‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 62 sur 84 · Leibniz avance doncfaussementque « saint · texte numérisé non relu

Leibniz avance doncfaussementque « saint

Quatrième » Augustin marque l'infériorité des livres des

corollaire. . , ' , ■

» Machabées par ces paroles : Cette Ecriture, » qu'on appelle des Machabées, n'est pas chez » les Juifs comme la Loi , les Prophètes et les » Psaumes , a qui notre Seigneur a rendu té- » moignage comme à ses témoins. » Le savant Docteur répète ici , en d'autres termes , ce qu'il dit ailleurs de la Sagesse et de l'Ecclésiastique y qu'ils ne sont pas inscrits au canon des Juifs *. Il pouvait en dire autant du reste des livres contestés ; et pourtant il n'hésite pas a reconnaître l'inspiration de toutes ces Écritures. Bien plus , il confirme en particulier, à la suite du passage objecté , l'inspiration du second livre des Machabées 2 , également admise par ses adversaires. S'il ajoute que ces écrits ne sont pas chez les Juifs comme la Loi, les Prophètes , etc., « c'est, suivant la » remarque du Cardinal du Perron, alin de

1 S. August. de Civil. Bei , lib. xvn , cap. 20 , n. 1 , tom. vu , col. 483.

2 Voyez plus bas le texte de S. Augustin.

s monstrer aux Donatistes qui estoient séparez s de l'Église, et néantmoins se servoientde ses » armes (de ses livres) pour l'impugner, que » ceste Écriture ayant esté reçue au canon , » non par les Juifs, mais par l'Église, ils ne » la pouvoient pas employer contre le sens et » la doctrine de ceste Église. En effet, les Do- » natistes prenoient occasion de l'exemple de » Samson en l'histoire des Juges, et de l'exem- » pie de Razias en l'histoire des Machabées , » dont le zèle est loué et non le faict , de se » tuer et précipiter eux-mesmes... , » ce que ni l'Écriture, ni l'Église ne sauraient autoriser. Car , poursuit saint Augustin , « nous ne de- » vons pas approuver, par nostre consentement^ » toutes les choses que nous lisons dans les » Écritures avoir été faictes par les hommes » mesmes que le témoignage de Dieu orne des » louanges , mais mesler notre considération » de discrétion, y apportant le jugement, non » de nostre authorité , mais de l'authorité des » Écritures sainctes et divines ( telles que les » livres des Juges et des Machabées) , laquelle » ne nous permet pas de louer ou d'imiter » toutes les actions de ceux mesmes ausquels » les Écritures rendent bon et glorieux témoi- » gnage, si tant est qu'ils ayent fait quelque

y> chose qui n'ayt pas été bien faicte ou qu'il ne d convienne plus à l'usage de ce temps K »

Mais , reprend Leibniz , « saint Augustin » fait connaître que l'Église tient les Machay> bées pour canoniques dans un sens inférieur, t> en témoignant que Y Église a reçu cette y> Écriture avec utilité . ce qu'on a fait prin- » cipalement a cause de ces Macliabècs qui » ont souffert en vrais martyrs pour la loi de » Dieu; » c'est-a-dire, suivant l'explication de Leibniz : « Les admirables souffrances de ces » martyrs faisaient juger que la lecture de » ces livres serait très-utile ; et c'est pour cela » que V Église les a reçus dans l'autorité » comme ecclésiastiques ou utiles , mais non » pas comme divins et infaillibles. » Il appuie cette interprétation d'un autre texte où le saint Docteur répète : « L'Église tient les Machabées » pour canoniques, à cause des admirables » souffrances de ces martyrs2. »

Ce n'est la qu'un faux commentaire du passage de saint Augustin, dont voici l'exacte traduction : « Cette Écriture, appelée les Macha- » bées , les Juifs ne la regardent pas comme la

