Au commencement du xvme siècle, Leibniz
Aperçu s'engagea dans cette controverse , à l'occade Leibniz sion du fait rapporté plus haut !. Deux lettres touchant rïe ce philosophe célèbre résument les difficullivies contestés, tés les plus spécieuses des anciens Docteurs du parti contre nos livres sacrés, et sont devenues comme la source où les Réformés modernes ont puisé leurs objections. Au fond, la doctrine de Leibniz ne diffère pas de celle de ses devanciers. S'il y ajoute quelque chose du sien, c'est le nouveau tour qu'il donne aux mêmes textes et aux mêmes raisons ; c'est l'habileté avec laquelle il les présente ; c'est un ton dogmatique et tranchant capable d'en imposer. Mais que peut le plus puissant génie contre la vérité ? Voulez-vous approfondir la question , peser les preuves , vérifier les citations ; vous êtes sur-
i Yoyez suprà , pag. 42.
pris de ne plus retrouver qu'un tissu de faits inexacts , de passages altérés ou mal rendus , et de faux raisonnements.
Leibniz distingue deux ordres de livres di- ^ vins et canoniques. Dans le premier ordre, il Exposé range les livres admis chez les Réformés , et du système qu'il nomme canoniques par excellence:, c'est- de Leibllizà-dire , proprement , véritablement , immédia- , Fondement
* * de ce système :
tement divins, et infaillibles. Il place au second La
rang les autres livres de la Bible dont les ca- de deuT ordres tholiques reconnaissent l'inspiration , et que ,. de,. .
1 ri livres divins
les anciens , selon lui , ont appelés impropre- et canoniques, ment , abusivement , et dans un sens large, canoniques , divins , ecclésiastiques : canoniques , en tant que les règles de l'Église autorisaient à les lire publiquement ; divins , parce qu'ils renferment des instructions excellentes sur les choses divines et conformes aux livres inspirés ou immédiatement divins ; enfin , ecclésiastiques , ou inscrits au catalogue des livres qu'on pouvait lire dans V Église pour l'édification du peuple , n'ayant cependant qu'une autorité humaine et faillible, incapable dès lors de confirmer les dogmes de la foi. Aussi Leibniz ne balance-t-il pas a les qualifier d'apocryphes , improprement néanmoins et dans le sens le plus doux , pour les distin-
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guer des apocryphes proprement dits , et défendus quant a la lecture publique K
Cette distinction une fois établie , Leibniz prétend que les Docteurs, les Papes et les Conciles des premiers siècles, en appelant, par une facilité innocente, les écrits contestés livres divins et canoniques , n'attachaient à ces termes que le sens large et impropre qu'il vient d'expliquer. Mais les Théologiens catholiques, continue-t-il , usant dans la suite des mêmes termes , en ont changé insensiblement l'acception , et leur ont fait signifier des livres proprement , véritablement divins et canoniques. D'où il résulte que l'Église Romaine a introduit , a la faveur de quelques mots équivoques jUne doctrine nouvelle, et attribué l'inspiration à tous ces livres, contre la doctrine constante de l'Église primitive 2.
si- Demandez à Leibniz les preuves de la dis-
Mis^r* tinction donnée pour fondement à son système ;
de cette \\ \es trouve dans les témoignages mêmes que
distinction ° ° n
fondamentale.
1 Lettre de Leibniz à Bossuet , du 14 mai 1700 , § xx , xxv , et alibi passim ; pag. 398 et 401 ; et du 24 mai , § xcviu et suiv., pag. 437 et suiv. OEuvres de Bossuet, tom. xxvi , édit. de Vers.
2 Lettre de Leibniz , du 14 mai , § xxix , LXir et lxui , pag. 402 , 417 et 418.
lui opposent ses adversaires. Premièrement : Les anciens Pères, dit-il, ne comprennent clans leurs catalogues que les livres du canon des Hébreux; et il cite Méliton, Origène, saint Athanase, saint Hilaire et les autres Docteurs déjà indiqués K Nous ne reviendrons pas sur cette difficulté, suffisamment éclaircie au chapitre précédent.
Secondement : « Ces auteurs marquent en » termes formels que l'Église chrétienne ne » reçoit rien de l'ancien Testament dans son » canon, que l'Église du vieux Testament n'ait » déjà reçu dans le sien 2; » ce qu'ils n'auraient pu dire, s'ils avaient cru que les livres contestés fussent d'une autorité égale à ceux du canon des Hébreux. « Il faut donc, conclut » Leibniz, recourir à la conciliation fou dis- » tinetionj proposée, savoir, que ceux qui ont » reçu ces livres dans le canon l'ont entendu » d'un degré inférieur de canonicité : et cette » conciliation, outre qu'elle peut seule avoir » lieu , et est fondée en raison, est encore ren- » due incontestable , parce que quelques-uns » de ces mêmes auteurs s'expliquent ainsi3, s
1 Lettre de Leibniz, du 24 mai , § lxvi , pag. 423.
2 Lettre du même , du i4 mai , § liv , pag. 412.
3 Lettre du même, du 14 mai, § lv, pag. 412 et suiv.
En troisième lieu : « Les Pères n'ont point » marqué ni pu marquer en aucune manière , » contre le sentiment alors reçu dans l'Église , » que les livres contestés sont égaux à ceux » qui sont incontestablement canoniques , ou » du premier degré; et ils n'ont point parlé de » cette infaillibilité de l'inspiration divine1. »
Suivons Leibniz dans le développement et l'application de son système. Il ne sera pas malaisé de montrer que, sans se contredire elle-même, la sainte antiquité a toujours entendu les dénominations, divins , canoniques, dans leur sens propre et véritable; qu'elle a constamment reconnu l'inspiration , l'infaillibilité des livres auxquels elle appliquait ces dénominations ; que , par conséquent , la distinction qui est la base du système est en contradiction flagrante avec le langage de l'Église primitive, et n'est qu'un beau rêve de notre philosophe.