Ce n'est pas encore tout ; les Pères excluent
Elle écarte ^ canon certains livres de l'ancien ou du nou-
du
canon certains veau Testament, que la Réforme met au nombre
livres admis , .> . ' A ,
par la Réforme, des iientures canoniques. Ainsi , lEveque Me- Témoignages liton 2, saint Athanase 3 et saint Grégoire de
de Méliton , . . .
de s. Athanase, JNazianze 4 suppriment le livre cl Lsther. Saint de S' ?t?°iie ' Athanase 5 et la Synopse 6 le placent même hors du canon; saint Amphiloque, ou plutôt saint Grégoire7 ne le comprend pas dans son second catalogue, et se contente de dire que quelquesuns joignent cet écrit a ceux qu'il vient de dénombrer. C'est donc parler en l'air de répondre, avec nos Ministres, que l'omission du livre
1 Rcp. au Mand. , pag. 161.
2 Apud Euseb. , Hist. eccles. lib. iv, cap. 26 ? pag. 121 , edit. Amstelod. 1695.
3 S. Athanas. Epist. Feslal., ubi suprà.
4 S. Gregor. Nazianz. Carm. xir , de Veris Script, lib. , tom. ir , pag. 259.
5 S. Athanas. Epist. Fcst. , ubi suprà.
6 S. Athanas. , Oper. tom. h , pag. 168.
7 S. Gregor. Nazianz. Carm. Fin , ad Scleuc. , tom. n , pag. 1089.
d'Esther dans les catalogues de certains Pères est un oubli de leur part *. Serait-ce à Méliton qu'on voudrait imputer cet oubli, après qu'il affirme « n avoir rien négligé pour rechercher y> et connaître le nombre et l'ordre des livres b de l'ancien Testament 2 ? » Plairait-il de l'attribuer à saint Athanase3, à saint Grégoire4, à l'auteur de la Synopse 5 qui désignent nommément l'écrit d'Esther parmi les prétendus apocryphes? Laissons ces vaines suppositions, qui décèlent l'embarras de nos adversaires ,
1 Rdp. au Mand. , pag. 153.
2 A^oir le texte de Mélilon , ci-dessus , pag. 265 , not. 1.
3 « Addere necesse duxi esse nimirùm alios libros..., » non in canoncm quidem rcdaclos , sed quos à Pa- » tribus decretum est legendos ab iis esse qui nuper » ediscendipietalis verbi gratià accesserint : Sapientia » Salomonis , et Sapienlia Sirach , Esther , Judith , » To'bias, » etc. S. Athanas. Epist. Feslal. , ubi suprà.
4 « Libros Veteris Testamenti primùm referam. Pen- » tateuchus continet Genesim , etc.. His addunt Es- » tuer nonnulli. » S. Gregor. Nazianz. Carm. vtu, ubi suprà.
5 « De aliis libris dicendum est, qui in canone qui- » dem non sunt... Liber Hester... , liber Judith..., » liber Tobise , » etc. S. Athanas. , Oper. tom. n , ubi suprà.
et cherchons ailleurs le véritable motif d'une omission si frappante- L'histoire est Ta pour attester que l'Évêque de Sardes énumère seulement les écrits reçus sans contradiction, et que le livre d'Esther n'était pas de ce nombre1. t2. Quant au nouveau Testament, Origène con-
Tëmoignage fesse que s>ji a reçu jes Évangiles de la Tradi-
d'Origène. . . .
tion universelle , il n'en est pas de même pour les Épïtres apostoliques. Il fait remarquer que la 'première ÉpUre de saint Pierre était la seule unanimement reconnue de son temps; qu'on ne s'accordait pas sur l'authenticité de la IIe et de la IIIe de saint Jean. 11 parle à peu près ainsi de l'Épître aux Hébreux , et ne fait aucune mention de celles de saint Jacques et de saint Jude. Ce Père est pourtant favorable à l'inspiration de l'Épître aux Hébreux; il reçoit, mais par concession , la IIe Épître de saint Pierre et les deux dernières de saint Jean 2.
1 Euseb. Hisl. écoles. , lib. iv, cap. 26 , ubi suprà. Voyez aussi Nicephor. lib. iv, cap. 10 , etc.
2 « Petrus... unam duntaxat omnium consensu re- » ceptam reliquit Epislolam. Concedamus vero et se- » cundam ejus esse. De bac enira ambigitur... ( Joannes) » scripsit etiam Epistolam... Sed concedamus , si pla- » cet , et secundam et lertiam ab illo scriptas esse. » Neque enim has genuinas esse omnes consenliunt...
Saint Cyrille de Jérusalem * et le Concile de 13. Laodicée 2 omettent V Apocalypse. Saint Gré- deT^yriite , goire de Nazianze nous apprend qu'au dire de du Concile
0 , de Laodicée
quelques-uns l'Épître aux Hébreux est sup- et de s. Grégoire posée; qu'a l'égard des Épîtres catholiques , ceux-ci en comptent sept, ceux-lk n'en désignent que trois j une de Jacques, une de Pierre et une de Jean ; tandis que d'autres en admettent trois de Jean et deux de Pierre. Il termine en disant: Il en est qui reçoivent l'Apocalypse, mais le plus grand nombre soutient que c'est un écrit supposé 3. Le saint Docteur embrasse
» Deniquè (Epistola ad Hebrœos) sententias continet » admirabiles , nec scriptis apostolicis ullatenùs in- » feriores... Ego vero ita censeo... Proindè si qua » Ecclesia hanc Epislolam pro Paulina habet , eo no- » mine laudetur. » Origen. , apud Euseb. , Hisl&r. eccles. lib. vi , cap. 25 , ubi suprà.
