‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 20 sur 84 · D'ailleurs, comment cette évidence, aussi · texte numérisé non relu

D'ailleurs, comment cette évidence, aussi

éclatante que le soleil ', a-t-elle frappé d'une

contradiction

où ellcjette

les premiers

Réformateurs.

façon tout opposée les premiers Réformateurs? Comment , pour nous borner à un seul exemple, Luther n'a-t-il vu, dans l'Épître de saint Jacques , qu'une Épitre de paille * , tandis qu'elle s'est montrée à Calvin avec tous les caractères de l'inspiration céleste? Vous supposez, il est vrai, que cette évidence de l'Écriture ne se fait sentir qu'à ceux que la divine parole éclaire et vivifie, et dont le Saint- Esprit a ouvert les yeux pour la comprendre.

1 Nous lisons dans une Thèse critique sur l'Èpitre de S. Jacques , publiquement soutenue à la Faculté de Théologie protestante de Montauban , le 21 décembre 1829 , que le soutenant, fidèle aux principes de sa secte, rejette le sentiment de Luther sur l'autorité de celte épître : « Cette opposition, dit-il, après avoir rapporté » le texte de ce novateur, produit en nous bien plus » d'élonnement que de conviction , car elle repose prcs- » que entièrement sur le préjugé. » (Montauban, imprimerie de Philip. Crosilhes , 1829 , pag. 18. )

Voilà donc des préjugés, et des préjugés sur la divinité des Écritures canoniques, dans le premier Réformateur du christianisme, dans un écrivain qu'on nous dit animé du même Esprit que les Èvangélisles, comme on va le voir. Nous nous dispensons de tirer les conséquences d'un tel aveu : elles se présentent d'ellesmêmes à l'esprit du lecteur judicieux.

Il n'était donc pas éclairé et vivifié par la -parole de Dieu, ce nouvel Ecclésiaste , suscité de Dieu pour purger son Eglise des doctrines de V Antéchrist, et des superstitions de la nouvelle Babylone? V Esprit-Saint n'avait donc pas ouvert les yeux à ce premier Apôtre de la Réforme, que vous ne craignez pas d'associer, d'égaler même à nos Évangélistes et au prince des Apôtres l ? Disciples de Calvin, répondez : Ou il vous faut condamner votre Maître, puisqu'il contredit, dans un point si essentiel de la Religion, cet homme animé de l'Esprit de Dieu; ou bien, si vous persistez à les proclamer l'un et l'autre les organes de ce même Esprit, mettez le comble au blasphème , et dites que l'Esprit de Dieu inspire le oui et le non, le pour et le contre, la vérité et le mensonge.

Les Ministres diront-ils encore que c'est par 37.

Y évidence cpi'ils savent que la Bible est la J^!,w,ÏÏe bonne et pure parole de Dieu? Mais quelle

négation

digue opposeront-ils donc au rationalisme, ce absolue torrent dévastateur qui entraîne et engloutit ^JcrJ^ dans ses abîmes tous nos livres sacrés ? Répon-

1 «L'Esprit qui animait S. Luc, S. Matthieu, S. Marc, » S. Jean, S. Pierre,.... Luther, Calvin , et tous ces » fidèles témoins, etc.» Rép. auMand., pag. 127.

dront-ils au rationaliste, que cette évidence , qui lui montre seulement, dans toute l'Écriture, les productions de l'esprit humain, n'est qu'une chimère? Celui-ci prétendra, à son tour, et avec autant de raison, que si l'illusion est à craindre, c'est à la Réforme de s'en garantir, et que pour lui l'évidence qui l'éclairé est aussi éclatante que le soleil de la nature. Que pourront alléguer nos imprudents Ministres , pour fermer la bouche à ce raisonneur téméraire? L'autorité? ils la rejettent. L'évidence? chacun prétend l'avoir pour soi. Voilà donc l'Écriture, la seule règle de la foi selon nos Réformés , livrée au caprice du lecteur, mutilée, mise en lambeaux par quiconque osera proclamer, au nom de l'évidence, que la Bible, ou presque toute la Bible, n'est plus qu'un ramas de pensées frivoles , d'assertions impies ou mensongères, d'histoires inventées h plaisir, de pratiques honteuses, cruelles et abominables.

38' , Et qu'on ne se récrie point contre une sup-

Exemple l l

remarquable position c}ui pourrait paraître imaginaire , si

suje . noug ne ja trouvions réalisée dans un écrit

récent, que nous avons sous les yeux. On y

verra à quel excès d'égarement l'auteur a été

poussé par les maximes de la Réforme. « Je

» pose en principe, dit-il, que pour qu'un livre » soit connu comme inspiré , il faut qu'il ait » l'ordre et le sceau de Dieu pour pouvoir » subsister au grand jour de la vérité ; ce qui » ne s'est jamais vu ni pour le recueil de Van- » cien Testament , ni pour celui du nouveau , s parce que ni l'un ni Vautre ne sont la parole » de Bien , et même ne pourraient l'être , » parce que nécessairement elle se serait cor- » rompue , à travers les siècles , sur cette terre » de mensonges et de misères; mais seulement » dans ces livres se trouvent ça et la des paroles x» de Dieu , comme retrouvées dans les ruines » des siècles '. »

Est-on curieux de savoir comment cet auteur 39-

, . . , Nouvelle règle

est parvenu a découvrir ça et là la vraie parole (\c

de Dieu, et à la démêler d'avec les erreurs ou discernement:

/ amour

faillibilitès humaines ? Il va nous l'appren- de la vérité. lire, en disant que «ces faillibilitès il lésa » trouvées dans la Bible , renaissantes sous » mille faces ; et que cela lui a sulli, et suffira » à celui qui a reçu dans son cœur cette mar- » que caractéristique des enfants de Dieu , » l'amour de la vérité 2. » Voilà donc Y amour

1 Balhauser , Critique historique de la Bible, part, n , chap. 3 , pag. 40, Suisse, 1838 , in-8°.

2 Ibid.

58 LA BIBLE MCTILÉE

de la vérité substitué à Vévidence, ou, si l'on veut, a la lumière, au rayon, au goût intérieur des anciens et des nouveaux Ministres. C'est toujours , en un mot , le moi humain , la raison de Pindividu , ou plutôt ce sont ses préjugés , ses caprices , de quelque beau nom qu'on les décore , qui , selon la Réforme , sont le vrai , l'unique critérium de la divinité des Ecritures.

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