HARMONIE DES LANGUES
Jar connu plus d’un Anglais et plus d’ua Allemand qui ne trouvaient d'harmonie que dans leurs langues. La langue russe, qui est la slavonne, mêlée de plusieurs mots grecs et de quelques uns'tartares, parait mélodieuse aux oreilles russes, Ce. pendant un Allemand, un Anglais, qui aura de l’oreilie et du goie, sera plus «ontent d'ouraros que de Leaven ou de himmel, e Theos que de God ou Gott; d'aristos que de good. Les dactyles et les spondées flatteront plus son oreille que les syllabes uniformes et peu senties de tous les autres langages. Toutefois, j’ai connu de grands scholiastes qui se plaignaient violemment d’'Horace. Comment! disentils, ces gens là qui assent pour les modèles de la mélodie,. non seulement font as continuellement des voyelles les unes contre les autres, ce qui nous est expressément défendu ; non seulement ils vous allongent ou vous racourcissent un mot, à la façon grecque, se- Jon le besoin ; mais ils vous coupent hardiment un mot en deux ; ils mettent une moitié à la fin d’un vers, et l'autre moitié au commencement du suivant :
Redditus Cyri solio Plraaten Dissidens blebi, numero beatorum eximit virtus, Sc.
C'est comme si nous écrivions dans une ode en français : Défions-nous de la fortune, et n’en croyons que ia vertu.
Horace ne se bornait pas à ces petites libertés ; il met à la fin de son vers la première letire du mot qui commence le vers qui suit : | Jove mon probante u- TOTIUs amnis.
Ce dieu du Tibre aimait beaucoup sa femme. | Que dirons-nous de ces vers harmonieux :
Septimi, Gades aditure mecum, el . . ..
Cantabrum indoctum juga ferre nostra, et . ., Septime, qu'avec moi je mène à Cadix ; et Qui verrez le Cantabre ignorant du joug, et... Horace en a cinquante de cette force, et Pindare en est tout rempli.
. Tout est noble dans Horace,” dit Dacter dans sa préface. N'aurait-il pas mieux fait de dire : Tantôt Horace a de la noblesse, tantôt de la délicatesse et de l’enjouement, &c. Le maiheur des commentateurs de toute espèce est, ce me semble, de n'avoir jamais d’idée précise, et de prononcer de grands mots qui ne signifient rien. Monsièur et madame Dacier y étaient fort sujets, avec tout leur mérite.
ant qui ne gue russe, et de quelsses, Ceeille et du de Aimmel, wood. Les ue les sylgages,
plaignaient gens [à qui ement font les autres, ent ils vous recque, set'en deux ; > moilié au
rançais :
il met à la nce le vers
et
) tore en est tout
sa préface.
a de la noc. Le maisemble, de rands mots y étaient
. Tasse en Italie.
Harmonie des Langues s73
Je ne vois pas. quelle noblesse, quelle grandeur peut nous frapper dans ces ordres qu’'Horace. donne à son laquais, en vers qualifiés du nom d'ode. Je me sers, à quelques mots près, de la traduction méme de Dacier :
6 Laquais, je ne suis point pour la magnificence des Perses Je ne puis souffrir les couronnes pliées avec des bandelettes de tilleul. Cesse donc de, t'informer où tu pourras trouver des roses tardives. Je ne veux que du simple myrte sans autre façon. Le myrte sied bien à un-laquais comme toi, ét à moi qui bois sous une petite treille.”” Ses vers contre de pauvres vieilles et contre des sorcières me semblent encore moins nobles que l’ode à son laquais.
Mais revenons à ce qui dépend uniquement de la langue. IL
arait évident que lés Romains et les Grecs se donnaient des Éibertés qui seraient chez nous des licences intolérables. Pour: quoi voyons-nous tant de moitiés de mot à la fin des vers dans les odes d’Horace, et pas un exemple de cette licence dans Virgile ? N'est-ce point parce que les odes étaient faites pour, être chantées, et que la musique faisait disparaitre ce défaut ? Il faut bien que cela soit, puisqu‘on voit dans Pindare tant de mots coupés en deux d’un vers à l’autre, et qu’on n'en voit pas dans Homère. Mais, me dira-t-on, les rapsodes chantaient les vers d'Homère. On chantait des morceaux de l’Eneide à Rome, comme on chante des stances de l’Afioste et du Ilest clair par l'exemple du Tasse, que ce ne fut pas un chant proprement dit, mais une déclamation soutenue, à peu près core quelques morceaux fssez mélodieux du chant grégorien.
