LA BIBLE PROFANÉE
L'un a corrompu le texte, l'autre le sens. (Tertull. De Prescript.
Respect dû à la parole de Dieu.
Après avoir proclamé la divinité et la canonicité des Livres sacrés, le Concile de Trente, dans sa quatrième session, formula le décret suivant, d'abord pour indiquer quelle version devrait être regardée comme authentique et officielle, et ensuite pour régler l'usage que les chrétiens doivent faire de la parole de Dieu.
« Le même saint Concile, considérant qu'il
— 5o — ne serait pas d'une petite utilité à l'Eglise de Dieu de faire connaître entre toutes les éditions latines des saints Livres qui se débitent aujourd'hui quelle est celle qui doit être tenue pour authentique (i), déclare et ordonne que cette même édition ancienne et Vulgate, qui a déjà été approuvée dans l'Église par le long usage de tant de siècles, doit être tenue pour authentique dans les thèses, la prédication, les explications et les leçons publiques ; et que personne, sous quelque prétexte que ce puisse être, n'ait assez de hardiesse ou de témérité pour la rejeter.
« De plus, pour arrêter et contenir les esprits inquiets et entreprenants, il ordonne que dans les choses de la foi ou de la morale, même en ce qui peut avoir relation au maintien
(1) Dne version authentique est colle qui, dans les choses relatives à la foi, et aux mœurs représeute suffisamment la substance et la force du texte inspiré.
Bellarmin, Dissertation sur la Vulgate.
Bossuet, Instruction sur le N. T. de Trévoux.
Glaire, Introduction hist. et écrit, aux livres, etc.
de la doctrine chrétienne, personne, se confiant en son propre jugement, n'ait l'audace de tirer l'Écriture sainte à son sens particulier ou de lui donner des interprétations contraires à celles que lui donne et lui a données la sainte mère l'Eglise, à qui il appartient de juger du véritable sens et de la véritable interprétation des saintes Écritures, ou bien opposées aux sentiments unanimes des Pères, encore que ces interprétations ne dussent jamais être mises en lumières. Les contrevenants seront dénoncés aux ordinaires et soumis aux peines portées par le droit.
« Voulant aussi, comme il est juste et raisonnable, mettre des bornes en cette matière à la licence des imprimeurs qui maintenant, sans règles et sans mesures, croyant, pourvu qu'ils y trouvent leur compte, que tout leur est permis, non-seulement impriment sans permission des supérieurs ecclésiastiques les Livres mêmes de l'Écriture sainte avec des explications et des notes de toutes mains indiffé-
remment, supposant bien souvent le lieu de l'impression et souvent même le supprimant tout à fait, aussi bien que le nom de l'auteur, ce qui est encore un abus considérable ; mais qui se mêlent aussi de débiter au hasard et d'exposer en vente sans distinction toutes sortes sortes de livres ; le saint Concile a résolu et ordonné qu'au plus tôt l'Écriture sainte, particulièrement selon cette édition ancienne et Vulgate, soit imprimée le plus correctement qu'il soit possible, et qu'à l'avenir il ne soit permis à personne d'imprimer ou de faire imprimer aucuns Livres traitant des choses saintes sans le nom de l'auteur, ni même de les vendre ou de les garder chez soi s'ils n'ont été examinés auparavant et approuvés par l'Ordinaire, sous peine d'anathème et de l'amende pécuniaire portée au canon du dernier Concile de Latran ; et s'ils sont des réguliers, outre cet examen et cette approbation, ils seront encore obligés d'obtenir permission de leurs supérieurs, qui feront la revue de ces livres suivant
la forme de leurs statuts. Ceux qui les débiteront ou en feront courir en manuscrit sans être auparavant examinés et approuvés, seront sujets aux mêmes peines que les imprimeurs, et ceux qui les auront chez eux ou qui les liront, s'ils n'en déclarent les auteurs, seront eux-mêmes traités comme s'ils en étaient les auteurs propres. Cette approbation que nous désirons à tous les livres sera donnée par écrit et sera mise en vue à la tête de chaque livre, qu'ils soient imprimés ou écrits à la main, et le tout, c'est-à-dire tant l'examen que l'approbation, se fera gratuitement, afin qu'on n'approuve que ce qui mérite approbation et qu'on rejette ce qui devra être rejeté.
