CHAPITRE IL
La revue des manuscrits étant achevée, il nous est possible d'aborder la tâche bien autrement attrayante de faire connaître au lecteur la Bible du xnf siècle. Ce livre est d'une réelle importance. On a pu juger, par le nombre des manuscrits qui en sont conservés, de la faveur dont la Bible française a joui au moyen âge. Bible française est bien le titre qui conviendrait au livre que nous étudions, car, en dehors de cette traduction, il n'a pas existé, jusqu'au xvf siècle, de Bible en français qui ait été véritablement populaire. Mais ce nom prêterait à des malentendus. Nous aimerions à appeler notre Bible Bible de saint Louis, puisqu'elle a certainement été écrite sous le règne de ce roi. Malheureusement nous n'avons aucune preuve que saint Louis y ait pris intérêt. Mais personne ne disputera à notre traduction le nom de Bible du aiii" siècle, qui marque son époque et qui, pour être modeste, n'en est que plus satisfaisant.
Notre Bible a eu cette fortune d'être étudiée en entier par un maître en critique, M. Reuss ^^l Ce savant a eu entre les mains quatre manuscrits de la Bible histonale, dont trois contenaient le deuxième volume de la Bible du xnf siècle, et un exemplaire du premier volume, mais rien ne pouvait lui faire supposer qu'il avait devant lui les deux moitiés d'un même ouvrage. Cette simple remarque, que M. Reuss ne pouvait faire, n'ayant pas vu les deux manuscrits de Paris qui seuls contiennent l'ouvrage
('^ Fragments litté'aires et critiques relatifs à l'histoire de la Bible française. Revue de théologie, IV, i, janvier iSSa, et XIV, i, janvier 1857.
LA lUBLE. 121
complet, suffit à donner à ses recherches l'ensemble qui leur man(juait. Tel qu'est son livre, celui qui écrit aujourd'hui sur la Bible du xnf siècle ne peut prétendre à un plus grand honneur que de le continuer et d'étudier nos quatre-vingts manuscrits avec la même critique que M. Rouss a apportée à l'étude du petit nombre de textes qu'il a pu consulter.
Nous décrirons la Bible du xiif siècle avant tout d'après les manuscrits 899 du fonds français et 684 de la bibliothèque Mazarine, en complétant ces deux manuscrits parle numéro 5o56 de l'Arsenal et par tous les autres manuscrits, autant qu'il en sera besoin.
Voici le commencement de la Genèse; elle est précédée, dans le manuscrit de l'Arsenal, d'après lequel nous en citons les premières pages, d'une miniature en six compartiments représentant l'œuvre des six jours. Dans le C initial qui est audessous, on voit le Christ tenant en sa main le monde:
«Cist livres est apelez Genesis, por ce que il est de lageneracion du ciel et de la terre au comancement, jasoit ce que il parole après de pluseurs autres choses. Aussi come l'Esvangile saint Matheu est apelée li Livres de la génération Jhesucrist, et ausi come Moyses dist en ce livre commant li premiers homs fu criez de la terre qui estoit virge, qui pot engendrer les terriens homes en ceste vie trespassable, autressi l'Esvangde saint Matheu moustre ou coumancement commant li seconz homs fu nez de la beneoiste Virge Marie, ce est Jhesucrist, qui les homes celestieux peust bien engendrer en vie pardurable.
«Ou coumancement créa Dieux le ciel et la terre. — Quant la Sainte Escripture coumance a demoustrer la créance du monde, ele nos moustre en la première parole que Dieux est pardurables et tout poissant ... La terre estoit vraiement vaine et vuide. — Ce est a dire, si come Strabus dit, que ele estoit sanz profit et sanz fruit et sanz ordenement. . . Et teniebres estoient sus la face d'abysme. — Abysme senefie les orgueilleux qui sunt plain de teniebres . . . Li esperiz Damedieu estoit portez sur les eves. — Si come dit Ysodorus. les eves senefient les cuers des homes
et des famés qui ne sunt pas eslables, ainz ondoient aussi corne l'eve que li venz demoine, et vont touz jorz aval le vent. . . Dieux dist : Lumière soit faite, et lumière est faite. Dieux vit que la lumière fu bonne, et départi la lumière de teniebres, et il apela la lumière jor, et les teniebres nuit. — La lumière qui fu faite le premier jor ce est la foi. . . Et du vespre et du matin fu faiz li premiers jorz . . . v
Comme M. Reuss l'a déjà fait remarquer, ce commentaire est simplement traduit, ainsi que toutes les notes que l'on trouve dans les divers livres de notre version, de la Glose urdiiinirc de Walafride le Louche {^Slrabo ou Strahus). Après les auteurs citc% plus haut, nous rencontrons les noms de sainz Augustins, saînz Giraumes ou Gyriaumes, sainz Gregoires, Josephus, Becîes , Rabanus ou Robaniis et Viclorins li martirs. Le traducteur a également sous les yeux, ainsi que M. Reuss l'a établi, la Glose interlinéairc d'Anselme de Laon, et souvent il a développé les courtes notes du chanoine de Laon.
En quelques endroits, où la Glose ordinaire est une paraphrase du texte, le traducteur s'est contenté de reproduire la glose et il a laissé le texte de côté. Nous continuons à donner quelques extraits du texte et de la glose de la Genèse :
(Ch. m) : ^^Mes li serpenz estoit li plus voideus '*' de toutes les besles de la terre qui ont âmes ^^' et que Damedieux f^' avoit fait ^'^\ Et il dist a la famé ^^^ : Porquoi vos a Dieux ^''^ comandé que vos ne mangiez '^^ pas de touz les fruiz '^^ de Paradis ? La famé li ^'^^ respondi : Nos mangerons du '^*^> fruit des fuz qui sunt en Paradis '^^', mes Diex'^'-' nos a comandé que nos ne manjons '^'^ pas du ^^''' fruit du '^^^ fust qui est ou mileu de Paradis , et que nos n'i atouchons pas, que nos ne nmirons '^''> . . .
'') Variank's du manuscrit 899 : voiseus. — '-^ De toutes les choses qui oui nme. — ''' Damedex. — <''' Fet. — (=*) Feme. — ^^1 Diex. — "' Mengiez. — (■'') Fuz(Vulgale: de omiii ligno). — ('■■) Ont. li. — ('») Mengerons del. — <"' De tous les fuz de Paradis (Vulgate: de fructu Ugnorum, qiiœ sunt in Pfuadiso). — (12) II. n) Aleujons. — '■"" Del. — !'•'' Idem. — (i") Muirions.
