Et de là encore une nouvelle erreur du phi
chronoïogique l°S0Pne allemand : « Le Pape Innocent I est le de » premier auteur connu et d'autorité qui ,
cette décrétale
1 Lettre de Bossuet, du 17 août 1701. Ibid., § xxxiv, el suiv., pag. 491 et suiv.
» traitant expressément cette matière , ait » nommé canoniques les livres que l'Eglise » Romaine tient pour divinement inspirés '. » Cependant, le Concile de Carthage avait déjà écrit , en parlant de ces livres : Nihil legatur prcetcr Scripturas cjnonicas ; sunt autem canonicm Scripturœ.... , etc. De plus, Leibniz ne s'aperçoit pas qu'en désignant le Pape Innocent comme le premier auteur qui nomme, canoniques nos livres sacrés , il tombe en contradiction avec lui-même ; admettant d'une part, que le Concile de Carthage est le me de ce nom , constamment fixé a l'année 397 , et plaçant d'autre part , avec tous les auteurs , en 405, la décrétale de saint Innocent. Mais le déplacement chronologique de ce dernier monument offrait à Leibniz et un prétexte de traiter le Pape de novateur, et le moyen de plier au sens erroné qu'il donne à la décrétale, le texte du canon de Carthage. N'ajoutons pas que cette transposition de dates enlève aux catholiques l'avantage de montrer, dans cet écrit authentique du Saint-Siège, la confirmation du décret des célèbres Églises d'Afrique sur les Ecritures canoniques.
1 Lettre de Leibniz, du 24 mai 1700. /fod., §lxxxiv, pas;. 430.
46. « On peut encore, moins nous opposer la Leibmz j, liste des livres de l'Écriture qu'on dit1 que
appuie l k
son système » le pape Gélase a faite dans un Synode Rol'amorité * main > au commencement du ve siècle 2, où il du Concile » en fait aussi le dénombrement d'une manière
romain,
sous » large , qui comprend les livres ecclésiasti-
î Pape Gélase. . ■ . i t
d qnes aussi bien que les livres canoniques par y> excellence : et l'on voit clairement que ces » deux Papes (Innocent et Gélase), et ces » Synodes de Carthage et de Rome voulaient » nommer tout ce qu'on lisait publiquement » dans toute l'Église , et tout ce qui passait j> pour être de la Bible , et qui n'était pas sus- » pect ou apocryphe pris dans le mauvais » sens 3. »
47. On aura sans doute vu clairement le con- Le Décret trajre ^ans ]e Concile de Carthage et la décré-
de ce Concile °
ruine taie de saint Innocent. Le voici plus clairement fondement encore dans le canon du saint Pape Gélase. Ne
du système.
1 Quelques auteurs protestants ont prétendu que ce décret était supposé ; mais il ne reste aujourd'hui aucun doute , parmi les critiques , sur son authenticité. Voyez Fontanim , de anliq. Horl. , lib. n , cap. 3, Romae 1708.
2 Encore une antidate ; on en devine le motif. Il fallait dire , à la fin du ve siècle. Voyez Pagi , Critic. sub anno 494 , n. 4 ; Labb. Concil. , etc.
3 Lettre de Leibniz , ubi suprà , § xc , pag. 432.
répétons plus que tous nos livres sacrés y paraissent avec ce même titre : Ordre des livres de l'ancien Testament ; qu'ils sont qualifiés d'Écritures prophétiques , et ainsi discernés des livres évangéliques et apostoliques, c'està-dire, des Écrits du nouveau Testament. Un seul fait consigné dans le décret, et qu'une préoccupation étonnante a pu seule soustraire à la vue de Leibniz, renverse jusqu'au fondement de son système. Le Pape et le Concile séparent de tous les livres des deux Testaments renfermés dans ce premier ordre ou canon, et placent dans un second catalogue , les écrits simplement ecclésiastiques , tels que les Actes des Martyrs , les ouvrages des Pères, etc. ; ils y comprennent même les quatre premiers Conciles œcuméniques , expression fidèle de la vraie foi , de l'aveu de nos Protestants , mais dépourvus, comme on le sait, de l'inspiration proprement dite : bien plus, ils les nomment apocryphes , c'est-à-dire, non inscrits dans le canon des Écritures , et les distinguent des apocryphes suspects ou pris dans le mauvais sens , qu'ils condamneut et dont ils forment une troisième classe1. Était-il possible de faire
i Voyez ci-dessus , pag. 224 et 223.