« Après cela, le saint Concile désirant encore réprouver cet abus insolent et téméraire d'employer et de détourner à toutes sortes d'usages profanes les paroles et les passages de l'Ecriture sainte, les faisant servir à des railleries, à des applications vaines et fabuleuses, à des flatteries, à des médisances et jusqu'à des supersti-
tions, des charmes impies et diaboliques, des divinations, des sortilèges et des libelles diffamatoires, ordonne et commande, pour abolir cette irrévérence et ce mépris des paroles saintes, et afin qu'à l'avenir personne ne soit assez hardi pour en abuser de cette manière ou de quelque autre que ce puisse être, que les évêques punissent toutes ces sortes de personnes par les peines de droit et autres, comme profanateurs et corrupteurs de la parole de Dieu (i). »
Dans la session suivante, le même Concile ordonne aux évêques, archevêques et autres ordinaires des diocèses, de prêcher souvent la parole de Dieu, de la faire lire pendant leurs repas, d'instituer des cours réguliers où l'on expliquera l'Écriture sainte, de faciliter l'accès de ces cours en les rendant complètement gratuits, de nommer des prédicateurs capables de faire connaître ce trésor au peuple chrétien.
(1) Concil. Trid. sessio quarta, decr. de can. Script.
Ces sages prescriptions ne sont pas nouvelles. Dépositaire et interprète de la parole de Dieu, l'Église catholique n'a jamais failli à la mission que lui imposait ce double titre. Toujours elle a veillé sur la pureté du texte, sur la fidélité des traductions. De peur de voir diminuer le trésor précieux qui lui a été confié, elle en recueille avec respect et amour les fragments contenus dans la Tradition. Elle recommande aux prêtres de les expliquer régulièrement aux fidèles ; elle veut que les uns et les autres ne remploient jamais qu'à des usages dignes, salutaires, convenables.
Quelle conduite différente va exciter notre tristesse et notre indignation ?
Livres saints mutilés.
La première profanation que les protestants ont fait subir à l'Écriture sainte consiste, comme nous venons de le voir, dans sa mutila-
tion. Nous avons distingué trois classes de critiques, selon la grandeur de la brèche que leurs attaques avaient faite aux saints canons ; nous n'aurions dû parler que d'une seule. Luther, arrachant une page à ce catalogue sacré, est aussi coupable que Neander le diminuant à son gré. Il en est des Livres saints comme des dogmes de la foi : le choix n'est pas permis. L'outrage infligé à une partie retombe sur le recueil tout entier. « Celui qui doute d'un seul article du Symbole est un hérétique en révolte contre le Christ et ses Apôtres et contre son Église, roc inébranlable de vérité (i) ; » ce sont les propres paroles de Luther que nous venons de citer. Un de ses disciples a prouvé en ces termes que lorsque la raison privée refuse l'inspiration divine à un seul passage, il en dépouille l'Écriture tout entière.
« Où s'arrêteront-ils dans ce chemin où ils sont entrés ? et par quelle raison y arrêteront-
(1) Audin, II. 219.
ils à leur tour ceux qui voudraient aller plus loin qu'eux ? Ils osent corriger une parole de la parole de Dieu ; de quel droit alors blâmeront-ils ceux qui voudraient y redresser le reste ? Êtres de trois jours, pendant qu'ils traversent cette terre en courant avec le Livre éternel de Dieu dans leurs mains , ils osent lui dire : Ceci, Seigneur, est digne de toi ; ceci n'est pas digne de toi. Ils prétendent trier euxmêmes dans les oracles de Dieu, y faire une part à la folie de l'homme, y séparer d'avec la pensée de Dieu les ignorances d'Isaïe ou de Moïse, les préjugés de saint Pierre ou de saint w Jude, le paralogisme de saint Paul, les superstitions de saint Jean ; lamentable témérité ! Nous leur répétons : Où s'arrêteront-ils dans ce travail funeste ? car ils 'vont se placer à la même table dont les Socin, les Grimaldi, les Priesley occupent un côté, et les Jean-Jacques, les Volney, les Dupuy, l'autre côté. Entre eux et Eichorn, entre eux et William Cobbett, entre eux et Strauss, où est la différence?
