‹ La Bible française au moyen ageChapitre 38 sur 137 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nous arrivons au centre même de notre étude. L'histoire de la Bible française, en effet, est tout autre chose qu'une simple revue de manuscrits et de textes; c'est l'histoire d'une littérature religieuse et, nour ainsi dire, vivante; elle a ses origines, sa croissance, sa maturité, sa vieillesse même, lorsque la Bible n'est plus guère qu'un prétexte à des peintures magnifiques et à des reliures hors de prix. Attrayante pourtant et d'un intérêt infini dans toutes ses parties, cette étude, où la religion, l'érudition et l'art sont continuellement mêlés, nous fait contempler plusieurs des traits les plus aimables de l'ancien caractère français; elle nous conduit des origines mêmes de notre langue à la veille de la Renaissance, non sans créer un lien beaucoup plus vivant qu'on ne croirait peut-être entre l'ancienne société française et la nouvelle. Jusqu'à présent, nous avons vu toute une littérature se former, sans ensemble, sans lien et sans entente entre les nombreux centres littéraires où l'on essayait à la fois de traduire les divers livres de la Bible : preuve du peu d'unité qu'il y avait, avant le règne de saint Louis, entre les diverses provinces où la langue d'oïl était parlée. Tous les pays de langue française, toutes les classes de la société, apportent leur contribution tout individuelle à l'œuvre de la traduction de la Bible. Telle qu'elle est, la littérature bibliquo du xif siècle et

(lu commencement du xiif offre, dans sa diversité, un spectacle d'une fort grande richesse. Il était réservé au xni^ siècle d'en faire l'unité. La centralisation que la royauté française et l'Université de Paris ont apportée dans l'administration et dans les études a eu son effet sur la traduction de la Bible. Le règne de saint Louis a vu se produire, sans doute à Paris et dans l'Université, la première traduction complète de la Bible. La Bible du xiif siècle s'est annexé plusieurs des morceaux qui existaient avant elle, et elle a si bien occupé la place, qu'on n'a jamais su refaire, d'une manière populaire, l'œuvre accomplie, fort brillamment du reste, au temps de saint Louis. Lorsque cinquante ans plus tard une œuvre plus lisible et plus brève, la Bible Instoriale, a voulu se faire agréer en France, elle a trouvé l'autorité de la grande Bible si bien établie qu'elle a dû, pour ainsi dire, composer avec elle; il s'est formé comme une alliance entre les deux textes. Le premier volume de la Bible Instoriale, telle qu'on la rencontre partout, représente bien l'œuvre du chanoine picard qui lui a donné ce nom; mais déjà ce premier volume a reçu des additions, parmi lesquelles le Psautier tient la première place; quant au deuxième volume, c'est purement et simplement la seconde partie de la Bible du xiii^ siècle. Ce mariage des deux textes est devenu si indissoluble qu'à partir de l'apparition de la Bible historiale on a presque cessé de recopier le premier volume de la Bible textuelle. Ce premier volume n'existe qu'en un très petit nombre de manuscrits, et il ne nous reste qu'un seul manuscrit complet de la Bible entière : encore cet exemplaire n'est-il arrivé jusqu'à nous, peut-être par une ruse de libraire, que sous réti(juette de la Bible historiale.

Telle est, en deux mots, l'histoire de la Bible française entre le milieu du xiif siècle et le milieu du xiv". La preuve de ce qui vient d'être dit sera fournie par les chapitres qui vont suivre, mais les manuscrits sont si nombreux et si forts de volume, si riches en détails, en variantes curieuses non moins qu'en renseignements de toute sorte, qu'il faudra beaucoup de temps pour les classer et pour les décrire. Dans celte étude, l'ennui n'est

pas à redouter; la beauté de la langue, la curiosité et la richesse des illustrations, les grands noms des propriétaires, suffiraient à attacher le lecteur, s'il avait besoin d'un autre attrait que celui qu'exercera toujours sur nous l'histoire de la Bible.

