‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 28 sur 84 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Tradition de l'Église sur le livre de Bariich.

Ce livre , d'après la remarque de saint Jérôme , se trouvait joint communément a l'édition des Septante l. Il se compose de deux écrits. Le premier comprend ce qu'on nomme proprement le livre de Baruch , et sa lettre adressée, au nom des Juifs captifs à Babylone, a ceux qui étaient restés à Jérusalem : c'est la partie la plus considérable du livre que les saints Docteurs appellent Baruch, et quelquefois la Lettre de Baruch ~. Le second écrit est

1 « Libellum autem Baruch , qui vvlgà editioni » Sepluaginla copulalur, » etc. S. Hieron, Prolog. Commmt. in Jcrem., tom. m, col. 525-26.

2 S. Epiph. advers. Hœres. , lib. i , pag. 18 et 19 , edit. Paris. 1022.

Comment

la Lettre de Jérémie i , ou, selon l'expression de quelques anciens Pères , la Lettre 2 écrite par ce Prophète aux Juifs qu'on allait emmener en captivité : elle est le sujet du vie et dernier chapitre.

Les auteurs ecclésiastiques ont cité Baruch, tantôt comme Écriture , Écriture divine ou \\ est cité parles

,A . . ii- • •- Â ~., anciens Pères.

sacrée , tantôt avec le titre délivre inspire ou prophétique. D'autres fois ils le désignent sous le nom de Jérémie , parce qu'il ne formait qu'un même volume avec le livre de ce Prophète , dont il est la suite et le complément. Souvent ils le citent avec le nom propre de Baruch , de Baruch chez Jérémie , ou de Baruch plus célèbre sous le nom de Jérémie ; enfin, sous l'une et l'autre dénomination, ainsi qu'on le verra tout a l'heure 3.

Saint Irénée , Évêque de Lyon et martyr 4 , Tradition

du 11e et me siècle,

1 TERTULL. Scorpiac. , Cap. 8 , pag. 493 , edit. surl'inspiration

Rigalt. 1664. — S. Epiphan. , ubî suprà. de ce livre-

2 Origen. apud Euseb. Csesar. Hislor. , lib. vi, cap. 24, pag. 225, edit. Yales. — S. Hilar. Piclav. Prolog, in Psalm., col. 10, tom. 1 , edit. Yeron.

3 Voyez les citations latines des Pères, au bas des pages.

4 On sait que S. Irénée fut le successeur immédiat de S. Polhin , martyr lui-même et disciple de S. Poly-

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flans son ouvrage contre ks Hérésies 3 rapporte , sous le nom de Jérêmie , une partie du chapitre ive et tout le chapitre ve de Baruch K Les voici , en substance , tels qu'on les lit dans notre Vulgate : « Porte tes regards vers PO rient , » ô Jérusalem, et considère la joie qui te vient » de ton Dieu. Vois de l'Orient à l'Occident tes » enfants rassemblés à sa voix , revenir à tor » de tous les lieux oh ils étaient dispersés , en » chantant les louanges de leur libérateur. » Quitte tes habits de deuil ; montre-toi parée » de l'éclat de cette gloire éternelle qui t'est » envoyée des cieux. Revêts cette robe pré- » cieuse de sainteté et de justice, et orne ta » tête de ce diadème éclatant que tu reçois du » Seigneur. Il veut que tout l'univers soit té- » moin des honneurs dont il se plaît à te com- » bler ; car on t'appellera à jamais le séjour » de la justice et de la paix, de la piété et de » la gloire. Lève-toi donc , ô Jérusalem , et » considère d'un lieu élevé tes enfants rassem- » blés de l'Orient à l'Occident, à la parole » du Dieu saint , et faisant éclater la joie que

carpe, évèque de Smyrne, disciple de S. Jean l'Évangéliste. Voy. Euseb. Hisl. , lib. v, cap. S et 20.

