‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 40 sur 84 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

Tradition de l'Église sur l'inspiration du livre de Judith.

âî. Ce livre contient l'histoire de l'illustre hé-

it'torique rome aont le dévouement et le courage sauvède ce livre, rent Béthulie et toute la Judée des mains des

reconnue . . r • ,

î>ar les Juifs: Assyriens. L autorité de cet Ecrit ne saurait

•quel idiorm

être contestée, puisqu'elle est reconnue par u a et* écrit, les Juifs, qui, selon saint Jérôme, le comptaient au nombre de leurs livres historiques , et le conservaient en langue chaldèenne '. Le

il ajoute : « Ainsi, de V Orient à l'Occident, depuis » la Palestine, où saint Jérôme a tenu le texte chal- » daïque, jusqu'à Rome et dans les Gaules, et depuis » Alexandrie jusqu'à Carlhage et Hippone, le livre de » Tobie a été reconnu et employé, en matière de doctrine » et de morale, conjointement avec les livres de Van- » cien Testament et avec ceux du nouveau, et cela » -pendant les premiers siècles du christianisme. » Que manque-t-il à cet aveu pour qu'on doive en inférer l'inspiration de ce livre? Mais cette conclusion, tout évidente qu'elle est, effraie le timide Ministre ; et voici celle «qu'il ose à peine tirer : « Il nous semble que cela n'est » pas bien loin de la pleine canonicité, et suffit pour nous » autoriser à conclure à la conservation de ce livre » parmi les apocryphes. » ( Notice sur les livres apocryphes, etc. , pag. 38 et 39.) Quelle logique !

t « Apud Hebrœos liber Judith..... Chaldœo $er-

saint Docteur l'a traduit en latin * : c'est sa traduction que nous lisons dans notre Vulgate.

L'antiquité tout entière dépose en faveur du *2livre de Judith. Saint Clément de Rome, con- de l'Antiquité temporain des Apôtres, préconise l'intrépidité à [^h^uon et l'amour de la patrie qui caractérisent cette âe Judith. femme extraordinaire : il associe son nom à celui de l'humble et magnanime Esther, comme pour témoigner que c'est aux livres sacrés qu'il emprunte ces beaux exemples 2. Tertullien fait l'éloge de la chasteté de la fille de Mérari f d'Isaac et des autres Saints distingués dans l'Écriture par cette admirable vertu 3. Saint Hippoîyte compte Judith parmi les femmes inspirées de V ancien et du nouveau Testament , telles que Marie sœur de Moïse, Débora,01da, Elisabeth et les filles du diacre saint Philippe 4.

» mone conscriptus , inter historias computatur. » S. Hierojs. Prœf. in Judith, tora. i, col. 1169 et

1 Ibid.

2 S. Clément. Rom. Epist. i ad Corinlh., cap. 85. [Pair, apostolic. tom. i, pag. 178, edit. Cleric. , Amstelod. 1724.)

3 Tertull. de Monogamia , cap. 17 , pag. 335 , edit. Rigalt. , Lut. Paris. 1664.

4 « Sed et mulieres prophetaverunt; olim quidera » Maria, Moysi et Aaronis soror ; post eam verô Debora ;

Cette

Clément d'Alexandrie redit les paroles de saint Clément de Rome , pour exalter la foi de Judith, d'Esther et de Susanne1.

Origène, disciple de Clément, s'explique inspiration avec plus de force. On a déjà montré que ce par les Pères Docteur joint le livre de Judith à celui d'Esgrecs et latins, ther et de Tobie 2. Constant dans son témoignage, il en rapporte ailleurs des passages, de la même manière que des autres écrivains inspirés3. Il prouve l'efficacité de la prière par la victoire de Judith ; et il met cet exemple au nombre de ceux qu'il a choisis dans les saintes Lettres*, et qu'il a tirés de V Écriture 5.

» poslque illas Holda et Judilha,.... et Elisabeth,.... » et Anna; et nostrâ setate filise Philippi. » S. Hippolvt. de Charismat. Tradit. Âpostol., vol. i, pag. 248, edil. Hamburg. 1716.

