‹ La Bibliothèque canadienne [microforme]Chapitre 42 sur 177 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Des Chardons, et autres mauvaises herbes.

AuranrT les fumiers et autres espèces d’engrais raniment et vivifient la terre épuisée, autant les chardons et autres espèces de mauvaises herbes, la ruinent et la détériorent. Le chardon est le plus grand ennemi de l’agriculture; après avoir ravi au froment l’engrais et toutes les vertus nutritives de la terre, il l’étouffe et l'empêche de croître, suivant le désir et les vœux de la bienfesante nature. Les laboureurs n’ont pu jusqu’à présent, qu’en diminuer le nombre et la quantité : tous les eflorts de l’homme ne sauraient détruire entièrement le nuisible chardon. C’est l'ennemi déclaré de nos champs : il domine sur tous nos travaux ; et ce n’est qu’avec des peines et des soins extraordinaires que le laborieux cultivateur parvient à en diminuer la prodigieuse quantité ; et si malheureusement, il est près d’un voisin négligent, il verra avec douleur ses travaux devenir inutiles et ses champs se recouvrir de cette plante cruelle et destructive. La graine du chardon est environnée de duvet si léger, que lorsqu’elle est à sa maturité, le vent le plus faible et le plus doux la sépare de sa tige et l’enlève, et la transporte dans les airs par tous % lieux de la terre. Cette herbe privilégiée est de tous les climats et tous les pays; le chardon s’accommode de toutes les terres, toutes les saisons lui sont avantageuses et favorables. Il n’v a que l’hyver des pays froids qui arrète la crûe de cette plante insupportable, Les premiers rayons du soleil du printems la font reparaître, pour le malheur des cultivateurs et de tout le genre humain. Le chardon est détesté de tous les êtres vivants. L'homme le fuit et évite sa rencontre sévère et piquante : peu d'oiseaux se reposent sur sa tige. Il n’y a pour ainsi dire que le chardonneret qui s’y arrête, et Re graine serve de nourriture,

Le chardon est quelquefois attaqué par une espèce de chenilles, qui ne le détruisent jamais entièrement: il résiste vigoureusement à tous leurs eflorts destructifs. Dans sa verdeur, les animaux les plus affamés n’ôsent en faire une pénible pâtüre: ils évitent méme de passer dans les lieux où ils sont plus forts et plus apparents. Ils ne vont pas mème brouter l'herbe qui croit sous son détestable ombrage. Ce n’est que quand il est séparé de la terre et qu’il est tombé sous la faulx tranchante du bon cultivateur, qu'il devient un mêt délicieux pour les animaux, et particuliérement pour le bœuf et la vache: encore faut-il qu’il soit fnné par les ardeurs d’uu soleil de dix à douze

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heures de tems. Dans les lieux où le chardon croît avec plus d'abondance et de force, on en fait quelquefois une espèce de fourrage qui devient utile par la perte et le manquement des foins et autres espèces de fourrages ordinaires’et usités. Mais si le chardon est un ennemi de nos champs, et s’il cause au cultivateur des travaux et des soins pénibles, il n’est pas le seul qui soit

réjudiciable à l’agriculture, et qui contrarie les vues intéressées du diligent cultivateur. Il y a outre cette plante privilégiée, un grand nombre d’autres herbes qui nuisent à l’agriculture, ruinent la terre comme le chardon, et qui sont fort désavantageuses et dommageables au froment, et autres espèces de grains. Ce serait un détail trop long, et presqu’inutile de décrire et désigner chaque espèce d'herbe qui est nuisible à l’agriculture, Elles ne sont pas les mèmes dans tous les lieux ; souvent elles doivent leur existance aux circonstances des tems et des saisons; mais toujours elles ravissent au froment le suc nutritif qui lui est nécessaire et particulier : elles épuisent la terre comme les grains que nous lui confions. Ce serait un grand avantage pour l’agriculture, si les cultivateurs parvenaient à détruire entièrement les mauvaises herbes préjudiciables au bled, et autres espèces de grains. Je pense qu’un champ où il ne croîtrait aucune autre plante que le grain que l’on confierait à la terre, serait beaucoup plus fertile et plus abondant : il se détériorerait moins promptement, et les engrais seraient plus durables et plus avantageux. Une terre ainsi nétoyée et exempte de toutes mauvaises herbes pourrait être ensemencée avec succès pendant plusieurs années consécutives. Les sucs nutritifs que la terre contient ne serviraient d’aliment qu'aux différentes espèces de grains qu’on lui confierait : les chaumes rendraient à la terre les substances que la récolte précédente en aurait tirées. Les travaux seraient beaucoup plus faciles et plus aisés. Le grain en général serait plus pur et d’une meilleure qualité. Mais les cultivateurs de notre pays n’ont pas encore éprouvé ni essayé cette manière avantageuse de cultiver : attachés à leur ancien 7 ils le suivent machinalement, Les méthodes nouvelles leur portent presque toujours ombrage. Ils n’osent pas même en faire l’expérience, qui souvent les convaincrait par d’heureux succès, de l’avantage qu’il y aurait à changer les anciennes manières de cultiver. Il faut espérer que le tems pourvoira amplement à l’nmélioration de l’agriculture, et que dans un certain nombre d’années, nous verrons avec une grande satisfaction des changemens notables arrivés par l’industrie, ou la nécessité ; car quelquefois cette dernière opère plus elle seule que les efforts multipliés de plusieurs cultivateurs oisifs et fortunés, ou que les leçons vagues des écrivains étendus. Le principal moyen dont on se sert pour détruire les chardons, et autres mauvaises herbes, est

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de labourrer la terre à sillons étroits; vers la fin du mois de mai ou au commencement de juin, lorsque le chardon a quatre ou cinq feuilles, et que les herbés sont dans le plus fort de leur crûe: quelques jours après on herse la terre, et quelques jours après on pourra encore la Jlabourrer, et la herser de même, et en répétant cette opération plusieurs fois, on parviendra infail liblement, à détruire tous les chardons, et les autres herbes nuisibles au froment.

