GUY.VUT DESMOULINS. ICI
vraicmont ko Dieiis cii a souffert le destruction pour '^' les cribles pechiés de le terre. Et el tans que celé tere fu destruite (1291), lu chis livres comniencliiés a translater, et en celé meisme anée. » Après ces citations, qui ont marqué la date de l'ouvrage de Guyart Desmoulins, je passerai à la description d'un petit nombre de manuscrits, choisis parmi ceux qui nous ont le mieux conservé l'œuvre authentique de notre auteur.
Nous possédons un seul bon manuscrit picard de la Bible histonak : c'est le manuscrit 53!> de la bibliothèque Mazarine; il ne paraît pas antérieur au règne de Charles VI, el il porte les armes d'un chevalier du xv'' siècle, Antoine deCrèvecœur. Il commence, sans préface, par la table des livres de la Bible. Les r.inci([ens5) sont écrits en marge v^de plus délie letrew. Après l'Harmonie évangélique, on lit les Actes, commençant par les mots : r<; 0 tu , Theophilus v , et divers morceaux qui seront étudiés plus loin. Le manuscrit est fort beau et ses miniatures paraissent apjjartenir à l'école flamande.
On trouve encore des parties picardes dans le manuscrit 162 du fonds français, qui est comme échiqueté de morceaux français et picards. Les scribes qui l'ont copié étaient Picards, car les livres mêmes qui sont écrits en français sont plusieurs fois terminés par une rubrique picarde. Le manuscrit, qui est de j)lusieurs mains, est daté par deux fois de 1 3 /l'y ; sur les marges du deuxième livre des Machabées, un contemporain, frappé du triste spectacle de la prise de Calais (18/17), a écrit deux fois à la pointe : ^^ Calais. Nota.» Le manuscrit n'a pas moins de h 1 k miniatures. L'œuvre de Guyart Desmoulins, qui comprend l'Harmonie évangélique et les mêmes petits morceaux qui terminent le manuscrit de la bibliothèque Mazarine, est accompagnée des Actes, commençant par les mots : «0 fu, Theophilus», et d'un certain nombre de livres, empruntés à la version du xiif siècle.
'■''> Manuscrit : par.
1G2 LA BIBLE HISTOBIALE.
La préface de Guyart Desmoulins esl conservée, dans un dialecte picard qui n'est pas sans mélangée, par le manuscrity/'. i Go , qui paraît de la première moitié du xiv" siècle e( qui tient de près aux manuscrits i 59 et 1 55. Le manuscrit, qui esl une Bible hisloriale complétée, est écrit entièrement en français, à l'exception des premiers mots.
Le manuscrit//', i 55 est également écrit tout entier en langue française; il contient l'œuvre de Guyart, déjà traduite en français et fautive, mais conservée dans sa forme primilive, telle qu'elle a composé l'édition de 1297- M. l'abbé Trochon ''^ a déjà fait remarquer l'importance de ce manuscrit. Il contient, après les Rois, les ^Paraboles Salemon molt abregiesj?. On y voit, après l'Harmonie évangélique, les Actes selon la Bible et selon les Histoires, et, en marge, une note qui fait allusion «à la généalogie, aux traités de la Croix et de Judas le traître, et à la Vie de Pilate. 5? A la fin se trouve, sous la même couverture, un autre manuscrit, mais qui a probablement été fait pour être relié avec celui-ci; il contient, comme le manuscrit 1 52 , l'Apocalypse avec la glose et avec la préface : ce Sainz Pois li Apostres 51. Le manuscrit est beau; il a été écrit au commencement du xiv*" siècle; il provient de la Chambre des comptes de Blois.
Les «Paraboles Salemon moult abrégiez (elles n'ont nul titele)?? se lisent également daiis un manuscrit du xv'' siècle, du reste sans valeur et sans beauté, qui comprend le commencement de la Bible hisloriale, et qu'on trouve, sous le numéro 3o2 . dans la bibliothèque de Sir Th. Phillipps, à Gheltenham; il a appartenu à Geoffroy Rogier, écuyer.
La Bible d'Edouard IV, dont un volume est perdu, occupe les numéros 18 D ix et x et 1 5 D i du vieux fonds royal au British Muséum. C'est un des plus beaux manuscrits que l'on puisse voir. Nous ne dirons pas un mot des grandes et admirables peintures flamandes qui le décorent. Le volume IV a été fait à Bruges en i/i'yo par ordre d'Edouard IV, et, chose singulière.
O Essai xur l'Histoire de la Bible dans In France chrétienne nu mnijen âge , Pari?;,
GUYART DESMOULINS. 163
1(! volume II est daté de 1^79- ^^e manuscrit royal, récent, comme on ie voit, contient néanmoins un texte ancien, car on Y trouve l'œuvre de Guyart sans aucune addition, avec les Actes selon la Bible et selon les Histoires; mais le texte de ce dernier livre paraît différent de celui des deux autres manuscrits que nous en avons.
La Bible des De Croy est conservée à la Bibliothèque d'Iéna. Elle porte le nom du parrain de Charles-Quint, (Jharles de Croy, et parait avoir été décorée pour le père de ce seigneur, Philippe de Croy, qui mourut en 1/182. Elle est désignée par la lettre 1) dans le travail de M. Reuss. Notre maître a bien voulu la faire venir à Strasbourg, malgré son volume immense, et l'étudier à nouveau pour nous. Ce manuscrit présente au lecteur étonné, après les préfaces de Guyart Desmoulins, les premières pages de la Genèse avec la glose, d'après la version du xiii" siècle, puis l'œuvre de Guyart jusqu'à l'Harmonie évangélique, avec une note suV le traité de la Vraie Croix. Le praud Job, le Psautier et les Livres sapientiaux y sont intercalés immédiatement après les livres des Rois. A la fin, on lit l'Apocalypse et les Prophètes, ceux-ci d'après la version du xiif siècle. Ce manuscrit, récent et incorrect, n'en a pas moins une réelle valeur.
Enfin, la perle des manuscrits de Guyart, au [)oint de vue du texte, est la Bible 19 Dm du British Muséum. Elle est datée de i/ii 1 et a été copiée par un chanoine de l'abbaye de Clairefontaine, au diocèse de Chartres. On y trouve une Bible de Guyart à peu près complète, puisqu'il n'y manque que des appendices insignifiants, et qui montre, à côté des Actes des apôtres, signés du nom de «sire Guiart des Moulins w, les traités apocryphes que nous savions avoir été traduits par Guyart Desmouhns, et que nous ne pouvions trouver nulle part. Un certain nombre de livres de la Bible du xiu^ siècle sont intercalés dans cette Bible ItislorinJe, la seule complète qui soit entre nos mains.
C'est avec une véritable satisfaction que nous avons donné le catalogue des manuscrits primitifs de la Bible liistonale. Ils nous permettront de donner la (lescri[)tion rapide, mais complète.
de l'intéressant ouvrage de Gnyart Dcsmoulins, et de citer les textes dans la langue même de l'écrivain picard.
Notre première préoccupation, en effet, doit être de rechercher le texte d'après lequel l'ouvrage de Guyart doit être cité et devrait être, s'il y avait lieu, imprimé. Disons sans retard que jamais sans doute un manuscrit éloigné de cent ans de l'original na reproduit plus exactement l'orthographe de l'auteur que ne fait le manuscrit 682 de la hihliothèque Mazarine.