1 Clément. Alexand. Slromat. , lib. iv, cap. 19, pag. 619, edit. Oxon. 1715.

2 Voyez suprà, pag. 157-58.

3 Op.igen. de Ovation., n. 25, tom. i, pag. 257.

4 « Quid est autem necesse eos recensere qui, quôd » ut oportet orarent, maxima à Deo bénéficia conse- » cuti sunt? cùm facile cuique sit plura sibi ex Scrip-

» turis eligere. Anna enira Samuelis illius, etc

» Ezechias autem, etc. Judith sanctis oblatis precibus » Holopbernem, Deo juvante, superavit.... Jonas cùm » è ventre ceti , » etc. Origen. de Oratione, n. 13, tom. i , pag. 216 et 217.

5 « Volo afferre de Scriplura exemplum jusli pac-

Saint Hilaire de Poitiers n'est pas moins précis qu'Origène. Dans ses Commentaires sur les Psaumes , il divise la Bible en quatre parties , la Loi , les Prophètes , l'Évangile , et les Écrits des Apôtres ; il cite aussitôt un texte de Judith comme extrait de la Loi , et l'assimile aux autres livres sacrés l. Saint Chrysostome , voulant prouver l'influence des femmes sur les mœurs de la famille et sur la destinée des États , allègue les exemples de l'épouse de Nabal , de Débora et de Judith2. Saint Ambroise

» tum frangentis, ut ostendam quo pactoille prsevari- » cationem invocârit. Cum Holopherne pacta fuerat » Judith, etc.... quid agendum erat Judilhœ? V&clane » servanda an frangenda ? certè frangenda. » Origen. Homil. xix in Jerem., n. 7, tom. m, pag. 271.

1 « Discentes haec omnia à Lege et Prophetis , » Evangcliis et Apostolis ; et canlantes ex Lege : Do- » minus conterens bella , Dominus nomen est illi » (Judith xvi, 3); cognoscentes à Prophela : Ego » sum qui feci cœlum cl lerram; reddentes ab Evan- » gelio : In principio erat Yerbum, etc.; pronun- » tianles ab Apostolo : Qui est imago Dei invisibi- » lis, « etc. S. Hilar. Pictav. Tract, in Psalm. cxxv, n. 6, tom. ï, col. 460, edit. Veron. 1730.

2 « Ut enim ad virtutem uxor, sic ad nequitiara in- » ducendam multam vim habet. Millier Absalonem , » mulier Amnonem perdidit; mulier Jobum perdere ^ conata est ; uxor Nabalera à cœde eripuit; mulier

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et la propose aux veuves chrétiennes comme un parfait modèle que leur fournit l'histoire des Hébreux*. Il ajoute qu'elle a été la figure de l'Église par son triomphe sur les ennemis du peuple de Dieu ; il mêle son nom à celui des prophétesses Olda, Débora2, etc. ; il assure que l'Église lit le livre de Judith 3 , et qu'on lisait , de son temps , que le Concile de Nicèe l 'avait compté parmi les saintes Écritures 4.

1 « Habsns tui ordmis quas sequaris Judith, de » Hebrœa hisloria, et Annam flliam Phanuelis, de » Evangelii clarifate, quœ diebus et noctibus versaban- » tur in templo , et orationibus atque jejuniis thesau- » rum pudicitiae conservabant,» etc.S.HiERON.ipt's^. 85 , ad Salvinam, de Viduit. servand. , tom. iv, coL

2 « Qui si scirent Oldam viris tacentibus Prophe- » tasse , et Debboram judicem pariter et propheten , » hostes Israël Barac timente superâsse : et Judith et » Esther, in lypo Ecclesiœ ,.... periturum Israël de » periculo libérasse, etc. Taceo de Anna et Elisabeth,... » quarum velut siderum igniculos clarum MarïjE lumen » abscondit. » Idem, Prolog, in Sophon., tom. m, eol. 1641 et 1642.

3 Idem, Prœfat. in libr. Salom., tom. i, col. 93$ et 936.

4 «Quia hune librum (Judith) Synodus Nicsena in » numéro Sanctarum Scriplurarum legitur compu- » tasse, acquievi postulationi veslra (Episcoporum » nempè qui translalionem in lalinum sermonem ex-

Mais le témoignage le plus remarquable de fà-

Passage emarquable

ce Père est un morceau de son Èpître à Prin cipia. H y relève le mérite des femmes les plus <ie ce Père renommées de l'ancien Testament , de Sara , de Rebecca , de Marie sœur de Moïse , etc. , et poursuit en disant que « Ruth , Esther et » Judith se sont acquis tant de gloire, qu'elles » ont attaché leurs noms aux livres sacrés l. » Enfin, après un court éloge des autres saintes femmes de l'ancienne et de la nouvelle alliance, il exhorte Principia à ne point rougir de son sexe , puisque , à la honte des hommes, la vie des femmes dont il vient de tracer le tableau, est célébrée dans les saintes Écritu-

» postulaverant. ) » S. Hieron. Prœfat. in libr. Judith, tom. i, col. 1169 et 1170.