: Il vaut mieux faire ces labours dans le croissant de la lune, lorsque le chardon est plus en sève ; il se détruit beaucoup plus facilement et promptement. Il y a quelques espèces de grains qui détruisent aussi très pomptement le chardon, tel que le sarrazin, quiest, je crois, son plus cruel et son plus dangereux ennemi: en effet, on voit peu souvent des chardons sur les terrains semés en sarrazin, et s’il s’en trouvent quelques uns, ils ne résistent pas longtems à la vigueur d’un ennemi qui l’étoufie et le détruit impitoyablement. Le sarrazin est un grain que l’on sème très tard. C’est ordinairement vers la fin de juin, que nous le confions à la terre. Les chardons et les autres mauvaises herbes sont alors dans le plus fort de leur crûe; l’action de la charrue et de la terre arrête ce vif et rapide accroissement et le retarde beaucoup. Le sarrazin est un grain qui pousse promptement; et il est déja grand, quand le chardon commence à sortir de la terre; ses feuilles s’élargissent promptement et couvrent entièrement la terre, de sorte que le soleil n’y peut parvenir. Alors le chardon languit, et rarement il s'élève au dessus des premières feuiiles du sarrazin. Lavoine aussi arrête l’accroisse: ment des chardons par le même moyen; mais son effet est plus long et plus tardif. La raison en est qu’on la sème toujours avant le sarrazin, quand les chardons ne commencent qu’à sortir de terre; qu’elle met beaucoup plus de tems à lever et qu’elle donne bien moins d'ombrage à la terre que le sarrazin. L'on peut encore détruire le nuisible chardon en laissant en prairie les terrains qui en sont le plus infectés. Deux ou trois années peuvent suflire pour les détruire presqu’entièrement. Le moyen le plus efficace et le plus général, et qui est le plus utile et le plus praticable en Canada, est de les faucher vers le vingt dn mois de juillet? c’est dans ce tems que l’action de la faulx leur est plus préjudiciable ; ils commencent alors à fleurir; souvent même la première fleur commence à passer. La tige et le coton du chardon est ordinairement creuse à cette époque. Lors donc que les chardons sont fauchés, ils ne produisent aucune graine, et le tems qui reste à aller à l'automne, ne leur est jamais assez favorable, ni assez durable pour qu’ils puissent produire une seconde fois, Ils s'étendent ordinairement sur la terre après cette Jfuuche, en poussant un grand nombre de tiges qui ne don-

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Lx lilitaire Anglais. 113

nent aucune fleur. Ce moyen est fort efficace; mais il doit être général ; car si les voisins sont assez négligents pour ne pag $e servir de cette bonne pratique, les peines de celui qui est assez Jaborieux pour faire cet ouvrage, deviennent. rene etil verrs avec douleur, reparaitre les chardons, avec autant d'abondance que s‘il n’y eût jamais mis la faulx. C'est à quoi avait généralement pourvû la Législature de cette province, en faisant une loi qui obligeût chaque propriétaire à faucher les chardons, dans un certain tems de l'été, afin d'arrêter les FAplres progrès d'ung plante si nuisible à l’agriculture. Mais malheureusement cette loi est très négligée presque par toute la province, et n’a point produit les effets heureux qu'en attendaient ceux qui l‘avaient si sagement faite. Il est à désirer qu'un plus grand soin soit porté à l'exécution de cette sage loi, et que ceux qui ont le pouvoir de la faire accomplir, touchés par les détestables fruits de leur coupable négligence, y apporteront désormais ane diligence toute particulière. | | vu Il est même surprenant qu'on soit obligé de faire des lois our forcer les cultivateurs à extirper les mauvaises herbes, de des champs : la vigilance, le soin et l’intérêt d’un chacun devraient prévoir l'utilité d’un ouvrage si ayantageux. C’est une grande marque d'indifférence chez les cultivateurs Canadiens: ils devraient prévenir par un travail opiniâtre et industrieux les nuisibles effets des chardons et autres mauvaises herbes. Avec quelle peine et quelle fatigue ne sont-ils pas obligés de cultiver leurs terres, lorsqu'elles sont couvertes d’une prodigieuse quantité de chardons! Les récoltes sont certainement plus

difficiles à faire : il faut presqu'être couvert de cuir pour couper

le bled, avec lequel il croît un grand nombre de chardons. Si l‘on est obligé de le revirer, à cause de l‘abondance des pluies, la même peine se renouvelle ; enfin l‘engerber, le charroyet, le tasser et le battre, sont des ouvrages durs et pénibles, si les char dons ont crû de pair avec le bled ou autre grain, L'industrie, l'intérêt et de nouveaux soins arrèteront, il faut l‘espérer, les malheureux progrès de cette détestable et nuisible plante.

Nota. Dans le dernier numéro, à l’article Petit Système d'Agriculture, le mot « végétation» est omis àla fin de la paf 92.

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