« — A cele eiire meismes que home pécha, ce fu a eure de midi, a cele eure meismes fu Jhesucrist penduz en ]a croiz por reamhre le pechié, et a cele eure que Adam fu mis hors de Paradis, ce fu a nonne, a cele eure souffri Jhesucrist mort por ouvrir nos Paradis, qui nos estoit clos por le pechié Adam . . . v
Genèse, xix (ce qui suit est une glose sur la fuite de Loth à Ségor, extraite des Morales de saint Grégoire) : ^ . . . Quant aucuns voit qu'il ne puet monter en ce mont, mieulz est qu'il remaingne en Segor, qui vaut autant come pelitesce , et se tiengne a la commune vie des lais . . . Virginitez est li hauz monz a quoi li anges le semont. Mes cil qui voit qu'il ne puet monter, si reviengne en Segor, ce est en leal mariage, car mieulz est a faire bien moiennement que a cheoir de haut en l'ordure de péchiez. . . Car vie de mariage n'est pas plaine de vertuz, mes ele est seure qu'ele sera quite des tormenz. Porce, dist il, il a ci delez une petite cité. Cil qui sunt en leal mariage gardent leur vie en la petite cité, car il prient por euls meismes par continueuls prières. Car quant prière est faite a Damedieu, la vie de mariage n'est pas dampnéc . . . w
La traduction de la Genèse est excellente, claire et brève, exacte et énergique. J'en donnerai comme exemple (je cite, maintenant qu'il ne s'agit plus de la glose, d'après le manuscrit 8()C)) ce simple mot : et cataractœ cœli apertœ sunt (vu, i) : wet les vaines del ciel furent ouvertes." Voici une belle page extraite de la Genèse (ch. xxii); c'est l'histoire du sacrifice d'Isaac :
«Apres ce que cez choses furent fêtes, Dex essaia Abraham et li dist: Abraham, Abraham! Il respondi : Ge sui ci. Pren, list Dex, Ysaac ton fill que tu aimes, et va en la terre de prômission , si le me sacrefie sus une des montaingnes que ge te monstrerrai. Abraham se leva de nuiz, si apareilla son asne, et mena o lui H vaslez et Ysaac son filz. Et quant il ot copcz les fuz a fere le sacrefice, il ala au leu que Dex li avoit comandé. Quant vint au tierz jor, il leva les eulz, si vit le leu de loiiig. Il dist a ses ser-
janz : Atendez ci o l'asne, et ge et li enfes irons bon erre trusque ça devant, et quant nos aurons aoré nos retornerons a vos. Il porta les fuz del sacrcfice , et les mist sus Isaac son fdl, et il porloit en ses mains le feu et le glaive. Et si corne il aloient ensemble, Ysaac dist a son père : Beau père ! Il respondi : Fill, que veuls tu? Vez ci, dist il, le feu et les busobes. Ou est ce que nos devons sacrefier? Abrabam dist : Filz, Dex porvcrra bien le sacrefice. Il alerent ensemble, et vinrent au leu que Diex li avoit monstre, en quoi il fist i autel, et mist les busches desus. Et quant il ot loié Ysaac son fill, il le mist en l'autel sus le moncel de buscbes, si estendi la main, et trest son glaive por sacrefier son fill. Et li angeles Damedeu s'escria del ciel et li dist: Abrabam, Abraham! Il respondi: Ge sui ci. Il li dist: N'estent pas ta main sus ton fill, ne ne li fai rien. Or sai je bien que tu criens Damedeu, et tu n'as pas espargnié ton fill por moi. Abraham leva les culz, si vit derrière son dos un mouton qui tenoit entre les ronces parles cornes. Il le prist et le sacrefia en leu de son fill. Il apela le non de cel leu : Dex i voit. Et porce dit l'en trusqu'a ore : El mont Dex i verra, v
Les livres du Pentateuque qui suivent la Genèse ne sont pas glosés. Voici un spécimen du style de l'Exode (ch.ii, v. i-io); c'est l'histoire de Moïse sauvé des eaux.
« Apres ce issi uns boni de la mesniée Levi et prist feme de sa ligniée, qui conçut, et ot i fill. Et quant ele vit qu'il fu molt beaus, ele le repost par m mois. Et quant ele ne le pot plus celer, ele prist une huchete de jonc, et l'apareilla o ciment et o poiz, et mist l'enfant dedenz et le mist en la rive del fluevc. Une seue suer s'estoit en loing por veoir la fin de la chose, si come la fille Pharaon descendoit [a la rive] por laver soi en l'eve, et ses puceles aloient par la rive. Et quant ele vit la huchete en la jonchiere, ele la fist aporter par une de ses chambericres , et l'ovri, et vit dedenz l'enfant qui se movoit, si en ot pitié, et dist : Ce est i des enfanz as Ebreus. La suer [a la mcre] a l'enfant li dist : Vels tu que ge aille a[)eler une feme hebreue, «pii puisse
norrir l'enfant? Elc respondi : Va. La [mccle ala, et apeLi la mère a l'enfant, et la fille Pharaon li dist : Pren cest enfant, et le me norri, et ge t'en donrai ton loier. La famé prist l'enfant, et le norri, et quant il fu creuz ele le bailla a la fille Pharaon. Celé le prist en leu de filz, et le fist apeler Moyses, porce que ele l'osta de l'eve. n
Nous transcrirons encore ici le Décalogue, d'après le même manuscrit 899 (Exode, xx) :
«Dex parla toutes ces paroles au pueple [Israël] : Ge sui tes Sires et tes Dex, qui t'amenai de la terre d'Egypte et [de la meson] de servage. Tu n'auras pas dex estranges par devant moi. Tu ne feras pas chose entailliée, ne semblance des choses qui sunt el ciel, ne de celés qui sont en l'eve, ne de celés qui sont a terre. Tu ne les aoreras pas, ne ne [les] cultiveras. Ge sui tes Sires et tes Dex, forz et touz puissanz, qui visite les péchiez des pères es enfanz trusqu'en la tierce et la quarte generacion de cels qui me héent, et faz miséricorde a cels qui m'aiment et gardent mes comandemenz. Tu ne prendras pas le non de ton Deu en vain. Dex n'aura pas celui por innocent qui prendra le non de son Dieu por néant. Soviengne toi que tu saintefies le jor del samedi. Tu overras en vi jorz, et feras toutes tes hesoignes; au septième jor est li repos a ton Deu. Tu ne feras nule chose, ne tu, ne ton fiU, ne ta fille, ne ton serjant, ne ta chamberiere, ne ta beste, ne li estranges qui est dedenz tes portes. Dex fist en VI jorz le ciel et la terre et la mer, et toutes les choses qui en els sont, et au septième jor se reposa; et por ce benei il le jor del samedi et le saintefia. Henneure ton père et ta mère, que tu vives longuement sus la terre que [Nostre Sires] Dex te donra. Tu n'ocirras pas. Tu ne feras pas avoutire. Tu ne feras pas iarrecin. Tu ne diras pas contre ton prisme faus tesmoing. Tu ne covoileras pas la meson a ton prisme , ne ne desirreras pas sa feme, ne son serjant, ne sa chamberiere, ne son buef, ne son asne, ne toutes les choses qui seues sont. ^1
Le livre de Josué est précédé du Prologue et de l'Argument
(le la Vulgate; il est glosé, et le commentaire est, ici encore, au moins en grande partie, emprunté à la Glose ordinaire. Le procédé de traduction est bien le même que dans la Genèse, le traducteur semble être le même; on remarque pourtant cette diflerence que les auteurs des gloses ne sont plus nommés. Nous citerons, comme exemple , d'après le manuscrit de l'Arsenal, une glose d'Origène , traduite textuellement et non sans énergie [Ad Jos. x):
«Je voldroie que li miens Jhesus m'ostroiast de fouler l'esperil de fornicacion et d'ire et de forsenerie et d'avarice , et le diable et sa vantence , et atribler a mes piez l'esperit d'orgueil. Et quant je aurai ce fait, je ne donrai pas la somme de la victoire a moi. mes a sa croiz. . . Lors me sera dit ce que li anciens Jhesus (Josué) dist : Faistes le vertueusement et vos confortez et ne les cremez de riens. Car Dieux a bailliez touz vos ennemis en voz mains, jj