Nous décrirons en premier lieu les deux manuscrits, l'un excellent pour la langue, mais fragmentaire et mutilé, l'autre complet, mais de basse époque, qui contiennent la Bible entière dans la traduction du xiii' siècle; puis nous examinerons les trois ou quatre volumes qui nous ont conservé, outre ces deux premiers manuscrits, la première partie de notre version; enfin nous passerons en revue ceux des manuscrits du second volume qui sont du xiif siècle ou qui paraissent copiés directement sur un original de la première forme, réservant à l'étude de la Bible historiale l'énumération des nombreux manuscrits qui ne nous ont conservé la version ancienne que confondue avec l'œuvre de Guvart Desmoulins.

Nous commencerons par le manuscrit incomplet, mais excellent, du président de Thou.

Le manuscrit français 89 q de la Bibliothèque nationale nous a conservé le meilleur texte et l'on pourrait dire le seul texte vraiment pur, au point de vue du langage, de la version du xnf siècle. Malheureusement il n'a jamais été complet, et il a été mutilé pour l'amour des figures qui le décoraient. C'est un volume d'assez petit format, qui provient de Colbert et qui avait appartenu auparavant à de Thou. Il comprend la Genèse, depuis le chapitre 11, verset i/i, l'Exode, les Nombres (depuis i, 11), le Deutéronome, le livre de Josué, les Juges, Ruth, les Rois (depuis I Rois, 11, /i), les livres de Tobie, de Judith, d'Esther, de Job, les Psaumes, les quatre Evangiles, les Actes et les Epîtres catholiques jusqu'à II Pierre, i, 21. H n'y a guère de gloses que dans les Evangiles et dans les Psaumes. On voit fréquemment en marge, marquées à l'encre rouge, un certain nombre de lettres : a, h, c, e, g, h, k (ces deux dernières lettres ne se trouvent que dans les Epîtres), 0, p, r, s, chacune suivie à peu de distance du moijins; les premières lettres sont les plus

fréquentes. Ces lettres désignent les leçons des dimanches et des fêtes, mais nous ne nous expliquons pas quel est le principe qui a présidé à leur choix. La miniature de l'Evangile de saint Luc se trouvait après le prologue: t^Por ce que pluseur se sont efl'orcié. . . w On remarque, non sans étonnement, qu'au commencement du chapitre vni des Actes le copiste avait écrit par erreur les premiers mots du chapitre ix, et que ce texte n'est pas exactement celui que nous lisons au chapitre ix : preuve du peu de conscience que le copiste apportait à son travail. En général, ce qui recommande ce heau manuscrit, ce n'est nullement la correction du texte, mais uniquement la pureté du langage.

Ce manuscrit étant sans doute le plus ancien de ceux de la Bible du xiii^ siècle , il importe d'en déterminer exactement la date. Je dirai, sans plus de détail, qu'il ressemble à tous égards, pour les initiales, les titres courants, les numéros des chapitres et pour les peintures, à la grande Bible des Jacobins (/a/. 16719- 16 '7 2 2), qui a certainement été copiée, dans l'Université de Paris, très peu avant l'an 1260. On croirait que la même main a peint les miniatures de l'un et de l'autre manuscrit, et que tous deux sont sortis d'un même atelier. Nous pouvons donc affirmer avec certitude que le manuscrit 899 a été copié, aux environs de l'an i25o, dans l'Université de Paris.

Le seul exemplaire complet de la version du xni^ siècle qui soit conservé est le manuscrit français 6 et 7 de la Bibliothèque nationale. Il est composé de deux grands volumes, écrits de l'écriture longue et disgracieuse de la fin du xiv'' siècle, mais les blasons dont il est orné semblent établir qu'il a été décoré pour le célèbre baron de Villars, qui mourut en i/i/io; il porte, à côté du nom de Berry, les signatures de Jean, duc de Bourbon (f ikhS) et de son frère Pierre de Beaujeu, le gendre de Louis XI. En tête, on lit les préfaces de la Bible historiale, telles exactement qu'elles se retrouvent dans le manuscrit /r. 6259; la première est mutilée des premiers mots et commence ainsi : ^A la loenge et a la gloire de la glorieuse et benoite Trinité ,..■>■>

