ESSAI DE BIBLE ABBEGEE
Le xif siècle n'a pas produit une seule Bible complète; nous devrions même dire qu'il n'a créé aucun recueil, même partiel, de livres bibliques, si nous ne savions que les Vaudois avaient réuni sous une même couverture un certain nombre de livres de l'Ecriture sainte. Ce siècle est l'époque des traductions isolées et fragmentaires. Il était réservé au siècle de saint Louis de donner à notre pays une Bible française. Mais avant le moment où une œuvre pareille fut entreprise, il se fit du moins une tentative à l'effet de réunir quelques fragments de la Bible ou plutôt de l'bistoire sainte, et d'en former une Bible, incomplète encore. Le manuscrit 6211 de l'Arsenal, que nous avons déjà rencontré en étudiant les Livres des Rois, est le témoin du mouvement qui se produisit, au commencement du xnf siècle, vers la traduction de la Bible entière. Le manuscrit est unique; il en existait au commencement du xv' siècle un semblable, mais qui s'arrêtait à la fin du livre d'Esther, dans la bibliothèque de François Gonzague, capitaine de Mantoue '^l Ce livre n'est que le produit mal mûr d'une tendance qui ne pouvait pas aboutir encore. C'est un assez petit volume, écrit peut-être au milieu du xin" siècle. Il est orné de miniatures dont le plus grand nombre sont à cinq ou six compartiments. Ces peintures, fort curieuses, ont un caractère d'antiquité si remarquable que l'on peut se demander si nous n'aurions pas ici la copie des illustrations d'une Bible latine qui pourrait bien dater du règne des
(') Bomanin, IX, 1880, p. 5o5, n° 3.
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ijreniiers Capétiens; les homnies ont la tunique à manches et le manteau, les rois, la couronne carlovingienne, les femmes, le costume simple des temps anciens, mais le religieux qui orne la première initiale suffirait à dater le manuscrit, car il porte le costume des dominicains. Le texte de ce manuscrit est composé d'extraits de la Bible traduits en français et qui nous sont d'ailleurs inconnus, à l'exception des quatre Livres des Rois, qui y sont insérés avec leur commentaire. La Genèse commence par ces mots : c^Au comencement créa Deu le ciel et la terre. La terre esteit vaine et vuide, et ténèbres esteient sur la face del abisme, et li esperiz de Deu esteit porté sur les aiguës, jj Mais auparavant on lit un prologue dont voici les premiers mots : « Ici comence le litre don comencement dou munde, qui est apelé Genesis. Devine Escripture nos enseigne que prophecie est entendue en treis manières. L'une est des choses qui sunt a venir, si com Deu aprist a Ysaie le prophète , qui dist : la Virge concevra. ... 5? Il y a des rubriques en tête des chapitres ; la Genèse a soixante-trois chapitres numérotés, l'Exode en a soixante-dix-huit, le Lévitique cinq, les Nombres cinquante-neuf, le Deutéronome trois seulement, Josué quarante et un , et les Juges cent vingt et un. On voit par ces chiffres mêmes que nous n'avons pas ici une traduction complète , mais des extraits de l'Ancien Testament. C'est ainsi que nous lisons à la fin de l'Exode : r La manière dou sacrefice. . . . non ai mis en cest escrit, car il semble a estre trop grant oisouze selonc la lefre a celui qui la ht s'il n'en a la glose veue, et tornerons as comandemenz qui sunt escriz es tables. 5) Pour donner une idée du style du Pentateuque, je copierai ici le Décalogue : ^Cap. XL VII. Ici dit que Nostre Swe dona asjiz Is[ra]cl les x comandemenz. Tu non auras deu estrange devant moi, ne ne feras a tei scultile, ne nen aoreras nulle semblance qui seit dou ciel en haut, ne en terre bas, ne qui seit en aiguë, ne souz aiguë, tu non aoreras ne coleras. Je sui Deu le tuen Sire, fors en ovre, et si visite les péchiez des pères sur les enfanz jusques a la tierce et a la quarte génération de toz ceaus qui me heent, et si fai miséricorde a mil dobles a ceaus qui m'aiment et qui gardent
mes comandemenz. Tu ne prendras pas le nom de ton Deu en vain, car qui si prendra ne sera pas tenu por innocent. Sovieigne tei que tu saintefies le jor dou samedi. Svs '^' jors laboreras et feras ton labor; au jour dou samedi non laboreras, ne ton fiz, ne ta fille, ne ton serf, ne t'esclave, ne ta beste, ne nul estrange qui seit manant dedenz tes portes. En sis jors fist Deu le ciel et la terre et la mer, et toutes les choses qui sunt en eaus, et au VII jor se reposa. Force benei Deu le jor dou samedi et le saintefia. Gardes que tu ennores ton père et ta mère, que tu vives longuement sur terre que Deu te donra. Tu non ocirras. Tu non luxurieras. Tu non embleras. Tu non porteras contre ton pruesme faus tesraoing. Tu ne coveitras la chose de ton preusme, ne s'ancele, ne son buef ne son ahne, ne chose que il ait. »
Après les Juges, on lit, au folio i qo v°, les quatre Livres des Rois, tels que nous les avons décrits; ils sont divisés en soixante, cinquante-huit, quatre-vingts et cinquante-huit chapitres, précédés chacun d'une rubrique. Cette division n'est nullement celle des manuscrits alcuiniens. Cette partie du manuscrit est d'une incorrection déplorable et d'un style très abâtardi, mais, si mince qu'en soit la valeur, on pourrait en tirer parti pour corriger plus d'une erreur dans l'édition de ce célèbre texte. Au fol. 261 nous lisons la rubrique : «Ici fenit le livre des Reis de Juda et d'Israël et comence le livre de Judith la bone matrone de Israël, por cui Deus fist victoire en Israël, car ele coupa la teste de sa main de Holoferne, qui esteit conestable de la chevalerie Nabuchodonosor rei de Rabiloine. 5) Le livre de Judith compte dix-huit chapitres, celui d'Esther en a seize. Le livre de Job, qui est précédé des deux prologues de saint Jérôme, est divisé, comme dans nos éditions, en quarante-deux chapitres, le livre de Tobie, au contraire, n'est pas partagé en chapitres. Il sera à propos de donner ici quelques extraits de la traduction du livre de Job, qui est textuelle (fol. 969 v°) :
(') Première main : sel.