entendre plus clairement qu'on ne voulait pas comprendre dans la liste des livres de l'Etriture, les livres ecclésiastiques aussi bien que les livres canoniques par excellence ; en un mot, tout ce qu'on lisait publiquement dans toute l'Église ?
48, « Rien ne prouve mieux le sens de la lettre Leibniz j d'Innocent 1 et de l'Église Romaine de ce
en appelle
à la doctrine » temps ( ou du Concile Romain et du Pape
de S. Jérôme. • ..nn > -\ i j • >
» saint Gelase ), que la doctrine expresse, prey> cise et constante de saint Jérôme , qui fleu- » rissait à Rome en ce temps-là même *, » ( c'est-à-dire , comme Leibniz va s'en expliquer, au temps que le savant Docteur composait son Prologue sur les Écritures ).
49. Saint Jérôme écrivait son Prologue sur les Anachronisme Écritures . au plus tard en 392 2, dans la
frappant , . . ,
de l'écrivain Palestine où il a toujours vécu depuis. N'est-il P i osophe. pag a(jrnira]Die ç\Q \g voir ici fleurir à Borne en 405, date précise de la décrétale du Pape Innocent, de l'aveu même de Leibniz3 ? N'est-ce pas le comble du prodige de le voir fleurir encore à Rome , à la fin du ve siècle , époque
1 Lettre de Leibniz , ubi suprà , § xcm , pag. 433.
2 Voyez Valarsi , S. Hieron. VU. cap. 21 , int. oper. S. Hieron., tom. xi , edil. Veron., col. 120.
3 Voir plus haut, pag. 313.
du Concile Romain sous le Pape Gélase, c'està-dire , plus de soixante-clix ans après sa mort ' ? Mais laissons ces erreurs chronologiques , qui ne manquent pas néanmoins de portée sous la plume de Leibniz , et allons au fond des choses»
« Saint Jérôme a toujours soutenu que les » livres" proprement divins et canoniques du » vieux Testament, ne sont que ceux du canon » des Hébreux 2. »
Ce Père a toujours soutenu la divinité par excellence des livres non compris dans le canon des Hébreux. Pour éviter les redites , qu'il nous soit permis de renvoyer le lecteur aux passages déjà rapportés 3 , où se manifeste la doctrine expresse, précise et constante du saint Docteur.
« Est-il possible de s'imaginer que ce grand 50.
» homme aurait osé s'opposer à la doctrine de Fanx préjugés
. • de Lciliniz
» rLglise de son temps , et que personne ne » l'en aurait repris, pas même Ruffin, qui » était aussi du même sentiment , et tant d'au- » très adversaires qu'il avait ; et qu'il n'eût
1 On sait que S. Jérôme est mort dans l'année 420 , et que le décret du Concile Romain est de 494.
2 Lettre de Leibniz, ulji suprà.
3 Voir ci-dessus , pag. 122 , i 40 , 138 , 167 , 181 , etc.
sur l'opinion de S. Jérôme.
