‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 11 sur 84 · Mais par quel moyen les fidèles pourront · texte numérisé non relu

Mais par quel moyen les fidèles pourront

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pour ^S acquérir cette pleine certitude, et tenir

le discernement pQur arrfaé et COllclu QUC Us ÉcritUTCS SOnt

des Ecritures. ' L

venues du ciel? en d'autres termes, comment les fidèles pourront-ils s'assurer pleinement de l'inspiration des Écritures? C'est ce qu'il était important de savoir , et ce que Calvin va nous apprendre. Il confesse d'abord que , si nous n'avons ceste certitude plus haute et plus ferme que tout jugement humain, en

1 Calvin , Opusc. La vraie manière de réform. l'Église, édit. Genèv. 1611, col. 1210.

2 IMd.

3 Calvin, Instit. liv. i, chap. 7, n. 1 , pag. 26, Genèv, 1S66.

qu eue entraîne.

PAR LES PROTESTANTS. à

vain l'aïUhoritè de VEscriiurè sera approuvée par argumens l. Il est donc requis 3 poursuitil, que la persuasion soit prise plus haut que des raisons humaines : ...assavoir du tesmoignage secret du Sainct-Esprit 2 ; et il conclut en disant que c'est un poinct résolu, qu'il nij a que celui) que le Sainct-Esprit aura enseigné y qui se repose en V Escriture en droicte fermeté 3.

On sent l'abus étrange qu'on pouvait faire 3.

de ces principes. Aussi les Anabaptistes 4 s'en inévitables étaient déjà servis pour soutenir que tous les Écrits du nouveau Testament avaient été interpolés ou falsifiés 5 . Ils en vinrent même,

1 Calvin , Inst. liv. i, chap. 8, n. 1, pag. 31.

2 Ibid. chap. 7, n. 4, pag. 28.

3 Ibid. chap. 7 , n. S , pag. 29.

4 On les nommait ainsi, parce qu'ils rebaptisaient leurs adeptes. L'opprobre qui rejaillit sur le père de cette hérésie, fameuse dès son origine par toute sorte d'excès, a empêché Mosheim d'en reconnaître la généalogie. (Hist. Eccl. xvi sec. , n part., sect. 3 , c. 3. ) Mais il est notoire que IMuncer , Storck et quelques autres disciples de Luther furent les fondateurs de VAnubaplisme , et d'une centaine d'autres sectes qui sortirent de son sein. Voyez Moelher , La Symbolique, liv. ii, chap. 1, § SSetsuiv., tom. n , pag. 167 etsuiv., trad. de Lâchât, 1836.

o Just Menius , De l'esprit des Anabaptistes, p. 364 ,

toujours appuyés sur cette inspiration ou ce témoignage prétendu de F Esprit-Saint , jusqu'à ne faire aucun cas de l'Écriture i. Les Libertins 2 en firent bientôt autant , en dépit

apud Mœlher,Za Symbolique, chap. 1, § 59, lom. n, pag. 194, trad. de Lâchât, 1836.

1 IMd.

2 Issus du Calvinisme, où ils avaient puisé le principe de leurs erreurs, ils professaient un libertinage monstrueux d'opinion et de conduite, d'où leur vint le nom de Libertins. ( Voy. Hist. de l'Égl. Gallic. tom. xvui, in-4°, pag. 464 et suiv.) Calvin écrivit contre eux et contre les Anabaptistes : ses Opuscules nous font connaître les uns et les autres. On y trouve un portrait des Hérésiarques , d'autant plus curieux que l'auteur se peint lui-même tout entier, et une censure exacte et motivée de la nécessité prétendue de rompre avec l'Église, pour éviter les scandales. «Quant à ce » qu'on en void aucuns, dit Calvin, qui sont séduits » sous l'ombre de l'Evangile, et tirez en divers er- » reurs, sachons que jamais cela n'advient que par une « juste vengeance de Dieu. Premièrement, S.Augustin » dit bien vray, qu'ARROGAiNCE est mère de toutes » hérésies. Car jamais il n'y eut hérétique en chef, » que l'ambition n'ait transporté à tel mal. Nous savons » que Dieu est bon Docteur et fidèle à tous pelis , et » que Jésus Christ convie les humbles pour eslre ses » disciples. Par quoi ne se faut point esbahir si ceux qui » sont enflez d'orgueil, estans déboutez deceste escole, » sont démenez haut et bas par leurs folles spcculay> lions. Si nous considérons bien de près tous ceux qui