1 S. Irem. conlr. Hœres., lib. 5, cap. 35, n. 1 , pag. 33&.

» leur inspire le souvenir de ses bienfaits. Lors- » que, quittant tes murs, ils furent conduits » en captivité , ils firent a pied , comme de » vils esclaves, cette route pénible ; mais quand » ils reviendront , sous la conduite du Sei- » gneur, ils seront portés avec honneur comme » les enfants des rois. Le Dieu tout-puissant a » résolu, pour la gloire de son nom, d'aplanir » les plus hautes montagnes , d'arracher les » rochers éternels, de combler les vallées, afin » qu'aucun obstacle ne retarde leur marche. À » sa voix s'élèveront sur leur passage des fo- 3» rets d'arbres odoriférants, qui leur fourni- » ront un ombrage délicieux. Il fera briller à y> leurs yeux la clarté de sa lumière pour guider » leurs pas ; il ne cessera , pendant toute la » route, de les remplir d'une douce joie, et » de leur prodiguer les marques de sa ten- » dresse *. »

1 Nous ne pouvons nous empêcher de faire ici une réflexion qui s'applique également aux autres endroits des livres saints dont nous donnerons la traduction. On a eu raison de dire que l'hérésie est autant l'ennemie des arts que de la saine doctrine. Quel dommage , en effet, pour la littérature sacrée de la Réforme, d'avoir sacrifié au fanatisme un morceau de poésie dont le style sublime porte avec lui le sceau de l'inspiration î N'estce pas là; entre mille autres , un trait bien marqué de

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Clément d'Alexandrie * , le plus érudit des écrivains qui ont transmis a la postérité les traditions des Apôtres*, allègue, comme de Jérémie , ou sous le titre d'Écriture divine } plusieurs passages de Baruch 3. Disciple de Clément, Origène, dans ses Commentaires sur Jérémie 4, cite également quelques-uns de ces mêmes passages, en y joignant les versets intermédiaires, omis par son maître.

Tertullien 5, exhortant les Chrétiens au martyre, leur propose l'exemple des saints personnages de la loi ancienne : « Ils se souvenaient , » dit-il , de ce que le prophète Jérémie écrivait

ce vandalisme impie, si justement reproché aux novateurs du xvie siècle?

1 Disciple du célèbre Pantène, il fut le maître d'Origène. Euseb. Bist., lib. y, cap. 11; et lib. vi , cap. 6.

2 S. Hieron. Epist. ad Magn. 83, tom. iv, part, n, col. 656. — Clément. Alex. Slrom. , lib. i , pag. 274 , edit. Sylburg. col. 1688.

3 Clément. Alex. Pcedag., lib. i, cap. 10, pag. 152; et lib. ii , cap. 3 , pag. 189 , edit. Oxon. 1715.

4 «Scriplum est : Audi, Israël, quid est quôd in » terra inimicorum es ? compulalus es cum descen- » dentibus in infernum, » etc. (Bar. m, 9-12.) Origen. Homil. 7 in Jeremiam, n. 3 , tom. ni , pag. 169.

5 Tertull. Scorpiac. , cap. 8 , pag. 493 , edit. Rigalt. 1664. Voyez la note de l'éditeur.

» à leurs pères : Quand vous serez arrivés a » Babylone , vous y verrez des dieux d'or et » d'argent , etc. Mais lorsque vous verrez la » troupe des Chaldéens se prosterner de tous » côtés pour les adorer , dites au fond de vos » cœurs : O Dieu de Jacob , vous seul méritez » les adorations des mortels. » (Bar. vi, 3 et 5.) Gardien fidèle de la tradition de son Église , saint Cyprien se sert de ce texte divin , en expliquant à son peuple V Oraison dominicale1. Ce saint, Évêque de Carthage et martyr, dans son Traité des Témoignages contre les Juifs* , met au nombre des prophéties de l'an-