Elle est dans l'espèce, elle n'est pas dans le genre ; elle est dans la quantité des imputations, des erreurs et des irrévérences, elle n'est pas dans la qualité ; il y a différence dans la hardiesse, il n'y en a point dans la profanation (i). »
Inspiration niée.
C'est bien pire lorsqu'on voit des protestants regarder le canon des Écritures comme un recueil de livres profanes, nier ou limiter son autorité, refuser aux auteurs sacrés toute inspiration ou soutenir que cette inspiration n'embrasse qu'une partie de l'Écriture. « Il est des Livres, dit Celleriei*, comme Esdras et Néhémie, qui ne sont point présentés comme inspirés et qui n'y prétendent point (2). »
(1) Gaussen, Théopneustie, 293.
(i) Manuel d'Herméneutique, 251.
« Tout n'est pas également inspiré dans le sainte Bible, dit Twestin ; si Ton n'admet pas d'erreurs dans le détail des récits évangéliques, on se jette pour les expliquer dans des difficultés inextricables (i). »
D'après de Wette ;
» Ce n'est pas par inspiration du Saint-Esprit que les Livres ont été composés ; nous n'attribuons à leurs auteurs qu'une action divine de la nature, une puissance intérieure, semblable aux autres forces vitales de la nature (2). » Voilà les écrivains sacrés placés audessous de la sibylle antique, que Martial nous montre en communication spéciale avec un dieu qui lui inspire ce qu'elle doit dire :
Afflatam propiore deo et divina sonantem ; tout au plus au rang des poètes :
Ingenium cui sit, cui .mens divinior, selon l'expression d'Horace :
(1) Vorlesurgeti iïber die dogmatik, I, 421.
(2) Vorlesurgeti iïber die dogmatik, I, 424.
On trouve les mêmes idées dans les Institutions théologiques de Wegscheider, la Dogmatique de Baugmartin, les leçons de Rainahart, les brochures de Barhdt et les écrits de Schérer.
« Je pose en principe, lisons-nous dans Balhauser, que, pour qu'un Livre saint soit connu comme inspiré, il faut qu'il ait Tordre et le sceau de Dieu pour pouvoir s'abriter au grand four de la vérité, ce qui ne s'est jamais vu ni pour le recueil de l'Ancien Testament ni pour celui du Nouveau, parce que ni l'un ni l'autre ne sont la parole de Dieu et même ne pourraient l'être, parce que nécessairement elle se serait corrompue à travers les siècles, sur cette terre de mensonges et de misères. Mais seulement dans ces Livres se trouvent çà et là des paroles de Dieu comme retrouvées dans la ruine des siècles. J'ai démêlé la parole de Dieu des faillibilités humaines ; cela m'a suffi et suffira à celui qui a reçu dans son cœur cette
— 6î — marque caractéristique des enfants de Dieu, l'amour de la vérité (i). »
Pour celui-ci, la doctrine de l'Ancien comme du Nouveau Testament est imparfaite (2).
Pour cet autre, il importe peu de savoir si un auteur cité est inspiré ou non, puisque, même dans cette hypothèse, il peut errer.
« L'inspiration dans l'homme ne préserve point de toute faiblesse. Si vous voulez trouver dans la Bible l'existence d'une infaillibilité absolue, mettez-vous à l'œuvre, vous aurez beaucoup à faire. Ce que vous ne pouvez faire honnêtement, c'est de fabriquer une foi avec le mélange impur de vos propres pensées et de faire violence en même temps et à celui qu veut croire et à celui qui veut raisonner (3). »
« L'autorité de la Bible, a écrit M. Athanase Coquerel, n'est point absolue parce que Dieu n'a pu rendre aucun homme omniscient ou in-
(1) Balhauser, Crit. hist. de la Bible, p. 2, c. 3.
(2) David Georges. Mosheim. II. 484.