Ce commencement n'est qu'un placage destiné sans doute par le libraire à donner crédit à un texte démodé; il est écrit d'une autre main que la Bible, mais également à k'] lignes par colonne, et les initiales sont peintes du même pinceau : c'est un seul et même manuscrit. Après le Pentateuque, dans lequel la Genèse seule est glosée , vient le livre de Josué , précédé du prologue de saint Jérôme et glosé, puis les Juges, Ruth, les Rois, les Paralipomènes, les livres d'Esdras, Tobie, Judith, Esther, Job et le Psautier, ces deux derniers livres d'après le même texte que dans le manuscrit 899. Le deuxième volume contient les livres de Salomon, les Prophètes, les Machabées glosés, les Evangiles glosés, les Epîtres de saint Paul, les Actes, les Epîtres catholiques et l'Apocalypse sans glose. Les deux volumes sont ornés d'un petit nombre de miniatures et d'un grand nombre d'initiales historiées ; ces ornements sont fort beaux , et leur style est déjà à peu près celui du xv^ siècle. La comparaison du texte du volume II avec de nombreux manuscrits de la Bible pourrait peut-être nous amener à croire que le second volume n'a pas été copié sur un texte ancien, mais sur une Bible historiale complétée, comme nous en avons tant.

Les manuscrits de la première partie de notre Bible sont très peu nombreux. Nous n'en connnaissons, après les deux que nous venons de citer, que trois, les deux manuscrits jumeaux de l'Arsenal et de la bibliothèque Harléienne (manuscrit de Simon d'Ewes) et la Bible de Norwich. Un quatrième exemplaire existait dans la bibliothèque de la ville de Strasbourg; il a été détruit dans l'incendie du 2/1 août 1870; heureusement, il nous est connu, par l'étude qu'en a faite M. Reuss, aussi parfaitement que s'il était entre nos mains.

Le manuscrit 5o56 de l'Arsenal est un fort beau volume de dimensions moyennes, écrit sans doute dans la seconde moitié du xiii" siècle. Il est orné de belles miniatures dorées à fond de couleur. Le manuscrit est très soigné et a été corrigé au grattoir. Après le Pentateuque, qui commence par les mots : t^Cist livres est apelez Genesis ... », et dans lequel la Genèse seule est glosée,

Ufi LA BIBLE DU XI H'^ SIKCLE.

vieni le livre de Josiié, glosé el précédé du Prologue et de V Argument, qui ont trouvé place, comme chapitres xxxv et xxxvi, à la fin du Deutéronome; puis les Juges glosés, précédés de même des deux préfaces; il y manque, de même que dans le manuscrit 899, les versets 6 à i3 du chapitre xvii. Suit le livre de Ruth, glosé, puis les Rois, les Paralipomènes, les livres d'Esdras et de Néhémie, Tobie, Judith, Esther et Job, le tout sans glose, et enfin le Psautier. Le texte du livre de Job n'est exactement celui d'aucun autre manuscrit ; le Psautier diffère beaucoup de celui qui se lit dans le manuscrit 899; il est le type d'une très nombreuse famille. Le manuscrit de l'Arsenal représente certainement, au point de vue du langage, un texte moins pur que celui du manuscrit 899.