1 Réplique à la Réponse du Roi de la Grande Bretagne , liv. i , chap. 49 , lom. i , pag. 373.

2 Voir ci-dessus , pag. 288.

» Loi, les Prophètes et les Psaumes, auxquels » Notre-Seigneur a rendu témoiguage comme » a ses témoins. Cependant, elle a été reçue » par l'Église , non sans utilité , pourvu » qu'on la lise ou qu'on l'écoute sobrement , » surtout a cause de ces Machabées qui ont » souffert en vrais martyrs de si horribles tour- » ments ; et aussi ajin que le Peuple chrétien » apprît de leur exemple que les souffrances » de la vie présente n'ont aucune proportion » avec la gloire future '. »

Qu'on veuille y faire attention : Saint Augustin a-t-il dit , comme l'affirme Leibniz , « l'Église a reçu les Machabées dans l'autorité, » principalement a cause que la lecture de » ces livres serait frès-utile? » Non assurément ; et il y a entre son langage et celui de

1 « Et hanc quïdem Scripturam quse appellatur Ma- » chabœorum , non habent Judœi sicut Legem, etPro- » phetas , et Psalmos , quibus Dominus teslimoniura

» perhibet tanquam testibus suis ; sed recepla est

» ab Ecclesia non inutiliter , si sobriè legalur vel » audialur, maxime propler illos Machabœos qui pro » Dei lege sicut veri martyres à persecutoribus tain » indigna atque horrenda perpessi sunt; ut eliam hinc » populus ehrislianus adverleret quoniam non sunt con- » dign?c passiones hujus temporis ad futuram glo- » riam, » etc. S. August. Contra Gaudent. Donat. , lib. i, cap. 31 , n. 38 , tom. ix , col. 600 et seq.

Leibniz une grande différence, « Cette É crii> turc , dit-il , a été reçue par l'Église , non » sans utilité ^... surtout a cause de ces Ma- » chabées , etc. Hœc Scriptura reccpta est ah » Ecclesia noninutiliter,... maxime pr opter » illos Machabœos. •» Saint Augustin répond ici aux Donatistes que , malgré l'abus énorme qu'ils faisaient de ces livres, leur insertion dans le canon n'est pas sans utilité, pourvu qu'on les lise ou qu'on les écoute, non avec un esprit de fanatisme, à l'exemple de ces hérétiques, mais sobrement ou avec circonspection- 11 indique ensuite les principaux avantages de cette lecture : Avant tout , l'honneur qui en revient a ces héros magnanimes de la loi ancienne , maxime propter illos Machabœos qui , etc. ; et , en outre , l'édification que reçoit- le peuple chrétien de ces merveilleux exemples de patience et de courage ; ut etiam hinc , populus christianus adverterct , etc. Ainsi s'explique nettement saint Augustin. Qu'y a-t-il dans ces paroles d'où l'on puisse « juger » que l'Église a reçu les Machabèes comme » purement ecclésiastiques owutiles, maisnon t> pas comme divins et infaillibles ? »

On doit faire la même réponse au second texte du saint Docteur , en lui appliquant la

règle de Leibniz : « Puisque le même saint » Augustin s'explique fort nettement en d'au- » très endroits,... je crois que les règles de la » bonne interprétation demandent que les pas- » sages où l'on parle (F une manière plus vague, » soient expliqués par ceux où l'auteur s'exs> plique l » avec précision.

5° Encore que saint Augustin soutienne en 37. toute rencontre l'inspiration des livres contestés, cinquième

1 ' corollaire.

il aurait pu ajouter, sans se contredire, qu'ils n'ont pas la même force contre les contredisants que ceux du canon des Hébreux2. « Ceux- » ci , observe Bossuet , n'étant contestés ni par » les Juifs, ni par aucun chrétien , orthodoxe

1 Voir plus haut , pag. 287 et suiv.

2 Leibniz ne traduit pas exaclementle texte de S.Augustin. Ce Père s'exprime ainsi : « Adversùs conlra- » dictores nontanta firmitate proferuntur quœ » scripla non sunt in canone Judœorum ; c'est-à-dire,

» On NE PRODUIT PAS AVEC LA MÊME ASSURANCE COn-

» Ire les contradicteurs les écrits qui ne sont pas dans » le canon des Juifs. » Le saint Docteur se garde bien d'affaiblir la valeur des livres de la Sagesse et de l'Ecclésiastique dont il s'agit ici , puisqu'il les cite constamment comme de véritables prophéties : il se borne à dire. : « On ne s' en sert pas avec la même assu- » rance contre ceux qui les rejettent , » parce qu'à leur égard ils n'ont pas la même force convaincante, ainsi qu'on va l'expliquer.