Nous avons l'avantage de posséder une collection fort étendue de chartes de la ville d'Aire contemporaines de notre livre (1 2/1 1-1 2f)8); elles ont été puhliécs par M. de Wailly et commentées par ce maître. Parmi elles, deux chartes du mois de juillet i2()5, postérieures de cinq mois seulement à l'achèvement de la Bible historiale, émanent de Guyart Desmoulins. Or voici le résumé des observations de M. de Wailly sur la langue de la ville d'Aire''^ : c^Les principaux caractères du dialecte des chartes d'jVu^e sont les articles fémuuns h et le, les pronoms féminins le, me, se, l'emploi du k, du c dur et des lettres ch dans des mots où d'autres dialectes n'usent pas des mêmes formes orthographiques. 55 Tous ces caractères, sauf peut-être l'emploi du k, qu'on rencontre au reste quelquefois, sont constants et exclusifs dans le manuscrit de la bihhothèque Mazarine. Le langage est absolument identique. On dirait que M. de Wailly a pris pour type notre manuscrit.
Nous pouvons nous ra[)procher encore davantage de l'orthographe du doyen d'Aire. M. de Wailly a relevé deux fois, dans les deux actes dictés par Desmoulins, la forme singulière le u, c'est-à-dire, suivant les règles de l'orthographe picarde, là où, pour où; cette locution est écrite en un seul mot : leu. Le terme leu (écrit une seule fois km) est fréquent dans notre manuscrit. Gertes, il y a des différences entre notre texte et les chartes de Guyart , mais elles ne sont rien en comparaison des ressemblances. J'en donnerai la preuve en citant, non pas les formes cjui se
'') Mémoires de l' Académie , (. \XVII, i" pailic (187^1).
GUYART DESMOULINS. 165
renconU'cnt à la fois dans les chartes et dans la Ulhlc liisloridlc, mais an contraire toutes celles c[ui diffèrent dans la Bihlc liisloridlc et dans les chartes de (juyart Desnioulins :
nilARTES DR GUVART. BIBLE IIISTOUIALE.
Ame. Arme.
Doient. Doivent.
Ensi. Enssi.
Esperit. Esprit.
Jakes. Jaques.
Sengneur. Seigneui".
Soulïisamnient. Soulîisaument.
Voilà toutes les différences que nous avons trouvées entre les extraits de la Bible lustorialc, que nous avons sous les yeux, et les deux chartes de Guyart. La démonstration de la parfaite identité d'orthographe des deux textes nous semble complète. Il n'est pas nécessaire de la pousser plus loin.
Les, caractères de la langue picarde se rencontrent encore, mais moins fidèlement reproduits, dans la courte préface citée [dus haut et qui, seule, dans le manuscriiyr. iGo, a conservé le dialecte picard.
Ce n'est pas tout. L'œuvre authentique de Guyart Desmoulins est suivie, dans notre manuscrit 539, du livre des Actes et de divers fragments qui y ont été ajoutés (par ordre de Guyart ou en dehors de lui, peu importe). Or nous y renia)"quons ceci: Le dialecte des Actes est picard, mais il ne semble pas avoir la pureté des textes qui précèdent. On n'y trouve pas les caractéristiques du langage d'Aire, non plus ipic la forme le u, si fréquente dans la Bible de Guyart. On reconnaît bien du français traduit en picard; ainsi le cas régime de Jaques est Jaque et non Jaqucmon. Les morceaux qui suivent (les Lamentations, la Généalogie et le Prologue de saint Jean) sont d'un langage <'ncore plus mélangé, ainsi que l'extrait du livre de Daniel, qui est à la (in. Ces observations confirment les assertions avancées plus haut.
Le manuscrityj-. iS-j, (pioique picard, esl incomparablement
166 LA BII5LE IIISTORIALE.
[>1lis cloijïno, à tous égards, du dialecte de la ville d'Aire. Nous n'attacherons donc aucune importance, au point de vue de la langue , à ce manuscrit.
Nous pouvons dès maintenant analyser et décrire l'œuvre primitive de Guyart Desmoulins, telle qu'elle est contenue, pour sa plus grande partie, dans le manuscrit de la bibliothèque Mazarine. Ce manuscrit ne conq^rend pas les préfaces de la deuxième édition, qui sont datées de lat)^; il serait donc possible que nous eussions «^ y reconnaître l'édition originale de 1 2^5.
En tête du livre se lit une table que voici :
« Ghe sont chy après li livre hystorial de le Bible qui en cesl hvre sont translaté et [sic) tout parHystoires les escolastres :
« Prumierement est en cest livre translatés li livres de Genesis ;
çtEt puis Exodes, Levitiques, li livres de Nombres, Deuteronomcs;
«Li livres de Josué;
kLI livres des Juges;
«Les quatre livres des Rois;
«Les Paraboles Salemon;
«Li livres Job;
«Li livres Thobie et Jheremie et Ezechiel;
«Li livres Daniel, li livres Susane et les hystoires qui après vienent;
«Li livres Judich et les hystoires qui après vienent, si corn vous les trouvères;
«Li livres Hester et les hystoires qui après vienent, si corn vous les Irouverés;
« Li deux livres des Macabeus ;
«L'istoire euwangelique et les Euvangiles. v
L'ouvrage commence par un prologue fort curieux, imité de Comestor, sur le triple sons de l'Ecriture sainte. Il a été reproduit par M. Reuss :
GUYART DESMOULINS. 167
« En [jalais <lc roi et d'einpcreour aparlient a avoir m luansions, ch'est a savoir auditoire ou consitoire, el quel il fait ses jugt'mens et donne a chascun sen droit, chambre en lequele il repose, et chenaille (ce«ac«/«m) ou sale en lequele il donne ses niengiers. En clieste manière nos empereres, qui commande as vens et a le mer, a le monde pour auditoire, el quel toutes choses sont faites a sen commandement et a sen doignement , » etc. Cette salle (c'est la sainte Ecriture), dit l'auteur, a trois parties: fondement (c'est l'histoire), paroi (l'allégorie) et couverture (la tropologie ou explication morale)... Après cette introduction, le récit de la Genèse commence avec ces mots : «Au commenchement créa Dieux le chiel et le terre; li terre estoit vaine et vuide, et ténèbres estoient sour le fâche d'abisme, et li Esperis Nostre Seigneur estoit portés sour les evves. » Aussitôt après ces mots, qui ne sont nullement traduits de Comestor, mais de la Bible, on lit: ^Hystoircs sour ccste partie devant dite de Genesim. Au commenchement fu li Fieux ^^\ et li Fieux estoit li commenchemens par lequel et el quel li Pères créa le monde. Li mondes est dis en un manières,» etc. Comme on le voit, l'ouvrage de Guyart est, dès le commencement, une juxtaposition de la Bible et de X Histoire. Voici, comme exemple de la manière dont la Bible est traduite, les dix commandements (fol. 36) :
«Je sui Nostre Sires tes Dieux, qui te menay hors de le terre d'Egypte et de le maison de servage. N'aies mie aultres dieux (pie mi. . . Ne fai nules ydoles. . . , et si ne fai nule sanlanche du chiel la deseure ne de le tere cha desous ne des coses qui sont es ewes, et ne les aeure mie. . . Je sui Nostre Sires tes Dieux, fors et jalons, et visitans les pechiés des pères sour les lieux tressi en le ticrche et quarte génération de cheux qui me heent, et faisans miséricorde a cheux (pii m'aiment et guardent mes commandemens. . . Tu ne prenderas mie le non de ten Dieu en vain . . . , car Nostre Sires ne laissera mie sans vengier celui qui juerra le non de Nostre Seigneur sen Dieu pour nient.