1 S. Cyrill. Hierosolym. , ubi suprà.
2 Labb. Concil., ubi suprà.
3 « Nonnulli aulem dicunt Epistolam ad Hebrax>s » esse spuriam... Catbolicas Epistolas nonnulli seplem » numerant, alii autem 1res duntaxat recipiendas esse » aiunt, Jacobi unara, unam Pelri, et Joannis unam. » Quidam aulem très Joannis Epistolas ac prselereà » duas Pelri recipiunt , et unam Judse... Apocalypsim » autem Joannis quidam quidem admittunt ;pars vero » major spuriam asserunt. » S. Greggr. Nazianz. Carm. Fin, ubi suprà.
Témoignage de S. Jérôme.
ce sentiment et repousse ce livre de son catalogue '.
Saint Jérôme raconte presque clans les mêmes termes cette controverse : Ce n'est pas , dit-il, l'usage des Latins de compter YÉpître aux Hébreux parmi les Écritures canoniques , non plus que la coutume des Grecs de recevoir F apocalypse-. Plusieurs nient que la IIe ÊpU tre de saint Pierre appartient à cet Apôtre 3. On prétend même que celle de saint Jacques a été publiée sous son nom par un autre écrivain, quoique, par laps de temps, elle ait acquis une autorité divine 4. Tous les doctes conviennent, poursuit-il, que saint Jean est Fauteur de la Lettre qui débute par ces mots :
1 S. Gregor. Nazianz. Carm.xn, ubi suprà.
2 S. Hieron. Epist. ad Daràan. , tom. i, edit. Veron. , col. 971. Voyez le texte cité plus haut, pag. 262, not. 1.
3 « (Petrus ) scripsit duas Epistolas, quae catholicse » nominantur ; quarum secundo, à plerisque ejus esse » negalur. » S. Hieron. de Script, eccl. , cap. 1 , tom. ii , edit. Veron. , col. 827.
4 « Unam tantùm scripsit Epistolam , quse de seplem » calbolicis est , quœ et ipsa ab alio sub nonvine ejus » cdUa asscrilur , licèt paulatim tempore procedenle » obtinuerit auctorilatem. » S. Hieron., ibid., cap. 2, col. 829.
Ce qui a été dès le commencement; mais pour les deux autres, on les attribue au prêtre Jean, différent de l'Évangéliste '. Quant a celle de saint Jude, bien que plusieurs la rejettent , elle a mérité, par l'ancien usage de l'Église , d'être mise au rang des divines Écritures2.
C'est donc un fait avéré que, parmi les Pères n.
et les auteurs ecclésiastiques, les uns ont omis Conséquences
des faits
dans le canon, les autres en ont exclu plusieurs précédents, livres de Y ancien ou du nouveau Testament. Il faudra donc, suivant les principes de nos Ministres, répudier tous ces livres comme apocryphes. Mais que deviennent alors les confessions de foi protestantes où ces livres se trouvent compris? Que la Réforme ouvre enfin les yeux , et qu'elle s'étonne des étranges contradictions où l'ont réduite ses propres maximes.
Les Théologiens catholiques raisonnent sur 16
de plus solides fondements. Instruits que le talhoHque
pour le
1 « ( Joannes ) scripsit et unam Epislolam , cujus discernement » exordium est : Quod fuit ab initia , etc.. Reliquse Écritures
» autem dua?... Joannis Presbyteri asseruntur, » etc. comparée S. HierOiN. , ibid. , cap. 9 , col. 845. avRC «'U*
2 « ( Judœ Epistola ) à plcrisquc rejicilur ; tamen » auctoritalem velustate jam et usu meruit , et inter » sahetas Scripluras computatur. » S. Hieron. , ibid, , cap. 8 , col. 835.
274 LA BIBLE MUTILÈK
divin auteur de l'Église lui a confié le dépôt sacré des Écritures, ils ne se bornent pas a consulter le canon des Hébreux ou à interroger isolément, selon la coutume des novateurs , quelques monuments antiques; ils examinent avec attention toute la Tradition chrétienne, et ils trouvent dans les canons encore incomplets des Pères plusieurs Écrits que l'hérésie leur conteste : ils considèrent principalement l'usageque ces saints Docteurs, et ceux qui les ont précédés ou suivis, ont toujours fait de nos livres bibliques pour établir les dogmes de la foi et réfuter les erreurs contraires ; ils voient les hérétiques les plus opiniâtres des temps les plus reculés admettre l'autorité divine de ces Écrits; ils voient enfin ces mêmes livres, sans en excepter un seul , consignés dans les catalogues des Évêques, des Papes et des Conciles des siècles primitifs : que faut-il davantage pour avoir droit de conclure que toutes ces Ecritures sont marquées du sceau le plus authentique de l'inspiration divine ?