VARIETES
La Cour et la Wille sous Louise XIV, Louis XW:et:Leuis XVE jou Rélélations historiques tirées des:manuscrits: inédits,: et: ubliées par. F. Barrière. Un volume.in-80, cliez: Dents; alais-Royal. ivre nl C’est une bonne fortune assez. rare aujourd’hui que des: ns: pecdotes authentiques. La falsification-est devenue an genre: de. littérature; .on fait hardiment.les, Mémoires des :persanngs. ges célébres morts depuis deux, ou trois cents ans. Nôûs avons: ceux.des maîtresses des Rois de France, depuis Gäbrielled’ Ese
trées, : La collection deviendra volumineuse, si toutes les mai-
tresses d'Henri IV y. prennent place; et si, nous-remontons jusqu’à François Ier, il faudra fairé élargir nos. bibliothèques. ans le commencement, la fraude. avait encore! quelque: scrupule: elle semblait vouloir sauver les apparences: Aujaurd‘hui, les libraires n‘y mettent plus tant de façons ; ils ne:pros. posent pas de faire voir les manuscrits prétendus inédits; ils . disent qu’ils ont trouvé ces. Mémoires. ; où ? ‘peu importe: It: ne stagit pas ici de prouver l’authenticité des o:ivrages, il s'as git. de les vendre; il s’agit. de sufire à la, consommation: des: cabinets de lecture; car. les cabinets de lecture consomment: annuellement tant de romans, tant de Mémoires inédits ; c'est chose presque régulière, comme la consommation des œnfs et>: du beurre à Paris, - Du reste, les cabinets de leetüre:ne sont point difficiles : ils ont plus d’appétit que de goût ; ce qu’ils aiment surtout, c’est: le scandale et l'horreur: en effet, la, phrilosophie, la politique, l’histoire, la poésie, il faut pour:goûter. toutes ces choses un peu de réflexion et d'étude; mais le .scan-. dale et l’horreur, une aventure de libertin ou de.revenant, tont:. le monde goûte cela, car tout, le monde .a des.sens, et. tonte: cette littérature, à dire vrai, ne: s’adresse qu'aux sens, Dans un pareil état de choses, c'est un bonheur, et surtout
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un bon: exemple, qu'une publication d'anccdotes histotiqués qui ne sont pas inventées d'hier, qui ne visent pas au scandale, mais l'instruction du lecteur ; qui, tout en nous amusant, nous. donnent, sur les mœurs de nos pères et de nos aïeux; mille renseignemens noùüveatix, et qui nous font connaître plus intimement Îa société d’autrefois. el est le livre quésvient dé publier M: Barrière: nous avons vh les manuscrits d’où sont tirées ces piquantes révélations historiques, et nôus pourrions témoigner de leur bonne foi, si cette bonne foi avait besoin d'être prouvée: Mais le nom de l'éditeur suffit: Le public
sait que M.. Barrière ne donne rien que. d’authentique et de .
piquant, et il a en luila double confiance que mérite un homme d'esprit et un homme de bonne foi. ' Parcourons rapidement ce Recueil. Une collection d‘anec: dotes est comine une sorte de musée antique. Ce sont aussi des A ce arrachées à l'oubli, déterrées, en quelque sorte, et qui, élire les mœurs et les usages de nos dévanciers. Nous trouvons d’äbord les : Anecdotes historiques et littéraires, extraites des manuscrits du président Bouhier. M. Barrière explique très biea ce que c‘étaient que ces recueils d‘anecdotes et d’histoires particulières qui se conservaient autrefois dans les famil: les, et nous ne pouvons mieux faire que le laisser parler lui: même. Cette citation donnera une idée des Avant-propos in< génieux que M. Barrière met aux extraits qu'il pnblie, - Ces
avant-propos sont nécessaires au lecteur: ils lui donnent uné connaissance préliminaire du siécle dont il va lire quelques
particularités. Sans cela, il risquerait de ne-point retirer dé sa lecture le plaisir et le profit qu“il doit. (
: Encore quelques années, dit M. Bürrière, et la généra-
tion qui s‘élève ne pourra plus avoir la moindre'idée de la so-
ciété d'autrefois. C'est pour nous véritablement aujourd‘hui que la renommée véle, ét qu'elle a cent bouches. L
matie n'a plus de mystères; la cout nfa plus de sécrêts : les ptinces'et les ministres doivent tous être des hommes bien ver:
tueux;. car on dirait . qu'ils habitent des palais’ transparens et sonores. Tout:ce qui s‘y faitse voit; tout ce qui s‘ÿ dit se
répète: | Tota fremit, vocesque refert iteratque quod audit. tés Le besoin de parler est, pour ainsi dire, plus impatient
que celui d'apprendre : les résolutions prises le matin dans les conseils sont imprimées le soir dans'les journaux ; ces particu-
latités piquantes qui peignent de grands personnages par leurs .
ridicules ou leurs faiblesses, sont révélées deux mois plus tard au public, dans des! Mémoires plus ou moins indiscrèts. Le
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Varibtés. ai7 résent dérobe l'avenir, qui n‘aura plus rien à connaître, Il nwn.était pas de même autrefois.