3> jamais fait l'apologie de son procédé, comme 2> il a fait pourtant en tant de rencontres de » moindre importance1 ? »
Il est vrai , tout cela ne se conçoit pas , au point de vue de Leibniz ; mais tout cela s'explique aisément , dans le sentiment des catholiques. Ne craignons pas de le répéter, saint Jérôme reconnaît , avec Y Église de son temps 3 l'inspiration de nos livres bibliques. Comment donc s'étonner que personne ne l'ait repris de s'opposer a la doctrine de l'Église , et qu'il n'ait jamais fait l'apologie de sa conduite? S'il laisse échapper, une seule fois , certaines expressions qui , au sentiment de Rvffîn , attaquent la divinité des fragments de Daniel , on a vu avec quelle véhémence son fameux adversaire s'élève contre lui. Et le grave Docteur n'a-t-il pas hâte de repousser l'accusation, et de protester qu'il ne s'est jamais écarté de l'enseignement des Églises12 ?
« 11 est sûr que l'ancienne Église latine n'a » point eu de Père plus savant que saint Jé- » rôme , ni de meilleur interprète critique ou y> littéral de la sainte Écriture, surtout de
i Lettre de Leibniz, ubisuprà, pag. 434. 2 Voir plus haut , pag. 73 et 74.
» l'ancien Testament , dont il connaissait la » langue originale : ce qui a fait dire à Al- » phonse Tostatus , qu'en cas de conflit , il » faut plutôt croire à saint Jérôme qu'à saint » Augustin, surtout quand il s'agit du vieux » Testament et de l'histoire, en quoi il a sur- » passé tous les docteurs de l'Église 4. »
Nous souscrivons d'autant plus volontiers aux éloges donnés à cet excellent Docteur, qu'ils rehaussent une autorité constamment favorable à nos livres sacrés. Observons cependant que le témoignage de saint Jérôme , quelle qu'en soit la valeur, n'est après tout qu'un seul anneau de cette longue chaîne traditionnelle, sur laquelle il ne saurait l'emporter.
« J'ai déjà cité son Prologus Galeatus , 51-
» qui est la Préface du livre des Rois ; mais » qu'on met, suivant l'intention de l'auteur, de s. j
invoques
» au-devant des livres véritablement canoniques par Leibniz. » du vieux Testament, comme une espèce de 1#« passage, » sentinelle pour défendre l'entrée aux autres. » Voici les paroles de l'auteur : Hic Prologus » Scripturarum 3 quasi Galealum Princi- » pium , omnibus libris quos de hebrœo ver-
i Lettre de Leibniz , ubi suprà.
Discussion des passages
tire du Prologue
sur les Ecritures.
L'auteur du système
déplace la question.
323 IA BIBLE IISCTILÉE
y> timus in latinum, convenire potest. Il semble » que ce grand homme prévoyait que l'igno- » ranee des temps et le torrent populaire fory> cerait la digue du véritable canon , et qu'il » travailla à s'y opposer. Mais la sentinelle » qu'il y mit, avec son casque, n'a pas été » capable d'éloigner la hardiesse de ceux qui » ont travaillé à rompre cette digue , qui sé- » parait le divin de l'humain.... Or il comptait » tantôt vingt-deux , tantôt vingt-quatre livres d du vieux Testament ; mais en effet toujours » les mêmes *. »
Le philosophe-théologien déplace évidemment la question. Il ne s'agit pas de savoir si le catalogue des livres que saint Jérôme a traduits de l'hébreu en latin } auxquels seuls le Prologue peut convenir 3 ne contient pas les livres rejetés par la Réforme ; mais si la Tradition de F Église chrétienne , mais si saint Jérôme lui-même témoignent de la parfaite divinité des écrits étrangers au canon des Hébreux. La question ainsi posée est déjà résolue. C'est donc calomnier grossièrement l'Église Romaine que de l'accuser d'avoir travaillé à rompre la digue qui séparait le divin de
1 Lettre de Lei
uniz , uoi supra.
l'humain , en se laissant entraîner par Yignorance des temps et le torrent populaire.
« Il s'explique encore plus particulièrement 53. » dans ses Préfaces sur Tobie , sur Judith, et 2-mePassa§e>
tire
» ailleurs : quod talium àuctoritas ad robo- de la Préface
. . sur les livres
» randa ea qnœ in conlentionem venumt mi- de Tobie
et de Judith.