'■'> C'esl-à-diie ; le Vi\>.
168 LA BIBLE HISTOUIALE.
Souviegne toi de saintefiier et guarder le jour de samedi. Tu ouverras vi jours en le semaine, et li vu'"' jour du sabbat Noslre Seigneur ten Dieu ne feras tu nule oevre, ne tu, ne tes fieux, ne te idle, ne tes sergans, ne t'ancliiele, ne tes chevaux, ne nus estraignes qui soit en te maison. Car en vi jours fist Dieux le cliiel, le terre et le mer, et toutes les coses qui ens sont, et se reposa au vu"'" jour, et pour chou béni Dieux le jour de samedi et le saintefia... Honneure ten père et te mère, que tu aies longhe vie sour tere, et Nostre Sires tes '^^ Dieux le te donra . . . Ne fai mie ochision. . . Ne fai mie fornication. . . Ne fai raie larrechin. . . Ne di mie contre ton proisme faus tesmoignage . . . Ne convoite mie le maison ten voisin . . . , ne désire raie se ferae, ne sen sergant, ne s'anchiele, ne sen buef, ne sen asne, ne nule cose qui sien soit. . . v
Cette traduction, corame on le voit, n'est pas sans une certaine saveur originale et personnelle qui est propre au caractère de Guyart. Nous avons en lui, en effet, tout autre chose qu'un simple latinier, qu'un de ces traducteurs esclaves comme l'histoire de la Bible nous en a tant fait connaître. Guyart Desmoulins s'est bien inspiré de l'esprit de V Histoire scolastiqiœ, un des livres les plus originaux du moyen âge. Il choisit, il change, il ajoute, et, pour ne parler que du commencement, les premières pages de sa Genèse sont un véritable légendier, un trésor de la mythologie biblique du moyen âge. Les livres qui suivent la Genèse présentent beaucoup moins de traits curieux. On va lire un exemple de la cosmographie du Maître en histoires, telle que Desmoulins se l'approprie (fol. 2 v°) :
c(Et est li solaus (^sol quasi solus lucens'j apelés solaus ausi com sens luisans. car il luist sens. Et li lune (^Inna quasi lumuium una) est apelée lune ausi com des lumières une. Li solaus et la lune sont apelé grant luminaire pour le grandeur qu'il ont es corps et en lumière, et en regart des estoiles. Car il sont si grant c'en
('• Maiiiisrril : li\
GUYAllT DESMOULINS. 1G<)
(ILst (jiic li solaiis est viii fois plus grant ([ue li terre, El si dist on que lune est plus grande que li terre. Par le lune et les estoiles vaut Dieux enluminer le nuit, qu'elle ne fust trop laide, et pour chou que chil (|ui vont par nuit, si com maronnier et autre erreur de nuit, euscent aucune clarté. Et encore luisist si cleire nue, devant dite el secont capitle, nequedent ne fu mie li solaus fait sans raison. Car elle avoit petite clarté et nient souffissant, et par aventure n'enluminoit elle fors que les '^^ hautes coses par le monde, si com le chiel et le firmament, ausi com les estoilles ne font ore. On quide ([ue clielle nue, quant li solaus fu fais, s'en repaira en le matere dont elle fu faite, ausi com fist li estoille qui aparut asm Rois, et li coulons qui apparut elbaplesme Jhesucrist en lieu de Saint Esprit, ou qu'elle est tous jours avoec le soleil et le compaigne ... 55
La Genèse est suivie des mêmes livres que dans la Bible et dans les Histoires. On lit au folio 128, dans le texte même du fi" livre des Rois, au chapitre wde la chetivoison des x lignics^?, cette note : çiiMais l'istoire de Tobies tracterons nous après le fin du quart livre des Roys. ?5 Tel est en effet l'ordre suivi par Comestor, mais Desmoulins ajoute au texte du Maître des histoires cette glose: kJou (jui chou translatai, n'ai mie mis l'istoire de Thcbie tantost après le fin du quart livre des Rois. Ne adont doit ele tantost après aler selonc Hystoires. Mais j'ai mis entre le quart livre et l'ystoire de Thobie les Paraboles Salemon molt abregies et le commcnchement et '-' le fin de Job, qui molt est beaus, et les Paraboles sont tout proverbe. Car cist doi livre des Paraboles et de Job gisent en le Bible devant l'ystoire de Thobie, el pour chou les ai jou clii mis devant. . ., en tel ordene qu'il gisent en le Bible, pour le bonté el le biauté d'aux.» Une note analogue se lit au folio 1 35 , à la fin du quatrième livre des Rois. Je ne sais en quelle Bible Guyart a trouvé les Proverbes et le livre de Job avant le livre de Tobie, mais, quoi qu'il en soit, on trouve ici, aussitôt après les Rois et avant b' livre de Tobie, les
''' MaiiLiscril : (jiiolles. — '•' Maiiusi'ril : l'ii.
170 LA JJIBLE HISTORIALE.
livres qui viennent d'être annoncés : « Cfii scimevenl les Paraboles Salemon inolt abregies. Les Paraboles Salemon fil David, roy d'Ysrael, pour savoir sapienche,» etc., puis au folio i38 le Petit Job : kEu le terre de Hus fu uns liom. . . 53 Les c^ Paraboles molt abregies 53 se trouvent, à cette place, dans deux manuscrits seulement, dans le nôtre et dans le manuscrityr. 1 55 ; elles se lisent, dans le manuscrit de Cheltenbam , après le livre d'Esther. Quant au K Petit Job», ce n'est qu'un résumé du livre de Job, qui n'occupe que deux pages. Le livre de Tobie se termine ainsi (fol, 1/12): ^CJii fine II livres de Tliobie. Or alons avant et repairons a l'ystoire de le chetivison de Jherusalem, dont nous avons parlé en le fin du quart livre des Roys. . . Car nous, pour traitier l'ystoire de Tbobie en sen droit ordene, issimes de no matere qui en le fin du quart livre des Roys estoit de la chetivison de Judée. Mais chi revenons nous a no matere. Apres le destruction '^' du temple et de le cité, ainsi que Jhercmies li prophètes en traicte, continue Jheremies l'ystoire en teil manière : Quant Nabugodonosor li roys de Rabiloine eut fait Godolie souvrain sour les Juis, etc. Et après chou traicterons nous en leur lieus l'ystoire Judith et l'ystoire Hester. ■» Ce résumé de Jérémie et des Prophètes commence par l'histoire du meurtre de Gédalia : ^De le mort GodoUe selonc le Bible et Hysloire. Quant Nabugodonosor,» etc. Après le livre de Judith et les c: histoires» vient le livre d'Esther, suivi des «histoires», dont la première est celle du roi Ochus, et introduit par la note suivante: v^CtiiJiiie h liires Judith. Chi commence li livres Hester le royne. Chis livre Mester n'a nulle tilcle, mais après le fin du livre Hester a diverses histoires qui sont contenues sour le livre Hester, si com du rov Ochum et des aultres, le u vous trouvères les titeles \à u les titeles des aultres livres sont escriptes. »
Le premier livre des Machabées n'est nullement emprunté à VILsloire scolastique; c'est une traduction libre de la Vulgate, dans laquelle sont insérées des gloses tirées du Maître en liis-
*'^ Ce mot e.^t copié doux lois.