Le livre des Juges, en tête duquel sont également traduits le Prologue et l'Argument de la Vulgate , est accompagné de gloses très longues et très nombreuses, mais toujours sans noms d'auteurs. Le commentaire est avant tout moral et mystique, c'est-àdire appliqué à Jésus-Christ. On y trouve, au chapitre vu, à propos de l'histoire de Gédéon, de beaux préceptes '.^sur la chevallerie Dieu et la bataille spiritel?? :
«Famés suellent vaincre en ceste chevallerie, non pas par force de cors, mes par vertu de foi, si come Delbora et Judith, ([ui rendirent au païs le salu que homes avoient perdu. Les virges en leur premier aage souffrirent por martire les tormenz aus liranz. En ceuls qui sunt chevallier Dieu n'est pas quise la force du cors, mes celé de l'ame. Car la victoire est aquise, non pas par glaive de fer, mes par oroisons, et foi donne souffrance en bataille . . . v
La gh)sc dont est accompagné le livre de Ruth est mystique
«'l bien peu littérale. C'est ainsi que Noémi engage Uulh à se rendre auprès de Booz, «autressi com si elle deist: Saches que Jhesucrist souffri mort por toi, et vien a lui o dévote pensée, et oste la couverture du Viel Testament ...■)•>
Les livres des Rois, les Paralipomènes, Esdras, Néhémie, le deuxième livre d'Esdras, Tobie, Judith et Esther ne sont accompagnés d'aucune glose et n'ont aucun prologue. Je reviens au manuscrit 899, moins complet, mais dont la langue est meilleure, pour citer le chapitre m du premier livre des Rois:
^Samuel li enfes amenistroit a Damedeu devant Hely, et la parole Damedeu estoit précieuse, en cel tens n'estoit pas vision aperte. Il avint i jor que Hely se gisoit en son lit, et sa veue estoit troublée, ne il ne pooit pas veoir la lumière Damedeu devant que ele fust estainte ^^', et Samuel se gisoit el temple Damedeu ou l'arche estoit. Et Dex apela Samuel, et il respondi et dist: Vez me ci, ge sui venuz porce que tu m'as apelé. Hely dist : Ge ne l'apelai pas, beau fdz, retorne t'en, si te dorm. Samuel s'en retorna, si s'endormi. Et Damedex l'apela autre foiz, et il se leva et ala a Hely, si li dist: Ge sui venuz, porce que tu m'as apelé, et il li respondi: Beau fdz, ge ne t'apelai pas , retorne t'en et si te dorm. Samuel ne savoit riens de Damedeu. ne la parole Deu ne li avoit pas encore esté révélée. Damedex apela tierce foiz Samuel, et il se leva, si vint a Hely et li dist: Voiz moi ci, ge sui venuz, porce que tu m'as apelé. Lors entendi Hely que Damedex apeloit l'enfant, si li dist : Va t'en et si te dorm, et se il t'apele deci en avant, si li respon einsi : Sire, parlez, car vostre serjant vos ot. Lors ala Samuel et se dormi en son leu, et Damedex vint a lui, si l'apela 11 foiz: Samuel, Samuel! Lors dist Samuel: Sire, parlez, car vostre serjant vos ot. . , 5) Ce passage est d'un fort bon style, mais en général il semble au contraire que les livres des Rois sont traduits avec une lourdeur particulière.
('' Non-sens provenant d'uiio fiiulf de copie universelle au moyen à[[e. Voy. p. 57.
128 LA BIBLE DU XllP SIECLE.
Le livre de Job est glosé brièvement. En voici quelques extraits :
^ [Uns boni estoit] en la terre de Hus , qui avoit non Job , et cil boni estoit simples et droituriers "^, et départant soi de mal. Lors li nasquirent vu fdz, ce est a dire il avoit vu fdz, et m fdles qui li estotent nez, ce est a dire que il avoit engendrez '-'. Et il ot en possession vu milliers d'oeilles, et m milliers de cbameus, et v' jous de bues, et v" asnesses, et niolt grant mesniée. Et cil bom estoit granz entre touz cels d'Orient. Si fili aioient et fesoient convives par lor mesons, cbascuns a son jor, et il, envoianz, apeloient leur m serors, que eles menjassent et beussent o els. Quant les jorz del convive estoient trespassé, que chascun l'avoit fait endroit soi ^^\ Job leur père enveoit et les saintefioit, et levant soi matin offroit sacrefices por touz et por cbascun seul '^\ et disoit : Que par aventure mi enfant n'aient pecbié, et aient pensé mal contre Deu en lor cuers. . .
(Cb. Il): cdl avint i jor que li angele vinrent et estèrent '^' devant Nostre Seigneur, et neis Satban ^^'^ i vint et s'estut entr'els. Et Nostre Sires dist a Satban ^"^^ : [D'ont viens tu ? Et Satban li respondi : Je ai esté environ toute la terre. Et Nostre Sires dist a Satbam :] Donc n'as tu veu Job mon serjant, qu'il n'a son semblant en terre, et qu'il est simples et droituriers, et cremanz Deu, et departanz soi de mal, et garde encore innocence? Tu m'as commeu contre lui, que ge le tormentasse por noient. Auquel Satban respondi et dist : Home donra pel por pel, et racbatera s'ame, ce est sa vie, de tout ce qu'il a. Et se vos Guidiez qu'il soit autrement, metez vostre main sor lui ''^\ et
(') Le manuscrit de l'Arsenal ajoute : et doutanz Dieu.
'-' Les mots soulignés sont omis dans le manuscrit de l'Arsenal.
'^' Le manuscrit de l'Arsenal remplace les mots soulignés par le mot : en rondeur.
('') Les mois soulignés sont omis dans le manuscrit de l'Arsenal.
(^^ Arsenal : Li fiuz Dieu vindrent et s'eslurent.
(") Arsenal: Sathenas. A^eis est omis.
''' Ce qui suit est suppléé d'après le manuscrit de l'Arsenal.
"*) Arsenal : Et lot ce que il a por la vie. Autrement met la main sus lui.
atouchiez ses os et sa char, et lor vcrroiz vos qu'il vos malcira apertement. Lors dist Nostre Sires a Sathan : Ge le met en ta main, ce est a dire en ton pooir, mes ne porquant '^' garde s'ame. Lors se parti Sathan de devant Nostre Seigneur, et feri Joh de très raauvese maladie de la plante del pie desi a la vertiz '-^ del chief. Et Job se seoit sor son femier, et raoit la porreture de sor soi o i test '^'. Lors li dist sa famé : Parmainz tu encor en ta simplece? Maudi Deu '*^ et muires. Et il dist '^*: Tu as parlé corne une des foies femes ^''K Se nos avons receu les biens de la main Nostre Seignor, porquoi ne soslenons f'' nos les maus? Et Job ne pécha mie en toutes cez choses en sa parole '^^K Lors oirent les m amis Job touz les maus qui li estoient avenu, et vinrent a lui chascuns de son leu, Elyphat Themanitien et Baldach Suitien et Sophar Naamatitien. Il avoient covenancé li uns a l'autre ^^^ que il venissent a Job, et le visitassent et le confortassent. Quant '^*'' il levèrent lor eulz de loing, il ne le conurent mie, mes il, escriant soi, trenchierent lor vesteures, et plorerent^^^', et espartirent poudre sor îor chiés el ciel, et sistrent f^'-^ 0 lui en la terre vu jorz et vu nuiz. Et nus estoit'^^' qui li deist aucune parole. Il veoient que sa dolor estoit grant '^*'. 55
(Ch. m): «Empres^^^' ce ovri Job sa bouche et maudist le jor qu'il '^''' fu nez, et dist : Li jors périsse el quel ge fui nez '^"'^ et la nuit en laquele il fu dit : Home est conceuz. Icel jor soit muez en teniebres, et Dex ne le quiere mie de desseure *^®', et il ne soit pas en recordement, ne alumez de lumière. . . 55
(Ch. XIX, 25-27) • ^^^ ^^^ certainement '^^^ que mon rachateor vil , et que ge sui a ^^"^ resordre de la terre el très derrenier
('' Arsenal : Verras tu que il te beneistra en la face. . . Il est en ta main, et ne porquant. — '-' Des la pi. du p. deci a la v. — (^) Raioit la porreture de sa teste.
