‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 12 sur 84 · Calvin , au contraire , reconnut constam · texte numérisé non relu

Calvin , au contraire , reconnut constam

II est combattu . . , ,.'.,.

et censuré ment la canomcite de tous ces écrits indignement déprimés par le novateur allemand.

1 Luther, De Capliv. Babyl., tom. n, oper. f. 86, edit. Witt.

2 ©. 3'acobt €ptfid tjï ente vedjt ©trofyerne tëptftel qc= gcn bte onbern , tnbem fie bod) teine etoânaelifdjc art an \\)ï tjat. Luth. Oper. tom. xiv, edit. Walch. pag. 105.

L'auteur d'un article de la Revue des deux Mondes (tom. xxx, 4.e série, pag. 77) insinue malignement que le texte que nous venons de rapporter ne se trouve pas dans les ouvrages de Luther. Il aurait fallu ajouter pourquoi il manque en effet dans plusieurs éditions : c'est qu'on a trouvé bon de l'en retrancher pour l'honneur du Réformateur et de sa secte.

par

Calvin.

Ceux du nouveau Testament surtout se montrèrent a lui avec des caractères si évidents d'inspiration divine, qu'il déclare hautement que « bien que des auteurs modernes aient y> pensé que l'Épître de saint Jacques ne mé- » rite point l'autorité qu'on lui attribue, il ne » voit aucune raison de la rejeter, et qu'il la » reçoit volontiers et sans contradiction1. » Il émet la même opinion , et presque dans les mêmes termes , sur YÉpître aux Hébreux , et censure avec indignation le sentiment contraire , en disant 2 « qu'il ne doute pas que » ce ne soit par un artifice de Satan qu'on a » tenté d'enlever à cet écrit son autorité di- » vine 3. »

Quelque opposés que fussent entre eux les 9-

patriarches de la Réforme, sur la divinité des Réformateurs Écritures dont nous venons de parler, ils n'en s'accordent

1 a rejeter

furent pas moins unanimes pour exclure du plusieurs livres:

leurs motifs.

1 Calvin, Comment, in nov. Teslam.; Ârgum. in Episl. Jacob, pag. 80, edit. Amst. 1667.

2 Ibid. Argum. in Epist. ad Hebr. pag. 516, edit. Amst. 1667.

3 On saisit sans cloute l'allusion que fait ici Calvin à l'opinion de Luther sur ces deux Épîlres. C'est ainsi qu'il traitait le premier auteur de la Réforme, cet homme suscité de Dieu pour redresser son Eglise.

canon sacré Baruch , la Sagesse , l'Ecclésiastique et tous les autres écrits que nous avons indiqués. Le motif principal de cette étrange innovation était d'enlever aux Catholiques plusieurs des livres inspirés par lesquels ils défendaient, a l'exemple des anciens Pères, les dogmes que la Réforme avait attaqués comme autant d'erreurs introduites dans l'Église Romaine ; telles que la liberté de l'homme , la nécessité et le mérite des bonnes œuvres, Famissibilité de la justice, l'intercession et le culte des Anges et des Saints , la prière et le sacrifice pour les morts S et, par suite, le purgatoire, etc.

îo. Nos Réformateurs et leurs premiers disci-

ples ne crurent pas devoir retrancher de la pour Bible les livres et les fragments qu'ils avaient

ntroduire , , , ,

écartes du canon. Ce lut assez pour Luther de les déplacer et de les rejeter a la fin du volume , en les faisant précéder de cette note flétrissante, Apocryphes. Cependant cette qualification parut trop dure , et on songea bientôt a l'adoucir , dans l'intérêt de la Réforme. Il fallait ne pas trop choquer d'abord

lEccli. XV, 14, 17; XVI, 15; XXXI, 10, 11. — Sap. iv , 11 . — Tob. m , 25 ; xi , 12. — H. Mach. xn , 43 et seqq. ;xv, 14, etc., etc.