GUYART DESMOULINS. 171
loiies. Ce iivrc commence ainsi (fol. iG5): fwVpres cliou (|iie li fors roys Vlixantlres de Machcdoine, iieiix le roy Phelippe, ([iii premiers régna en Grèce, fu issus de le terre Selliin et eut conquis Daire le roy de Perse et de Mede, il fist molt de grans batailles et prist les fortereches de toutes gens et ochist les roys de terre et passa tressi a le fin de toute le terre et conquist les richoises de toutes gens. . . 55 Le deuxième livre commence (fol. 17 G v°) par ces mots : «Chi commenche li secons livres des Machabeus, selonc chou (|u'il est en Histoires. Car li commencemens du secont livre est plus cleirs et plus legiers a entendre qu'il ne soit en le Bible, et pour chou l'ai jou chi mis tout en tir, ainsi com il gist en Histoires. Car il on sera mieux entendus que selonc chou (ju'il gist en le Bible. Et dont après venrai jou au secont livre et poursievrai me matière selonc le Bible a cest cappitle : Au temps que li saincte cité de Jherusalem estoit habitée des Juifs en toute pais, et cetera.
«Si com li Maistre dist en histoires, li secons livres des Macabeus n'est mie histoire, mais récapitulations et répétitions de l'istoire.. . ChijîncU récapitulation du premier s livre des Machabeus, et toute h histoire d'aus. v
Les Machabées sont suivis, au folio i83, de l'w Histoire évangéli(juew. Par là il ne faut nullement comprendre, comme on pourrait être tenté de faire et comme ont fait frécjuemment au moyen âge les rédacteurs des Tables de la Bible '^\ l'Harmonie desEvangiles. C'est, au contraire, unextraitdes récils historiques, en partie empruntés à Josèphe, (|ue Comestor insère à la fin de la récapitulation des Machabées, et le vrai titre en devrait être: «le Commencement de l'Histoire évangélique. » En voici, en elïet. l'introduction : «Chi fine li recapitulation du j)remier livre des Machabeus. Alons avant a l'istoire de Jehan le fil Symon frère Judas le Machabieu qui fu sournommés Hyrcans, liquele histoire de Jehan est contenue sour l'istoire euvangelique et est commen-
^'' «L'ysloirc evanjjrlisle (|iii est ilit le Nouvel Tcslaïueul. ?i Cola se lit clans presque loules les Tables.
172 LA BIBLE HISTORLVLE.
chemens et fondemens du commenchement de l'isloire euvannelique, c'est des Euvangilles et de le venue Nostre Seigneur Jliesu Crist.
« Comment Jeluins Hyrcnns sievi Tholomée Ahohi qui Sijmon scn père et ses ii frères avoit ochts. Aprez le mort Symon, r) etc.
(Fol. 1 88) : ^ Cht commenchent h Eiwan^ille en le manière que li maistres en trmtieen Histoires. . . Or voeil jou ces Evangilles translater en ronnnans en le manière que li maistres en traicte en Histoires. . . Si ai le texte de le partie del Evangille escript premièrement de grosse lettre et puis chou que li maistres en dit sus en Histoire, de délie lettre. Et se je truis pau a exposer sour le partie del Evangille, jou l'expose en gloze, et se g'i truis molt a exposer, g'i l'expose en ordene aprez le texte, de plus délie lettre, ainsi comme vous verres el traictiet, le u Dieux me voeille aidier. w Telle est la préface de l'Harmonie évangélique; on voit qu'elle n'est pas simplement traduite de l'Histoire scolastique, mais que la Bible et l'Histoire s'y répondent Elle commence ainsi : «De le conception Jehan Baptiste selonc Luc. L(i\tine\ : Fuit in diebus Herodis. Pour chou que molt se sont elforchiet de raconter les coses qui en nous sont acomplies. . . -j Un esprit aussi amateur de fables a dû se plaire à emprunter à l'Histoire scolastique et à toutes les sources de la légende les curieux récits dont le moyen âge aimait à illustrer l'Évangile. On va lire l'histoire de la crèche; sauf un seul mot, elle ne se trouve pas dans le livre de Comestor :
K . . . Li povre ne pooient trouver '^* ou osteler en le cité pour le grant plenté du pule qui estoit venus en Bethléem a le' description du monde. Si ostela Joseph avoec Marie en ung lieu c'om appelloit dyversoire, qui deseure estoit couvers aussi com une halle sans parois, et estoit cil dyversoires en ung commun trèspas ouqiiel li bourgois s'assanlercnt a j)arler cnsanle et a juer es jours de fesle, ou il s'i tournoient a le fois pour le destem- |)rement de l'air. En ccl lieu avoit par avenlure fait Joseph une
''' Mauusrril : un Ironvor.
GUYART DESMOULINS. 173
crebe a scn asne et a sen biicf qu'il mcnoit avoecques lui, si mist eus l'enfant Jliesurn (Uns incidens en Histoires : On dist que H fains sour coi Jhesus gut en le crebe est a Romme, et le porta li royne Helaine, et est en l'eglyse Saincte Marie Majour. ..)..., et es paintures des eglyses, qui sont aussi com livre as laies gens, voit on souvent paint l'enfant Jhesum gisant en le crebe entre le buef et l'asne (fol. i 8()). v Voici le Notre-Père «selonc Mahieuw (fol. i()() v") : «Nos Pères quiesescbieux, tes nonssoitsainctefiés. Tes règnes vieigne. Te volentés soit faicte en terre aussi com el cbiel. Donne nous liui pain supersubstantial. Et nous laisse nos detes, aussi com nous les avons laissiet a nos détours. Et ne nous maine en temptation, mais délivre nous de mal. Amen. ?5
Nous allons reproduire la parabole de l'Enfant prodigue ( fol . 211) :
«De recliief uns boni eut 11 lieux, et li plus joncs dist au père : Donc me me partie de men avoir. Et li pères parti tantost a ses enfans. Et en pau de jour aprez, assanla li plus jones tout sen avoir, si s'en ala liors du païs molt loing, et despendi tout sen avoir en mauvaise vie et orde et en luxure. Quant il eut tout despendu, une grant famine vint el païs le u il habitoit, si commencba a avoir disette. Dont se lieva il pour servir a ung bourgois du païs, et il le mena en une sieue villette garder et paistre ses porcheaus, et li clietis par grant famine convoitoit a emj)lir sen ventre de le viande que li ])orcbiel mangoient, mais nulz ne l'en donnoit. Dont revint il a lui meisme, si dist: Ha las, com grant plenlé de sergans il a en le maison men père, qui babondent en grant plenté de pain, et je péris cbi de faim ! Je m'en irai a mon père et lui dirai : Pères, j'ai pecbiet ou cbiel et par devant ti, je ne sui mie dignes d'estre appelles tes fieux, fai me en te maison aussi com ung de tes sergans. Dont s'en ala il a sen père, et ainsi qu'd estoit encore auques loing, ses percs le vit venir, si le connut, si en eut grant pité et courut a lui et cbaï sour sen col et le baisa. Dont lui dist ses fieux : Pères, j'ai pechiet ou cbiel et par devant li, je ne sui mie dignes d'estre
17/» LA niBLE IIlSTOPiIALE.
appelles tes fleux. DonI dist li pores a ses scrgans : Apportez tost avant une nueve rcube, si le vestes et lui mettes iing anel ou doit et cauclicmente en ses pies, et amenés ung veel encrassiet et l'ochiés, si le mangerons a joie. Carmes fieux qui estoit mors est ravesquis, il estoit péris, ore est trouvés. Lors alerent il mangier a grant feste.
