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l'administrer validement. Dans quel endroit de l'Écriture se trouvent ces vérités de foi ?
Et la manière de célébrer la Cène, où les calvinistes l'ont-ils trouvée ? Jésus-Christ, après l'avoir instituée, dit bien de faire cela en mémoire de lui ; mais il ne dit pas de répéter les paroles sacramentelles. Et l'abolition du sabbat, où est-elle décrétée dans l'Écr iture ? le repos du dimanche, où est-il ordonné ? Et l'existence, la nature et le nombre des Livres canoniques, où sont-ils indiqués ? On pourrait multiplier les questions : la même réponse suffit à toutes. C'est que ce prétendu symbole, La Bible, rien que la Bible, est un mensonge. Les protestants rejettent la Tradition en parole, en fait ils l'admettent. Et ils sont obligés de le faire. La validité du baptême des enfants, l'administration des sacrements, l'existence de la Bible, la nature et le nombre des Livres qui la composent, l'abolition du sabbat, l'observation du dimanche, la modification légitime de certaines prescriptions bibliques, sont autant de faits et de
— r33 — vérités capitales sur lesquels l'Ecriture Sainte se tait et qui reposent sur la Tradition.
Vraie nature de la Tradition.
Nous remarquerons, en passant, que la plupart de leurs écrivains définissent d'une manière très-inexacte la Tradition, peut-être pour se donner le plaisir de la combattre. Elle ne consiste pas, en effet, comme ils le prétendent, dans certaines formules, certaines paroles, et même dans un recueil de vérités communiquées par Jésus-Christ à ses Apôtres et transmises par eux à leurs successeurs ; la Tradition, dans le sens catholique, n'est rien moins que l'enseignement oral reçu des lèvres mêmes du divin Sauveur, et cet autre enseignement intérieur qui leur a été suggéré et inspiré par le Saint-Esprit; enseignement qui consiste, non dans de pures formules, dans de simples paroles, mais dans la vérité et dans les choses mêmes ; enseigne-
— i34 — ment qui s'incorpora pour ainsi dire à l'Eglise naissante, la pénétra aussitôt, la remplit tout entière, et depuis cette époque n'a pas cessé de vivre en elle, de s'y conserver et de s'y propager dans la suite des siècles, comme il s'y propagera et s'y conservera jusqu'à la fin du monde; enseignement qui avait atteint sa plénitude et sa possession avant même que fussent écrits les Livres de la nouvelle Alliance et qui, par conséquent, contenait déjà toutes les vérités qui depuis ont été en grande partie enseignées dans les Livres saints, mais vérités qui, bien loin de n'être qu'une lettre morte gravée sur un papier muet, ont toujours été des vérités vivantes ou vivifiées par la foi, par l'instruetion, par la vie pratique et par l'esprit intérieur du corps entier de l'Eglise ; enseignement qui n'a rien perdu de son autorité divine ni de sa pleine efficacité, ni de sa qualité et de sa dignité de règle, dont une partie a été rédigée par écrit de manière à former peu à peu le can&n du Nouveau Testament, dont les Livres incontestablement posté-
rieurs à cet enseignement traditionnel n'ont jamais offert, quoi qu'on en dise, qu'en partie la parole de Dieu. C'est le P. Perrone qui donne après tous les théologiens catholiques cette définition de la Tradition dans son ouvrage intitulé : Le Protestantisme et la règle de foi (i). Le même auteur résume en ces termes ce qu'il avait dit dans les Lieux théologiques sur les moyens dont la tradition se propage et se conserve dans l'Eglise.
« A peine l'enseignement oral des vérités chrétiennes eut été communiqué à l'Eglise formée par la prédication des Apôtres, qu'il fut incorporé et comme incarné, de manière que la Tradition devint une seule et même chose avec l'enseignement toujours vivant de l'Eglise ellemême. L'Eglise s'infiltra à son tour cet enseignement divin, se l'incorpora et l'incarna dans tous ses actes, je veux dire dans l'administration des sacrements, dans ses prières, dans sa
(1) Traduction de l'abbé Pelletier, t. 11, p. 13.
