l'ÉPITRE de JACQUES
Épîtres de Paul, et mort probablement vers l'an 62 ou 64. Mais la croyance à une prochaine manifestation de Christ pour la fondation de son royaume n'a pas disparu, tant s'en faut, avec le temple de Jérusalem ; le mot grec synagogue y ne désignant pas ici un édifice particulier, mais une réunion d'hommes, pouvait être employé plus tard encore ; et Fépoque de TÉpître de Pierre étant incertaine elle-même aux yeux de la critique, une citation quelconque qui s'y trouve (si tant est que c'en soit une) n'est pas de nature à couper court au doute qui nous arrête.
Quoi qu'il en soit de ces arguments à faire valoir en faveur de la haute antiquité de l'épître, il nous paraît sûr et certain que le nom de Jacques que nous lisons dans l'adresse, désigne le personnage qui nous est plus particulièrement connu par le récit des Actes (chap. XII, 17; XV, 13; XXI, 18) et par TÉpître aux Galates (chap. I, 19; II, 9). De ces divers passages il résulte qu'à l'époque illustrée par les travaux apostoliques de Paul, ce disciple se trouvait placé de fait à la tête de l'égÛse de Jérusalem, et exerçait une influence prépondérante et décisive non-seulement dans le sein de la communauté de la métropole et parmi les nombreux chrétiens de la Palestine, mais même au dehors (Gai. II, 12), sur tous ceux qui, tout en s' attachant à l'Évangile, entendaient bien ne pas rompre avec la loi. Nous ne nous tromperons certainement pas en disant que cet apôtre était reconnu, en quelque sorte, comme le chef visible et temporaire de la chrétienté, du moins de cette partie qui, recrutée parmi les hommes pieux de la synagogue, ne s'était pas encore fusionnée avec des éléments d'origine étrangère et n'avait pas encore subi l'ascendant des idées nouvelles et universalistes, mises surtout en circulation par Tapôtre des gentils et son école. Si dans l'épître aux Galates il partage cet honneur avec Pierre, en revanche, dans les Actes il paraît primer celui-ci, comme c'est bien aussi le cas dans une certaine partie de la littérature apocryphe du second siècle. D'après cela, il n'y a rien d'étonnant à ce que ce Jacques ait jugé à propos d'adresser à la partie de la chrétienté qui formait pour ainsi dire son diocèse à lui (Gai. II, 7 suiv.) une missive pastorale, un mandement, lequel, tout en se tenant, comme de raison, dans les généralités, pouvait servir à affermir la foi des fidèles dans les conjonctures difficiles du temps, et à leur donner une direction salutaire en vue des tendances divergentes qui commençaient à se produire.
Ceux qui admettent cette combinaison n'ont plus qu'à traiter subsidiairement une question de personnes assez embrouillée, à savoir, si ce chef de l'église de Jérusalem a été l'un des douze apôtres, Jacques fils d'Alphée (Matth. X. Marc III. Act. I), ou s'il faut le distinguer de celui-ci. Les deux opinions sont en présence jusqu'à ce jour, et la persistance du doute et du débat provient en prande partie de ce qu'il s'y est joint un intérêt religieux et dogmatique. Paul nomme ce Jacques le frère du Seigneur (Gai. I, 19), et il s'agit de savoir dans quel sens il faut prendre cette expression. Les uns la prennent à la lettre et dans le sens le plus slrict de la consanguinéité ; les autres préfèrent lui donner le sens plus large de la parenté en général. Dans ce dernier cas, le fils d'Alphée pourrait avoir été un cousin de Jésus et l'identité des deux Jacques se trouverait établie. Cependant il est impossible de méconnaître que les évangiles parlent à plusieurs reprises de frères du Seigneur qui vivaient avec sa mère Marie et qui évidemment n'appartenaient pas au cercle de ses disciples élus (Matth. XII, 46 ss. ; XIII, 55, et passages parallèles. Jean II, 12; "VII, 3), et le texte de Matth. I, 25 (dont la teneur, il est vrai, varie dans les manuscrits) paraît insinuer que l'épouse de Joseph a eu plusieurs enfants. L'auteur des Actes (chap. 1, 14) et l'apôtre Paul (1 Cor. IX, 5) distinguent explicitement ces frères des Douze. Il nous semble donc que la balance des arguments doit pencher en faveur de l'hypothèse de la distinction des deux Jacques, et c'était bien là aussi l'avis des auteurs chrétiens les plus anciens, avis qui dans la suite a dû être modifié par la puissance du préjugé dogmatique.
C'est donc à un frère du Seigneur que le plus grand nombre des critiques modernes attribue l'épître qui nous occupe, et certes, rintérêt qui peut s'attacher à celle-ci n'est pas amoindri par cette supposition. On est heureux d'y reconnaître des traces nombreuses de l'influence directe de la pensée et de la parole du Maître ; on constate volontiers l'absence de toute préoccupation relative à un enseignement dogmatique plus ou moins subtil, et par contre, cet esprit pratique, ce bon sens moral si sérieux, qui caractérise aussi les discours analogues du Seigneur dans les premiers évangiles. Tout cela cependant ne suffit pas pour établir l'authenticité du livre. A la vérité, le fait que celui-ci a eu beaucoup de peine à conquérir ime place assurée dans la collection des écrits apostoliques, ne peut pas servir d'argument péremptoire