du chef de la Réforme; et quand il reprochait h ces esprits escervelez de pervertir tous les principes de religion, pour voltiger après leurs fontasics , sous ombre de révélations du

» de nostre temps se sont destournez de la vérité, pour » inventer des fausses doctrines, et faire sectes à part, » nous verrons clairement que tous ont esté séduits par » orgueil, et que telle phrenesie leur a fait forger des

» tormens pour eux et pour les autres ïceux (les

» anciens hérétiques) ont esté en une mesme fantasie » que sont à présent ces resveurs (les Anabaptistes), » de cercher une Eglise, en laquelle il n'y eut que » redire. Pourtant se sont séparez de toute la chres- » tienté, pour n'estre point souillez par les imperfec- » lions des autres. Mais qu'en est-il advenu ? Notre » Seigneur les a tous confondus, avec leur entreprise » tant présomptueuse. Que cela donc nous soit un ad- » vertissemcnl, que quand sous ombre de zèle de per- » feclion nous ne pouvons porter nulle imperfection , » tant au corps qu'aux membres de l'Eglise , que c'est » le diable qui nous enfle d'orgueil, et nous séduit par » hypocrisie, pour nous faire abandonner le troupeau » de Jésus Christ , sachant bien qu'il a tout gaigné, » quand il nous en a retirez. Car d'autant qu'il n'y a » ni remission des péchez, ni salut ailleurs, quand » nous aurions au reste une apparence de sainctetépZws » qu'angelique , si par une telle présomption nous ve- » nous à nous séparer d'une compagnie chrestienne , « nous sommes faits diables. » Calvin , Opusc. Contre les Anabaptistes , et Contre les Scandales, col. 680 et 1333, édit. de Genèv. 1611.

Sainct-Esprit i ; quand il écrivait : Je voudroye bien savoir d'eux qui est cest Esprit par V inspiration duquel ils sont si haut ravis qu'ils osent conlemner toute doctrine de l'Escriture 2 ; ceux-ci se contentaient de dire, qu'ils s'en tenaient à ce que l'Esprit leur inspiroit au fond du cœur. Le Réformateur avait beau répliquer que Satan se transfigurant en ange de lumière, l'Esprit Sainct navoit d'authorité envers nous, s'il n'est discerné par une marque très certaine 3 ; les Libertins répondaient k leur tour, qu'ils discernaient très-certainement l'Esprit-Saint au seul éclat de sa lumière ; et que d'ailleurs , en recourant a une autre marque, Calvin soumettait l'Esprit de Dieu à l'examen des hommes, c'est-à-dire, au jugement de l'Église; ce qui, de son aveu, est un blasphème indigne d'estre mentionné 4. Ainsi , on était convaincu de toute part de la nécessité d'une marque très-certaine pour le discernement des Écritures , laquelle manquait néanmoins aux uns et aux autres; d'où il était aisé de conclure que le seul moyen de terminer ce

1 Calvin, Inst. liv. i, chap. 9, in titul. pag. 39,

2 Ibid. n. 1 , pag. 39.

3 Ibid. liv. i , chap. 9, n. 2, pag. 40.

4 Ibid. liv. îv, chap. 10, n. 14, pag. 798,

différend était l'autorité de la Société chrétienne , autorité que tous les partis s'accordaient à rejeter avec indignation.