Artifices employés

cette innovation.

les lecteurs chrétiens, accoutumés jusqu'alors à trouver dans la Bible, sans aucune distinction, les livres qui la composent. On eut donc recours a l'adresse et a l'artifice. Quatre ans s'étaient à peine écoulés depuis que Luther avait publié sa version du nouveau Testament, lorsqu'on imprima à Anvers une édition latine de la Bible * , où se trouvent les prétendus apocryphes (mis à part, il est vrai, avec ce titre : Libri non canonici sive apocryphi). Mais , il faut l'observer , l'insidieux éditeur avertit que « l'Église les reçoit parmi ceux » de la Bible, comme étant des livres sacrés » et pleins d'une sainte érudition ; que si on » les a séparés du reste des Écrits bibliques, ce » n'est pas pour que le lecteur les prenne a défi goût et les rejette, mais afin qu'il puisse plus » facilement les distinguer des autres, et aussi » dans le but de rendre les volumes précédents » plus minces et par là plus commodes 2. »

1 Bibl. sacr. utr. Teslam. Antuerp. et Colon. 1526, à Thibald. pro Birchm. 3 vol. in-8°.

2 Ibid. tom. m, f. 1.

Le P. Lelong [Bibliolh. sacr. tom. i, cap. 4, sect. 3, pag. 255, edit. in-f°, Paris. 1723) place cette édition dans le catalogue des Bibles catholiques : c'est une méprise.

Dans la suite , les sectateurs de Calvin ne crurent pas devoir Liser de ces précautions pour l'édition française de la Bible imprimée à Neufchâtel en 1535, où on lit simplement, - en tête des livres qu'ils réprouvaient : Apocryphes i. Plus timides ou plus rusés, les pasteurs de Genève supprimèrent ce titre odieux dans la même version qu'ils publièrent à Lyon en 1557 : ils replacèrent même dans leur rang tous nos livres sacrés , et on les y voit tels qu'ils sont dans nos Bibles , sauf quelques légères notes qui précèdent les fragments dont nous avons parlé 2. On en revint plus tard à l'édition de 1535 : on rejeta a la suite des livres de l'ancien ou du nouveau Testament les prétendus apocryphes ; et c'est sur ces modèles qu'on avait imprimé jusqu'à nos jours les Bibles calvinistes.

il. Les Bibles luthériennes subirent un tout

Les autre sort. L'Épître de saint Jacques , si odieuse

Luthériens

retranchent a la secte , fut d'abord retranchée dans plu-

quelques livres de la Bible,

et les i La Bible , qui est toute la saincle Escrilure, en

y rétablissent. iaquene sont conienus \e v%ex\ Testament et le nouveau translatés en françois , le vieil de l'ébrieu , et le nouveau du grec. Neufchâtel , 1535. 1 vol. in-f°.

2 La sainte Bible. Lyon, Jean de Tornes, 1557. 1 vol. in-f°.

sieurs éditions, depuis 1535 jusques en 1589 l. Peu de temps après, et dès l'année 1598, quelques Ministres effacèrent en outre du canon des divines Écritures PÉpître aux Hébreux , celle de saint Jucle et l'Apocalypse ; d'autres les y rétablirent environ cent ans après, c'està-dire, en 1670 2. Enfin, nos Réformés nous déclarent que , « pour obéir aux commande- » ments clairs et formels du Seigneur, un » grand nombre de Chrétiens (de Protestants) » ont pensé qu'il fallait supprimer de leurs » Bibles les livres apocryphes 3, » « La So- » ciété biblique de Berlin a néanmoins désap- » prouvé formellement cette suppression : un » Ministre distingué de Strasbourg, Hafner 4,

1 Annali délie Scienze religiose, vol. xiv, pag. 375.

2 Scheffmacher , Lettres d'un Docteur catholique allemand, à un gentilhomme protestant , tom. h , in-4°, pag. 81.

3 Rép. au Mand. , pag. 146.

4 Le Ministre genevois, M. Moulinié, partage le sentiment de son collègue de Strasbourg, et l'appuie des plus solides raisons : «Il serait dangereux et injuste, dit-il, d'omettre les apocryphes dans l'édition des livres saints. Ce coup d'autorité fournirait des armes aux incrédules et aux juifs. Il serait attentatoire au droit des fidèles présents et à venir. Il agrandirait le mur de séparation entre YÈglise catholique et les autres

Décret

du Concile

de Trente

sur

les Ecritures

-canoniques.