«Li aisnés fieux du preudomme estoit as camps, et ainsi com il en revenoit et il approcha le maison sen père, il oi les festes et les caroles et les estrumens. Dont appella il ung des sergans sen père, si lui demanda que c'estoit, et cil lui dist: Tes frères est venus, si a tes pères ochis ung cras veel et lui fait grant feste, de joie qu'il le ra sauf et sain. Dont en eut cil grant desdaing, si ne vaut entrer en le maison sen père. Lors issi li pères, si vint a sen fil et lui commenclia a priier qu'il entrast ens. Mais cil lui respondi et dist : Je t'ai par tant d'ans servi, ne onques ne trespassai tes commans, et si ne me donnas onques une seule chievre pour mangier avoec mes amis. Mais tes fieux est ore venus, qui tout le sien a despendu en bordiaus, si lui faites grant feste et lui as ochis ung veel encrassiet ! Li pères lui dist : Beaus fieux, tu ies tous jours avoecques mi, et tout quanques j'ai est tien. Mais il convient esjoïr et faire feste, car tes frères qui estoit mors est ravesquis, il estoit péris, ore est revenus, w
Citons encore la parabole du Mauvais riche (Luc, xii, 16, foL 2i3):
«Uns riches homs avoit une fois molt grant plenté de garisons en terre, si se pensa et dist en lui meisme : Que ferai jou? Car je n'ai ou je puisse mettre toutes mes garisons. Et puis redist a lui meisme : Je sai bien que je ferai. J'abaterai mes graignes, si ferai assés plus grandes, si metterai ens tous mes biens, et dirai a m'arme : Arme, tu as assanlé molt de biens de molt lonc lamps, or te repose et boi et mangue et soies a aise. Dont lui dist Dieux : Ha! sos chetis ! je prenderai t'arme en ceste nuit, et a qui seront li bien que tu as assanlé ? Je vous di que ainsi est il de ceulx qui font les grans trésors et ne sont mie riche en Dieu, r
(il) VA HT DESMOliLlNS. 175
Il faut renoncer à citer ici un grand nombre de légendes, curieuses et naïvement contées, qui sont empruntées à Comestor. Mais Guyart Desmoulins ne s'est pas interdit d'ajouter à son modèle. C'est ainsi <[ne nous lisons, au folio 202 de notre manuscrit, en glose : t^Sour cest pas (lient aucun que quant li Juifs puent tenir en secré un enfant crestiien sour le jour du grant venredi, il le cruchefient ou ocliient» de coi on disoit c'un pan de tam|)s devant chou que cilz livres fu translatés en rommans , Gui "' avoient cruclieliiet ung enfant crestiien sour le jour du grant venredi en secré et l'avoient gecté en ung puch a tout le crois, et que Dieux faisoit pour l'enfant miracles, et ceste cose devoit estre avenue en Alemaigne ^-l v Guyart a ses sources personnelles et même locales; nous lisons, par exemple, au folio 1 9 1 v°, cette glose : «On list en une légende des Innocens que les mères des Innocens furent martyres. Et i list on ainsi . . . Ceste cose dist sains Pierres evesques de Teruwane, en ung sermon qui ainsi commenche : Zeîus quo lemlat, quo prosiliat Vivor. n Pierre de Doy fut évêque de Térouanne de 1229 à 1201; on se souvient qu'Aire était située dans le diocèse de Térouanne.
L'Harmonie évangélique est suivie, dans notre manuscrit, des Actes des apôtres. Cette traduction des Actes, empressons-nous de le dire, n'est pas de Guyart. Elle commence ainsi (fol. 287 v°) : «0 tu. Theopliilus, j'ai parlé des coses que Jhesus commencha G faire en son tamps, c'est a dire quant il fu el siècle corporeilment. . . 71 Ce texte est celui de la version du xuf siècle; on y reconnaît facilement un texte français traduit en dialecte picard. Après les Actes, on lit, au folio 2/iq v°, les Lamentations de Jéré-
('' Manuscrit : qui.
('-^ L'accusation d'employer du sang chrétien pour les rites de la Pàque se rencontre fréquemment dans l'histoire des Juifs du moyen âge. A une certaine époque, il n'y a presque pas d'année où elle ne se produise en quelque lieu de l'Allemagne. Cependant elle apparaît déjà en Angleterre en 11 /i5, et en 1 171 à Blois (voy. Roherl deTliorigny à cette date). Peut-être le passage de la Bible historiale se rapportel-il à l'histoire du jeune Werner, de Wesel (Baronius, ad ann. 1287, n" 18; Actn Sanctonim, 2* volume d'avril, p. 697; Bœhmer, Fontes, II, 538). Le fait est de 1287, et il a eu un gi'and retentissement (communication obligeante de M. Isidore Loeh).
mie (^Comment sicl la cliité seule, . .?^'). puis la Généalogie de Jésus-Christ d'après saint Matthieu (fol. 20 i : r^Chi commenche des parens Nostre Seigneur Jhesu Xprist. Li livres de la génération JhesuCrist, filz David ... 55), le commencement de l'Evangile selon saint Jean (26,, v": <s La parole estoit au commenchement, et celle parole estoit envers Dieu , ce est en la connissance de Dieu le Père... •>■>), enfin, au folio 2 52, le Cantique des trois jeunes gens dans la fournaise (Daniel, m, 5i-c)o: «Lors, loant et bénissant Nostre Seigneur. . . ») et les chapitres viii à xii de Daniel, contenant les visions du prophète. Ces morceaux sont tous pris dans la version du xiii* siècle; leur langage est mélangé de français et de picard; ils se retrouvent dans le manuscrit fr. 162. Le manuscrit primitif contenait, après ces fragments, un texte important dont la trace est conservée. On lit, en effet, au folio 281, dans une glose qui explique le mot Corbanam : c^Querez en le lin du livre aprez le Généalogie et le traitiet de le Crois, le Vie Pvlate.v et au folio 28/1 : «En le fin de cest livre, aprez le Généalogie et aprez les traitiés de le Vraie Crois et de le Vie Judas le traiteur, trouvères vous le Vie Pylate f^\ 5? Nous retrouverons tout à l'heure ces curieux traités. Nous devons, pour le moment, tirer de ces deux notes les conclusions que voici : S'il est vrai, comme nous le croyons, que les traités en question soient de Guyart Desmoulins, on ne peut se refuser à reconnaître que les notes qui y renvoient sont du même Guyart; or elles visent également les fragments de la fin; il est donc constant que Guyart a connu la version du xiii* siècle et en a fait usage dès l'origine pour compléter son livre. La note du manuscrit i55, insérée dans les Actes authentiques de Guyart, suffit également à rendre probable que la version
(') Dans le manuscrit /r. i55, an folio iSi v", en marge, on lit, dans les Actes, après de longs développements sur Piiate : «Querez en la fin du livre, après la Généalogie et les traitiez de la Croiz et de Judas le traiteur, la Vie Piiate. -î Le manuscrit d'Iéna met à la fin de l'Harmonie évangélique celte note : «Cy fine Tistoire evangelique. Notez que cy après sont délaissez a transcripre la Généalogie , les Iraictiez de la Vraie Croix et de la Vie Judas le traistre et de la Vie Piiate. . ., pour ce que le translateur finit le livre a Tlstoiie evangelique. n
GUYAUT DESMOULINS. 177
originale tles Actes des apôtres par Guyart Desmoulins a figuré clans la première édition de la Bible lustoriale, aussi bien que dans la seconde, à côté des apocryphes traduits par Guyart.