Les Grecs prenaient d’autres libertés qui nous sont rigoureusement interdites ; par exemy/le, de répéter souvent dans la même page des épithètes, des moitiés de vers, des vers même tout entiers; et cela prouve qu’ils ne s’astreignaient pas à la même correction que nous. Le podasokus Achilles, Volympia domata ekontas, V'ekibolon dpollona, &c. flattent agréablement l'oreille, mais si, dans nos langu*s modernes, nous faisions rimer si souvent Achille aux pieds legers, les flêéches d Apollon, les demeures celestes, nous ne serions pas tolérés. * Si nous faisions répéter par un personnage les mêmes paroles qu’un autre personnage lui a dites, ce double. emploi serait plus insupportable encore, KR:
Si le Tasse s'était servi: tantôt du dialecte bergamasque, tantôt du patois du Piémont, tantôt de celui de Gènes, iln‘aurait été lu de personne, Les Grecs avaient donc pour leur poésie des facilités qu'aucune nation -ne s’est permise ; et de tous‘ les peuples le français est celui qui s’est assujéti à la gène la plus
oureuse.
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La plus ancienne ‘langue connue doit être celle de }a nation rassemblée le plus anciennement en corps de peuple, lle doit. être encore celle du peuple qui a été le moins subiugné, ou qui l’ayunt été, n policé .ses!conquérans, À cet érurc, il est constant que le chinois et l’arabe sont les plus acienines langues que l’ou parle aujourd’hui.
Il n'y a poini de langue mère (propgeinent dis): toutes ies nations voisines ont emprunté les unes ds autre; mais on n
: donné le nom de langues mères à celles dont queljues idiomes conpus sont dérivés. Par exemple, le latin est langué mère par rapport à l'italien, à l'espagnol, au français ; mais il éuii lui-même dérivé du toscan, et le tosean l'était du celte et cu grec.
Le plus beau de tous les langages doit être celui qui es: à la fois le rius complet, le plus sonore, ls plus varié dans ses tours et le plus régulier dans sa marche, celui qui a le plus de mots composés ; qui par sa prosodie, exprime le mieux les mouvemens
, Jents ou in:j:tueux de l'âme ; celui qui ressemble Le plus à la musique. Le greca tous ces avantages : il n’a point la rudesse du latin, dent tant de mots finissent en #m, ur, us. Jia toute la pompe de l'espagnol et toute la douceur de l'italien ; il a ardessus toutes les langues vivantes du monde l'expression de £ musique, par les syllabes longues et brèves.
De toutes les langues de PEurove la française doit être la plus générale, parce qu’elle est la plus propre à la conversaz tion : elle a pris son caractère dans celui du peuple qui la parle, Les Français ont été depuis près de cent cinquante ans, le peuple qui a le plus connu la société, qui en a le premier écarté toute la gène, et le premier chez qui les femmes ont été libres
et même souveraines, quand elles n'étaient ailleurs que des esclaves, La quantité prodigieuse de livres agréablement frivoles que cette nation a produits est encore une raison de la
faveur que sa langue a obtenue chez toutes les nations. Des livres profonds ne donneront point de cours à une langue ; on les traduira : on apprendra la philosophie de Newton ; mais on n’apprendra pas l'anglais pour l'entendre: Se
Ce qui rend encore le français plus commun, c’est la perféction où le théatre a été porté dans cette langue : c’est à Cinna,
à Phédre, au Misanthrope, qu’elle a dû sa vogue, et non pas
aux conquêtes de Louis XIV. Elle n’est ni si abondante ni si maniable que l'italien, ni si majestueuse que l'espagnol, ni si énergique que l'anglais ; et cependant elle a fait plus de fortune que ces trois langues, par cela seul qu’elle est plus de commerce, et qu'il y a plus de livres agréables chez elle qu'ailleurs ;
elle a réussi, comme les cuisiniers français, parce qu'elle a
plus flatté le goût général. (Dict, Phil)
Le ci donnai l'éloign balanc cher d vénitiét
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