11 milite contre
» nus idonea judicatur1. »
Leibniz a-t-il bien pu se persuader que saint Jérôme estimât le livre de Judith im- !e système, propre à confirmer les points contestés? N'at-il pas vu le savant Docteur assurer, au même endroit , s'être déterminé à traduire ce livre , parce qu'ow lisait que le Concile de Nicée l'avait compté au nombre des divines Écritures? Un livre qui , dans la pensée de saint Jérôme, avait en sa faveur un si imposant témoignage eût-il été, aux yeux de ce Père, un écrit purement humain ? Mais la surprise redouble , quand un esprit aussi pénétrant que Leibniz ne soupçonne même pas que le texte par lui invoqué prête de nouvelles armes à ses adversaires. L'illustre Docteur ne dit point , comme le suppose notre philosophe , V autorité de tels Livres n'est pas propre à établir les dogmes controversés. 11 se borne à dire « qu'ora
1 Ibid. , § xcv , pag. 435.
328 LA BIBLE miILÉE
» juge leur autorité moins propre a cet effet, » tahum auctorilas minus idonca j udicatur . » Elle est donc propre , elle suffit , bien qu'on estime qu'elle n'a pas le même degré d'aptitude , la même force convaincante , a l'égard des contradicteurs, que les livres du canon primitif. De là ce qu'ajoute saint Jérôme, après avoir cité contre les Pélagiens l'Ecclésiastique et la Sagesse : « De peur que vous ne veniez » à contester l'autorité de ce dernier livre, » écoutez l'Apôtre , » etc. El ne forte huic volumim ' contradicas , audi Apostolum , etc.1 54. « Saint Jérôme , parlant du livre de Jésus ,
3.me et /•,.■« » {ils cle Sirach ( l'Ecclésiastique ) , et du livre
passages ,
tirés » nommé faussement la Sagesse de Salomon ,
wïPs'î£arCees » dit : S'icut Juduh et Tobiœ et Machabœode Salomon. » rum lilros legit quidem Ecclesia y sed in » canonicas S crip titras non recipit ; sic et » hœc duo volumina (Sapientiam et Ecclesias- » ticum ) legit ad œdificationcm plebis , non » ad auctoritatem ecclesiasticorum dogmatum » confirmandam. Rien ne saurait être plus » précis ; et il est remarquable qu'il ne parle » pas ici de son sentiment particulier , ni de
1 S. H-ie-ron. Dialog. contra Pelagian., lib. ï> n. 34 , tora. n , col. 731 , edit. Veron.
» celui de quelques savants , mais de celui de » l'Église : Ecclesia, dit-il, non recipit. Pou- » vait-il ignorer le sentiment de l'Église de son » temps ? ou pouvait-il mentir si impudem- » ment , comme il l'aurait fait sans doute , si » elle avait été d'un autre sentiment que » lui * ? »
La difficulté est complexe : 1.° Au sentiment de saint Jérôme , l'Église ne reçoit pas les livres de Judith; de Tobie et des Macliabècs ; 2° V Église ne lit pas non plus F Ecclésiastique et la Sagesse , pour confirmer les vérités dogmatiques.
Voyons si rien ne saurait être plus précis 55
que ces assertions. Et d'abord , saint Jérôme affirme-t-il absolument que l Église ne reçoit sur pas les livres de Judith , de Tobie et des Ma- Passa°echabées? Non. L'Église, dit-il, ne les reçoit pas dans le canon , ou parmi ses Écritures canoniques , in canonicas Scripluras non recipit. Or, autre chose est un livre qui n'est pas reçu dans le canon, autre chose un livre qui n est pas reçu comme inspiré : différence telle, au jugement de saint Jérôme lui-même, qu'encore qu'il n'ait pas inscrit nos livres bi-
1 Lettre de Leibniz , ubi suprà , pag. 435-36.
Réticence de Leibniz
icme
bliques dans le catalogue sacré , il ne laisse pas de se prononcer hautement pour leur divine inspiration.