‹ La Bible, mutilée par les protestantsChapitre 64 sur 84 · En considérant les paroles d'Innocent I · texte numérisé non relu

En considérant les paroles d'Innocent I

Nouvelles ^ on yojt ciairement son but , qui est de faire

raisons w L

de Leibniz » un canon des livres que l'Église reconnaît de" son » Pour authentiques , et qu'elle fait lire publiinicrprétation. ^ quement comme faisant partie de la Bible. » Ainsi ce canon devait comprendre tant les » livres théopneustes ou divinement inspirés , » que les livres ecclésiastiques, pour les dis- » tinguer tous ensemble des apocryphes , plus j> spécialement nommés ainsi ; c'est-a-dire , de » ceux qui doivent être cachés ou défendus x> comme suspects. Ce but paraît par les pa-

» rôles expresses où il dit : Si qua surit alia , » non solum repudianda , verum ctiam noveris » esse damnanda1. »

Laissons répondre Bossuet : « J'avoue bien

1 Réponse

» la distinction des livres apocryphes , qu'on de Bossuet.

» défendait expressément comme suspects... ,

» ou comme inventés par les hérétiques. Ceux-

» ci devaient être spécialement condamnés ,

» comme ils le sont par saint Innocent. On pou-

» vait aussi rejeter et en un sens condamner

» les autres ( les apocryphes autorisés ) , en

» tant qu'on les aurait voulu égaler aux livres

» canoniques : mais , quant a la distinction des

j> livres authentiques , et qui faisaient partie

» de la Bible, d'avec les livres divinement ins-

» pires, je ne sais où vous l'avez prise ; et pour

» moi, je ne la vois nulle part. Car aussi, quelle

y> autorité avait l'Église , de faire que des li-

y> vres selon vous purement humains et nulle-

» ment infaillibles, fussent authentiques, et

» méritassent d'être partie de la Bible? Quelle

» est l'authenticité que vous leur attribuez ,

» s'il n'est pas indubitable qu'ils sont sans er-

» reur? L'Église les déclare utiles, dites-vous :

1 Lettre de Leibniz à Bossuet , du 24 mai 1700 ? § lxxxiv , ibid. , pag. 430 et suiv.

» mais tous les livres utiles font-ils partie de » la Bible , et l'approbation de l'Église les » peut-elle rendre authentiques ? Tout cela ne » s'entend pas ; et il faut dire qu'être autheny> tique, c'est, selon le langage du temps, être » reçu en autorité comme Écritures divines. » Je ne connais aucun livre qui fasse partie de y> la Bible , que les livres divinement inspirés , d dont la Bible est le recueil. Les apocryphes » qu'on a jugés supportables, comme pourrait » être la Prière de Manassès avec le troisième » et le quatrième livre d'Esdras, sont bien au- » jourd'hui attachés à la Bible ; mais ils n'en » sont pas pour cela réputés partie , et la dis- » tance en est infinie. Il en était de même dans » l'ancienne Église, qui aussi ne les a jamais » mis au rang des Écritures dans aucun dénomj> brement.

» Je n'entends pas davantage votre distinc- » tion , de la manière que vous la posez , entre » les livres que vous appelez ecclésiastiques , » et les livres vraiment canoniques. Dans le » livre que saint Jérôme a composé , de Scrip- » toribus ecclesiasiicis , il a compris les Apô- » très et les Évangélistes sous ce titre. Il est » vrai qu'on peut distinguer les auteurs pure- » ment ecclésiastiques d'avec les autres. Mais

r> vous ne montrerez jamais que la Sagesse » et les autres livres dont il s'agit , soient ï> appelés purement ecclésiastiques. Si vous » voulez dire qu'on lisait souvent dans les » Églises des livres qui n'étaient pas cano- » niques , mais qu'on pouvait appeler sim- » plement ecclésiastiques, comme les Actes » des Martyrs ; j'en trouve bien la distinction » dans le canon 47e du Concile 111e de Carï thage : mais j'y trouve aussi que ce n'est » point en ce rang qu'on mettait la Sagesse, et ï les autres livres de cette nature ; puisqu'ils » sont très-expressément nommés canoniques, » et que le Concile déclare en termes formels , y> que ceux qui sont compris dans ce canon , » parmi lesquels se trouvent ceux-ci en par- » faite égalité , sont les seuls qu'on lit sous le » titre de canoniques , sub titulo canonicœ » Scriplurœ.

» Je ne puis donc dire autre chose sur votre » distinction de livre inspiré de Dieu et de livre » authentique et qui fasse partie de la Bible , » sinon qu'elle est tout-à-fait vaine; et qu'ainsi, » en rangeant les livres dont vous contestez » l'autorité , au nombre des authentiques et » faisant partie de la Bible , au fond vous les t> faites vous-même véritablement des livres

Véritable,

sens

d'un texte

le la décrélale

allégué

par Leibniz.

d divins ou divinement inspirés et parfaitement » canoniques '. »

Au reste , le but de saint Innocent , dans les paroles citées en preuve, n'« point été de marquer les livres canoniques pris largement, ou seulement ecclésiastiques . La simple lecture de la décrétais fait voir clairement un tout autre but. Le Pape satisfait a la prière du saint Evêque de Toulouse , et prend de là occasion de l'avertir, qu'indépendamment des écrits faussement attribués a certains Apôtres, et dont il donne le catalogue , il en circule d'autres de cette espèce, qu'on doit non-seulement rejeter, mais encore condamner : Si qua sunt alia non soliim repudianda , verïim ctiam noveris esse damnanda. Il serait difficile de comprendre que des paroles si claires aient jeté tant de confusion dans les idées de Leibniz , si l'on ne savait combien les plus grands génies se laissent quelquefois aveugler par l'esprit de système.

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