Lorsque le lecteur parisien reçoit entre ses mains, au British Muséum, le manuscrit Harléicn 616, dissimulé dans le catalogue sous le titre de Paraphrase de la Bible, le premier coup d'œil lui fait reconnaître le frère et le semblable du manuscrit 5o56 de l'Arsenal. Ce manuscrit, qui est relié aux armes des d'Ewes, n'est autre que la Bible de Simon d'Ewes; il se termine au verset i*' du psaume cix (ex de l'hébreu). Le volume est sensiblement plus grand que celui de l'Arsenal, mais tout, jusqu'au grain du parchemin, y est identique à ce manuscrit, et, pour trouver des différences, il faut remarquer que le Goliath qui est peint en tête des Psaumes n'a pas deux haches pour blason, qu'au psaume Exultate (lxxx), on voit de même un carillon de cinq cloches, mais un seul marteau au lieu de deux, et qu'au psaume Dominus illuminatio mea (xxvi), il n'y a pas d'arbre devant David. L'identité de main est évidente. Nous ajouterons que l'un et l'autre manuscrit sortent certainement de l'atelier d'un libraire, car on voit encore, au bas du premier feuillet du manuscrit Harléien, une note au crayon rouge qui marque le nombre des feuillets et sans doute celui des histoires ou miniatures : sur une marge, au folio 81 v", on voit le projet du dessin qui est exécuté à côté. Mais la remarque étonnante que fait le lecteur consciencieux qui ne craint pas les collations

et le pointage des variantes, c'est que, malgré l'identité évidente d'origine, le texte des deux Bibles n'est pas le même. Ces frères jumeaux n'ont pas le même père. La version est bien la même, les deux manuscrits commencent par les mêmes mots, mais les deux textes sont mauvais, et les fautes de l'un et de l'autre ne sont pas de même famille. Il est donc certain que le même copiste a copié, presque en même temps, deux textes différents.

C'est à YUniversitij Library de Cambridge que se trouve aujourd'hui l'intéressant manuscrit qui appartenait autrefois à J. Moore, évêque de Norwicb. C'est un volume de format moyen, écrit au xiv° siècle d'une écriture ronde. Quoiqu'on ne trouve dans le texte aucune forme anglaise, il paraît exécuté en Angleterre. Il a été légué, en ikk^, à la communauté des chanoinesses de Flixton, avec un deuxième volume, qui est perdu et qui complétait l'Ancien Testament, par le k vénérable écuyeri' Thomas Croftys. Plusieurs des livres de la Bible ont en tête deux et trois, peintures, dont une pour chaque prologue ou argument; au commencement de la préface de Josué, on remarque la figure équestre de c Jhesu le fmz Nave, qui porte la figure Jhesucrist, non pas tant sulement en fez, mais ou non.» Le manuscrit s'arrête avant le Psautier, il semble donner le même texte que le manuscrit Harléien.

Enfin le manuscrit de Strasbourg '^^ se distinguait à beaucoup d'égards de tous ceux que nous avons. Dans tous les autres manuscrits, en effet, les divisions des livres sont à peu près exactement celles de la Vulgate actuelle. Le manuscrit de Strasbourg, au contraire, était divisé d'une manière particulière. La Genèse était partagée en cent vingt et une sections, les Nombres en soixante-cinq chapitres; Josué en avait cent quinze, les Juges quarante-cinq, Ruth huit, les II", IIP et IV' Livres des Rois en comptaient trente-quatre, cinquante-sept et soixante-quatre; les autres livres étaient divisés comme la Vulgate. Cette division, fort singulière et qui est du reste appliquée avec négligence , n'a rien

^'' Rcuss, lievup de Tbéniogir, IV^, i, janvier i859.

de primitif ni d'authentique; elle suppose même la connaissance de la capitulation de la Vulgate, puisque dans le livre des Nombres, par exemple, le copiste n'atteint le chiffre de soixantecinq chapitres qu'en répétant plusieurs fois quelques-uns des trente-six numéros de la Vulgate. M. Reuss a décrit son manuscrit avec une grande exactitude; malheureusement l'auteur strasbourgeois ne nous dit pas à quelle époque il a été copié. Il était, si l'on en juge par la langue, moins ancien que notre manuscrit 899, et son langage paraît plus rapproché des formes rémoises, telles que nous les trouvons déterminées dans le beau travail de M. de AVailly sur la langue de Reims *^^ Le texte du manuscrit de Strasbourg n'est pas entièrement perdu ; le Psautier du moins a été sauvé par la copie qu'en avait prise M. Reuss; ce savant a publié la traduction du psaume lxvii (lxviii de l'hébreu) dans sa brochure intitulée : fier lxvhi" Psnim, ein Denhmal exegctischcr Noth und Kunst^'~\ et dès 1821 M. Fritz avait reproduit le psaume cm (civ de l'hébreu) dans sa thèse intitulée Commentatio in Psalmum civ^^^. Nous avons collationné le Psautier d'après la copie que M. Reuss a bien voulu nous communiquer. Le Psautier du manuscrit de Strasbourg est évidemment, malgré quelques leçons meilleures, une copie extrêmement défectueuse du texte que reproduit assez bien le manuscrit /r. 899.

