‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 50 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Conformité de la Tradition de l'Église Orientale non-unie avec la Tradition de l'Église catholique.

On comprend sous le nom d'Église Orientale non-unie , suivant l'usage des écrivains ecclésiastiques, les Églises qui, séparées de l'Église Romaine par le schisme ou l'hérésie , emploient dans leur liturgie un autre idiome que la langue latine. Des plus anciennes de ces sociétés hérétiques, il ne reste en Orient, depuis plus de onze cents ans , que deux sectes considérables, celles des Nestoriens et des Jacobites ou Monophysites. Vinrent plus tard les Grecs schismatiques , dont la séparation , commencée au ixe siècle par Photius, fut consommée, deux siècles après , par Michel Cérulaire. Les assemblées schismatiques de Russie sont un rejeton abâtardi de l'Église Grecque : on les désigne communément, dans les auteurs et dans les décrets du Saint-Siège , sous le nom d'Églises gréco-russes '.

1 Quelques modernes , entre autres M. de Maislre ,

Consentement unanime

Ces Églises confessent d'un commun accord l'inspiration et la canonicité de nos Écritures, des Églises \\ suffit, pour s'en convaincre, de consulter les

orientales ,

siuiinspiiation monuments authentiques rassemblés par les contèlE savants Orientalistes *. Mais puisque les Protestants, appuyés de la fameuse Confession de Cyrille Lucar, ont bien osé nier que telle fût la croyance des Grecs , recueillons les témoignages publics et solennels de ces antiques sociétés chrétiennes.

ont critiqué cette dénomination. Nous ne croyons pas devoir nous écarter de l'usage et du style consacrés par les Souverains Pontifes.

1 « Ecclesiœ omnes , quotqnot in Oriente Christi » nomen veneranlur , Melchitarum , Jacobitarurn et » Nestorianorum, in sacrœ Scriplurœ libris nume- » randis, eamdem pariler cuniRomanaet GrœcaEc- » clesia rationem inslituunt, Canonemque, ut voca- » mus, habenl plané eumdem. Etenim, quBeeumque » ab hodiernis eorum Patriarchis scripta ad nos perve- » nerunt, diserte testantur eos omnes quos nuperi hœ- » retici apocryphos libros vocant, quod in Hebraeo- » rum canone non reperirentur, non minus quàm alios » de quorum auctoritate constat, apud omnes, ab » Orientalibus divinarum litterarum partes exisli- » mare,» etc. Renaldot. Dissertât, de sacrœ Scriplurœ libris , et variis eorum versionibus Orientalibus. Curs. complet. , tom. i, col. 561. Voyez aussi Perpétuité de la Foi , liv. vu, chap. 7, tom. v, pag. 482 et suiv. , édit. de Paris 1781.

Le Concile de Constantinople de 1642 , pré- 79-

sidé par le patriarche Parthénius l'ancien, °^ie exprime nettement sa doctrine touchant les Constantinople. Écritures. Après avoir exposé que « Cyrille » (Lucar) rejette quelques livres reçus comme » canoniques par les saints Conciles cecumé- » niques y les Évêques déclarent qu'il a calom- » nié les Grecs , quand il a avancé que sa » croyance privée était celle de l'Orient et la » profession de la foi chrétienne des Grecs , » puisque ce nest point leur croyance , mais » celle de Calvin. C'est pourquoi, ajoutent-ils, » nous repoussons absolument et d'un conseny> tement unanime, comme entièrement étran- » gères à notre religion orthodoxe , les quesd tions » où l'apostat Lucar exclut du canon les livres rejetés par l'auteur de la Réforme *.

1 «Prodierunt et intcrrogaliones (inquibus) libros « ejus (Scripturse) aliquos abrogat (Cyrillus), quos » sanclœ et œcumenicœ Synodi , ut c.jyoyicos recepe- » runl.... Quapropter (eas) communi stiffragio plenè

» snbverlimus,.... lanquam omninà ab orlhodoxa

» nostra religione aliénas : omnibus déclarantes

» eorum scriplorera falsô nos criminari, dura ait pri- » vatam suam fidem esse Orientaient christianœ fidei » Grœcorum professioncm, cùm sit Calvinica, non » nostra,» etc. Concil. Constantin., Collect.Harduin», tom« xi, col. 175.

Autorité

de

ce Concile.

Décret

du Concile

de Jérusalem

teneur de ce décret.