» a même déduit ses motifs d'opposition dans » une lettre au président de la Société biblique » de Londres * : » et voila encore une nouvelle division dans les camps de la Réforme. Mais revenons»

Les nouveautés protestantes faisant tous les jours d'étonnants progrès, le Concile de Trente fut assemblé, et c'est dans sa iv.e session, tenue Fan 1546, qu'il publia son décret sur les divines Écritures. Cet acte solennel étant l'objet principal de la controverse présente, et devant fixer le véritable état de la question , il est nécessaire d'en donner ici un extrait :

« Le saint Concile général et œcuménique » de Trente ne perdant jamais de vue le des- » sein qu'il se propose, d'extirper les erreurs; » afin de conserver en l'Église de Dieu , dans » toute sa pureté , l'Évangile autrefois promis » par les Prophètes dans les saintes Écritures ; » promulgué d'abord par le Fils de Dieu Notre-

sociélés chrétiennes. Et ce serait prendre sur soi une terrible responsabilité devant Dieu, en se déclarant juge infaillible des controverses, » Notice sur les livres apocryphes de l'ancien Testament, en réponse à la question : Faut-il les supprimer? Genève, in-8°, 1828, apud Grégoire, Hist. des Secl.relig., tom. iv, pag. 441. 1 Grégoire, Hist. des Secl. relig., tom. iv,pag. 440.

* Seigneur Jésus-Christ , de sa propre bou- » che , et ensuite prêché en son nom a toute » créature par ses Apôtres , comme la source » de toute vérité salutaire et de toutes les rè- » gles de mœurs : considérant que cette vérité » et ces règles de mœurs sont contenues dans » les livres écrits.... ; pour suivre l'exemple des » Pères orthodoxes, reçoit et vénère avec les » mêmes sentiments de piété et avec le même » respect tous les livres, tant de l'ancien que » du nouveau Testament , le même Dieu étant

» l'auteur de l'un et de l'autre Et afin qu'il

» ne puisse s'élever aucun doute sur les Livres » sacrés que le Concile reçoit, il a jugé à pro- » pos d'en insérer dans ce décret le catalogue » suivant : De l'ancien Testament , les cinq » livres de Moïse, savoir, la Genèse, l'Exode, » le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome; » Josué, les Juges, Ruth, quatre livres des » Rois, deux des Paralipomènes, le premier » d'Esdras, et le second appelé Nehémie; To- » bie , Judith , Esther , Job , le Psautier de » David de cent cinquante Psaumes, les Pa- » raboles, l'Ecclésiaste, le Cantique des can- » tiques, la Sagesse , l'Ecclésiastique , Isaïe, » Jérémie avec Baruch , Ézéchiel, Daniel; les » douze petits Prophètes, c'est-à-dire, Osée,

» Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, » Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Ma- » Iachie ; deux des Machabées , le premier et » le second ; quatre Évangiles du nouveau Tes- » tament, etc. » Et, après avoir fait le dénombrement des autres livres , le Concile ajoute : « Si quelqu'un ne reçoit pas comme sacrés et » canoniques tous ces livres , en leur entier et » avec toutes leurs parties , tels qu'on a cou- » tume de les lire dans l'Église , et qu'ils se » trouvent dans l'ancienne édition vulgate la- » tine... ; qu'il soit anatbème *. »

1 «Sacrosancta œcumenica et generalis Tridenlina » Synodus ,... hoc sibi perpétué ante oculos proponens, » ut., sublalis erroribus, puritas ipsa Evangelii in Ec- » clesia conservetur ; quod promissum antè per Prophe- » tas in Scripturis sanctis Dominus noster Christus Dei » Filius- proprio ore primùm promulgavit, deindè per » suos Aposlolos , tanquam fontem omnis salutaris » veritalis et morura disciplina? , omni creaturse prse- » dicari jussit ; perspiciensque hanc veritatem et disci-

» piinam conlineri in libris scriptis : orlhodoxorum

» Patrum exempla secula , omnes libros tàm veteris » quàm novi Testamenli , cùm utriusque unus Deus sit » auctor,... pari pietatis affectu ac reverenliâ suscipit » ac veneratur. Sacrorum vero librorum indicem huic i> decreto adscribendum censuit, ne cui dubitatio su- » boriri possit, quinam sint qui ab ipsa Synode- susci- » pianlur. Sunt verô infrà scripti Testamenti veteris

sur ce décret.