:, Nouvelles politiques et nouvelles de cour étaient fruits dé: | fendus, que les contemporains n'avaient presque jamais dans
leur primeur. Les hommes qui Éonnaissaient les secrêts du cabinet ou ceux des ruelles, comme on disait alors, se gar= diient bien d‘une indiscrétion qui pouvait les perdre, eux et jeur famille: Les Mémoires ne paraissaient guère que ciné vante ans âprès Ja mort du prince qu'ils faisaient connaître et de l‘audacieux qui les avait tracés, ui voulait s‘instruire devait aller chercheï dans leur solitude des vieillards dont la jeunesse s'était autrefois passée à la cour, dans les affaires, et qu'un grand âge disposait dépuis à plus d'épanchement. Dans l'absence de-toute nouvelle politique, on avait de plus longs entretiens; on s'écrivait beaucoup plus. Les faits curieux res taient cachés dans la secret des correspondances, ou se con< servaient dans la. tradition des hommes instruits, jusqu’à ce que l'éloignement des temps permit enfin de les écrire ou de les publier sans danger. C’est ainsi que furent recueillies ga l'abbé de Choisy, qui en convient lui-même, une partie des anecdotes si piquantes dont il composa ses Mémoires; c’est ainsi qu'ont été rassemblés par le président Boubhier les faits qu'on ÿa lire. ” + NOR
Je choisis dans Île recueil du président une anecdote qui m'a frappé. % Le cardinal Mazarin envoyant un homme à Crom: well pour quelques négociations iriportantes, insistait sur toutes Jes considérations qui pouvaient déterminer le Protecteur à sé rapprocher de lui 1l termina en disant à envoyé: ‘Ne manquez pas Surtout de lui répéter ceci: le cardinal est heui reux À” . | va
Adressé à un usurpateur par un ministre qui était lui-mème Ün parvenu, le mot est sublimé d'adresse et de tact. Tous ceux qui ont fait une fortune merveilleuse, Cromwell, Bonaparte, César, tous croient et doivent croire à la fortune, au sort, à la prédestination, et le mot qui doit faire sur eux le plus d'effets, celui qui doit les déterminer dans leurs alliances, c'est le mot de Mazarin: “le cardinal est heureux.”
Après les anecdotes du président Boubhier, vient un mor teau curieux sut les intrigues qui causèrent l'exil de Mile. Choin, en 1694. Mlle. Choin fut comme on sait, l'épouse se crète du grand dauphin, la Maintenon en quelque sorte ..: ce prince, qui vécut et mourut dans une espèce d’obscurité royrle, que sa médiocrité naturelle lui fit supporter aisément. Ce morceau nous fait connaître toutes les petites intrigues de bou: doir et de confessionnal qui occupaient souvent le grand Roi C'est üne note à ajoûter aux Mémoires de Saint-Simon.
Touex IX. Ne. XVL Cd
s18 Fe Variétés.
Des intrigues de la cour de Louis XIV, nous arrivons ‘aux amusemens des grands seigneurs du dernier siècle, ‘et aux: rades de Collé.” Ces amusemens et ces paradés, dont tout le
‘mérite était le cynisme et le ton hoissard, me semblent peñ iquanis, Ces bagatelles n’ont plus aujourd'hui qu'uh intérà Léloriqne, Cest de cette façon aussi que M.' Barrière les consitlère dans l'excellent morceau qu'il a mis avant cette farce, C'est là qu'il nous fait connaître quels étaient les acteurs, tous . Princes et ducs, de ces parades, Quant à Collé, M. Barrière cite de lui quelques pages plus curieuses, selon moi, que ses farces, br es désagrémens qu’il éprouvait en travaillant pouf les grands seigneurs, : et en s‘enducaillant, c'est son mot, coms me il l'avait fait. ri #6 J'appris, dit Collé, qu’à un souper chez M. Lallemant de Betz, les comédiens seigneurs, aussi reconnaissans que les co médiens ordinaires du Roi, y avaient mis en ‘pièces leurs deux auteurs, et les avaient guillochés de ridicules. Îls avaient traité Duclos de bnyard impérieux, d'homme üle café. Pouf méi, qui n'avais pns voulu parler et qui n'avais pu chanter {dans la représentation d’une de ses parades,) parce que j'avais Ja poitrine échauffée et qu’à souper je ne me nourrissais que dé Jait, ils disaient que quand on faisait l'honneur à des gens de ma sorte de les admettre en bonne- compagnie, ils étaient faits pour avoir de la complaisance et de la santé...Je fus trouver sur Je-champ Duclos, à qui je racontais tout, À qui jé prouvais tout, et qui ne s'émut derien. 1l tenta de ine calmer) 11 .tâcha vainement de me persuader qu'il n’y avait pas d'autre pr à prendre que de mépriser de pareils propos...Je ne
s, parbleu ! ‘pas de cet avis; je Courus àu contraire, en le.