Mais d'où vient que notre manuscrit n'a pas les préfaces que tout le monde connaît? Nous remarquerons que ces préfaces contiennent la date de 1297, et qu'elles conservent le souvenir d'une édition précédente, datée de 1295, qui n'avait, naturellement, pas les préfaces. Pourquoi n'aurions-nous pas dans notre manuscrit, sauf l'omission des apocryphes et la substitution des Actes français aux Actes de Guyart, la première édition de la Bible histonale, l'édition de 12 9 5? Le manuscrit^'. i52 et la Bible d'Iéna, étudiée par M. Reuss, ne seraient peut-être, en ce cas, pas autre chose que des débris altérés de cette première édition sans préfaces.
Quant aux manuscrits qui paraissent représenter la seconde édition de la Bible historiale, l'édition avec préfaces, nous n'en avons à citer ici que trois, les manuscritsyÎYwra/s 1 55 et 1 9 D m, et la Bible d'Edouard IV (1 5 D i,etc.); il est vrai que leur valeur est considérable. Ils sont le type d'une famille innombrable, (jui comprend toutes les Bibles historiales complétées. Nous avons cité, au commencement de ce chapitre, la préface de Guyart; voici, d'après le manuscrit/r. 1 60, les premiers mots de la traduction du prologue de Pierre Comestor. Le dialecte picard de notre manuscrit est malheureusement fort altéré :
^K hounerable père son chier seigneur Guillaume, par le grasce de Diu archevesque de Sens, Pierres, sers Jhesucrist, prestres, deeins de Tret Trêves (s/c) , bonne vie et bonne fin . , , n Comment expliquer l'étrange et énorme faute qui se rencontre dans le plus grand nombre des manuscrits ? Guyart avait-il d'abord écrit: «doiien de Trecesn., c'est-à-dire de Troyes? Peutêtre, s'apercevant de son erreur, s'est-il arrêté au milieu du premier mot, mais pour y substituer, par un contresens dont on ose à peine l'accuser, le nom de Trêves. Les copistes n'ont pas remarqué que le premier mot, ^Treci), était exponctué, et ils ont, par une (roisième erreur, copié les deux mois bout à
178 LA BIBLE HISTOBIALE.
l)out. En tout cas, on a copié universellement Trêves; Tret Trêves se lit dans vingt-deux manuscrits, Tret dans un seul (^fr. i 53()3). L'épître de Pierre Comestor est suivie d'une note que voici en abrégé, d'après le manuscrit /r. i 55 : «En ceste manière, je, qui cest ouvrage. . . translatai, . . .n'i ai ajousté, ains ai poursuivi cest saint mestre en histoires en toutes les choses qui en roumans doivent estre par raison translatées. . . (en rouge :) Ci doit on savoir que je ai translaté les livres historiaus de la Bible selonc le texte de la Bible et selonc les Histoires les escolastres. . . » L'auteur explique que le texte est écrit ^de grosse lettre n et les gloses ou incidenis ç^ de plus déliée lettre i poi v. Pour nous , sans vouloir aucunement refaire l'étude que M. Beuss a consacrée à la méthode du traducteur, nous devons nous demander s'il est vrai que Guyart, comme lui-même l'alFirme , n'a rien ajouté à l'œuvre de Comestor, et nous devrons répondre que jamais une assertion n'a été moins conforme à la vérité. L'auteur, au contraire, a pour méthode de mettre en regard la Bible et VHistoire, et là même où il traduit V Histoire scolastique, il s'en éloigne sans cesse, ajoute et retranclie sans scrupules, et partout traduit librement. Certains livres, tels que le premier livre des Machabées, n'ont rien de l'œuvre de Comestor, sinon quelques notes. Dans l'Harmonie des Evangiles, Desmoulins se tient exactement au texte de la Bible, mais il suit l'ordre de l'Histoire évangélique du doyen de Troyes, en insérant dans le texte biblique de longues gloses dans lesquelles on reconnaît l'influence de son auteur. L'Histoire scolastique n'est pas même sa seule source. C'est ainsi qu'on lit, après le chapitre où Jésus pleure sur Jérusalem : «Je qui ce translatay veuil cy mectre l'exposicion de ceste Euvangile devant dicte. Car lemaistre ne parole riens en Histoire comment la cité de Jherusalem fu destruite pour la mort Nostre Seigneur Jhesucrist. Si le mectray cy selonc ce que Josephus le dit ou compte. . . ') En un mot, Guyart Desmoulins est presque autant un traducteur de la Vulgatc que de l'Histoire scolastique, et nul plus (jue lui n'a le droit de figurer dans le nombre des traducteurs de la Bible. La suite de ce chapitre continuera à le prouver.
GUYAUT DESMOULINS. 17U
Nous avons hâte, en effet, d'en venir à deux textes de la plus <jrande importance, inconnus jusqu'à présent, et que nous avons été assez heureux pour retrouver, les Actes des apôtres et les apocryphes traduits par Guyart Desmoulins. Le premier livre se trouve dans trois manuscrits (^r. i55, 19 Dm et Bible d'Edouard IV), le dernier dans le manuscrit 19 Dm seulement.
Les Actes des apôtres sont suivis, dans le seul manuscrit 1 9 D m (fol. 552 v°), de la note que voici : t^Cy finent les Faiz des Apostres selon la Bible et selon les Hystoires scolastiques translatées de latin en françois. Et les translata sire Guyart des Moulins , doian de l'église Saint Pierre d'Aire , en l'eveschié de Terouane. 55 Cette note n'est évidemment pas de la plume de Guyart, mais on n'aura aucun doute sur sa vérité après la lecture du livre qu'elle accompagne, car tout y révèle le style et la manière de Guyart Desmoulins. Dans le manuscrit 19 D m, le livre des Actes est retouché et mis au courant des progrès de la langue ^^^; dans la Bible d'Edouard IV, il continue l'Harmonie évangelique sans distinction et commence par ces mots: r. Apres ce que les disciples de Nostre doulx Saulveur Jhesucrist furent retournés en Jherusalem ou lieu dont ils estoient partis. . . v Peut-être a-t-il été amputé au commencement. En voici les premières lignes, d'après l'excellent manuscrit yj-. i55 (fol. 17^); le texte original picard est malheureusement perdu :
« Ci commencent les Faiz des Apostres . . . selonc le texte et la lelre (le la Bible et selonc Hystoires . . . Et entendez que la grosse letre est le texte de la Bible, et la déliée letre est ce que li mestre '"-^ en dist et expose en Hystoires.
'? Les Faiz des Apostres selonc la Bible.
^ Bible. La première parole ai je fait, o Théophile, de toutes les choses que Jhesus commença a faire et a enseignier jus([ues au jour qu'il, commandant a ses Apostres par le Saint Esperit, lesquiex il eslut, monta es cyex. Ausquiex il moustra et donna lui meismes vif après sa passion en molt de manières et de bonnes
"' Incipit : 0 Théophile. — '-' Manuscrit : mcstron.
