‹ La Bibliothèque canadienne [microforme]Chapitre 136 sur 177 · Croniques Brelonnes · texte numérisé non relu

Croniques Brelonnes

Clisson et Belleville, recommande premièrement mon âme à Dieu, notre père créateur, à la bienheureuse Vierge, à M. St. Michel et à toute la dévote compagnie du Paradis; veux et ordonne ce qui suit : :

“ Je lègue à l'église de Clisson une image d'argent de Notre-Dame, du poids de 20 Marcs.

1 Liem, à l’église de Josselin, 8 Marcs d‘or, pour faire deg calices et douze patènes. En outre, je lui donne ma plus belle eroix avec ses reliques ? :

‘ Je lui lègue aussi deux de mes bréviaires, qui seront en.

chainés sur mon tombeau pour l‘usage des chapelains qui y viendront dire leurs heures,

66 Jiem, je lègue à l‘église paroissiale de Blein, 50 livres pour mettre des vitres à ses fenêtres.

Je donne aux'églises de Nantes, Rennes, Saint Brieuc, Saint-Malo, 300 livres à chacune, afin qu'il soit fondé un anniversaire solennel qui se composera de vêpres et vigiles à neuf leçons et messe à note ; le tout célébré par chanoines, pour le repos de mon âme.

66 Je veux que toute seigneurie, moulins, hôtels, ect, que J'aurai pris aux églises ou à tout autre par droit de guerre, soient restitués avec les rentes à leurs anciens propriétaires.

‘ Jtem, je donne aussi a ma fille, sœur aînée du comte de Penthièvre, 4000 livres, en cas que le mariagé s‘accombplisse entre elle et Jean de Rieux*”

À cet endroit de la lecture, l‘une des femmes qui écoutait laissa échapper un. léger cri et se jeta sur le bord du lit du eonnétable. Elle saisit la main du vieillard et la porta à son cœur avec un mouvement inexprimable de douleur et d‘amour. Olivier laissa aller sa tête contre celle de sa fille... Une grosse larme coula le long de sa joue flétrie...Il y eut un instant de silence, pendant Fun on n‘entendait que les plaintes étouf. fées et les larmes des assistans...Enfin, le vieillard parut le premier reprendre sa fermeté ;:—‘ Cfest bien, Béatrix, dit-il, que Dieu te bénisse ; mais laisse-moi écouter, car.mes instans sont courts désormais.” À cés mots, il déposa sur son front un baisser froid qui fit tressaillir la jeune femme, et il fit signe au scribe; qui continua d’une voix aussi claire et aussi impassible.

‘ Je donne à ma cousine de Rex une petite croix de perles et ma Bible en français. |

6 Item, à l'évèque de Saint Malo, 4000 livres, ma grande haquenée noire et un anneau d’or que la reine de Sicile me donna,

” “4 Zem, à Bertrand de Dinan, mes armes et mon roussin auve.

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Croniques Bretonnes. | 371

‘6 Îtem, aù duc d'Orléans, six chiens de chasse bien dressés et mon faucon. En outre, je veux et ordonne que l’on envoe à Saint James en Galice, un pélerin à pied et à mes dépens,

our qu'il rachète le pardon de mes fautes et obtienne le sa fut de mon âme.

“ Je donne au sire de Beaumanoir, mon ami, 4000 livres etmon petit cheval blanc, En outre, je charge le dit sire de Beaumanoir de rendre au roi de France mon épée de connétable.” À |

Ici, le clerc s’arrèta pour tourner un feuillet, et Olivier de Clisson fit un effort pour se lever sur son séant. Sa main s’étendit vers l’épée de connétable suspendue à son chevet : il la saisit; et, la regardant avec un mélange de joie et de regret, il baise dévotement sa poignée en croix, puis, se détournant vers le vieux chevalier qui était debout à côté de son lit :— “Tiens, Beaumanoir, dit-il, rends-la à notre bien aimé roi de France, et dis-lui qu'elle sort de mes mains pure et fidèle comme elle y est entrée... Sur mon âme, j‘aurais voulu encore J‘employer à son service pour marteler quelques têtes anglaises ; mais je suis un homme fini.” |

IL s'arrêta épuisé ; après un long silence : % C‘est aujourd‘hui, ajouta-t-il, la fète de Saint-Georges, le mème jour où j'ai été nommé chevalier ; où, plus tard, j'ai reçu cette bonne épée de connétable...On m'avait prédit que j« devais mourir ce jour-là.” À ces mots, le vieux guerrier pencha la tête du côté de la ruelle ; il murmura encore, pendant quelque tems, des pareles interrompues que l‘on ne pouvait comprendre ; et son œil se fermait et s‘entrouvrait péniblement, comme s‘il eût voulu lutter contre un sommeil qui s‘emparait de lui. Tous les assistans s'étaient mis à genoux : le chapelin seul était debout, penché près du lit et les regards fixés sur la figure du vieillard.

Le clec avait allumé deux cierges, bénis à Notre-Dame-de- Josselin, et qui jettaient au milieu de l’appartement, où le jour commençait à pénétrer, une lumière pâle et vacillante ; l’on entendait à chaque instant l’haleine oppressée du mourant faiblir et s’éteindre ; bientôt elle devint si légère, qu’on ne l’entendit plus... Tous les yeux etaient tournés vers le chapelain… Tout a coup il fit un mouvement, ses jambes fléchirent, il tomba à genoux près du lit du connétable, et à voix basse il se mit à murmurer une prière...c’était la prière des morts.

Revue pe L'Ouesr.

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