Comme on l'a vu, nous n'avons pas un texte du premier volume de la Rible qui puisse nous satisfaire à tous égards. Un seul est excellent au point de vue du langage, c'est le manuscrit de de Thou (/r. 899), mais il est fragmentaire, mutilé et mal copié. A cet égard, un éditeur rencontrerait, nous le craignons, de grandes difficultés pour l'établissement de son texte.

Les manuscrits du deuxième volume sont innombrables. Nous ne décrirons que ceux qui sont anciens ou qui reproduisent un texte ancien.

'^) Mémoires de V Académie des inscriptions, XXVIII, 2, 1876, p. 387. (^' léna, i85i, p. 98 (Extrait des Beitraege zu den theologischen Wissciischnften de MM. Reuss et Cunitz ).

(^' Strasbourg, in-8°, p. 7().

L'un des meilleurs est le manuscrit 6 8 /il de la bibliothèque Mazarine. Il provient des Cordeliers et peut-être leur venait-il de Longchamp. Il est écrit d'une seule main, qui est du plein xiii" siècle; ses dimensions sont moyennes. Il a été mutilé, dès les temps les plus anciens, par une main qui a découpé au canif la miniature initiale de presque tous les livres; en outre, bien des pages ont été arrachées. Le manuscrit commence au chapitre xxviii, verset 17, du livre des Proverbes, et il linit au verset 20 du chapitre xviii de l'Apocalypse. L'ordre des livres y est le même que dans le manuscrit 6 et 7; Jérémie y est, de même, suivi des Lamentations et de Baruch; les Actes sont, comme toujours, rangés avec les Epîtres de saint Paul et suivis des Epitres catholiques, qui commencent presque toutes sans initiale ni rubricjue. Le deuxième livre des Machabées est interrompu au verset 22 du chapitre xv; il y a avant Esaïe une lacune de deux feuilles qui étaient certainement en partie blanches, et la numération des cahiers recommence avec le livre d'Esaïe. Le langage est certainement moins pur, pour le dialecte comme pour l'âge, que celui du manuscrit 8gc); le texte est déjà bien défiguré; certains livres, comme l'Apocalypse, sont presque illisibles. Néanmoins, au point de vue du texte même, le volume de la Mazarine est certainement plus près de l'original que le manuscrit 8()f).

Avant de continuer l'énuméralion des plus anciens manuscrits du deuxième volume de la Bible, je dirai qu'il est assez difficile de reconnaître un second volume de la Bible du xnf siècle d'un second volume de la Bible historiak. Le volume IP est entré intégralement dans la Bible historiale complétée, de sorte que, en dehors des manuscrits du xiif siècle qui sont tous antérieurs à Guyart Desmoulins-, on n'a, pour reconnaître si un second volume de la Bible a fait partie de l'un ou de l'autre texte, que des variantes de texte ou des détails, tels que, pour les Bibles d'ancien style, l'existence d'une miniature au commencement de la Passion dans les quatre Evangiles, ou d'un court argument on tête de l'Epître à Tite. Ces détails eux-mêmes ne se trouvent pas

constamment dans les bons manuscrits. En tous cas, aucun manuscrit contenant l'Apocalypse en partie glosée et finissant par les mots «sans fin régner w n'est de famille ancienne. Mais la distinction a assez peu d'importance, et il n'est pas nécessaire de s'y arrêter outre mesure.

Nous continuerons notre description par un groupe de quatre manuscrits qui se tiennent de près et qui constituent certainement la famille la plus ancienne, parmi le grand nombre de ceux qui contiennent le second volume de la Bible.