Ce décret fut reçu en Moldavie aussi bien qu'en Grèce, et confirmé par le Synode d' Yassi '. Il est souscrit par le patriarche Parthénius , par le Métropolitain de toutes les Russies , celui de la Moldavie, et par plus de vingt Évoques , dont les sièges les plus connus sont ceux d'Héraclée, de Calcédoine, de Cyzique , de Nicée, de Corinthe, de Philippes. A ces souscriptions viennent se joindre celles des Archimandrites , Proto-syncelles , Proto-notaires , Primiciers et autres officiers de la grande Église, c'est-a-dire , de Constantinople , parmi lesquels on distingue le savant Mélétius Syrigus. Tous les Orientaux ont adhéré a ces décisions 2.

Le Concile de Jérusalem , tenu trente ans après , est encore , sinon plus décisif , du moins plus explicite, dans son décret conçu en ces termes : « Suivant la règle de l'Église y> catholique , nous appelons Écriture sainte , j> d'abord, selon le vœu de Cyrille, tous les » livres approuvés par le Concile de Laodicée,

1 Concil. Constantin, ibid., col. 231.

2 Voir les Attestations des Églises Orientales , apud Renaudot, Perpétuité de la Foi, liv. vin, chap. 2, pag. 317; chap. 3, pag. 520, 521, 523, etc., etc., tom. m, édit. de Paris.

» et dont lui, Cyrille, fait le dénombrement ; & et, en outre, ceux que sa folie, son igno- » rance, ou plutôt sa malice, nomment apo- » cry plies, savoir : la Sagesse de Salomon, le » livre de Judith , Tobie , V histoire du Dra- » g on , celle de Susanne , les Machabécs et » la Sagesse de Sirach { l'Ecclésiastique ) ! ; » car l'ancienne coutume , disons mieux , » l'Église catholique , qui nous a transmis » comme authentiques les saints Évangiles et » les autres livres de l'Écriture, nous a égale- » ment transmis , comme faisant partie des «livres inspirés, ceux dont nous venons de » parler ; en sorte que rejeter ceux-ci , c'est » rejeter les premiers. Si quelques-uns de ces » Écrits semblent avoir été omis par certains » auteurs, on les trouve compris dans les ca-

1 Si on ne voit point figurer, dans ce dénombrement des apocryphes, le livre de Baruch, c'est qu'il se trouvait compris dans le canon de Laodicée, approuvé par Lucar. Ce sera sans doute , selon nos Réformés, encore une méprise de ce faux Patriarche , aussi innocente que celle qu'ils attribuent aux Pères de Laodicée. {Bép. au Mand., pag. 159.) Quant aux fragments d'Eslher, qu'on ne lit pas non plus dans cette énumération, Cyrille était censé les admettre , puisqu'ils étaient compris dans l'édition grecque de ce livre, reçue par ce novateur.

» lalogues des Conciles et des Théologiens les ï> plus anciens et les plus renommés de l'Église » catholique , qui les ont comptés parmi les » Écritures sacrées. Nous les jugeons tous » canoniques , et nous confessons qu'ils sont » tous la sainte Écriture K »

Ce décret, daté du 16 mars 1672, est revêtu

1 « Ecclesiae catholicae regulam sequentes, sacrant » Scripluram eos omnes appellamus libros , quos ab » Laodicena Synodo Cyrillus , ipso quidem eorro- » gante , probatos recenset; iis insuper additis quos » insipienter , inscitè , aut magis malitiosè , vocavit » apocryphos. SapientiamvideYicèt Salomonis, librum » Judith, Tobiam, Draconis hisloriam, hisloriam » Susannœ, Machabœos , et Sapienliam Sirach. Hos » etenim cum cœteris genuinis sacrœ Scriplurœ li- » bris , seu germanas ejusdem Scripturœ partes , » eensemus esse numerandos. Quoniam quse sancta » Evangelia , aliosque Scripturae libros ut genuinos tra- » didit antiqua consueludo , seu magis Ecclesia ca- » tholica, et istoshaec ipsa ceu sacrœ Scriplurœ partes » procul dubio tradidil ; qualenùs islos qui neget, et » illos recusaverit. Sin verô ab cunctis haud recen- » seri omnes fortassè videantur, isti nihiloseciùs ab » Synodis , necnon et à multis cùm antiquissimis , » lùm nominatissimis catholicœ Ecclesiœ theologis » recensentur, et sacras inler Scripturas numerantur. » Quos omnes et nos judicamus esse canonicos , et » sacram eos esse Scripturam confilemur. » Concil. Hierosolym. , cap. 18, qusesU 3, collect. Haroluin., tom. xi, col. 258.