(3) Essais et revues, par Temple William.
faillible . On ne peut nier que les Livres saints ne contiennent quelques contradictions et quelques erreurs de fait ; il y a un double danger d'exagérer l'autorité des écrivains sacrés (i). »
Luther, le premier, avait marché dans cette voie : « Moïse, dit-il, avait une langue, mais une langue embarrassée qui balbutiait, qui ne disait rien de clair ni d'éloquent, une langue qui ne disait rien de gracieux, mais une langue de colère, de mort et de péché. Recueillez toutes les paroles de sagesse de Moïse, des philosophes Gentils, et vous trouverez qu'elles n'expriment que l'idolâtrie ou que l'hypocrisie, ou que, si c'est en matière politique, c'est une sagesse de colère ; car la bile et le fiel débordent des Livres de Moïse (2) . »
Il ne parle pas des Apôtres avec plus de respect. Il soutient que « Pierre, le plus grand des Apôtres, vivait et enseignait contrairement
(1) Lien, 6 mai 1853. Affirmation chrétienne. (1) Luther, In Psalm. 45.
à la parole de Dieu (i) ; que St Jacques a écrit une épître de paille, etc. »
Traductions infidèles.
Faut-il s'étonner, après cela, de rencontrer tant d'infidélités dans les traductions protestantes ? Comment avoir souci de rendre exactement un texte que l'on méprise ? « Si je puis me flatter, dit Luther, de réunir tous les dons nécessaires au traducteur d'une œuvre divine, j'ose dire que cette Bible allemande est plus claire et plus sûre que la Bible latine. Si la paresse et l'immobilité des imprimeurs ne vient gâter mon œuvre, je suis sûr qu'elle sera préférable à la version des Septante (2). »
(1) Luther, Comm. in Epist. ad Gai.
(2) Luther, Bible. Préf. Audin, II, 560.
Beaucoup do gens croient que c'est Luther qui, lo premier, a traduit la Bible en langue vulgaire. C'est une erreur grossier» ;
Hélas ! les imprimeurs ne manquèrent ni d'activité ni d'habileté ; mais leurs coreligionnaires eurent bientôt à signaler les défauts nombreux de l'œuvre qu'ils venaient de publier.
Osandre accusa Luther d'avoir falsifié la Bible. Munster le traita d'interprète ignorant et téméraire, qui voulut faire sa traduction sur le texte primitif qu'il ne connaissait pas suffisamment, et le força d'avouer qu'il avait été souvent trompé par les gloses des rabbins. Zwingle l'appela corrupteur adultère des saintes Écritures. Bauer affirme que sa version est
une foule de versions en langue moderne avaient été publiées avant :
3 en belge, dont celle de Cologne, publiée en 1476.
2 en espagnol, dont l'une faite en 1280.
2 en français, dont une connue sous le nom do Desmoulins. 1 en goth.
3 en italien, la plus ancienne en 1270.
1 en bobémien, publiée à Prague en 1488. 1 en anglais.
1 en anglo-saxon.
6 en allemand, la première connue en 800, la dornière à Mayence en 1402.
Voir Lelong, Bibliotheca sacra,
remplie d'erreurs ; Vincel, qu'elle corrompt, allonge ou mutile le texte primitif. Emser y relève quatorze cents hérésies ou mensonges ; Serrarius, deux mille passages altérés, dont mille dans le Nouveau Testament. Cochlée assure que les changements, les retranchements, les additions et les contre-sens y fourmillent (i). Enfin Philippe Mornixius soutient qu'aucune version ne s'écarte plus que celle de Luther du texte authentique (2).
Presque toutes ces altérations sont graves et portent sur des passages qui expriment un dogme ou un précepte de morale.
Citons quelques exemples :
St. Paul dit aux Romains : « Nous pensons que l'homme est justifié par la foi » (III,
(1) Slulta immulavit, multa decerpsit, multa addidit et in alium sensum.
Cherubino, Apparatus biblicus, tom. IV, p. 157 FI. Raymond, De Orig, hœres. 1. 1. c. 14.
(2) Ap. Luther, tom. II. De sacrum.
Perrone, le Protestantisme et la règle de foi. III, p. 31.
