QUESTIONS DE TEMPS ET DE LIEU. J
pour i a faire meilleure, il s'y pril à deii.v fois. Nous savons qu'en 1 -j 36 le chapitre général de Paris ordonna ci que toutes les Bibles de l'ordre fussent corrigées suivant la correction que font les frères de cette province. 5? Cette première correction n'est pas [)arvenae jusqu'à nous, mais peut-être faut-il reconnaître en elle la K Bible de Sens?5, ([ue les auteurs identifient, bien à tort, avec l'édition adoptée dans l'Université ^^^.
La première correction des Dominicains fut jugée insuffisante par leur ordre lui-même, et le célèbre cardinal Hugues de Saint- Cher procéda lui-même à une deuxième correction de la Bible. Ce nouveau travail fut entrepris, au témoignage de Roger Bacon, vers i 9 /i8 , etil était sans doute achevé lors du chapitre général de 1 2 5 G, qui retira de l'usage la Bible de Sens. Nous possédons l'autographe d'Hugues de Saint-Cher ou de l'un de ses collaborateurs; il est conservé dans les quatre énormes volumes (^lat. 1671c)- 16722) qui nous viennent des Jacobins Saint-Jacques, et qui contiennent toute la Bible, à l'exception des Psaumes, corrigée peut-être de la main du cardinal. Nous disons de sa matn; en effet, on retrouve en plusieurs passages, sur les marges, les notes, écrites aux deux encres d'une petite écriture fine, que le calligraphe devait tnmsporter dans le texte ou copier à côté, et que l'on a, par endroits, négligé de gratter après la correction faite. Ces notes révèlent un exemplaire (fauteur. L'ouvrage n'est pas signé, mais au folio 77 v° du 3'' volume nous voyons un monogramme, tracé à la pointe, qui ne peut se lire que HVGO et, au-dessous, une singulière figure représentant un moine, et dont nous n'osons pas dire que ce soit un portrait contemporain du cardinal.
Il n'est pas ditficile de reconnaître par quel procédé Hugues de Saint-Cher a corrigé la Bible. L'original dont il s'est servi comme point de départ est un superbe exemplaire de la correction de l'Université, copié dans la même officine que ceux delà Sorbonne. L'initiale de l'Evangile de saint Matthieu représente,
('' Voyez tous les textes dans Tarticle de la Rovuo de lliéolngk cl de philosophie ci lé plus haut.
à peu près comme dans le manuscrit de Saint-Germain (et des rapprochements comme celui-ci établissent bien la généalogie des textes), un arbre de Jessé composé de six rois jouant des instruments, la V^ierge, Jésus-Christ et, en haut, sept colombes. L'I initial de la Genèse montre, en une longue colonne, le cruciiiement, l'œuvre des six jours et, en haut, le Christ roi. Nous ne pouvons que répéter que le texte antérieur aux grattages faits par ordre du cardinal était un manuscrit de la correction 'parisienne, comme la correction parisienne elle-même a été faite sur la base du texte alcuinien.
La revision d'Hugues de Saint-Cher n'a nullement servi de texte à la traduction du xui' siècle; cette traduction est antérieure, puisque le manuscrit des Jacobins , exécuté sans doute aux environs de l'an 19/18, est absolument du même temps et de la même origine que notre plus ancien manuscrit [fr. Sgc)).
La digression qui précède n'a sans doute [)as paru trop longue au lecteur, car elle a établi avec probabilité l'origine et les relations de nos principaux textes latins et français, et elle a fixé, à vingt ans près, l'époque à laquelle notre version a été composée.
Pour justifier de l'exactitude de la recherche que nous avons faite sur le texte latin de la version du xiif siècle, nous dirons de quelle manière nous y avons procédé. Nous avons relevé, sur un exemplaire de la Vulgate (édition de Leander Van Ess, Tubingue, 1822-182/1, 3 vol.), toutes les variantes du texte latin qui a dû servir de base à notre version pour les livres suivants: le Pentateuque, sauf le Lévitique, le premier livre des Rois, le Psautier, le premier livre des Machabées, les quatre Evangiles, les Actes des apôtres, les Epîtres de saint Jacques et de saint Pierre et l'Apocalypse. Pour les autres livres, nous avons noté le texte de tous les endroits où l'édition de Sixte- Quint ditïère de celle de Clément VIIL Nous avons fait ce travail d'après le manuscrit 899, complété par le manuscrit de l'Arsenal, et d'après celui de la bibliothèque Mazarine. Puis nous avons collationné, dans nos trois textes latins, les premiers chapitres seulement d'une partie des livres énumérés en premier