On voit, par la teneur de ce décret, que le m Concile de Trente établit deux vérités directement opposées à autant d'erreurs des prétendus Réformateurs : 1° Ils excluaient du canon des Écritures sept livres entiers, savoir, Baruch , la Sagesse , l'Ecclésiastique , Tobie , Judith , les deux livres des Machabées ; et le Concile définit qu'i'/ reçoit et vénère tous ces livrées avec le même sentiment de piété et avec le même respect. 2° Ils admettaient comme divins et canoniques les autres livres sacrés ,

» quinquelibri Mosis, id est, Genesis, Exodus, Le- » viticus , Numeri , Deuteronomium ; Josue , Judicum , » Rulh, quatuor Regum, duo Paralipomenon , Esdrse » primus , et secundus , qui dicitur Nehemias ; Tobias, » Judith, Esther, Job , Psalterium Davidicum centum » quinquaginta Psalmorum , Parabolse , Ecclesiastes , » Canticum canticorum, Sapienlia, Ecclesiaslicus , » Isaias, Jeremias, cum Baruch, Ezechiel , Daniel ; » duodecim Prophetse minores, scilicet , Osée, Joël , » Amos, Abdias, Jonas, Micbaeas, Nahura, Habacuc, » Sophonias , Aggaîus , Zacharias , Malacbias , duo » Machabœorum, primus et secundus : Teslamenti novi, » quatuor Evangelia , etc.

» Si quis aulem libros ipsos integros cum omnibus suis » partibus, prout in Ecclesia catholica legi consueve- » runt, et in veteri vulgata latina editione habentur, » pro sacris et canonicis non susceperit.,. ; anathema » sit. » Conc. Trident, sess. iv, Labb., tom. xiv, col. 742 et 743.

mais ils retranchaient quelques parties de plusieurs d'entre eux , savoir : les sept derniers chapitres d'Esther , à l'exception des trois premiers versets du chapitre x; soixante-sept versets continus du chapitre ni de Daniel, depuis le verset 24 inclusivement, comprenant la Prière d'Àzarias et l'Hymne des trois jeunes Hébreux dans la fournaise; enfin, les deux derniers chapitres du même Prophète , où sont rapportées l'histoire de Susanne, celles de l'Idole de Bel et du Dragon ; et le Concile frappe d'anathème « quiconque ne reçoit » pas comme sacrés et canoniques, en leur » entier et avec toutes leurs parties, tous les » livres dont il donne le catalogue, tels qu'on » a coutume de les lire dans l'Église, et qu'ils » se trouvent dans l'ancienne édition vulgate » latine. »

u- Jusqu'au Concile de Trente, les Protestants

doppose n'avaient fait aucune mention, dans leurs es confessions confessions (]e f0i (ju canon des saintes Écri-

de foi.

tures ; ils s'étaient contentés d'indiquer quelques règles pour les discerner. Les confessions d'Augsbourg , et de Strasbourg ou des quatre villes, en 1530, les deux confessions helvétiques de 1532 et 1536, celle de Bohême, en 1535, gardent un profond silence sur l'auto-

rite de chacun des livres contestés par les premiers Réformateurs. Mais l'esprit d'opposition au décret du Concile poussa la Réforme à s'expliquer formellement dans les confessions postérieures. On est frappé, en les lisant, de leur accord sur les écrits dont elles reconnaissent la canonicité l , et à la fois de leurs variations sur le motif qui détermine à la reconnaître. La confession de Wurtemberg , de 1552, et les trente-neuf articles de l'Église anglicane, de 1562 , « entendent par Écriture » sainte les livres canoniques de l'ancien et » du nouveau Testament, dont V autorité n'a » jamais été mise en doute dans l'Église 2. » La première confession écossaise, en 1568, s'exprime dans le même sens, en déclarant que « les livres des deux Testaments où est » renfermée la parole de Dieu , sont ceux » que les anciens ont admis comme canoni- » ques 3. »

1 Ce sont toujours les mêmes que les Réformateurs avaient unanimement reçus dans leur canon.

2 Synlag. Confess., part. H, de Sacr. Script., p. 130; et part. î, n. 6, pag. 100, edit. Genev. 1654.

3 Synlag. Confess., part. ï, n. 18, pag. 119.

On retrouve la même règle dans la confession de Bohême. Synlag., n part., pag. 177.

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