•28). Luther ajoute un mot qui modifie le sens et traduit : « Nous pensons que l'homme est justifié par la foi seule. »
St. Jacques avait dit : « Efforcez-vous de plus en plus d'affermir votre vocation et votre élection au ciel par les bonnes œuvres. » Luther retranche ce mot « par les bonnes œuvres. » — Protestants et catholiques lui demandèrent quel motif l'avait poussé à altérer ainsi le texte sacré : « J'ai ajouté le mot seul, dit-il, et il restera ; je le veux, je l'ordonne, que ma volonté serve de raison. » Au chapitre XV des Actes, vers. 41, il supprime cette phrase : « leur ordonnant de garder les préceptes des Apôtres . »
Nous lisons dans saint Jacques, IV, 6 : « C'est pourquoi Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles. » Luther a omis ce passage. Il a encore retranché ces mots : « par les bonnes œuvres, » dans la seconde Épître de saint Pierre (II, 10), et ceux-ci : « abstenez-vous de la fornication, » qui se
lisent dans la seconde aux Thessaloniciens (IV, 3).
St. Jude avait écrit : «■ Dieu peut vous conserver sans péché ; » la version de Luther change le dernier mot et dit : « Dieu peut vous conserver sans tentation . »
L'oraison dominicale porte : « Que votre nom soit sanctifié ; » Luther traduit : « Ton nom est saint. » UAve gratia plena devient sous sa plume Ave amabilis, et Yaliquod coinquinatum de l'Apocalypse, excluant du ciel, se change en nihil commune. A chaque page on découvre la préoccupation du traducteur hérétique et du moine parjure à ses vœux qui soutenait l'inutilité des œuvres, le défaut de liberté dans l'homme et la licéité du vice impur.
On s'empressa de publier d'autres traductions, mais leurs auteurs ne se montrèrent ni plus respectueux pour le texte sacré ni plus habiles à le traduire. Calvin, dans son Harmonie, fait violence à la lettre de l'Evangile ; il se permet des transpositions, des additions au
texte sacré (i). Les versions de Munster, de Châtillon, de Léon, de Juda, de Tremelius, présentent une foule d'altérations. Luther traitait de fous et de démons ceux qui avaient aidé Zwingle dans sa traduction de la Bible. La traduction d'Œcolampade est condamnée par Bèze ; celle de Bèze est réprouvée par Castillon. Diodati intercale dans la sienne tout ce qui peut favoriser ses erreurs (2). La version calviniste de René Benoît est censurée à son apparition par la Faculté de Théologie de Paris (3). Le Père Coton et Niquet recueillent par centaines les altérations dont fourmillent les diverses éditions publiées en langue vulgaire à Genève, depuis Calvin jusqu'à l'année 1690 (4), et celles d'Angleterre ne sont pas plus fidèles (5). D'après Tunstal, évêque protestant, la première traduction anglaise renferme deux mille er-
(1) Dumoulin, Transi. Testam. Nov., fol. 110.
('2) Cherubino do saint Joseph. Appaf. critiq. lom. 3 et 4.
(3) Censure approuvée, en 1757, par Grégoire XIII.
(4) Coton, Genève plagiaire. — Niquet, Errores deprehensi , (ù) Mjlnet, Fin de la conlrov. relig. L. XY.
reurs. « Elle est si corrompue, dit Brougthon, qu'elle est cause que des milliers d'âmes vont dans les flammes éternelles (i). »
Aussi, dans la conférence qui eut lieu à Londres en 1624, entre les anglicans épiscopaux et les protestants, fut-il proposé à Sa Majesté : « Qu'il y eût une nouvelle translation de la Bible, d'autant que celles qui ont été reçues esrègne du roi Henri VIII et d'Edouard VI étaient corrompues et ne répondaient à la vérité de l'original. Et sur ce, Sa Majesté souhaita que l'on avisât voirement à quelque uniforme translation. Il disait n'avoir encore vu aucune Bible bien traduite en anglais, mais qu'il jugeait que la pire de toutes était celle de Genève et qu'il y fût travaillé par les doctes personnes de l'Université, et qu'il avait trouvé ès-notes qui sont ajoutées de la Bible de Ge-
(t) Les traducteurs font dans lour préface un aveu remarquable. « Nous no sommes pas sûrs, disont-ils, d'avoir donné dans chaque passage la parole de Dieu. » Pourquoi cos paroles no sont-elles pas en tète de toute traduction non approuvée par l'Église ?
nève des notes fort partiales, fausses, séditieuses, et ressentant par trop les desseins d'une âme dangereuse et très-perverse. »
Les traductions plus récentes ne sont pas plus exactes.