1 « Si viri de Scripturis quœrerent , mulieribus non » loquerer. Si Barac ire ad prœlium voluisset,Debbora » devictis hostibus non triumphàsset. Jereraias earcere

» clauditur, et Olda (Judseis) mulier suscitatur

» Rebecca pergil ad inlerrogandum Deum, et suâ res-

» ponsione condigna audit oracula Maria soror

» Moysi victorias Domini canit; et Rachel Bethlehem

» nostram slirpe nominis sui signât in posleros

» Ruth et Esther et Judith lanlœ gloriœ sunt, ut » sacris volumimbus nomina indiderinl. Anna pro- » phetissa ,... Thecuites mulier,... Anna filia Phanue- » lis,» etc. Idem1, Episl. ad Principiam , tom. h , col. 681.

Frivr d'une ob denos Réformés contre ce passage.

res *. 11 est donc incontestable que le livre de Judith était, aux yeux de saint Jérôme , un livre aussi divin que ceux de Ruth et.d'Esther , reconnus canoniques par la Réforme.

Embarrassés de l'autorité de saint Jérôme , tion nos Protestants objectent que ce Père « donne » au livre de Judith le titre de volume sacré, » a cause de l'exemple admirable de courage- » qu'il renferme 2. » Quel aveuglement que d'accuser le saint Docteur d'un si grand abus du langage humain ! Les Réformés souffriraient-ils que l'on donnât le titre vénérable de volume sacré à cette foule d'écrits profanes , où l'on trouve tant d'exemples admirables de courage? Il n'y a, du reste, qu'a lire saint Jérôme pour être convaincu qu'il ne donne ce titre qu'aux seuls livres de l'Écriture, selon l'usage universellement reçu parmi les Chrétiens , sans en excepter nos adversaires 3.

1 « Haec et istiusmodi perslrinxi breviter, ut nec te » pœniteret sexùs tui, nec viros nomen suum erigeret, » in quorum condemnationera feminarura in Scriptu- » ris sanctis vita laudatur.» Idem, tom. n, col. 682.

2 « Thèse historique sur celle question : Les Âpo- » cryphcs faisaient-ils partie du canon? etc. , publi- » quement soutenue à la faculté protestante de Mon- » tauban , juin 1834 , » pag. 14.

3 Rep. au Mand. , passim*

Supposons toutefois que, par volume sacré , saint Jérôme n'ait entendu désigner ici qu'un livre purement humain; il faudra donc alors retrancher aussi du catalogue des livres inspirés ceux de Ruth et à'Esther, contre la profession de la Réforme; car saint Jérôme désigne, comme on Fa vu , ces deux livres avec celui de Judith sous le titre commun de volumes sacrés ou inspirés. Mais il fait plus encore; et, prévenant cette vaine argutie, il qualifie le livre de Judith et ceux de Ruth et d'Esther de saintes Écritures '.

1 On est surpris du silence que garde le Ministre de Genève sur la Tradition des Pères touchant l'inspiration de Judith. Aussi n'a-t-il , sur ce point , que des doutes ou , tout au plus, des présomptions favorables: « Nous ne reconnaissons , dit-il , ni ne rejetons la ca- » nonicilé de cet écrit. Nous la laissons douteuse, » quoiqu'il y eût beaucoup de choses à dire en éclair- » cissement des difficultés qu'il présente... La fêle » légale ( instituée pour perpétuer le souvenir de la » victoire de Judith ) n'est-elle pas la preuve de la » vérité du fait et de celle du livre qui la rapporte ? » Et n'est-ce pas là une présomption favorable à sa » canonicité ? » Puis , examinant ce livre au point de vue moral , il pense que « l'Histoire de Judith est » digne de paraître à la suite de l'Histoire du peuple » de Dieu. Détachement des choses delà terre, amour » de Dieu, du prochain et de la patrie , qui va jusqu'au

a ete écrit.

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