QUESTIONS DE TEMPS ET DE LIEU
conimenceinent du xiii', assez défigurée et fort difFérente des beaux originaux du ix* siècle que nous possédons. Il en circulait plusieurs recensions. L'ordre de Citeaux avait, dès les premières années du xn^ siècle, revisé la Bible d'Alcuin; l'autographe de la correction cistercienne est conservé à Dijon, et nous savons qu'il diffère sensiblement, tant pour le détail du texte que pour la division des chapitres, de l'édition faite par ordre de Charlemagne. La grande Bible de Saint-Germain (^lat. îi53/t) ne s'éloigne pas moins du texte d'Alcuin. C'est un superbe manuscrit du xif siècle, qui était fort anciennement à Saint-Germain des Prés et qui a peut-être été écrit dans cette abbaye. Nous ne parlons en ce moment de la Bible alcuinienne que pour mentionner ses variations, car ce texte n'est en aucune manière celui que nous cherchons. Nous devons pourtant dire quelques mots de la décoration de la Bible de Saint-Germain. La tradition des miniatures, en effet, n'est pas sans intérêt pour l'élude de la 'filiation des textes. Il nous suffira, pour le moment, de remarquer que ce nianuscrit parisien montre en tête de la Genèse une grande et belle miniature représentant Xhexameron, c'est-àdire les six jours de la création, en six cartouches en hauteur, et huit scènes de la Genèse sur les côtés. En tête de l'Evangile de saint Matthieu, on voit l'arbre de Jessé en hauteur, avec quatre branches seulement, et en haut sept colombes. Nous retrouverons bientôt ailleurs les mêmes détails d'ornementation.
'j° 11 se fit en l'Université de Paris, presque en même temps que saint Louis montait sur le trône, une importante correction de la Bible. Cette correction, qui date, si l'on en croit Roger Bacon, des environs de l'an 1226, acquit bientôt une très grande autorité; quarante ans après, Roger Bacon l'appelait le K texte reçu v (exemplar vulgatum) , mais les historiens d'aujourd'hui sont unanimes à nous dire qu'on la connaît peu et qu'on ne peut en établir le texte. Nous pouvons leur en indiquer les manuscrits.
Pour établir ce texte, nous prendrons les deux plus anciens manuscrits provenant de la Sorbonne : l'un (^lat. i5i85) a été légué «aux maîtres de Sorbonne. étudiants en théologie,» par
inailre Etienne de Genève; il porte tous les caractères des manuscrits exécutés à Paris au milieu du xni' siècle. En tête de la Genèse, on voit un grand I contenant huit figures, en bas la crucifixion, puis Dieu le Père, et au-dessus la création, en six dessins.
La Bible qui porte le numéro 15/167, et qui provient également de la Sorbonne, est datée de 1 270, L'ornement de ce manuscrit est presque exactement semblable à celui de la Bible des Jacobins, dont il va être question, mais il paraît quelque peu plus récent. En tête sont des généalogies de la Bible, avec miniatures à fond d'or. Le premier chapitre de la Genèse commence par un I majuscule semblable à celui qui vient d'être décrit. Les miniatures de nos deux manuscrits de Sorbonne sont, le plus souvent, copiées presque trait pour trait de l'un sur l'autre. En tête de saint Matthieu, on voit, dans tous deux, Jessé endormi, avec un arbre de généalogie qui est ramassé dans le premier manuscrit et s'élève en hauteur dans le second. A la fin de tous deux , on lit Y Interprétation des noms hébreux.
Les deu>; Bibles paraissent, sauf des variantes insignifiantes, avoir le même texte, et l'on ne peut douter que ce texte ne soit celui que l'Université de Paris avait mis en usage vers 1226. Les livres sont divisés en chapitres, et ces chapitres sont à peu près exactement les nôtres. Cette remarque doit corriger l'erreur des auteurs qui attribuent à Hugues deSaint-Cher l'invention de nos chapitres.
Notre version française a déjà, exactement et trait pour trait, les chaj)itres de la Vulgale de 1226, et quant au texte même, s'il n'est |)as absolument et partout celui des manuscrits de la Sorbonne, il en est en général infiniment rapproché. Au reste, nous pouvons dire dès maintenant ((u'au point de vue des manuscrits et de leur décoration, il y a plus (pie des ressemblances entre nos Bibles françaises du xiit" siècle et les Bibles latines copiées, à la même époque, dans l'Université de Paris.
3" L'ordre des Dominicains, si soucieux de la science, ne se conlenla point de la correction de la Bible faite dans l'Université;