Les versions luthériennes, calvinistes, zwingliennes, sont aujourd'hui abandonnées. Voyons si les nouvelles méritent moins de reproches. Le ministre Monod, M. de Gasparin, M. Girod, de Liégo, le méthodiste Gaussen, nous en assurent et traitent de calomniateurs ceux qui prétendent que les versions dictées par la Société biblique ne sont pas exemptes de toute altération (i). Voici des faits qui prouvent que l'objection des théologiens catholiques n'est que trop fondée.
(I) Monod, Lucile, 322, — Ad. Gasparin, Intérêts généraux, etc., 5,
Lors de la révolution romaine, en 1849, les démagogues crurent que le moment favorable d'introduire le protestantisme dans Rome était venu et jugèrent qu'un des moyens capables de faciliter la réalisation de ce projet était de publier une édition populaire de la Bible en langue italienne. De quelle traduction fit-on choix ? de celle de Diodati, une des plus condamnables au double point de vue de l'intégrité et de la fidélité (1).
Qui ne connaît l'affaire des époux Madiaï ? Les deux émissaires religieux et politiques de l'Angleterre débarquèrent en Toscane en 1 853 et commencèrent la distribution des Bibles en langue vulgaire. La femme Madiaï, au moment de son arrestation, en avait déjà placé, elle seule, plus de 11,000 exemplaires. Or, c'était une version faite à Londres aux frais de- la Société biblique, et dans laquelle on a compté
(1) Tablet, 9 juillet 1849.
jusqu'à seize cents altérations du texte original (i).
J'ai sous les yeux l'édition que la Société biblique française et étrangère a publiée en un grand nombre de tirages, chacun de plusieurs miliers d'exemplaires, et semblable à l'édition de la grande Société biblique de Londres. C'est la sainte Bible ou l'Ancien et le Nouveau Testament, d'après la version revue par Ostervald,
Cette traduction ne brille pas par sa fidélité; qu'on en juge par la comparaison des passages suivants :
Luc, II. 14. Traduction d'Oster-
vald.
Gloire à Dieu au Gloire soit à Dieu plus haut des cieux, au plus haut des cieux, paix sur la terre aux paix sur la terre ,
(1) Pcrrono, Le Protestantisme et la règle de foi, II. 157. Tablet, mars 1853. — Annales catholiques de Genève, 1853, quatre Mvres.
hommes de bonne vo- bonne volonté aux lonté. hommes.
Thessal., II. id.
C'est pourquoi, mes C'est pourquoi, mes frères, demeurez fer- frères, demeurez fermes et retenez les tra- mes et retenez les enditions que nous avons seignements que nous apprises, soit de vive vous avons donnés voix, soit par notre soit de vive voix, soit lettre. par notre lettre.
i Tint, II. 5.
Il y a un médiateur II y a un seul mé-
entre Dieu et les hom- diateur entre Dieu et
mes. les hommes.
E^échias, XX. 8.
Ils m'ont irrité et ils Ils m'ont irrité et ils
n'ont pas voulu m'é- n'ont pas voulu m'é-
couter ; chacun d'eux coûter ; .aucun d'eux
n'a point rejeté ce qui n'a rejeté ce qui souil-
souillait leurs regards, lait leurs regards,
Actes des Apôtres, XIV. 22.
Ayant ordonné des Après avoir prié et prêtres en chaque égli- jeûné, ils établirent se avec des prières et des anciens dans chades jeûnes. <}ue église.
Dans le premier passage, la version protestante se rapproche de la version janséniste de Sacy : « paix aux hommes chéris de Dieu. »
Le second fournissait aux catholiques une preuve de l'existence des traditions. Elle est affaiblie par la substitution du mot enseignement à celui de traditions.
Dans le troisième, le traducteur protestant a ajouté le mot « seul » pour exclure le culte des Saints-, et, en substituant dans le quatrième l'expression générale et indéfinie. « aucun » à l'expression singulière « chacun, » il favorise la doctrine de Calvin sur le libre arbitre.