180 LA BIBLE HISTOBIALE.
preuves, aparanz a eus par xl jours et parlanz du règne Dieu. Et il, meiîjanz aveuques eus, leur commanda qu'il ne se partissent mie de Jherusalcm, ainz atendisseni la^'' promesse de son Perc, iaquele vous avez oï, dist il, par ma bouche, que Jehan Baptiste baptiza en eve, mais vous serez bapliziez on Saint Esperit, ci après ne mie molt de jours. . .
« Les Fiuz des Aposlres sclotic Hi/stoires sus ccst premier chnpitre devant dû.
« Li mcstrc en Hi/stoires.
rxHystoires. Si conli mestres dist en Hystoires sus cest premier chapitre devant dit, el xix""' an de remj)ire Tybere (îesar, empereeur de Romme, Pilate encore procureeur de Judée, et Vitellie prevost de Syre , fu Nostre Sires Jhesucrist mort et ressuscita . . , w Ici , ce ne sont plus seulement les rares notes de la marge, mais c'est la glose même qui est «de lettre un peu plus déliée:?. Les gloses sont pleines de légendes fort curieuses. Comme ces fables sont, à ce que nous avons pu en juger, toutes empruntées à Comestor, nous ne voulons en donner qu'un seul exemple; c'est l'histoire du Dieu inconnu (ms. yr. i55, fol. 187; Actes, ch. xvii; Hist. schoL, ca[). xciii) :
^^ Bible. Dont se leva Paules emmi la rue, si dist: 0 vous hommes d'Athaines ou la fleur de clergie est ore, je vous juge touz ausi con pour assotiz et de fausse religion. Car si comme je passoie ceste foiz par devant les autieus de voz ydoles, je vi I autel ou il avoit escrit : C'est l'autel du Dieu néant conneu. Ha, maleurée gent ! Cel Diex que vous ne connoissiezmie, ne ne savez qui c'est, et si l'aourez, c'est cis Jhesus que je vous preesche. Li Diex qui fist ciel et terre et toutes choses qui enz sont, et qui sires est de ciel et de terre, n'abite mie en temples faiz de mains d'ommes, ne n'est tailliez de mains humaines, ne de nului n'a mestier. Car il donne vie a toutes choses et habitacion aus hommes pour lui c[uerre et trouver a cens qui avoir le veulent, encore ne soit il mie conneuz de chascun de nous. Par lui vivons
('' Mnnusrrit : sa.
r.L'YART DESMOULINS. 181
nous et nous mouvons et sommes el monde, ausi comme aucuns de voz pouetes ont dit : Nous sommes de son genre. Dont, puisque nous sommes de son genre, nous ne devons mie cuidier que y mages taillies de mains d'ommes, faites d'or et d'argent et de pierres précieuses, soient choses devines. Si nous anonce ore Diex que nous facious penance. Car il a mis jour de jugier le monde a droit j)ar i homme, Jhesum son lilz, que il a resuscité de mort a vie. Quant il oirent qu'il parloit de la résurrection des morz au jugement, li i le commencierent a escharnir, et li autre distrent : Or lessons, si l'escoutons encore parler de ceste chose. Ainsi parlant, se parti Paules d'eux. Dont se convertirent a la foi Nostre Seigneur Jhesucrist aucuns d'eus, entre les([uie\ Denis li Ariopagites, qui ore est sains Denis de France, fu convertiz, et une famé qui Dammaris avoit a non, et aucun autre aveuc eus. . .
KL'ystoire des Faizdes Apostresnc nous raconte mie comment cil autel fu dédiez au Dieu néant conneu, si le voulons ci dire et porcesvir :
rf. Pourquoi Vaulel du Dieu néant conneu fu faiz, el comment U philosophe irAthaincs dtstrent que Diex de nature souffroit, selonc Ihjstowes.
^Hystoircs. Le jour de la passion Nostre Seigneur Jhesucrist, au lonc vendredi, li philosophe qui estoient a Athaines virent les ténèbres qui furent par toute terre en la mort Nostre Seigneur, si ne porent trouver nule cause par raison de nature que liex tenehres deussent estre. A la parfin furent il a ce mené qu'il distrent que diex de nature souiïroit ^'^. Quant il orent ce dit et déterminé par force de clergie, il distrent : Faisons i autel a cel Dieu. Lors h firent il i autel et escristrent desus : C'est l'autel du Dieu néant conneu. Quant li peuple de la cité voudrent offrir a cel dieu sus son autel sacrelices de bues et de vaches et d'autres bestes, selonc la coustume des païens, li philosophes distrent: Il n'a mestier de noz biens, mais ageiioillons nous devant son
"' Qitiri (leiis naiurfi' pnlict)aluf.
18^ LA BIBLE HISTOBIALE.
autel et li faisons prières et oroisons, car ii ne veult nule offrande pour péchiez, mais devocion de cuer. Cest Dieu néant conneu leur anonçoit Paulos et leur contoit comment il avoit souffert mort quand il virent les ténèbres, et leur disoit qu'il estoit resuscitez et montez es ciex, et vendroit en la fin jugier le monde. La se converti Denis li Ariopagites, que sains Pol fist puis evesque de Chorinthe, la conversion duquel, et la manière de sa conversion, pour ce que Tystoire des Faiz des Apostres la lesse a conter, voulons nous ci conter et dire . . . v
Immédiatement après les Actes des apôtres traduits par Guyart Desmoulins, le manuscrit i 9 D m contient, du folio 55^ v" au folio 558 v°, le Traité de la Vraie Croix ou la Pénitence Adam et la Vie de Pilate. Il nous sera permis de citer quelques mots de ces textes, enfin retrouvés; nous ne les connaissons malheureusement pas sous leur forme picarde.
« Cy commence la Vie Julian l'Apostat le mauvais empereur, renyé crestian , et comment le signe de la Croix a grant vertu.
ce Quant la vraie Croix fu trouvée de sainte Hélène <|ui fu mère Constantin l'empereur, par Judas le Juyf , si comme l'ystoire et la légende de l'invencion Sainte Croix nous racompte, sainte Hélène en fist faire la feste, et célébrer chascun an en Jherusalem . . . ?? C'est l'histoire de saint Jean et saint Paul, martyrs à Rome, de Julien mis à mort par Quiriace ressuscité, de l'empereur Cyprien et de sainte Justine. Le tout paraît emprunté aux chapitres lxviii et lxxxiii de la Légende dorée^^K
^ Cy après ensuivent aucunes hystoires apocrifes de la Sainte Croix. Et sont dittes apocrifes, pour ce que l'en ne sceitpas se elles sont vraies ou non. Si ne la doit on mye ajfermer pour vraie. Mais je l'ai cy mise (il serait difficile de ne pas reconnaître ici le style de Guyart) pour ce (pie moult de gens lisent voulentiers escriptures apocrifes, pour ce qu'elles sont moult plaisans et agréables, et assoagcns les oreilles des escoutans.
'■ Edil. Graesso, |). c!o3 el 3()^i.
GUYART DESMOULINS. 183
R Comment Adum envoya Seth son fdz en Paraclys terrestre a lange.
w Apres le pechié Adam noslre premier père, et qu'il fut bouté hors de Paradys terrestre pour son pechié, il cria mercy a Nostre Seigneur humblement. . . v
On reconnaît, dès ces premiers mots, le traité bien connu de lu Pénitence Adam, dont le texte latin a été publié deux fois dans ces derniers mois ^^\ et dont nous possédons un assez grand nombre de versions en langue d'oïl ^-\ Le texte que nous avons sous les yeux pourrait difficilement être dénié à Guyart Desmoulins.
