ARTICLE VIII
Tradition de l'Église sur l'inspiration des fragments d'Esther.
Le livre d'Esther renferme , avec l'histoire de cette sainte Israélite à la cour du roi Assuérus , plusieurs événements mémorables du rè- ces frasmentsgne de ce prince , qui se lient aux annales de la nation juive. Il était digne de Luther d'oser prétendre « qu'encore que les Juifs reçoivent » cet écrit dans leur canon, c'est pourtant ce- » lui qui mériterait le plus d'en être exclu. » Saint Jérôme l'a traduit de l'hébreu jusqu'au f. h du chap. x de notre Vulgate. Il a traduit le reste du grec ' sur la version des Septante, comme il s'en explique ailleurs2.
Cette dernière partie du livre d'Esther, que nous appelons fragments 3 contient principalement les prières d'Esther et de Mardochéc , et les deux lettres ou édits d'Artaxerxes, qui ordonnent d'abord l'extinction et ensuite le rétablissement des Juifs dans son empire. Les
1 S. Hieron., tom. i oper. , col. 1147 et seq.
2 Idem , Comment, in Oseam prophet. , lib. n , tom. m, col. 1283.
Réformés rejettent l'autorité de ces fragments, et les nomment Additions au livre d'Esther.
Nous ne nous arrêterons pas à prouver ici leur authenticité. Outre qu'elle est surabondamment constatée par le seul fait de leur inspiration j le témoignage de Josèphe , qui en a transcrit une partie considérable dans ses Antiquités judaïques1 , ne permet pas a une sage critique d'en soupçonner la supposition. Et par là on peut apprécier a sa juste valeur la censure de Grotius , qui traite ces morceaux d'Esther , l'hymne des trois jeunes Hébreux et le livre de Baruch de pieuses fictions d'écoliers de rhétorique , que des Juifs Hellénistes ont mêlées à la vérité de l'histoire sacrée 2. 61 • Quant a l'inspiration, elle nous est attestée
inspiration Par la même Tradition qui nous garantit la démontrée canonicité du livre d'Esther , reconnue de nos
par
la canonïcite adversaires. En effet, les Pères et les Conciles d'Esther. des premiers siècles, en insérant le livre d'Esther au canon sacré, ont entendu y comprendre ce livre qu'ils lisaient, qu'ils expliquaient, qu'ils citaient dans leurs traités de morale ou
1 Voyez Josèphe, Anliquit. Judaic, lib. xi etseq. passim.
2 Grotius, Additamenl. ad Eslher. annotai., lom. i oper., pag. 586, edit. Amstelod. 1679.
Elle est
par l'autorité
de controverse , clans leurs commentaires sur l'Écriture et leurs prédications solennelles ; ce même livre , en un mot, qui était entre les mains de tous les fidèles. Mais il n'est pas moins constant que les Églises se servaient alors du livre d'Esther de la version des Septante renfermant tous les fragments , ou de la traduction latine faite sur les Septante et que saint Jérôme appelle Édition Vulgate.
Ajoutons à cette preuve générale quelques témoignages particuliers des plus célèbres spécialement Docteurs des premiers siècles. Origène, si renommé par ses immenses travaux sur les Écritures, assure que les livres sacrés en usage de son temps dans l'Église chrétienne , comprenaient les deux lettres ou édits du roi Ar~ taxer xès , et les prières d'Esther et de Mardochèe '. On rencontre plusieurs de ces derniers
1 « In multis quoque aliis sanclis Hbris invenimus » alicubi plura esse apud nos quàm apud Hetmcos , » alicubi vero pauciora. Exempli causa, quoniam non » omnia simul possunt comprehendi , aliqua tantùm » proponemus. In libro Esllier, neque Mardochœi, » neque Eslher preecs (Eslh. xm , 8 et seq. ; xiv, 3 » et seq. ) quœ legentera cedificare possunt, apud He- >> brseos habenlur, neque etiara Epistola Aman ad » eversionem genlis Judœorum scripla , nec altéra » Mardochœi, ex Arlaxcrcis nominc , genlem à morte
établ
.'a desP
passages dans les traités , dans les commentaires du même Père1, et il fait remarquer qu'il suit la version des Septante2.
Les deux brillantes lumières de l'Église
» liberans. (Esth. xm, 1 et seq., et xvi, 1 usque in » fin.) Sic et Job , » etc. Origen. Epist. ad African. , n. 3 , tom. i , pag. 14.
1 « Arbitror itaque obsecrationem esse , emissas ab » aliquo suppliciter preces, ut id quo indiget conse- » qualur... : exempla sunt... Gabrielis ad Zachariam... ; » el quœ in Exodo... scripta sunt... Et in Deuterono- » mio.... Et in Esther : Mardochœus deprecalus est » Dominum , memor omnium operum Domini ,. el » dixit : Domine , Domine rex omnipolens. ( Esth. » xm , 8. ) Ipsa quoque Eslber deprecabalur Domi- » numDenm Israël, dicens: Domine Rex nosler,» etc. ( Esth. xiv ,1 et 3. ) Idem , de Oralione , n. 14 , tom. i , pag. 220.
2 « Vicîeamus etiam quamobrem dictum sit , et
» sine ipso faclum est nihil Exposuerunt igilur
» quidam , proptereà quôd non subsistât vilium... ; et » adnotamus an è Scripluris possint hsec accuratis- » simè ostendi... Itaque videlur Apostolus non entia » dicere... ea quœ sint prava , exislimans prava non » existere ; quœ enim non erant , inquit , Deus velut » entia vocavit. ( Rom. iv , 17. ) Quin Mardochœus » etiam in libro Esther juxla Sepluaginta non exis- » tentes vocat inimicos Israël , dicens : Ne tradideris » sceptrum luum, Domine, non exsistenlibus , » etc. (Esth. xiv , 11. ) Idem , Comment, in Joan. , tom. iv , pag. 64 et 65.
d'Orient, saint Basile et saint Chrysostome ,, continuent a cet égard les témoignages des siècles antérieurs. Le premier, réfutant l'hérétique Eunomius , redit un des passages que nous venons de citer, et le place sur la même ligne que les Écrits des Prophètes et des Apôtres *. Le second , dans une de ses Homélies au peuple d'Antiochc, attribue la délivrance du peuple Juif à la fervente -prière d'Esther, qu'il rapporte avec ses principales circonstances2.
1 « Paulus de idolis emisit vocem , dura ait : Servi- » vistis iis qui naturâ non sunt dii ; et Jeremias : Et » juraverunlpcr eos qui dii non sunt; et sapienlissima » Eslher : Ne tradas , Domine , sceptrum tuum iis » qui non sunt. » ( Eslh. xiv , 11. ) S. Basil. contr. Eunom. , lib. n, n. 19 , tom. i , pag. 254.
2 « Eslher universura Judœorum populum interne- » cione delendum sic eripuit. Postquàm Persarum rex » omnes passim Judecos interimi jussit , cùm nullus » esset qui contra irara illius obsistere posset ; splen- » didiorem veslilum exuta mulier, et sacco amicta , et » cinere substrato , divinse clemenliaî supplicabat , ut » secum ad regera ingrederetur, et haec precabatur : y> Grala, Domine , fac verba mea , et da sermonem » ornalum in os meum , etc. ( Esth. xiv , 2 , 13. ) » Haec et pro Magislro (Episcopo Flaviano) nos nunc » Deum oremus. » S. Chrysost. Hom. m. ad Popuï. Ântioch. , n. 2 , tom. il , pag. 38.