Le premier est le manuscrit de Humbert Roy, de Bourg-en- Bresse (B. N.^. 3^8); il avait été donné d'abord par honorable homme Pierre de Costellin, chevalier, à sa mère. Le volume est de format moyen , il est écrit d'une belle écriture du xuf siècle ; on y voit, dans chaque Evangile, une peinture avant la Passion, et la Passion est suivie d'une note telle que : «Ci fine la Passion saint Marc, w La miniature de l'Epître aux Romains ne se trouve qu'après le petit argument : « Li Roumain sont es parties de Ytalie . . . V Devant l'Epître à Tite , on voit l'argument : « Saint Pol amoneste Tytum . . . v jusqu'au mot : « en Ychopoli 55. Le manuscrit commence par les mots: «Les Paroboles (.«c) Salemon filz David rois de Israël. . , », et il finit ainsi: «soit 0 touz nous. Amen. Ci fenist l'Apocalipse. 55 Si ancien que soit le manuscrit, il est déjà fort incorrect.

Le numéro 26 de la Bibliothèque de la Reine Christine, au Vatican, est un manuscrit du style le plus classique; il est de grandes dimensions; l'écriture, aussi bien que le genre des peintures et le costume des chevaliers , semblent indiquer l'époque de Philippe le Bel. Le manuscrit est, à tous égards, de la famille la plus ancienne; on y trouve l'argument devant l'Epître à Tite, mais plus court d'une ligne et s'arrêtant après le mot : «les hérites». Les derniers mots, «0 touz vous. Amen. Ci fenist l'Apocalipse,» sont suivis de douze vers, dont deux sont effacés, et qui commencent ainsi :

Icelui qui cest livre escrist, Au moins qu'il pol il i mesprist.

Ces mêmes vers, copiés à la fin du nianuscrity^rrt/*çrt<,s' G>jr)8, nous révèlent un exemplaire identique à celui de la Reine Christine ; la collation du texte confirme absolument ce jugement; le français, pourtant, est plus moderne, ainsi qu'il est naturel, car le manuscrit se termine par ces mots, qui le datent : ttavecques vous tous. Amen. i^ao. Cy finist l'Apocalipse. 55 Le volume est de grand format, il porte le blason et la devise des de Croy, avec la toison d'or, et un autre blason (jui est peut-être celui des d'Ormesson. Les miniatures sont finement exécutées et montrent de beaux costumes. Nous avons déjà dit que ce manuscrit réunit, malgré sa date récente, tous les caractères des manuscrits primitifs.

Le manuscrit io5i6 de Bruxelles, qui date de la lin du \ni'' siècle, paraît former famille avec les trois manuscrits qui priicèdent. On y voit l'Épître à Tite copiée deux fois , et précédée de l'argument jusqu'au mot: «en Ychopoli w.

Le dernier de nos manuscrits anciens est le volume A 2 1 1 de la bibliothèque publique de Rouen , qui date de la seconde moitié du xiii" siècle. Il commence ainsi : « Ci comencent les Proverbes Salomon et Parables Salomon. jj Les Epîtres de saint Paul y sont précédées de la rubrique : «Epistres viennent empres55. Le texte de ce manuscrit ne paraît ressembler à aucun autre.

Nous mentionnerons encore le manuscrit des Evangiles fr. 1 958i , qui est daté de 1 27/1 et est signé du copiste Michel.

Il serait inutile d'énumércr en cet endroit les manuscrits de la Bible hisloriale qui contiennent le second volume de la Bible du xni" siècle. Ces manuscrits présentent fort peu d'intérêt au point de vue du texte primitif; ils seront étudiés et classés en leur temps. Il nous suffira de dire que les manuscrits de cette classe sont au nombre de plus de soixante-dix, que le plus ancien de ceux qui sont datés est de l'an 1 3 1 2 , et que le texte qui y est contenu varie à l'infini, tout en se rattachant à celui du manuscrit 3q8.

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