Dans le dernier, il a supprimé le mot « ordonné » pour mettre à sa place le mot « établi. » Une autre version de la Société biblique
altère le texte d'une manière plus grave encore. Elle porte : « Après que sur l'avis de rassemblée ils eurent établi des anciens dans chaque église »; c'est supprimer tout à la fois les prières, les jeûnes et le sacrement de l'Ordre.
Nous pourrions multiplier ces citations et prouver que la version éditée par la Société biblique a altéré la parole de Dieu en une foule de passages ; mais c'est surtout sous le rapport de la canonicité des Livres que nous devons la considérer en ce moment. La Bible d'Osterwald renferme-t-elle toute l'Écriture sainte, et ne renferme-t-elle qu'elle ? Je regarde la Table indiquant les Livres dont se compose l'Ancien Testament, et je ne trouve que trente-huit Livres (au lieu de quarante-cinq). Ont été éliminés en entier: les Livres de Tobie, de Judith, la Sagesse, l'Ecclésiastique, le prophète Baruch et les deux Livres des Machabées. Dans le Livre de Daniel, je cherche en vain la prière d'Azarias, le Cantique des trois enfants dans la fournaise, l'histoire de la chaste Suzanne et la
destruction de l'idole de Bel. Le Livre d'Esther n'a que dix chapitres au lieu de seize.
Autorité des deutérocanoniques.
Quel motif a porté les directeurs de la Société biblique à faire cette soustraction totale ou partielle de neuf Livres sacrés ? Ont-ils voulu, comme les éditeurs d'Amsterdam et de Cologne, rendre le volume plus mince et plus commode ? Non, car ils ont montré un art admirable à vaincre les difficultés typographiques.
Est-ce parce que ces livres n'ont pas eu les suffrages unanimes des diverses Sectes qui ont existé dans les premiers siècles de l'Église ? Mais l'histoire nous apprend que les Ébionites rejettaient les Épîtres de St. Paul, que les Gnostiques ne lisaient pas les Psaumes, que les Pelages ne voulaient pas de l'Évangile de St. Jean, les Sévériens des actes des Apôtres, Théodore de Mopsueste, des Proverbes et de
l'Ecclésiaste; et cependant tous ces Livres figurent comme canoniques dans la grande publication protestante.
A-t-on exclu les deutérocanoniques parce qu'ils ne contiennent point de prophéties? On n'en lit point non plus dans Ruth et les Proverbes; pourquoi les a-t-on conservés ?
Exige-t-on, pour qu'un Livre fasse partie du saint canon, qu'il contienne des vérités dogmatiques? Il faudrait alors en éliminer le Cantique des Cantiques et une foule de Psaumes qui ne renferment que des vérités morales.
Nous avons exclu ces Livres « parce qu'ils ne sont cités ni par Notre-Seigneur, ni par les Apôtres(i).»Vous avez eu tort. Dans les discours de Notre-Seigneur et les écrits des Apôtres il est souvent fait mention au contraire de la plupart de ces livres. Nous lisons dans St. Jean : « Vos pères se sont nourris de la manne dans le désert, selon qu'il est écrit: Vous leur avez donné
;t) Manuel de la Bible, p. 8!,
à manger un pain venu du Ciel li). » Sicut scriptum est ! Quel est donc ce livre que cite d'une manière si solennelle Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même ? Un livre qu'on ose appeler apocryphe, le livre de la Sagesse. Écoutez : « Vous avez donné à votre peuple la nourriture des anges, vous lui ave\ préparé et servi à manger un pain venu du Ciel (2).
Le Sermon sur la montagne contient ce passage: « Ce que vous voulez que les autres vous fassent, faites-le aux autres. Car c'est là la loi et les Prophètes (3). » Hœc est enim lex et prophetœ. Voilà bien le corps des Écritures indiqués. Quel est donc ce livre ainsi canonisé par la bouche même du Fils de Dieu : Un livre qu'on ose traiter à' apocryphe. Celui de Tobie : « Ce que vous ne voulez pas que les autres vous fassent, ne le faites pas aux autres (4). » Jésus,