1 S. Cyprian. de Oralion. dominic, pag. 141, edit. Oxon. 1682.

2 Nous aurons occasion de citer souvent cet ouvrage de S. Cyprien, qui n'est, à proprement parler, qu'un recueil de textes ou témoignages de l'Écriture. C'est un des monuments les plus anciens et les plus authentiques de l'Église d'Afrique, dont l'autorité irréfragable jette la Réforme dans d'étranges embarras. Nous y trouvons tous les livres prétendus apocryphes, un seul excepté , cités par le saint Docteur presque à chaque page. Il avertit expressément , en trois ou quatre endroits des préfaces de cet écrit célèbre , que les témoignages qu'il y a recueillis sont des Leçons divines, des Préceptes du Seigneur , des Enseignements divins, des documents propres à former la Foi; qu'il les a extraits des saintes Ecritures, des Livres prophétiques. (Teslim. ad Qui-

cien Testament ce fragment de Baruch , que tous les Pères répéteront dans les siècles suivants : « C'est la notre Dieu > et on ne re- » connaîtra pas d'autre Dieu que lui. C'est lui » qui a trouvé toutes les voies de la science , » qui l'a donnée à Jacob son fils , et à Israël » son bien-aimé. Ensuite il a été vu sur lu y> terre } et il a conversé avec les hommes 1. t> (Bar. m, 36 et suiv. )

Témoignage Nous trouvons cette prophétie transcrite, en remarquable son entier, au livre ve de la Démonstration

d'Eusèbc

de césaree. evangélique d'Eusèbe. Ce savant Evêque , que saint Jérôme appelle un écrivain consommé dans la science des Écritures et l'investigateur infatigable de l'antiquité 2 , se propose

rin. Prœfat., pag. 17, 18 et 52, et alibi passim , edit. Oxon. 1682.) Enfin, il exhorte Quirinus, auquel il adresse son Traité, à approfondir les Ecritures anciennes et nouvelles , « et à boire plus abondamment » à ces sources divines, où il a puisé lui-même les eaux » salutaires dont il lui envoie quelques gouttes. » {Ibid.)

Nous observerons , en outre, que saint Cyprien a écrit cet ouvrage contre les Juifs, comme l'indique le titre même des deux premiers livres.

1 S. Cyprian. Teslim. ad Quirin., lib. h, cap. 6, pag. 35, edit. Oxon. 1682.

2 S. Hieron. Catalog. Scriplorumeccles., cap. 81 , tom. iv , part, h , pag. 122.

d'établir, contre les Jitifs et les Gentils , l'incarnation du Verbe, par l'autorité des livres sacrés des Hébreux '. Dans ce dessein , il rapporte fort au long les oracles de l'ancien Testament , et entre autres celui de Baruch, sous le propre nom de ce Prophète : « Qui s'est » élevé au-dessus des nues? Qui a pénétré jus- 3» que dans les cieux, pour en faire descendre » la sagesse '? Qui a traversé les mers pour la » chercher ? Qui l'a trouvée et l'a préférée à » l'or le plus pur ? Non, il n'est personne qui » puisse connaître ses voies, et qui se mette » en peine d'en rechercher les sentiers. Elle » n'est connue que de celui qui sait tout , et » sa prudence seule a pu la trouver. C'est lui » qui a placé la terre sur une base inébran- » lable , qui l'a peuplée d'animaux de toute » espèce; lui qui envoie la lumière, et elle »part; qui la rappelle, et elle revient en » tremblant; lui qui assigna à toutes les étoiles

1 « At enim postquàm haclenùs ex totis xxx pro- » phelicis capitibus, Deum salvatorem, ac Dominum » nostrum, Dei .Verbum didicimus,... deinceps Iran- » seamus, et hune ipsum ad homines venlurum fuisse, » ex iisdem sacris Hebrœorum libris comprobemus. » Elseb. Caesar. Demonslr. Evangel. , lib. v , cap. 30 , in fine, pag. 235 , edit. Paris. 1628.

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» leur poste dans les cieux. À son commande- » ment , elles ont répandu leur lumière avec » joie : il les a appelées, et elles ont répondu , » Nous voici ; et elles ont pris plaisir à briller » aux yeux de leur Créateur. C'est la notre » Dieu, et l'on ne reconnaîtra pas d'autre Dieu » que lui. C'est lui qui a trouvé toutes les voies » de la science , qui l'a donnée a Jacob son » fils, et a Israël son bien-aimé. EUfcuite il a

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