— '■' Beneis a Dieu. — '^' Qui li dist. — ^^^ Corne foie famé. — ''' Soufferrons.
— '**) En ses lièvres. — <') Les uns aus autres. — ''"' Et quant. — '''* Criant plorerent et tranchierent. — ''^' Esturent. — ''^' N'estoit. — '"' Trop grant. — ^'^> Apres. — ''"' L'eure que il. — '"^ Périssent que je fu nez. — ''*' Non requirat eum Deus destiper. — (''' Arsenal : Adecertes je sai. — <-") Et je sui au.
jor. et serai derechief avironnés de ina pcl "', et verrai Deu, qui est mon Sauveor. en ma char. Ge meismcs le verrai, et mi luieil le regarderont, et non pas autre. Gc ai mis cestc moie espérance en mon sain . . . v
(Fin du livre de Job, ch. xlii, v. 11-16): ttTuit^'^' si frère et toutes ses sereurs, et luit cil qui l'avoient primes coneu [vindrent a lui] ^^^ et mengierent 0 lui en sa meson pain, et murent lors chiés sor lui, et le confortèrent de tout le mal que Dex avoit mis sor lui. Et cliascuns li dona une oeille et une chaiene d'or a mètre en roreiUe '^l Nostre Sires benei a la fin ''"' Job plus que a son comencement '^'. Lors otil xiiii mile oeilies '^^ et vu milliers de chameus et m jous de bues et m asnesses ^^\ et ot vu filz et m filles. Et il apela le non d'une de ses filles Jo7% et le non de la seconde Cassie, et le non de la tierce Pipe de corne '•''. Femes ne furent pas trovées si bêles come les filles Job en toute la terre. Et lor pères lor dona héritage entre lor frères. Job vesqui empres cez tormenz ^^^' cent et xl anz, et vit ses filz et les filz ses filz f^^^ desi a'^^^ la quarte generacion , et morut viellarz et plains de jorz. v
Aucun passage de la Bible, peut-être, ne donne plus de variantes que les noms des filles de Job. Nous donnerons, au chapitre de la Bible historinle, une idée de ces variantes. On a remarqué une grande diff"érence entre les deux textes qui ont été comparés plus haut. On ne peut dire (ju'aucun soit le texte original; peut-être celui de l'Arsenal, qui est plus récent pour la langue, est-il cependant plus rapproché de l'original.
Le moment n'est pas venu d'étudier le Psautier de nos ma-
('^ En ma pel. — '-' Arsenal : Adecertes luit. — '^' H y ^ ici, de même que dans un très grand nombre de manuscrits, une lacune de trois mots. Le manuscrit de l'Arsenal, au contraire, écrit : cGil qui l'avoient conneu primes vindrent a luir, et omet ce qui suit jusqu'à : sor lui. — ^ Les cinq mots soulignés njanquent dans le manuscrit de l'Arsenal. — '^* En la fin. — ("^ Au comancement. — '') Et ïiui mille oeilies li sunt fait. — '*' Et mil asnes. — ^'' Et vocavit nomen unius Diem, et nomen secundae Cassiam, et nomen lerliae Cotom stibii. Arsenal : Jorz, Cassie, Cornusabii. — ('"' Ces choses. — '"' Les fiuz de ses enfnnz {fiHo.i fiUoru7n siinrmn). ^ — '■'-' Dcci on.
LA BIHLE. 1:M
nuscrils. Je m<' bornerai à copier en rejfard le psaume i dans les deux manuscrits de l'Arsenal ( 5 o56) et de deThou (/r. 8()()).
Manuscrit fie V Arsenal.
Doneurez est II homs qui n'ala pas ou conseil des félons, et qui n'estut pas en la voie des pécheurs , et qui ne sist pas en la chaiere de pestillance. Mes sa volente' est en la loi de Nostre Seingneur, et en la loi d'icelui pensera par jour et par nuit. Et il sera corne H fuz qui est plantez delez le decorenient des eves, qui donnera son fruit eu son temps, et sa fueille ne charra pas, et tout ce que il fera sera touz jorz on prospérité'. Li ielon ne seront mie en tele manière, mes ausiconie la pouldi-e (pie li venz lieve de la terre. Et por ce ne ressordiont mie li félon en jugement, ne les pécheurs ou conseil des justes. Por ce a connêu Nostre Sires la voie des justes, et la voie des félons périra.
Manuscrit franniis Sgg.
Li hom est heneoiz qui n'ala pas el conseil des félons, et qui n'estut mie en la voie des pecheors , et qui ne sist mie en la chaiere de pestilence. Mes sa volentez est on la loi Nostre Seignor, et il i pensera par jor et par nuit. Et il sera come li arbres qui est plantez joste le flecorement des eves, qui donra son fruit en son tens, et sa fueille ne charra mie , et tout ce qu'il fera sera en prospérité en tous tens. Li félon ne seront mie en tele manière, mes seront come la poudre que li venz lieve de terre. Et por ce ne resordront mie li félon en jugement, ne li pecheor el conseil des justes.
Por ce a coneu Nostre Sh'es la voie des justes, et la voie des félons périra.
Le manuscrit de Strasbourg paraît intermédiaire entre les deux textes; il en est de même, mais à d'autres titres, du manuscrit Harléien. Dans le livre de Job. le manuscrit de Strasbourg double le manuscrit 899. Les deux textes que l'on vient de lire ont étendu leur influence sur les Psautiers de presque toutes les Bibles historiaJes el sur beaucoup d'autres; il n'est pas besoin de beaucoup de paroles pour dire que l'un et l'autre proviennent du texte représenté par le Psautier de Montebourg.
Sans entrer dans le détail des différences que Ton relève entre notre Psautier et le texte de la Vulgate. soit pour le latin, soit pour la division des psaumes, je dirai seulement qu'on y compte cent soixante-treize psaumes, c'est-à-dire deux de plus que dans les exemplaires de la Vulgate qui divisent le psaume cwiii en vingt-
deux psaumes. A partir du psaume xviii jusqu'au psaume cxviii, tous les numéros sont en avance de deux unités sur la Vulpate. Le désaccord commence au psaume ix: le psaume x de la Vulgatc s'appelle psaume xi , et le psaume xviii porte le numéro xx, La traduction du Psautier est souvent absolument inintelligible et d'un littéralisme qui sent encore la méthode juxtalinéaire. Les mots sont bien souvent mis les uns au bout des autres sans souci de l'ensemble. Les gloses du Psautier, au contraire, sont bien le propre du nouveau traducteur, car elles paraissent du même caractère que celles du reste de la Bible, en particulier du Nouveau Testament. On s'en persuaderait en comparant les versets i et 7 du psaume cix et le verset 89 du psaume cxviii avec le commencement de l'Evangile selon saint Jean.
