CHAPITRE VI
C'est avec un véritable plaisir que nous abordons l'étude du Psautier lorrain. Le sujet, en effet, est tout actuel, et il est attrayant à tous égards. Cette étude sera courte, car il convient que les développements dans lesquels on pourrait entrer soient réservés à l'éditeur de notre texte, à M. Bonnardot. Le Psautier messin aura eu, en deux ans, deux éditions. Un jeune Allemand a récemment publié, d'après un manuscrit incomplet, ce texte, dont la publication était depuis longtemps entreprise par un philologue français ^^l Cependant M. Bonnardot continuait son œuvre, et il nous donnera bientôt l'édition critique, d'après quatre manuscrits, du Psautier messin.
Le Psautier lorrain existe en quatre manuscrits. Le premier et le plus connu est incomplet, c'est le manuscrit 798 de la bibliothèque Mazarine, très petit volume, qui provient de l'Oratoire. Des huit miniatures qui ornaient le commencement des nocturnes, cinq ont été enlevées avec les pages qui les portaient; c'est ainsi que le Psaume i fait défaut. Après les Psaumes, viennent les Cantiques, qui sont précédés, au folio 3A8 v", de la note : Ci finit ^"^ li psaultieir en romans escript et transhiteit per une main l'an m. ccc et lxv ans. Ci coumencent les Cantikes qu'en dit selonc Vordenence des vi nocturnes per toute la semainne ^^\ cliescu7ine selonc son jour. Après les Cantiques viennent «la Patenostre»,
(•> Apfelstedt, Lothringischer Psalter, Heilbronn, 1881, W volume de ïAllfranzôsische Bihliotheh de M. W. Fœrster.
'-' Manuscrit Harî. li3-2'] : fenit.
t^) Harl. : sepmaine.
kIou Credo», VAve Maria et «la Litanies» (fol. 378). La litanie contient tous les saints de Metz , saint « Kentin » , sainct « Gary '^^ » (Goëry), sainte Barbe, sainte «Glossinejj, sainte ttSeguelenne» et sainte t^Odelie», ainsi que saint Dominique, saint François et saint Bernard. A la fin, on lit diverses j^rccps ou « colloites 5?. Il ne faut pas croire que la date de i365 soit nécessairement la marque de l'année où le manuscrit a été copié. La même souscription se trouve au folio 2 iZi du manuscrit Harléien /iSay. Le volume est un peu plus grand que le manuscrit de la Mazarine; il n'est pas orné de miniatures; l'écriture et l'ornement des deux manuscrits s'accordent assez bien avec la date de i365. En tête du manuscrit, on voit un calendrier tout messin, oiî l'on remarque les noms des mêmes saints qui sont dans la litanie, et en outre ceux d'un grand nombre d'évêques de «Mes», «lez perdons a Goze » (Gorze) et à « Boxiere ^"-' » et la « dicaise v des églises de Metz. Le Psautier est intact, à l'exception d'un feuillet (ps. xcyi, 7, à xcvn, 8), et les nocturnes portent le nom des jours de la semaine. Après les Cantiques, on lit «lou Credo commun en romans», l'Ave, le Symbole d'Atbanase en latin, puis les Petites Heures de Marie, les Psaumes de pénitence, la litanie messine, «les precesv et «les Vigiles des mors». Les Psaumes pénitentiaux et ceux qui se lisent dans les Heures de la Vierge sont reproduits textuellement d'après le Psautier lorrain; du reste, certaines formules, telles que le mot «Vez ci», attestent l'identité du traducteur: au contraire, les Psaumes qui figurent dans l'office des morts sont dans un texte plus bref. Cette remarque peut avoir un véritable intérêt pour l'étude des sources du Psautier lorrain. Le volume est terminé par le Symbole d'Atbanase en français. Ce manuscrit est d'un grand intérêt; la langue en est identique à celle du manuscrit de l'Oratoire, mais non sans quelques variantes, qui indiquent au moins un autre copiste.
Nous possédons un texte sensiblement diflférent dans le ma-
t') Harl. : Gury.
'*' Buxières, hameau, annexe de la paroisse de Saint-Julien-lez-Gorze.
nuscrit fr. 957a de la Bibliothèque nationale, volume de moyennes dimensions , écrit au xiv^siècle et qui a appartenu à Michel de Barisey et à Aimée de Gournay, sa femme. Ces noms sont bien connus dans l'histoire de la Réforme à Metz ^^l Le texte de ce troisième manuscrit est en général plus bref, mais il n'est pas la source du texte de i365. Les Cantiques suivent le Psautier, auquel ils sont rattachés par ces mots : « Explicit le Psaltieir en roumans. Ci aipres encommance les Cantiques que on dit per lai semenne sus les vi nocturne selonc lour ordres, w Ils se terminent par «lou Credo en roumans», VAve et «l'Aiwangille saint Jehans en romans», c'est-à-dire le commencement du quatrième Evangile.
Enfin les Psaumes de la pénitence ont été découverts par M. Bonnardot ^'-^ dans le manuscrit 189 de la bibliothèque d'Epinal, curieux recueil provenant de la famille messine d'Esch; le manuscrit est du xv" siècle et peut-être en partie de la fin du XIV^ Le texte des sept Psaumes est le même que celui des deux manuscrits de i365, mais ils sont écrits dans un dialecte beaucoup plus populaire et qui se rapproche beaucoup plus du patois lorrain. On en jugera par deux versets du psaume vi :