quittant, chez M. le duc de Vaujours, à qui je fis la plus vigous reuse sortisans manquer aux évards que, je lui devars, mais sans
. manquer à ce que je me devais à moismême.? és Cet égoïsme de grands seigneurs qui veulent qu'on aît de ls nté pour les amuser, cette colère de bourgeois qui fait une vigoureuse sortie sans manquer aus égards, tout cela me semble ns vraiment comique que Îles amours de Mile, Manon ét de M. de Lafleur.. J'avoue cependant que j'aurais ri de bon cœut À voir jouer les Deux Gilles, car:cette parade ne manque ni de verve, ni de gaîté, et surtout à les voir jouer par des ac: teurs ducs et pairs. Le contraste était piquant. Aussi c'était là surtont, j'imagihe, ce qui amusait les grands seigneurs : le ton poissard les délnssait de Ja cour et de l'étiquette des belles manjères. Or, quelque austères que nous soyons dé nos jours, nous pardonnerons à ces amusemens, s nous réfléchissons que rien n’est sj naturel à Jl'hômme que de vouloir, dans ses plai: sirs, sortir des habitudes de son état:
ES
rivORs ‘avi St aux pas dont tout le mblent pej d'uh intérêt arrière les cette farce, cteurs, tous Le : arrière oi, que ses aillant pout mot, come
allemant de que les co leurs deux Ils avaient afé. Pour Fu chanter e que j'avais Ssais Que de les gens de taient faits fus trouver À qui je ne calmer} pas d'autre 1ps...Je n8 raire, en}.
plus vigous , Mais sans
n ait de ]4 ui fait une me semble anon ét de : bon cœur Manque ni par des ac:
ussi c'était yneurs : Île des belles nos jours; issons que 18 ses plai-
EU
: Fariltéx » ; s19 : Des paradestde Collé; nons passons à an morceau d'un genre
* bien différent : c’est le récit de l'évasion d‘un officier royaliste,
rès laffüire de Quiberon. Çertés la truisition est brusque. épendant, si nous voulons y regardér, dans léhistoire, le
Lun n‘eat pas mains brusque, et la cour passa des plaisirs et fè
tes à la fuite, et à la proscription dune façon presqué aussi. soudaine, : ‘, . C'ATNE … vous-reste peu de temps; nous passons, sans nous y ar sèter, sur les souvenirs de Mme. dé.…....Quelque intéressans, quelque çurieux' quSls soient, et nous arrivons à la porte de
- çe: que M. Barrière appelle son cabinet réservé, Qu‘est-cé
que ce cabinet réservé? Je ne‘puis mieux faire, pour indi= uer ce que c'est, que de citer la fin de la préface ingénieuse de M Barrière, Re PU Il y a, dans le Musée de Naples, un cabinet des objrts séservés. On n'y peut être admis sans une permission pattiçulière. … Dès qu'on y est entré, la précaution ne paraît pas rflue; car on y voit d’étranges choses. Le gardien de ce
igabinet me contait qu'un Anglais un jour eut. l‘imprudence
d'y amener sa femme. A peine eut-elle jeté les: yeux sur un des groupes; continua le gardien, qu'elle s‘approcha de moi # Jurez-moi sur l‘honneur,*me dit-elle, que d‘autres femmes ‘font entrées avant moi dans ce cabinet-—Je lui en donnai l'as surance,—Eh bien, qu'importe que d‘autres y soient entrées ? eprit-elle : çe n'est pas, pour une. Anglaise, une raisou d'y gesters . II y avait peut-être dans ce mouvement, d'ailleurshonnète, autant de fierté britannique que d cette pudeur charmante ui, chez des femmes, est de tous les pays. Quoi qu'il en soit, 7. ce volume; j'aurai, comme au Musée de: Naples, mon cabinet des objets réservés. J'en préviens d'avance les Italien+ nes, les Russes, les Espagnoles, et mème, au nesoin, les Art. ga. 18 Qui.de ces dames posera le pied dans ce cabinet ne saurait donc sen prendre à moi. J'ai mis lécriteau sur la porte, etjeé ne dor.ne point de permissions particulières.” :. Nous imiterons la réserve de M. Barrière, Seulement, pour amortir la curiosité qu'aurait pout-être excitée sa discrétion tant soit peu malicieuse, nous dirons qu'ayant, vu les deux cabinets réservés, celui de Naples ‘et celui de M. Barrière, les objets qui sy trouvent m'ont semblé plus étranges qu’intéressans. L'art ne peut rien gagner à étudier les monumens ré servés de Naples ; l’histoire et la science des mœurs ne peuvent guère profiter non plus des anecdotes du nouveau cabinet. Aprèë cet avertissement, il n‘y a que ceux qui s'intéressent à autre chose encore qu'à l’histoire et'ü la science des hr à iront chercher ces anecdôtes dans l’endroit où M. Barrière le s cachées. Sr.-M.