Après les Psaumes, qui terminent le premier volume de la Bible, viennent les livres de Salomon, suivis des Machabées. Voici, d'après le manuscrit de la bibliothèque Mazarine, les premiers mots des deux livres des Machabées :
«[Apres ce c|ue Abxandres, li filz le roi Phelippe de Macédoine, qui issi de la terre de Chym, et fu li premiers rois qui régna en Grèce, ot vaincu Dayre le roi de Perse] et de Mede, avint que il fist pluiseurs batailles, et prist toutes les garnisons, et ocist les rois de la terre, et passa dusqu'a la fin de toute la terre, et prist les despoilles a maintes genz, et toute la terre trambla devant lui. Il assambla molt fort ost, et ses cuers s'essauça et se sozleva, si que il vainqui les genz de diverses régions et les tiranz, si que il le servirent tuit, et il li rendirent treu. Apres avint que il acoucha malades, et sot bien que il se morroit, si apela ses serjanz, nobles homes qui avoient esté norri 0 lui, si leur de|)arti son règne en sa vie. Cil Alixandressi régna xn anz, et puis fu morz. . . "
IP Livre : tç[Li Juif qui sont] en Jherusalem et en la région de Judée mandent aus Juys leur frères qui sont par Egypte saluz et bone pes, et Diex nous face bien, et il li soviegne de
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son testament que il promist a x4braliam et a Ysaac et a Jacob, SCS loiaus serjanz. Il nous doinst cuer de cultiver le et de fere sa volenté de bon cuer, il aoevre nostre cuer en sa loi et en ses conmandemenz et face pcs. . . ?? Cette version n'a rien de commun avec celle qui accompagne les quatre livres des Rois dans le manuscrit de Longchamp.
La traduction des Prophètes est sans glose. Elle n'est pas sans mérite là où le traducteur comprend le texte. On peut même dire qu'elle est aussi bonne que peut être une traduction textuelle faite sur la Vulgate. Le manuscrit 684 de la bililiothèque Mazarine, le plus ancien que nous ayons et le moins mauvais sans doute, est lui-même très fautif. C'est d'après lui que nous allons citer quelques passages des Prophètes. On ne les lira pas sans intérêt :
(Esaïe , xxxv] : ^ La terre qui est déserte et sanz voie s'esleescera et florira si comme lis. 11 germera en germant, et s'esleescera en esjoissent et loera. La gloire du Liban li est donée, et la biauté du mont de Charmel li est donée, et de Saaron. Il verront la gloire de Nostre Seigneur et la biauté de Nostre Dieu. Confortez les mains qui sont dissolues et fêtes fors les genous qui sont foibles. Vous qui estes foibles, dites : Confortez vous et ne voeifliez mie cremir. Vez ci que Nostre Diex amenra venjance, Diex meismes qui est retributeur (ce est a dire rendeur des désertes) vendra et nos sauvera. Lors seront ouvert li oeil des avugles et les oreilles des sours orront, lors saudra li clops comme li cers, et la langue des mus parlera a droit. Car les eves sont el désert et les ruissiaus en la sollitude, et la terre qui estoit sèche sera estanc (ce est a dire vivier), et ce qui sechoit sera en fontaines d'eves. La verdeur du jonc et du chalemel neslra en fosses ou li dragon habitèrent '^' premièrement, et il aura sentier et voie ^'^', et la voie sera apclée sainte, et cil qui sera soilliez n'i passera raie. Ilueques n'aura nul lion , et maie beste ne vendra pas par celé voie, ne ne sera mie trouvée iluec, et cil qui seront délivrez
"' Manuscrit : Ijaliiteroiil. — '-' Manuscrit: scntior volée {semita et. W(t).
et rachatez de Nostre Seigneur iront et seront convertiz et vendront en Syon o locnge, et leesce pardurable sera sus leur chief. Il porserront joie et leesce, et doleur et gémissement s'enfuira, w
(Ezécbiel, xxxvn) : et La main Nostre Seigneur fu fête sus moi , et amena hors en esperit '", et me lessa en i champ qui estoit j)lains d'os, et mena environ. Ils estoient grant plenté sus le champ, et durement sec. Et il me dist: Filz d'omme, cuides tu, vivront cist os? Et je dis : Sire Diex, vous le savez. Et il me dist : Prophète de ces os, et leur diras: Oez la parole Nostre Seigneur. Ce dist Nostre Sires a ces os : Je métrai esperit en vous, et vivrez, et métrai sus vous ners, et ferai croistre sus vous chars, et eslendrai cuer en vous, et vous donrai esperit, et vivrez, et saurez que je sui Sires. Et je prophetai ^'-' comme il m'avoit commandé, et moi prophetant, sonitc fu fet et commotion, et alerent os a os, chascuns a sa jointure, et je vi que ners et chars vindrent seure, et n'avoient pas esperit. Et il me dist : Prophece a esperit, adevine, lilz d'omme, et diras >^' a esperit: Ce dist Nostre Sires : Esperit, vien des un venz et souffle sus ces mors, et revivent. Et je prophetai comme il me conmanda, et esperit entra en els, et vesquirent, et esturent sur leur piez, i grant ost. Et il me dist : Filz d'omme, ces os sont de la mainsnie Ysrahel. 11 dient : Nos os sechierent et nostre ''' espérance est perie '^*, et sommes trenchiez. Prophètes, et leur diras : Ce dist Nostre Sires : Je ouverrai voz tombliaus et vous amenrni, mon pueple, hors de voz sépultures, et métrai en vostre terre, et saurez que je sui Sires, i^
Je reviens à Esaïe pour citer le premier chapitre de ce prophète : 'c^ L[a prophejcie Ysaies le filz Amos, que il vit dcsus le pueple de Juda et sus Jherusaiem, el tens Ozie et el tens Joachym et el tens Joatham, et el tens Achas. 0 vous, ciel '"^ oez, et tu, terre, entent, car Nostre Sires a parlé. Je ai mes fdz
('' Manuscrit : hors on esperit et amena liors. — (-' Manuscrit : propheterai. — '■') Manuscrit : cl nie diras. — '''> Manuscrit: voz, vostro. — '■'' Manuscrit: pêne. — *'''■ Manuscrit : ooil.
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iiorris (;l cssaiiciez, (il il m'ont tlcspil, cl m'ont pou prisié. Li bues connut son mestre, et li asnes la crèche son seigneur, et Ysraliel ne m'a mie conneu, et mon pueple n'a pas entendu. Li pecheor auront la mort d'enfer, et li pueples qui ont fet graiiz iniquitez, et la mauvese semence ans filz escommeniez ''>. 11 ont déguerpi Nostre Seigneur, et ont blasmé saint Ysrahel, et sont retornez arriéres. Comment vous chastierai je, vous qui avez trespassé mon conmandement ? Ton chief sera plain de langueur, et ton cuer [)lain de plor. Des la j)lante du pie jusqu'à la vertiz ^"-' du chief, n'a il [)oint de santé, mes plaies et pressures et plaies enflées, et ne sont mie liées entor, ne curées par mcdecinement, ne norries d'uile. Noslre terre est déserte et noz citez sont arses de feu, et les estranges deveurenl les biens de nostre contrée devant nos, et sera désertée si comme ce que anemis gastent. La fdle de Syon sera deguerpie si comme l'ombragé leu en vingnes et si comme petite meson jouste les cordiers ^^\ et si comme la cité qui est degastée. Si Nostre Sires, qui est sire des ois, ne nous eut lessié semence, nous eussions esté si comme la cité de Sodome, et fuissions samblables a la cité de Gomorre.