liturgie, dans son culte, dans ses catéchismes, dans ses rites, dans ses fêtes, dans ses conciles, dans ses formules ; il pénétra dans les écrits, depuis dans les actes des martys, dans les peintures, dans les sculptures, dans les pierres même sépulcrales, dans les inscriptions, dans l'histoire ; en un mot la vie intérieure et extérieure de l'Eglise même n'est devenue qu'une continuation et une manifestation de la Tradition. Ainsi la Tradition n'a jamais péri et elle ne pourra jamais périr pas plus que n'a péri ou ne pourra périr l'Eglise dont elle est comme la pensée intime, qui l'inspire et lui donne la vie. Et non-seulement elle ne pourra périr, mais elle ne pourra même jamais s'obscurcir ou se confondre avec les fausses traditions, parce que comme elle circule dans tant de canaux, dans tant de veines, il est impossible qu'elle éprouve jamais aucun changement ; ou, si elle venait à s'altérer ou à se corrompre par quelqu'une de ces veines, bientôt toutes les autres restées saines empêcheraient par leur in-
fluence cette altération ou cette corruption d'avoir des suites funestes. Joignez à cela l'infaillibilité promise à l'Église de Jésus-Christ et cette assistance que même des protestants ont cru indispensable pour empêcher l'altération des saintes Écritures, qui de leur nature sont bien plus sujettes à être altérées, que la Tradition prise dans le sens que nous avons exposé. Joignez à toutes ces considérations la vitalité de l'Eglise tenue dans cette activité par toutes les hérésies contre lesquelles il lui a fallu soutenir de rudes combats, des luttes terribles,et qui l'ont obligée à relire ses documents et à exposer ses titres qu'elles cherchaient à lui disputer. Joignez de plus l'enseignement journalier qu'elle distribue pacifiquement à ses enfants et contre lequel n'a jamais manqué de s'élever chaque hérésie partielle qui, si on le remarque bien, a toujours été une attaque contre quelque partie de cet enseignement.
« De là vient que l'Église, dans ses conciles, n'a pas eu bien de la peine à démêler l'erreur
— i3.8 — et à la condamner ; elle n'ayai^ pour cela qij'à consulter son enseignement du jour, sûre qu'il était le même que celui de la veille, transvasé pour ainsi dire dans l'âme de ses enfants. De là vient encore que les hérétiques eux-mêmes servent malgré eux à constater clairement quelle était la croyance de l'Église ou quelles étaient les vérités qu'elle admettait à l'époque où ils se sont élevés pour la combattre ; et plus les sectes sont nombreuses, plus est précieux le témoignage qu'elles leur rendent, même en les niant. De là le parti que savent en tirer les catholiques dans leurs polémiques contre les hérétiques en confondant les nouveaux par les anciens, en se servant de leurs ennemis mêmes pour combattre d'autres ennemis. De là enfin l'argument invincible et irréfutable qu'opposent les catholiques aux protestants, à qui ils prouvent ainsi l'accord de la doctrine actuelle de l'Église catholique avec celle des siècles passés (i). »
(1) Le l'rotettantùm» et la rtylt de la foi, II, ou
— ï39 — Le vigoureux apologiste de la Règle de la foi tire ensuite les conclusions suivantes :
« Tenons donc pour certain que renseignement journalier et toujours vivant de l'Église est une même chose avec la Tradition prise, dans son sens formel, pour les vérités enseignées de vive voix par les Apôtres, même avant qu'il y eût un seul Livre écrit de tout le Nouveau Testament. Tenons pour certain que la Tradition s'est propagée d'âge en âge avec l'Église elle-même. Tenons pour certain que la Tradition ne doit pas être confondue avec les moyens ou les instruments qui ont aidé à sa propagation et qui aident encore à la connaître pour les temps passés où était en vigueur cette Tradition même. Tenons pour certain que détruire la Tradition, ce serait détruire le vrai christianisme (i). *>
C'est de la Tradition frise dans le sens que nous venons de fixer qu'un écrivain protestant
(1) loc. cil. t. II, et 59.
a dit : « C'est la Tradition et non l'Écriture qui est le rocher sur lequel est fondée l'Église de Jésus-Christ (1). »
Les Protestants ne croient pas et ne font pas tout ce que dit la Bible.
Mais revenons aux nombreuses contradictions que l'Écriture sainte a journellement à subir de la part des protestants : nous les avons vus croyant autre chose que ce qu'elle dit ; les voici pratiquant autre chose que ce qu'elle ordonne. St. Paul veut que les fidèles se saluent les uns les autres par un saint baiser (2) ; que les hommes en entrant dans l'Église se découvrent la tête ; que les femmes, au contraire, prient Dieu la tête couverte d'un voile (3). Jésus-Christ veut qu'à son exemple ses disciples
(1; Lessing, Mémoires hist. et lilt. IV, 182.
(2) Rom. XVI, 16.
(3) 1 Cor. XI, 4, 13.
se lavent les pieds les uns aux autres (r) ; il leur défend de porter autre chose en allant prêcher l'Évangile que le souvenir de ses préceptes et une vive confiance en lui. Il ne leur permet ni sac, ni deux habits, ni souliers, ni bâton, ni bourse, ni or, ni argent (2) ; il recommande de ne jamais prêter serment, mais de s'en tenir cà une simple négation ou affirmation (3) ; il interdit tout procès et veut que nous abandonnions notre manteau à celui qui nous enlève notre robe (4) ; il condamne toute usure et exige qu'on prête au prochain sans rien attendre de ce service. »
Que font les protestants, au contraire ? ils croient que la pratique de l'antique baiser et du lavement des pieds n'est plus permise par nos mœurs. A l'entrée du temple calviniste ni les femmes ne se couvrent d'un voile, ni les
(t) Joau. XIV, 14.
(2) Mat. X, 9, 10.