C'est k Luther , comme on le sait , que 4-

, , . . , ^ ,, Elle devient

Calvin avait emprunte son système au lemoi- le pvincjpe gnage de l'Esprit, ou , pour le dire nette- \Qed^et"slal ment, de la raison individuelle. Aussi ce sys- les sectes tème devint-il la maxime fondamentale, l'unique règle de foi de toutes les sectes protestantes. Or, voici ce que l'Esprit révéla à chacun des patriarches de la Réformation, touchant la divinité ou l'inspiration de la Bible.

Vers le commencement des querelles , et avant la rupture ouverte, Luther, suivant la coutume des saints Pères, se servait des livres

de l'Écriture.

Variations

de Luther

ur la divinité

de quelques

qu'il répudia bientôt après. Dans ses lettres, livres ses sermons, ses traités de morale et de controverse , il les citait , tantôt sous le titre d'Écriture sainte, tantôt en confirmation des dogmes de la foi, toujours de la même manière et avec la même autorité que les Écrits des Prophètes et des Apôtres '. Vivement pressé,

1 Luther , Consol. pro labor. , Prsef. f. 12 , 19. — ■ De Libert. Christ., f. 8. — Decl. de ir, ri, ru, rx et x Decalog. Prœcepl. , f. 20, 35, 42, 48, etc. Oper. tom. ii, edit. Witteberg. — Besol. de Lndulg., concl. xv et xvii, f. 112, 113, tom. i, etc.

8 LA BIBÏE MUTILÉE

dans la fameuse dispute de Leipsick , par Eckius son adversaire, il avait montré plutôt de l'embarras qu'un véritable doute sur l'inspiration du IIe livre des Machabées. Car, encore qu'il prétendît que ce livre, « n'étant point » dans le canon des Hébreux ' , n'avait aucune » force contre les opiniâtres , il ne laissa pas y> de l'admettre et de F approuver : il reconnut )> même la puissante autorité de cet Écrit à » l'égard des fidèles ; puisqu'il est évident , » clisait-il , qu'il appartient à l'ancien Testa- » ment , et que l'Eglise le reçoit 2. » 6. Le Réformateur français lui-même ne fut

deCaW Pas touJours ferme dans ses sentiments. D'asur bord l'autorité de l'Ecclésiastique lui sembla

ce même point.

1 Nous pèserons plus tard la valeur de celte objection, si souvent reproduite parles auteurs protestants.

2 Luther, Disput. Lips. die 8 Jul. 1519. Oper. tom. i, f. 288, 289 et 274, edit. Witteberg.

Un autre fait digne de remarque dans cette dispute, c'est que Carlostad, qui s'était présenté le premier, pressé d'admettre le libre arbitre sur l'autorité de l'Ecclésiastique, xv, 14-17, Dieu dès le commencement a laissé l'homme dans la main de son conseil, etc., ne songea pas même à contester la canonicilé de ce texte : il se contenta de le torturer pour éviter la honte d'une défaite. Voy. CocHUiE, de Act. et Scripl. Lulh. an. 1519, pag.l4.PAUUAViciM, Hist. Conc. Trid. lib. i, cap. 15, pag. 22, edit. Aug. Yindel. 1775.

douteuse; pourtant il ne la refuse pas, quoiqu'il pût le faire a bon droit l. La prophétie deBaruch lui inspirait un tel respect, qu'alors même qu'il se déchaîne si fort contre le décret de Trente, où ce livre se trouve nommément compris, il s'abstient de le désigner parmi les apocryphes qu'il accuse ce Concile d'avoir élevés au rang des Écrits inspirés 2. Il y a plus : dans l'ouvrage où il pose les fondements de sa Réforme , il avait approuvé pour 3 « très » sainctcment dit ce qui est escrit dans la pro- » plictie attribuée à Barucli; » il la citait a la suite de Jérémie et de quelques autres prophètes, et se bornait à remarquer que l'auteur est incertain 4.

Mais enfin le Témoignage de l'Esprit dis-

4 Calvin, Inst. lib. n , cap. 5 , n. 18 , pag. 110 , edit. Lugdun. Balav. 1654.

2 Calvin, Opusc. Les Actes du Concile de Trotte, avec le remède contre la poison; sur la Sess. iv, col. 1053, édit. de Genève. 1611.