«Entendez la loi de Nostre Dieu. Nostre Sires demande porquoi vous li aportez si grant multitude de sacrelices, et dist: Je sui tous plains, je ne voeil mie ces sacrefices de moutons, ne de la gresse des grasses bestes, ne le sanc des veaus ne des aigneaus ne des bues. Quant vous veniez devant moi, qui vous demandoit toutes ices choses de vos mains, et que vous entrissiez en mes cours? N'offrez pas plus sacrefices, car ce seroit por noient, encens si m'est abhominacion, et je ne sueffre mie les festcs que vous fêtes au renovel de la lune , ne voz sabas ne vos autres lestes, voz acompaingnemenz sont mauves ''^^ M'ame si a haï et si het voz kalcndes et voz autres soliempnitez, et me sont '■^■
^'' Vae j^enti peccatrici, populo gravi iniquitate, seinini nequom , JHiis scclcvalis !
'-' Manuscrit : vertu.
'•'' Ut umhraculmn in vinea, cl niciil liigurium in cucumertirio.
'''^ Iniqtii siint cœlus veslri.
""^ Manusrril : font (farla suni tnihi molealn).
moleste, et je en ai soustenu grant travail. Quant vous estendrez voz mains por moi priier, je destornerai ma veue de vous, et quant vous me proierez en oroison, je ne vous orrai mie. Voz mains sont plaines de sanc. Lavez vous et soiez net, et estez le mal de voz penssées de devant moi. Cessez de fere mauveses oevres, et aprenez a bien fere. Querez jugemenz et secorez celui qui est apriens '^^ jugiez droitement a l'orfelin et venez et veez s'il a en moi que reprendre, ce dist Nostre Sires. Se vostre pechié sont de coleur comme porpre, il seront fet blanc comme noif, et s'il sont rouges comme verniz, il seront fait blanc comme laine. . . v Ce morceau est certainement à comparer avec les plus beaux de toutes les littératures. 11 montre comment un traducteur souvent médiocre peut être élevé, par la beauté de son original, jusqu'aux plus grandes hauteurs. On aimerait également à citer en entier le livre de Jonas, qui est un véritable modèle de prose narrative. En voici le dernier chapitre seulement :
«Lors fu Jonas tormentez de grant affliction, et pria a Nostre Seigneur et dist : Sire, je vous pri, dont n'est ce ce que je vous dis quant j'estoie encore en ma terre, et por ce conmençai je a fouir en Tharsis? Je sai que vous estes misericors et deboneres et pacienz et de moites miserations, et pardonant sus malices. Et je vous pri ore que vous estez m'ame de moi (ce est a dire ociez moi), que la mort m'est meilleur que la vie. Et Nostre Sires dist: Guides tu que tu te corouces droiturierement? Et Jonas issi de la cité, et sist contre orient, et fist iluec ombre a soi meismes, et seoit desoz ombre, tant qu'il veist qu'avendroit a la cité. Et Nostre Sires appareilla une yerre qui fu sus le chief Jonas por lui fere ombre, car il avoit laboré, et Jonas ot grant joie de l'ierre. Et Nostre Sires appareilla i ver a l'endemain, qui runja l'ierre et ele sécha. Et quant le soleil leva , Diex conmanda au vent chaut et brullant, et le soleil vint sus le chief Jonas, et il ot grant chaut, et il requist que il moreust, et il dist: iMiex m'est a morir que vivre. Et Nostre Sires dist a Jonani: Cuides tu
C' Sitccurritc oppressa.
que lu te corouces a droit? Et il dist : Je sui bien corouciez jusques a la mort. Et Nostre Sires dist: Tu te deus'^' de l'ierre ou tu ne laboras ne ne feis qu'ele creust, qui nasqui en une nuit et en une nuit péri, et n'espargnerai pas a Ninive, en laquele sont plus de c et xx mile hommes qui ne sevent qu'est entre leur destre et leur senestre, et i a molt bestes? Ci fine Jonas. »
Il faut remarquer ici quelques détails. H y a, dans le manuscrit de la bibliothèque Mazarine, un petit prologue (fArgument) avant le livre de Baruch; c'est le seul argumenl de cette espèce que l'on rencontre dans les prophètes. La prière de Jérémie (Lamentations, v) n'est pas traduite. On lit naturellement, dans le livre de Daniel et dans ses appendices, les notes de la Vulgate (ch. xii, fin) : t^Nous lisons Danyel en hebrieu jusque ci (avant l'histoire de Susanne), et ce qui ensuit de [ci a] la fin du livre est translaté de l'edicion Theodoce ^^K v Le livre de Suzanne est particulièrement bien traduit.
Nous passons au Nouveau Testament, et nous nous empressons de dire que la traduction des Evangiles est excellente de précision et de brièveté. Les mots autcm, cnim, sont fort judicieusement omis. Le texte est accompagné de très courtes gloses. Ainsi, au premier chapitre de saint Matthieu, au verset 2 5 , nous trouvons une note, prise dans le commentaire d'Anselme de Laon, pour établir la perpétuelle virginité de la vierge Marie, et au chapitre v, verset 22, une glose absurde, qui semble être de l'invention du traducteur, relative au concile qui fut tenu contre Jésus-Christ. Ces courtes notes, dont les auteurs sont rarement nommés, sont absolument nulles au point de vue religieux; elles sont certainement, comme du reste toutes les gloses de notre traduction, ce qu'il y a de moins bon dans l'ouvrage entier. Chaque fois que Jésus semble se contredire, on voit
'■'' Tu dotes.
'-^ Theixloliimis. CI", ch. m. v. -jS : 'xen la Iransmigralion Cliodoe" (aie).
138 LA BIBLE DU XllI-^ SIECLE.
sa parole expliquée par une assez longue note. Quelquefois Je (els commentaires ne sont que naïfs; tel est celui du chapitre ii, verset 62, de saint Luc; le traducteur l'a tiré de son propre fonds : et Mes quel mestiers estoit il que Marie fust mariée a Joseph ? . . . w D'autres fois la glose falsifie purement et simplement le texte. A cet égard, le commencement de l'Evangile de saint Luc donne particulièrement à faire au traducteur, toujours préoccupé de la perpétuelle virginité de la mère de Jésus-Christ, et qui ne fait du reste en ces endroits que copier la Glose interlinéaire. Luc , 1 , 3 4 ( Quoniam virum non cognosco) : tt Quant ge ai proposé et |)romis a Deu, ce est a dire ge ai voé que ge ne conoistrai mie home '^' . . . V Luc, 11 , 7 : «Son enfant premier né, ce est a dire : qui fu premièrement que home fust fetz... v De mémo, Jean, VII, 5 : te Ses frères ne creoient mie en lui, ce est a dire: aucun de ses deciples ne creoient mie encore en lui. w La morale du commentateur est bien celle de son époque; il voit en tout une exhortation à la pénitence et aux bonnes œuvres; porter sa croix, c'est «faire peneance^^ (Luc, xiv, 97, Glose ordinaire^ L'excuse qu'il donne, au chapitre i de saint Jean, verset /la, du reniement de Pierre, n'a assurément rien de moral: «Ce ([u'il le renoia m foiz ne fu pas mescreandise, mes porce que il covenoit que la parole que Jhesus avoit dite fust aemplie : Tu me noieras 111 foiz devant que li cois chante. 55 Cette explication est ie propre du traducteur.