par les protestants. 239

des souscriptions de Dosilhée , Patriarche de Constantinople; des Métropolitains de Nazareth, dePtolémaïde, de Bethléem, de Gaza, de Lydda, de Néapolis ; de l'Évêque de Pétra , et de plus de soixante Archimandrites , Proto-syncelles et autres dignitaires des différentes Églises de l'Orient K

Nous le demandons au lecteur instruit et équitable : un Concile catholique aurait-il pu s'exprimer d'une manière plus docte et plus précise ? Les Prélats schisma tiques ne se bornent pas à condamner l'opinion de Lucar concernant les prétendus apocryphes ; ils en font l'énumération , les nomment la sainte Écriture, et les jugent tous canoniques. Chaque expression de ces jugements solennels est digne d'attention. Dans le premier , on imprime d'abord la note d'imposture à la Confession du patriarche Lucar , en l'accusant d'avoir calomnié les Grecs, quand il a déclaré que sa croyance privée était celle de l'Orient et la profession de la foi chrétienne des Grecs. A cette flétrissure on ajoute celle de la nouveauté de la doctrine : ce n'est point l'enseignement des Grecs, poursuit le Concile, mais celui de

Remarques

sur les décrets précédents.

1 Ibid. , col.

et seq.

Calvin , entièrement étranger a notre religion ORTHODOXE.

Les Évêques posent, dans le second décret, la règle qu'ils vont suivre pour discerner les Ecritures divines. Cette règle, disent-ils , est l'Eglise catholique ; c'est elle qui leur a transmis les livres de l'ancien Testament; et comment? par 1' ancienne coutume, par l'usage qu'elle en a fait dans les premiers siècles , comme de véritables livres de l'Écriture. C'est encore l'Église qui leur a transmis les prétendus apoc?-y plies de la même manière qu'elle leur a transmis les Évangiles ; en sorte que les rejeter , c'est rejeter les autres livres de la Bible, approuvés néanmoins du Patriarche apostat. Et parce que les apocryphes semblaient avoir été omis dans certains catalogues, le Concile, prévenant cette difficulté , déclare que ces livres ont été comptés au nombre des saintes écritures par les Conciles et les Théologiens les plus anciens ET LES PLUS RENOMMÉS DE L'EGLISE CATHO- LIQUE. N'est-ce pas la un enseignement identique avec notre doctrine, savoir , que la Tradition de l'Église catholique, manifestée par l'usage immémorial qu'elle a fait de ces Écrits comme de livres de l'Écriture , en dé-

montre l'inspiration ; et que les décrets des Conciles et les ouvrages des Pères qui les ont compris dans leurs catalogues , en constatent la canonicité l ?

Quelle sera la ressource de nos Réformés 83. pour éluder ou affaiblir un témoignage si ex- ^faites près et si solennel ? Car c'est ici le plus haut de la Reforme, degré d'authenticité donné a l'unanimité de la foi , parmi toutes les anciennes Églises hérétiques et schismatiques , touchant la divinité de nos Écritures. Que pourront-ils encore prétexter ? S'inscriront-ils en faux , avec leurs devanciers , contre ces décrets qui les condamnent ? Mais il faudrait aussi accuser de faux toutes les Églises d'Orient, qui, nous l'avons vu, ont confirmé, par leurs attestations authentiques , les définitions de leurs Conciles sur cet article important de l'ancienne croyance. Oseraient-ils prétendre qu'une harmonie si frappante entre toutes ces Églises et l'Église Romaine, qu'elles ont toujours traitée en ennemie, est l'effet d'une collusion habilement concertée? Il y aurait de la folie à le supposer. Concluons donc, avec saint Irénée : Puisque

1 Nous développerons ci-après cette doctrine , part. m, chap. 1.

242 LA BIBIE MUTILÉE

l'hérésie elle-même rend a nos livres sacrés un si éclatant témoignage , c'est la preuve la plus complète et la démonstration la plus évidente de leur divine inspiration i.

1 « Cura ergô- hi qui contradicunt nobis testimonium » perhibeant, firma et vera est nostra de illis ostensio. » S. Iren. contra Hœreses , lib. m, n. 7, pag. 180.

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