‹ La Bible française au moyen ageChapitre 67 sur 137 · OFFICE DES MORTS. PSAUTIER HIRLÉIEN · texte numérisé non relu

OFFICE DES MORTS. PSAUTIER HIRLÉIEN

Des lou perfont. Sire, j'ai a ti Des les perfons el lou plus balv ,

clanieit et crieit. S'we , escoute et oy Sire, j'ai a ti clamei. Sire, escoule

ma voix. . . moi et oy mon orison et ma voix. . . Tout ainsi com li cerf tent et de- Tout ainsi com li cerf désire et

sire venir a la fontenne d'yawe, convoite a venir aulz fontennes des

tout aiqsi lent et disive Y avme de mi yawes, tout ensi désire et convoite

a ti, tu qui es mon Dieu. . . l'arme de mi a venir a ti, Sires, qui

es mon Dieu'''. . . .

De ces citations nous tirerons, pour le moment, les conclusions que voici :

1° Le Psautier lorrain, même sous la forme la plus simple à laquelle on puisse remonter, est une œuvre composite;

2° Aucun de nos textes ne représente la forme primitive de cette compilation.

Il serait vain de vouloir retrouver l'original, soit français, soit latin, de notre version. Le Psautier lorrain, nous l'avons dit, est une œuvre composite au dernier point, qui se rattache tour à tour à un texte ou à un autre, et souvent les juxtapose sans

'■' Manuscrit fr. (j^)']-2 '■

«Des lou perfont, Sire, j'ai a ti claimeit. Siro, escoiito et oy mon: orison. . . ffSi comme li cerf désire el awoile ai venir atiz fontennes des yawes vives, loiil(> ensi désire et couvoilc Tairme de mi a venir a ti , Sire , qui es moiiz Dieu ..."

choisir. La luiinérolation des Psaumes est celle de ia Vulgale et du Psautier de Moiitebourg, et, en général, celle du maniiscril //'. y/ioi. Le détail du texte latin nous rapproche tantôt de la version du xiii' siècle, tantôt de celle de Raoul de Presles, tantôt d'une autre, quelquefois du Psautier -j^oi, parfois de deu\ textes ensemble. Au Psaume cix, verset 7, le Psautier de Montchourg lit hibit, et la version du xiii" siècle bibcl: notre Psautier a les deux leçons *^\ D'autres fois, le doublement des mots provient uniquement de la combinaison de deux textes français; ainsi, au psaume x, v. a , et au psaume lxxxih, v. /i, on lit : ^di passeres ou li moixons. w En général, notre Psautier paraît fort rapproché de celui de Raoul de Presles. Il est certain que le Psautier lorrain se trouve dans le courant de ce texte unique, toujours le même quoique varié à l'infini, auquel notre étude nous ramène sans cesse, dans le grand courant du Psautier français du moyen âge. Nous avons déjà montré combien notre texte ressemble, à divers égards, au Psautier du duc de Berry (/)'. 1 3 0(ji ) et au Psautier de Ludlow {^Horl. -?73); nous avons fait voir que le Psautier du manuscrit yr. 6260 n'est peut-eire pas loin de découler d'un texte cpii ressemble beaucoup au Psautier lorrain, et qu'il en est de même, à certains égards et en partie, du Psautier de Raoul de Presles. En général, on peut dire que notre texte a sa jdace tout à côté de la souche commune de la plus grande famille de Psautiers, tout auprès du manuscrit 5o5G de l'Arsenal, qui est l'un des principaux représentants des textes compris dans la Bible du xnf siècle.

Nous en savons maintenant assez pour pouvoir aborder la grande (luestion : Le Psautier lorrain est-il en quelque relation avec celui qui a été brûlé à Metz en iiyc)?Nous avons toutes raisons de répondre : Il est probable qu'il en est tout différent. J'en veux cette scnic preuve (|u'il n'est pas sans relations avec une version exécutée cinquante ans après l'an nioo. Au reste, c'est une œuvre composite, par conséquent relativement jeune ,

^'^ i1/«:. : :-il liiivo:ail ol ail bul-^; ;|Ô7l> : ftil liuveiail-v

LE PSAUTIEU LOilRAlN. 279

cl nous n'avons aucune raison de supposer qu'aucun des originaux de ce texte messin ait lui-même été écrit dans le dialecte lorrain.

Serait-il possible d'aller au delà de ce résultat purement né~ «jatif? ^ous venons de dire que rien ne nous autorise à chercher en Lorraine les sources du Psautier lorrain. En effet, les textes dont il se rapproche le plus sont parfaitement connus quant à leurs origines, et ils n'ont rien de lorrain. Mais ce Psautier luimême, le Psautier que nous possédons, avec sa Préface et ses Cantiques, est-il nécessairement lorrain? Le manuscrit/r. gBya, dont l'autorité n'est pas inférieure à celle des autres, ne parle pas de la «langue lorraines, et pourtant ce manuscrit est messuî. Nous ne nous arrêterons pas à quelques mots qui rappellent singulièrement la Préface du Psautier lorrain et qui se trouvent dans une autre préface, en tête des k Evangiles des dimanches selon l'ordonnance du diocèse de Cambrai. r> Le manuscrit fr. 1 y 6 5 est du xiv" siècle: « . . . Je Taienrommancié au plus près du latin que je puis. Et en aucuns lieux, pour le fort latin et pour plus bel enromancier, je en ai pris la sentence au plus près que je puis , selonc le sens et le povoir que Diex m'a preste ... -n On jjourrait rappeler ici les mots qu'on a lus dans la Préface du Psautier lorrain : rt . . . au plus près dou latin qu'en puet bonnement, aucune fois de mot a mot, aucune foiz sentence pour sentence. » Mais cette phrase est tout ce que ces deux textes ont de commun , et il n'y a certainement là qu'une simple coïncidence. Ce qui est plus digne d'être considéré, c'est le rapprochement inattendu que nous avons pu établir entre le Psautier lorrain et le manuscrit de Saint-Victor [fr. 962). Bien plus grande encore est la ressemblance de notre Psautier et du manuscrityi'. 19-23/1. Ce manuscrit contient, comme celui qui vient d'être mentionné , le Psautier de Raoul de Presles ; mais le prologu sur le Chant des Psaumes, qui est en tête, s'y lit dans une traduction absolument identique à celle du Psautier lorrain, telle qu'elle se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale. La langue seule diffère, car le langage du manuscrit 19 tio^i est

le français. II en est absolument de même des Cantiques ([ui terminent le Psautier. Ce fait est assez grave pour tenir notre attention en éveil. En tous cas, l'étude des sources du Psautier lorrain n'est pas terminée, et il est dès à présent permis de dire que sans doute elle nous conduira ailleurs qu'en Lorraine. Il n'est donc pas probable que le Psautier lorrain du xiv^ siècle descende du Psautier des Vaudois de Metz.

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