Il nous tardait de quitter ces gloses inintelligentes et peu franches, mais qu'on aurait bien tort de reprocher à un traducteur qui était homme de son temps, ])our donner quelques extraits des Evangiles, et particulièrement des paraboles et des discours de Jésus-Christ.
(Luc,xv) : «Uns hom'-^ avoit 11 filz. Li plus juenes dist a son père: Père, done moi ma porcion del chatel qui in'afiert'^^ Et
'"' J'ai repris, dans mes citations, le manuscrit 899. (-' Manuscrit//-. 898 : osloit qui avoit.
'■') Chutcl ne signifie nullement cliâlmu; c'est le mot latin rapitdle , (\\n (lési{>ric la richesse, on particulier la richessi' en terres et en In-tail.
li peœs devisa sa substance, et dona a celui sa part. Et dedcnz brief tens, toutes choses assemblées ensemble, li plus juenes fdz ala fors del païs en loingtiene région, et despendi iluec sa substance en vivant luxurieusement o les foies '^^ femes. Et après ce qu'il ot tout folement ^'^' despendu, il fu famine '^' en ccle région. Lors coniença il a avoir sofrete. Et il ala et s'acovenança '^^ a I des citoiens de celé région '^\ et il l'envoia en sa vile por pestre les porceaus. Et il covoitoit a emplir son ventre de ce que ^^^ li porcel menjoient, et nus boni li donoit. Et il, repérant a soi meismes, dist : 0, tant de serjanz ont liabondanment del '^' pain en la meson mon père, et ge péris ici de faim ! Ge m'en partirai d'ici '^^ et irai a mon père, et li dirai: Père, ge ai pechié devant Deu et devant toi, ge ne sui pas dignes que ge soie'^^ apelez tes [ûz, mes fai moi come a un'^*^Me tes serjanz mercenneres (Serjanz mercenneres est serjanz qui est acovenancié a servir dcsi a terme ^^^^ nommé, por le loier qu'il en doit recevoir^i-^). Et cil'^-^^ se leva et vint a son père. Quant il esfoit encore loing, son père le vit, et fu meuz de miséricorde (ce est a dire, il ot pitié de lui'^^\ et fu meuz de cuer a fere li miséricorde), et il acorut, et li chaï sor le col, et le besa. Lors li dist li filz: Père, je ai pecbié devant Deu et devant toi, ne ge ne sui ja mie dignes d'estre apelez tes filz. Lors dist li pères a ses serjanz : Aportez tost avant^^^^ la plus chiere vesteure, et le vestezf^°\ et li metez anel en sa main, et chaucemente en ses piez, et amenez le veel engressié, et l'ociez, et menjons et fesons feste. Caricist mien filz avoit esté mort, et il est*^^' revescuz, et il estoit perduz, et or ^^^^ est retrovez. Et tuit comencierent a mengier.
"' 398 om. foies. — '-> Maz. et 898 ont. folement. — '■'' Maz. : granz famine; 398 : grant fain. — W Maz. : ot il se couvenança. — '-'■''> 898 : de la cité. — ^'^^ Maz. et 398 : des racines que. — ''' 898 : de. — '*' Maz. : je partirai de ci; 098 : je me partirai. — <" Maz.: mie dignes estre; 098 : pas dignes d'estre. — ''"' Maz. ot 398 : comme 1. — ^"' ÎMaz. et 898 : au terme. Maz. om. a servir. — *'-' Ces notes, parfaitement insignifiantes, appartiennent en propre au traducteur. ■ — ''^' Maz. et 898 : il. — '"'' Le reste de la note est omis dans le ms. Maz., et toute la noie dans le ms. 898. — "*' 898 : avant tost. Maz. om. tost et add. toule la pi. cb. v. — '"*) Maz. : et li voslez. — <"' Maz. : et nre ost. — ''^' 898 mn. or.
«Ses autres filz '" qui estoit plus vielz estoit en champ. Et quant il vint et ^-^ aprocha a la meson, il oï le cor et la symphonie, et il apela i de ses '^' serjanz, et demanda ce que ce estoit. Et celui li dist : Ton frère est revenuz, et ton père a ocis le veel qui estoit engressiés, por la joie qu'il a de ce ^''^ qu'il l'a receu sain et sauf. Lors ot li ainznez filz desdaing de ce que son père avoit receu son frère en tel manière , et ne voloit mie entrer enz. Lors issi son père, et le prist a proier. Et il responnanz dist a son père : Voiz ci tanz anz ge t'ai servi, et ne trespassai onques ton comandement, et tu '^^ ne me donas onques i bouc a mengier o mes amis. Mes après '^'' ce que cist tuens fuis '"'^ qui a gasté et dévoré sa substance o les foies femes ^^\ vint, tu oceis le veel engressié. Et il li dist^^': Filz, tu es toz tens o moi, et toutes mes choses sont teues. Il couvenoit fere feste et joie, car icist avoit esté morz, et il est revescuz'^^', il estoit perduz, et il*'^^ est retrovez. v
Comme je ne connais pas de plus beau texte que l'histoire de l'Enfant prodigue , je ne sais pas non plus beaucoup de traductions qui soient supérieures à celle qu'on vient de lire. Voici le Notrc-Père et quelques versets du discours sur la montagne. Je mets en regard les deux textes du Notre-Père, dans saint Matthieu et dans saint Luc, d'après le manuscrit 899 :
Luc, XI. Matthieu, vi.
Nostre Père qui ies es ciels . ton Notre Père qui es el ciel , ton
non soit saintefiés. Ton règne avie- non soit sainlefiés. Ton règne viegne.
gne. Ta volenté soit fêle en terre Ta volentés soit fête en terre come
ausi come ele est fête el ciel. Donc ele est el ciel. Sire, done nos hui
nos nostre pain de chascun jor (que noslre vivre de chascnn jor, et nos
tu nos as costume a doner toz les pardone nos péchiez, comme nos
jors). Et nos pardone noz péchiez , pardonons a cels qui nos meffonl.
(1) Maz. et 398 : Ses filz li autres. — « Maz. et 898 : el il. — « 098 : des. ~ ^'*) Ces cinq mots sont orais dans les mss. Maz. el 898. — ^^' Maz. om. lu. — '*' Maz. et .398 : empres. — (') Cist el fuz sont de la 3' main. — • '**' Maz. et 898 : a degastce (898 : gastée) et dévorée sa substance 0 les p. . . — '" Maz. omet ces quatre mots. — ('"' Maz. : resuscitez; nt». il. — '" Maz. el 898 nm. il.
LA BIBLE. Ul
si coinc nos partlonons a louz cels Et ne nos niaine mie en templacion (lui nos meflonl. El ne nos maine (ce est a dire, ne sueffre mie que mi(î en templacion. nos soions mené en templacion),
mes délivre nos de mal. Amen.
(Amen vaut autant ci endroit come :
ce soit fet. , .)