310 LA BIBLE MLTILÉE

» ou non , et leur autorité procédant ad homi^ » nem comme l'on parle , ils sont plus propres » à fermer la bouche aux contradicteurs *. » Nous ne craignons pas de faire le même aveu aux Protestants, à qui nous opposons avec plus de force et d'efficacité les livres du canon hébraïque. Et voilà aussi la solution de la difficulté de Leibniz, savoir, que c< saint Augustin » citant l'Ecclésiastique n'y insiste point , et » se contente de dire que si on contredit a ce » livre, parce qu'il n'est pas dans le canon des y> Hébreux, il faudra au moins croire au Deu- » téronome et à l'Évangile qu'il cite après2. » 38- 6° Leibniz a donc tort de prétendre que

co'roiiaire. (< samt Augustin ne dit pas que la Sagesse y> est égale en autorité aux autres (livres reçus s> chez les Juifs ) ; ce qu'il aurait fallu dire s'il » avait été dans les sentiments tridentins 3. » Car, laissant les mille endroits où le saint Docteur se déclare si énergiquement pour l'inspiration de cet Écrit , « ne voit-on pas, répond

1 Lettres de Bossuet à Leibniz , du 9 janvier 1700 , pag. 370 , et du 17 août 1701 , pag. 499. OEuvres de Bossuet , tom. xxvi, édit. de Versailles.

2 Lettre de Leibniz à Bossuet, du 24 mai 1700, § civ , ibid. , pag. 442.

3 Ibid. , § cm , pag. 441.

» Bossuet , l'équivalent dans les paroles où il » inculque avec tant de force qu'on fait injure » à ce livre lorsqu'on lui conteste son autorité, » puisqu'il a été écouté comme un témoignage » divin ? Rapportons ces propres paroles : On » a cru y dit-il , qu'on n'y écoutait autre chose » qu'un témoignage divin, sans qu'il y eût rien » d'humain mêlé dedans. Mais encore, qui en i> avait cette croyance? Les Évéques et tous » les chrétiens jusqu'au dernier rang des » laïques, pénitents et catéchumènes. On eût » induit les derniers à erreur, si on leur eût » donné comme purement divin, ce qui n'était » pas dicté par le Saint-Esprit, et si on eût fait » de l'autorité divine de ce livre comme une » partie du catéchisme. Après cela, permettez » que je demande, si c'est là ce que disent les » Prostestants ; et si vous pouvez concilier » l'autorité de ces livres purement ecclésiasti- » que et humaine, et nullement infaillible, » que vous leur donnez, avec celle d'un iémoi- » gnage divin , unanimement reconnu par » tous les ordres de l'Église, que saint Augustin » leur attribue.

» En un mot, saint Augustin ayant distingué » aussi clairement qu'il a fait, la déférence * qu'il rend aux auteurs qu'il appelle ecclé-

3> siastiques, ecclesiaslici tracta tores , et celle » qu'il a pour les auteurs des Écritures cano- » niques ; en ce qu'il regarde les uns comme » capables d'errer, et les autres non : dès qu'il » met ces livres au-dessus des auteurs ccclêy> siastiques , et qu'il ajoute que ce n'est pas » lui qui leur a donné ce rang , mais les Doc- » teurs les plus proches du temps des Apôtres, * temporibus proximi Apostolorum ecclesias- » tici tractatores ; il est plus clair que le jour » qu'il ne leur peut donner d'autre autorité y> que celle qui est supérieure a tout entende- » ment humain, c'est-a-dire, toute divine et » absolument infaillible *. »

Page 1