Dieu promit à Adam, «par sa grant debonnaireté et doulceur, qu'il lui donrait en la lin du siècle de l'uile de miséricorde, w Après la mort d'Abel, Adam s'écria : «Haa! comment me sont grans maulx avenuz par femme \y) Cent ans après, il eut un fils nommé Seth.
« Tout ce qui est cy devant dit est escript en la Bible ou livre de Genesis (sic) et est vrai. Mais ce qui s'ensuit est apocrife. Si le croie qui veult, toutes voies ne le doit on mye affermer pour venté. . ., mais c'est moult plaisant hystoire et doulce a ouyr.
«Quant Adam ot tant vescu qu'il ot ix" ans et xxx, ... si commença a estre moult triste . . . , si appela Seth son filz et lui dist. . . : Filz, tu diras a l'ange que ma vie m'anuye. . . Filz, tu t'en iras vers orient, si trouveras au bout de ceste valée une voie qui te merra en Paradys. Et en celle voie trouveras tu pas tous séchiez par ou moi et ta mère passasmes quant nous vensismes de Paradys. . . Car nostre pechié fu si grant, que l'erbe ne pot oncques croistre la ou nous passasmes, ains sechierent
'■' W. Meyer, Die Geschichte des Kreuzholzes von Christus [Abhandlungende l'Académie de Munich, xvi, 3, 1881). Cf. Mussafia, Silzungsberichle de l'Académie de Vienne, lxiii, 1869, p. i65.
'"-' On en voit une dans les manuscrits B a8a de Bruxelles et A I. 1, m-U°, de Sainte-Geneviève, et une autre dans le manuscrit/r. io36; nous ne parlons pas de ia traduction du xv° siècle, qui porte le nom de Colard Mansion (Van Pract, Louis de Bruges; Paris, i83i, p. 96). Cf. P. Meyer, Rev. ail., 1866, 1, p. aaa.
184 LA BIBLE HISTORLVLE.
nos pas. Filz, lu [)oursuivras ces pas, et t'en iras droit en Paradys . . .
«L'ange lui dist : Va t'en a l'uis de Paradys, et boute ta teste sanz plus dedans, et regarde diligemment ce que lu verras. . . Si vit et ouy si grant doulceur. que nulle langue d'omme ne le pourroit dire. 55 Selh voit l'arbre, le serpent, l'enfant Jésus. «Adonc dist l'ange debonnairement a Setb : Cest enfant est l'uile de miséricorde que Dieux a pieça promise a ton père et a ta mère, v
L'ange alors donna a Seth trois grains du fruit du premier arbre, c'est-à-dire de l'arbre de vie. Il en naîtra, lui dit-il. un cèdre, un cyprès et un pin. Adam mourut, et son fds mit les trois grains sous sa langue. L'auteur alors raconte la curieuse histoire des trois vergettes. qui sortirent de ces trois grains, et qui jouent un rôle dans toute l'histoire d'Israël, et la légende de la Croix, c[ui fut faite avec «l'arbre royal 5;.
«G/ après s'ensuit une autre oppinion de la Vraie Croix, que je trouvai en autres anciens livres. Et est apocrifc aussi comme la dessus dite.
«Ou temps du roy David trouva un homme en une forest un arbre qui portoit trois manières de fucilles, etc. . .
« Cij après s'ensuit la Vie du mauvais Pijlate, qui crucifia Nostre Seigneur Jhesucrist. Et est apocrife aussi comme les hystoires devant dittes.
«En une cité qui est en Alemaigne, qui est apelée Maience, fu jadis un roy qui avoit nom Tyrus, lequel, par toute la terre et le pays agisant a ces trois fleuves, c'est assavoir la Meuve, la Meuse et le Rin, avoit grant puissance et grant plenté de bois et do forests et de landes et de bestes sauvages. . . w Pilate nacpiit de ce roi et de la pucelle Pyle, fdle d'Atcs. «En ce temps estoient a Piomme moult de ^\\z des roys, entre lesquelx estoit le lilz du roy de France. 57 Pilate tue le jeune prince français, «mais les Rommainsse pensèrent qu'il valoit mieulx avoir une seule hainne que deux,» et au lieu de meltre Pilate à mort, ils l'envoient
GUYART DESMOULINS. 185
Kclans le Ponthe». Après la mort de Jésus, Pilale envoie Adranus à Tibère, et ce messager est jeté sur les côtes d'Espagne. «En celle terre estoit lors un roy qui avoit non Vaspasien, et fut ainsi celuy roy nommez pour mousches guespcs qui lui issoient par les narines, et le faisoient vivre a grant doleur. . . n Adranus guérit au nom de Jésus-Christ Vespasien. qui dit : ^Mais Pylate, qui l'occist, nen sera pas quitte. 55 Pendant ce temps, l'empereur, qui était «mesiaux55, c'est-à-dire lépreux, envoie chercher Jésus- Christ par Folusianus ou Volusianus, et ici commence le texte que Tischendorf a publié en latin ^^^; toute l'histoire, du reste, à l'exception de certains détails encore plus fabuleux que les autres, se retrouve dans la Légende dorée ^'^\ «Vérone» donne à Volusien la Sainte Image. Pilate alors arrive à Rome, revêtu de la robe sans couture, et le courroux de l'empereur tombe. Mais, jeté en prison, Pilate se tue. Son corps, précipité dans le Tibre, agite le fleuve. «Si le pescha l'en hors, et le gitta l'en loing d'illec ou Rosne de costé Vianne. . . Yiamin dicitur quasi via géhenne. . . Derechief fut il peschiez hors du Rosne qui queurt a Vianne, et fu gittez en un grant désert de costé Losanne. Mais oncques tant comme il y fut, il ne cessa de tonner et echistrer, et de pleuvoir et venter, et de faire si très horribles orages et tempestes, que c'estoit merveilles. Et après par long temps, par la prière saint Mamert, qui fut evesque de Losanne [sic), fu celle tempestc mise en un lointain désert, es mons de Montgieu , ou nul n'abitoit de moult loing, car il estoit par moult de lieues loing de toutes gens. En ce désert a aussi comme un abisme sanz fons, ou bestes ne oisiaux n'abiterent oncques. . , En ce hideux lieu fut il gitez. Et dit on que les dyables donnent en ce lieu horribles respons a ceulx qui les vont la querre. Jusques cy avons nous dit de Pylate chose que l'en ne sccit pas vraiement se elle est a croire ou non, si la laissons au jugement du liseur. »
''' Evantrelia apocrtjpha, 2° édit. , Leipzig, 1876, p. /j56. '-' Chapitre lui, édit. Gracsse, p. aSi. Cf. P. Meyer, Bull. Soc. anc. Textes, 1 8 7 5 , p. 52.
Tels sont les Apocryphes de la Bible historiale. Nous devions les mettre sous les yeux du lecteur. Nous n'avons pas retrouvé la Vie de Judas le traître ; ce morceau est le seul qui ait échappé à notre recherche. Maintenant que nous connaissons dans toutes ses parties l'œuvre si considérable de Guyart Desmoulins, il nous reste à étudier l'usage que le moyen âge en a fait.