(Luc, XII, 22 ) : «Regardez les oiseaus, qui nesemment ne ne cueillent, et n'ont celier ne granche , et Dex les pest. De combien estes vos meillor qu'il ne sont? Liquiex de vos puet, pensant, ajuster un coûte a son estature? Se vos ne poez fere ce qui est très poi de chose, porquoi estes vos curieus des autres choses? Regardez les lis des chans, cornent il croissent. H ne laborent ne ne filent. Ge vos di veraiement que Salemons n'estoit mie vestuz en toute sa gloire si come i de cez (ce est a dire si come est I lis). Se Dex vest en tel manière le fain qui est hui es chans et demain sera mis el four, de combien vos vestira il mielz, o vos qui avez petite créance '^' ? »
L'Evangile de saint Jean est accompagné, dans ses premiers versets, d'une glose que nous allons citer en partie, encore d'après le manuscrit 899. Ce commentaire n'est pas emprunté à la Glose ordinaire ni interlinéaire ; il appartient en propre au traducteur :
«^Parole estoit au comencement, et celé Parole estoit envers Deu (ce est en la conoissance Deu le Père), et Dex estoit Parole (ce[est] Deu le Fil. Ice estoit el comencement del monde en la conoissance et en la volonté Deu le Père). Toutes choses furent fêtes par lui (ce est par Deu le Fil, qui est la vertu de Deu le Père, et sapience), et nule chose est fête sanz lui. Et ce qui fu fet en lui (et par lui) apartenoit a vie, et vie estoit lumière d'omes. Et lumière luist en teniebres (ce est, Deu le Fill en cest mortel monde), et teniebres ne li porent mie nuire ''^^ (ce est a dire, il ne fu mie enlechié de teniebres de pechié). Et Dex envoia i home qui avoit a non Jehan ...»
('5 Dans saint Mallliieu : cro vos petit creanz.n '-' Et tenebrae eam non comprehenderunt.
Dans notre traduction, les discours de Jésus sont toujours bien préféralîies aux parties tliéologiques. On va en juger j)ar un extrait du chapitre xv de l'Evangile selon saint Jean :
c^Ge sui vigne, et chascuns de vos en est branche. Ge demeure en celui qui demeure en moi , et itielx porte grant fruit, car vos poez nule chose fere sanz moi. Se aucuns ne demeure en moi. il sera trenchiez fors comme sarment, et séchera, et il le queuldront et metront el feu, et ardra. Se vos manez en moi, et mes parole maignent en vos, vos requerroiz tout ce que vos voldroiz, et il vos sera fet. v
Les Epîtres de saint Paul suivent les Evangiles. Elles sont accompagnées d'un très petit nombre de gloses ''^. L'épître aux Pjomains et l'épître à Tite sont seules précédées d'un petit argument. La version est généralement d'autant meilleure qu'elle est plus libre. Elle est très inégale, suivant que le traducteur comprend ou ne comprend pas l'original. La traduction de l'épître aux Romains est excellente. Nous allons en citer quelques passages, d'après le manuscrit de la bibliothèque Mazarine, les Epîtres de saint Paul manquant dans le manuscrit 899 :
(Romains, viii, 3i) : wQue dirons nous a ce? Se Diex estpor nous, qui sera contre nous? Il n'espargna '^^ mie a son propre fil, mes le livra '-^^ por nous toz. Conment puet ce eslre que il ne nos dona tout quant il le nous dona? Qui accusera contre les amis de Dieu? Se Diex justefie, qui est ce qui condampne? Jhesucrist morut et resuscita, et est a la destre de Dieu, qui prie son Père por nous. Qui nous départira donques de la charité de Crist? Tribulations, ou angoisse, ou fains, ou persécution, ou péril et paor d'estre ocis? Si comme il est escrit : Nous sommes mortifiié por toi toute jor, et sommes cuidié comme oeilles d'occision. Mes nous sormontons en toutes ces choses por celui qui nous a amez. Je sui certains que morz, ne vie, ne
''' Exemples : ml I Cur. vu, 19; xi, 97. — '-^ Manuscrit : n'espargnera. — '^' Manuscrit : liverra.
cingeles, iic princes, ne vertus, ne présentes choses ne choses a avenir, ne force, ne hautece, ne parfondece, ne autre créature ne [)()rra départir de la charité Dieu qui est a Nostre Seigneur Jliesucrist. »
(Romains, xi. Sa) : « Diex a tout enclos en incrédulité, qu'il ait merci de toz. 0 tu hautece '^* des richeces de la sapience et de la science de Dieu ! Oue ses jugemenz sont repost et ses voies néant encerchahles ! Qui a conneu le sens Nostre Seigneur, ou qui a esté ses conseillieres, ou qui li dona premièrement, et il li sera rendu? Force que de lui et par lui et en lui sont toutes choses. Il ait honeur et gloire pardurablement ! •>•>
Après les Epîtres de saint Paul viennent, comme dans toutes les Bibles anciennes, les Actes des apôtres et les Epîtres catholiques. Les Actes, qui ne sont nullement glosés, paraissent traduits avec une lourdeur particulière et sont bien inférieurs aux Evangiles. Le traducteur de ce livre et de ceux qui le suivent n'a pas de style. Il emploie l'équivalent, plus ou moins exact, du mot latin, sans se demander si le mot est à sa place et sans le choisir. Les adverbes sont longs, lourds et mal appropriés. Aucun souci de l'ensemble. Au reste, dans le manuscrit de la bibliothèque Mazarine, comme dans tous les autres, la copie est, pour ces livres, aussi mauvaise que le style. Dès le deuxième verset du livre des Actes, on remarque une erreur absurde (cdiquiel furent el ciel 55, au lieu de: tdiquel fu el cieb?), qui fait monter au ciel les disciples et non leur maître. On rencontre partout des énormités comme celle-ci (Actes, xv, 26 ) : «vos tricheries 55, pour et nos très chiers». Au chapitre xvi, verset 12 (ceci n'est pas une erreur de copie), le traducteur, ne comprenant pas que la ville de Pliilippes est, d'après la Vulgate, une R colonie» de la Macédoine, fait voyager saint Paul en et la cité Coloigne v. Le traducteur ne cherche pas à comprendre , et ceci est aussi vrai de celui qui a traduit les Epîtres de Jacques et de
"' Manuscrit : hante.
ïlik LA BIBLE DU XIII^ SIECLE.
Pierre que du traducteur des Actes. Nous pourrions citer, comme un assez bon exemple de traduction, le récit du miracle de la Pentecôte; nous donnerons, au contraire, quelques lignes du milieu du dernier chapitre des Actes, choisies comme spécimen des fautes que les copistes y ont, ainsi que nous le verrons plus tard, accumulées comme à plaisir:
(Actes, XXVIII, 1 3) : «Empres m mois, nous najasmes en une nef d'Alixandre, qui estoit demorée en l'isle cel yver, en laquele il avoit I molt noble chastel '^\ Et quant nos fumes venu a Cyracuse, nos demorasmes iluec m jorz. Quant nos nospartismes d'iluec, nos venismes a Roion, et l'endemain a Puisiez. Iluec trovasmes nos nos frères, qui nos proierent de demorer iluec o els. Et einsi venismes nos a Rome. Et quant li frère foirent, il vinrent contre nos desi au marcbié au pain '-' et desi a m Tavernes. V
La Bible se termine par l'Apocalypse, textuellement empruntée à l'ancienne version normande, mais sans aucune glose. L'Apocalypse est tellement défigurée par les copistes dans tous les exemplaires, qu'elle en est absolument inintelligible.
(') Cui ernt insigne Castortim. Le traducteur a lu : insigne caslrum. La Bible anglo-normande {fr. i) traduit littéralement le texte de la Bible alcuinienne {insigne caslrorum) : re\ quel signe estoit des cliasteux.';
(^' Usque ad Appii forum.
OlJl^^SÏIONS DK TKMPS ET DE El EU. l/i5
CHAriTRE m.