(3) Mat. V, 34 et suit.
(4) Mat. V, 40.
— 14» — hommes n'ôtent leur chapeau ; le missionnaire évangéliste et l'agent biblique stipulent de larges émoluments avant d'entreprendre leur pérégrination ; tous défendent fort bien leur droit en justice et prêtent serment quand ils ont des raisons légitimes pour le faire ; aucun ne pense être mauvais citoyen parce qu'il stipule l'intérêt légal de l'argent qu'il prête. Nous n'avons pas à apprécier cette conduite au point de vue de la morale ; mais comment peuvent la légigitimer ceux qui font profession de faire ni plus ni moins que ce qui est recommandé dans la Bible ? Ce sont des conseils, dira-t-on, et non des préceptes. Je ne vois pas cette distinction dans le texte sacré, et s'il faut s'en rapporter à la forme, ce sont des préceptes formels. Quoi de plus impératif que ces passages ?
« Si quelqu'un veut plaider contre vous pour vous prendre votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau. — Prêtez sans rien en attendre. » — Quelquefois même l'ordre est fortement motivé : « Si donc je vous ai lavé
les pieds, moi qui suis votre Seigneur et votre maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné l'exemple afin que ce que je vous ai fait, vous le fassiez aux autres. »
Peut-on exiger un commandement plus solennel que celui qu'ont formule les Apôtres au Concile de Jérusalem ? « Il a semblé bon au St.-Esprit et à nous de ne vous point imposer d'autres charges que celles-ci, qui sont nécessaires, savoir : de vous obstenir de ce qui aura été sacrifié aux idoles, du sang, des chairs étouffées et de la fornication. Abstenez-vous de ces choses et vous ferez bien (i). » Or, aucun protestant ne s'informe de la manière dont on a tué un animal avant d'en acheter la chair qui doit servir à sa nourriture ; aucun ne croit engager sa conscience en usant de certains mets composés en partie du sang des animaux. Voilà donc un recueil de prohibitions dont quelques-
(I) Act. XV. '28, 99.
unes sont encore en vigueur et les autres sont tombées en désuétude. Quel principe faut-il suivre pour opérer ce triage ?
Nous trouvons encore dans la Bible de pompeuses descriptions des cérémonies et des sacrifices, et nous voyons dans l'Apocalypse (i) que ces fêtes religieuses, après avoir été pour les enfants de Dieu un moyen de sanctification, font partie dans le ciel du bonheur des élus. Comment se fait-il que le culte réformé soit repoussant de sécheresse et de nudité ?
Liturgie catholique fondée sur la Bible.
Je n'ai jamais pu assister au saint sacrifice de l'autel sans être frappé d'admiration. La beauté et la signification des cérémonies qui accompagnent la messe pontificale, rappellent tout un chapitre de l'Apocalyse et plusieurs pres-
il) Apoc. IV, V, el suiv.
— 14-5 — criptions liturgiques de l'ancienne loi, figure de la nouvelle. Qu'on en juge par les rapprochements suivants :
Usages Liturgiques. Passages de l'Ecriture.
Dans chaque église Je vis un trône dres-
il y a un autel ; sur se et quelqu'un assis
l'autel, un tabernacle sur ce trône,
où repose le saint Sa- Celui qui était assis
crement. paraissait semblable à
Les vases sacrés une pierre de jaspe et
sont en or, en vermeil de sardoine, et il y
ou en argent, et peu- avait autour de ce trône
vent être ornés de un arc-en-ciel qui pa-
pierres précieuses. raissait semblable à
une émeraude.
L'autel et les vases Prenant l'huile des
qui servent au saint ■ onctions, yous en oin-
Sacrifice sont consa- drez le tabernacle avec
crés par des bénédic- ses vases, afin qu'ils
tions et des onctions. soient sanctifiés [Ex.
On bénit les clo- XL).
ches afin qu'elles soient Faites -vous deux
comme les trompettes de l'Eglise militante-.
Ce sont elles qui convoquent le peuple au temple pour y entendre les paroles de Dieu (Concil. Colon.)
Dans l'église se trouvent des statues et des images d'anges et de saints.
Autour de l'autel se trouvent les sièges du célébrant et de ses ministres, revêtus d'aubes blanches et de riches ornements tissus d'or, de soie et de lin
|6 trompettes d' argent battues au marteau pour vous en servir à assembler le peuple, et quand vous aurez sonné de ces trompettes, tout le peuple s'assemblera près de vous à l'entrée du tabernacle (Lev. X, 2).
Vous mettrez aux
extrémités de l'oracle
deux chérubins d'or
battu {Ëxod. XXV,
Autour de ce trône il y avait vingt-quatre sièges sur lesquels étaient assis vingt-qua tre vieillards vêtus de robes blanches avec des couronnes d'or sur
de différentes couleurs, la tête (Apoc. V). —
Moïse fit l'éphod d'or, d'hyacinthe, de pourpre et de fin lin (Ex.