‹ La Bible française au moyen ageChapitre 43 sur 137 · OUESTIONS DE TEMPS ET DE LIEU. U · texte numérisé non relu

OUESTIONS DE TEMPS ET DE LIEU. U

A quelle époque a pu être composée notre version? Elle est, en tous cas, antérieure au milieu du xiii* siècle, puisque notre plus ancien manuscrit, déjà amputé et défiguré par bien des fautes de copie, est de ce temps. Elle ne peut pas être de beaucoup antérieure, car la langue est parfaitement homogène. Mais nous allons confirmer cette supposition par plusieurs remarques. Dans saint Luc (ch. x, v. 91), on lit une glose relative à la relique de Jésus-Christ qui est conservée à Gharroux. Cette note commence ainsi : «Le mestre qui fist les estoires que sont apelées scolastiques dist. . . v Cette citation n'est pourtant pas empruntée à Pierre Comestor; elle est tirée de la glose qui accompagne l'Histoire scolastique. Cette glose est sans doute un peu postérieure à l'époque de Comestor, qui mourut en 1 179. Mais nous pouvons descendre plus avant. Le style des noms propres et des noms de lieu est celui de l'époque des Croisades. Gaza s'appelle Gaclrcs, Sidon Saïete ou Seete (ailleurs Sydone et Sydoine) , la Syrie tour k tour Suhe (dans les Evangiles) et Syre (dans la Genèse). Golgotha est le Monl Escaumirc (Marc, xv, 129); les idoles sont appelées mahommès (Esaïe, 11, 20). Comme M. Reuss l'a remarqué, une glose tirée d'Isidore (ch [x, v. 1 9 , de la Genèse), parle «des Juis et des Sarrazins» (ceci ne précise rien), et une autre, au chapitre xiii, v. 8 (comp. la glose d'Isidore, ch. xxv, V. 1), explique ainsi l'histoire de Loth : «La tençon que fu entre les pasteurs Loth et les pasteurs Abram sencfie les contanz qui sunt entre les prelaz et les mestres des bougres. Et parce que Loth, c|ui vaut autant comme «déclinant w, sencfie les mestres des bougres''^. . . , si pasteur sunt li bougre. . . Li pasteur Abram senefient les docteurs de Sainte Esglise qui fui(mt la compaingnie des bougres ^-\ v Or nous savons que le mot de bou^nrs , c'est-à-dire Bulgares, n'a été ré])andu, pour désigner les Cathares, que vers le \uf siècle. Connue dit notre version,

"' GI. ortl. : Intcr pastores catholiros et subvemoros him-clicos. Unde et ImIIi luicrexinirhas sijrnijicai : qui declinans interprétai ar. '-* Qui haerclicus eliam localiUr fjgiunl.

on ce leni[)s ftil soloit '" avoir contanz entre les bons cresliens et les bougres, w

Nous pouvons préciser davantage et dire: Notre traduction a été faite après l'an 122G. Nous pourrions ajouter: et peut-être avant 1289, car il n'est pas question, dans la glose de saint Jean (cb.xix), de la sainte couronne, transférée en cette année par saint Louis. Quant à la date de 1226, elle résulte de l'étude du texte latin. Il est nécessaire, pour la justifier, d'entrer dans quelques détails sur l'histoire de la Vulgale au xiii" siècle, (îe que nous allons dire ne se trouve pas dans les livres; on sait, du reste, qu'il n'existe pas une histoire quelque peu complète de la Vulgate C^'.

L'histoire de la Vulgate dans la seconde moitié du moyen âge ne pourra être écrite avec sûreté que lorsqu'on aura pris la peine, moins grande qu'on ne croirait peut-être, déclasser, au moins sommairement et d'une manière provisoire, les manuscrits ùe la Bible latine qui existent à Paris , et peut-être ceux de quel- ([ues grandes bibliothèques. Ce classement, qu'un peu de méthode faciliterait assurément, justifierait sans doute la plainle ([ue formulait saint Jérôme et que répétait, au xii" siècle, le cardinal-diacre Nicolas : «Autant de manuscrits, autant de textes, n Néanmoins on pourrait peut-être établir sans trop de peine des familles de manuscrits et les rattacher avec certitude aux noms des principaux correcteurs de la Bible, tels que l'histoire nous les fait connaître. Dans le présent essai, on n'a eu à se préoccuper (pie du texte usité à Paris entre le xu" et le xiv' siècle, et il a été facile de distinguer trois familles de textes, (pii sont: i°le texte alcuinien sous toutes ses formes; 2" la correction de l'Université; 3" la correction des Dominicains.

1" La Bible alcuinienne était sans doute, au \if siècle et au

<"> Manuscrit de l'Arsenal. Le manuscrit do Strasbourg avait : il seult (.talct).

'-^ Voyez S. Berger, Des essais qui ont été faits à Paris, au xiii'^ siècle, pour corriger le texte de la Vulgale {Bévue de théologie et de philvsujilw , de Lausanne, 1883, p. '11).

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