' siècle. Nous ne parlerons en ce moment du Psautier lorrain, qui est divisé de même, que pour dire que c'est une œuvre composite au dernier point, et où les diverses leçons se rencontrent tour à tour ou à la fois. Le Psautier de Pierre de Paris compte 171 psaumes; c'est la division de la Vulgate lorsque le psaume cxvni est divisé en 99 psaumes; néanmoins on lit à la fin cette note : «Feni est le Sautier qui sont c et xlvui saumes». C'en est assez pour que nous reconnaissions encore ici un texte composé. L'étude du détail ne fait que confirmer cette supposition. Le Psautier de Longchanq> est, lui aussi, un texte à répétitions; on y rencontre des doublures comme celle-ci (ps, xlix,/i): «il appela, ce est il apelera.w En général, ce Psautier paraît marcher le plus souvent avec le manuscrit 9/481, c'est-à-dire se rapprocher fort de celui de Montebourg; mais on le rencontre aussi d'accord avec d'autres autorités. Ce caractère de compilation , qui est celui de presque tous les Psautiers, explique l'inutilité des efforts que nous avons faits pour retrouver le texte latin sur lequel ils ont été traduits. Il est permis de croire qu'ils ont tous été plutôt arrangés que traduits à nouveau , et que le texte qui leur a servi de base n'était pas latin, mais français. Au reste, à mesure que l'on recopiait le Psautier sur les marges ou entre les lignes d'un nouvel exemplaire latin, il était naturel qu'on le corrigeât pour l'adapter au nouvel original : de là une confusion extrême.

Le lecteur attend peut-être de nous que nous lui disions si

^'' Le psaume cxLviii, seulement, commence au verset 7.

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l'un (le nos textes glosés ne serait pas le Psautier des Vaudois, tel (ju'ils l'avaient à Rome en i i 79. Qui le dira? Le Psautier de Pi(UTe Lombard, le seul texte ancien qui puisse correspondre à la définition : PsaUcnwm m textu et glosa, no, s'accorde guère, sans doute, avec l'idée que nous nous faisons de la littérature des Vaudois. Mais c'est ici le domaine de l'ignorance et de l'incertitude. Plus dangereuse encore serait la recherche du Psautier des Vaudois de Metz. Nous verrons plus tard qu'il existe un psautier en langue lorraine, qui a été fort répandu à Metz au xiv\siècle. Mais il y a loin de 1 199 à 1 365, date de nos manuscrits, et quant au Psautier messin, nous pourrions être tenté d'y voir un remaniement d'un texte lorrain plus ancien, si une étude plus attentive ne nous mettait à l'esprit la pensée que les sources du Psautier lorrain sont à chercher ailleurs qu'en Lorraine. Au reste, il ne nous en coûte nullement de renoncer à une semblable recherche. Si curieuse qu'elle soit, elle disparaît à noç yeux devant l'objet de notre constante poursuite, l'unité du Psautier ^^^

('^ UUnité du Psautier sera le sujet du chapitre m de notre IV' partie. Le lecteur y trouvera, ainsi que dans le chapitre qui sera consacré aux textes imprimés, des tableaux comparatifs qui mettront en regard les principaux textes du Psautier et en feront ressortir la parenté.

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