3 Calvin , lnslit. liv. m , chap. 20, n. 8, pag. 376, édit. de Genèv. 1566.

4 II est à propos d'observer qu'on peut être trèsassuré de l'inspiration d'un écrit, sans savoir certainement qui en est l'auteur. Combien de livres, en effet, dont les auteurs sont encore incertains, dans le canon des Écritures admis par les Réformés!

Les

Réformateurs

sont divise's

sur l'inspiration <le. certains

livres.

Sentiment de Luther.

sipa les préjugés, et fixa les irrésolutions et les doutes!... Baritch, la Sagesse, l'Ecclésiastique 3 Tobie, Judith^ les Machabèes , et quelques fragments d'Estber et de Daniel ne parurent plus aux yeux de nos Réformateurs que des productions humaines et apocryphes ' ; et toutes ces Écritures , révérées dans la sainte antiquité et religieusement conservées jusqu'alors comme la parole de Dieu même 2, furent hardiment retranchées du catalogue des livres de l'ancien Testament.

Toutefois les chefs de la Réforme portèrent, sur quelques-uns des autres livres sacrés, des jugements contradictoires. Luther prononça, de ce ton absolu et décisif qui ne souffrait pas de réplique , que « le livre d'Esther, quoique » constamment reçu dans le canon des Hébreux, » était celui qui mériterait le plus d'en être » exclu 3. » Il s'explique avec autant ou plus

1 Le sens de ce mot n'est pas encore bien déterminé chez nos Réformés. Nous aurons occasion de signaler dans la suite leurs variations et leurs contradictions sur ce sujet.

2 C'est ce que nous montrerons dans la n.e partie chap. ii et suiv.

3 Luther, De Serv. arbil., tom. m, oper. pag. 182, edit. Ien. 1603.

de témérité et d'indécence sur plusieurs autres livres de l'Écriture. Il « traite celui de Job de fablier i. » Il ne voit dans VEcclésiaste « qu'un » cavalier sans bottes et sans éperons , n'ayant » rien que d'imparfait clans ses maximes , et y> chevauchant sur un long roseau , comme il » faisait lui-même quand il était dans le mo- » nastère. » Il ne se montre pas plus favorable à quelques Épîtres des Apôtres : il accuse l'Épître aux Hébreux de renfermer « des er- » reurs contraires aux autres Epîtres de saint » Paul , et il n'y reconnaît pas l'esprit de cet » Apôtre 2. Quant à celle de saint Jacques , » dont il avait reconnu Yautorité irrêfvagay> ble3 , plusieurs assurent, dit-il, et très-pro- » bablement, qu'elle n'est pas digne de l'Esprit » apostolique , bien qu'elle ait acquis une au-

1 St a.rk, Entret. philosoph., Iraduct. de Kcinlcngcr, Paris, 1821, pag. 165.

2 Pour ne pas multiplier inutilement les notes, nous nous sommes dispensé d'indiquer les ouvrages de Luther où se trouvent quelques-uns des passages les plus connus que nous rapportons ici. Voy. La Vérité catholiq. démonlr. tom. i, pag. 65 et suiv. Lelt. de Mgr. l'Arch&c. de Toulouse aux Prolest. pag. 26.

3 Luther, Acla , Àugust. apud Cajet. Oper. tom. i, f. 211, edit. Wilteberg.

» torité telle quelle *; » il ne craint pas mente de l'appeler « une Épitre de paille auprès des » autres, puisqu'on n'y voit aucune marque » du style évangélique 2. » Enfin , il hésite sur la divinité de l'Épître de saint Jude et de l'Apocalypse. Il se contenta néanmoins de consigner ces diverses opinions , soit dans ses ouvrages de controverse, soit dans sa préface générale de la Bible, ou dans les préfaces de sa version du nouveau Testament ; et ainsi , tous ces livres conservèrent provisoirement leur place dans la collection des livres canoniques.

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