‹ La Bibliothèque canadienne [microforme]Chapitre 48 sur 177 · ETAT DE L'IRLANDE · texte numérisé non relu

ETAT DE L'IRLANDE

Pour tout juge impartial, la source des souffrances de l'Irlande, c’est la conquête, c’est l'oppression. Les habitans de ce beau pays nè sont ni moins actifs ni moins intelligents que ceux de l'Angleterre. Pourquoi donc seraient-ils tombés aussi bas,

uand leurs voisins s’élevaient au sommet de la civilisation ?

our les asservir, on s’est eforcé de les dégrader. Tout bienètre, toute ambition, tout espoir leur ont été interdits. Irrévoceblement enchainés à leur condition, on leur a défendu de regarder au-dessus d'eux; on a étouflé dans leurs âmes tous germes d'intelligence et de perfectionnement. La vie, une vie physique, animale, voila tout ce qu’on leur a laissé; et maintenant on leur demande de la prudence! De la prudence à des esclaves |

Il est vrai que ces esclaves commencent à s’'émanciper : il en est peu qui ne sachent lire et écrire. Mais si leur intelligence s'éveille, c’est pour compter avec leurs maitres ; et l'Angleterre doit craindre leurs lumières plus encore que leur ignorance. On s'étonne qu’ils se passionnent pour des droits politiques ; je m'étonnerais qu'ils y restassent indifférents. (Ces droits, c’est comme nation, c'est comme secte religieuse, qu’on les en dépouille. Or l’homme n'est point un être isolé; il appartient à une famille,à une religion, à un pays, ct il sent à tous ces titres. Autour du foyer qu’une tourhière voisine entretient à peu de frais, le paysan cause des malheurs de l'Irlande, de la dureté de son seigneur, de l’avidité du prêtre protestant, des rigueurs du code pénal, du dernier discours d'O'ConNezc ou de SHIEL; et si la faim le presse, il croit, en s’armant, faire la guerre à ses oppresseurs et venger son pays. En vain ses maîtres viendraient-ils lui dire que l'émancipation n’est rien pour lui. Qui croira-t-il de ceux qui l’oppriment ou de ceux qui le consolent, de ses vainqueurs ou de ses compatriotes, de ceux qui prient au mème autel ou de ceux qui professent une religion ennemie? Les droits qu’il reclame sont-ils d’ailleurs si peu im por-"* tants? N'est-ce rien d’être jugé par ses pairs, et d'envoyer au parlement qui l’on croit le plus digne ? Mais s'agit-il du privi-

Var

Liat de l'Hlande.

lège le plus futile, il n'ef sétait pas moins une flétrissure de la conquête, uh stigmate de l'oppression, et l'Irlande s‘agiterait encore pour l‘effacer. Singulière destinée de cette nation, à laquelle l‘Angleterre a toujours voulu inoculer à la pointe de l‘épée ses croyances et ses lois! égorgée sous Herr II, parce qu'elle refusait de reconnaître le pape; persécutée depuis EzrsABeTH, parce qu'elle ne veut point y renoncer, victime éternelle du fanatisme et de l‘intolérance, mais en mème temps monument vi. vant de leurs «léplorables effets ! Chaque année, le parlement rend vingt bis relatifs à ‘Irlande. Il défend de sous-louer sans le consentement formel du propriétaire, encourage l‘instruction, permet de convertir les dimes en une redevance fixe, bouleverse les lois commerciales du pays, et l‘Irlande reste la même. Quand la racine est gatée, à quoi bon élaguer quelques branches ? (Lettres sur la situation de l‘Irlande; Paris 1827)

Dungannon, 18 juillet, Je ne puis, en vérité, je ne crois pas que personne puisse parler avec exactitude du nombre des tués et des blessés dans l'affaire de Coal Island, Je serais porté à eroire qu’il n’y en n'a pas eu moins de 30. Les deux partis étaient et sont assez bien armés. Les gens de Cumberlund, comme quelques-uns appellent les orangistes, avancèrent avec leurs armes domestiques, et avec les balles et la poudre du roi. Les autres ayant appris depuis une quinzaine de jours l'intention où étaient les Cumberlandais de les attaquer, se préparèrent du mieux qu'ils purent. Ce sont une race de Rare et comme vous savez, gens de courage et de taille d’athlète. On acheta toute la poudre qu’il y avait à Dungannon, et l’on dit que les magasiniers d'Armah et d’Omah déclarèrent n’avoir jamais vu une si forte demande. Les papistes se mirent sur la défensive, et il étnit convenu qu’ils ne tireraient pas un coup que les gens du duc de Cumberland n’eussent commencé. Ils n'attendirent pas longtemps; aussitôt que lès Cumberlandais furent en vue, et ils n'étaient pas encore à la distance du fusil, ils tirèrent une volée. Les autres réservèrent leur feu, n'étant pas aussi bien pourvus de munitions, jusqu’à l'approche de leurs ennemis. La bataille alors commença; ce fut plutôt une espèce d’escarmouche, où il y eut sept ou huit homme de tués, et plus de vingt blessés. Jeudi il y eut encore une autre escarmouche, ou plusieurs perdirent lu vie. Il est impossible de décrire la terreur qui règne dans cette partie du pays.

Il y a eu une autre affaire funeste dans le comté de Fermanah, dans un lieu appelé Macken, Il y eut là quatre hommes de tués et plusieurs de blessés.

Une autre affaire aussi désastreuse que celle-ci s’est passée près de Moy. dans le comté d’Armab.

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Sentimens Politiques. 121 town une enquête sur les corps de 3 catholiques et de 2 protesfans, qui ont été tués dans l’émeute près de Glenoe Chapel. Il est probable qu’il en a été tué un plus grand nombre, du sort desquels on n’a pas encore reçu de rapports certains. Depuis ce malheureux événement, les orangistes ont pris le dessus et parcourent le pays pour enlever les armes qui sont entre les mains des catholiques. Les partis opposés s’appréhendent l’un l'autre, veillent la nuit, font une garde vigilante, quelques-uns mème veillent dans les plaines.

N. B.—Les troupes ont été mises en mouvement dans chacune de ces occasions.

SENTIMENS POLITIQUES De la magorité des hubitans des townships de L‘Est.

A une assemblée ‘générale des délégués choisis par les habitans des différentes communes ({owns,) dans les comtés proposés de Stanstead, Sherbrooke et Shefford, tenue à Lennoxville, dans le canton (fownskip) d’Ascott, le 26 d’Aoùût, à l'effet de considérer quels candidats il conviendwait d’élire pour membres de l’Assemblée à la prochaine élection, les résolutions sui-

‘vantes, entr’autres, ont été adoptées à l’unanimité :

Résolu. 1 © . Que les habitans de ces cantons (fownskips) de l'Est envisagent avec reconnaissance la perspective d’avoir une représentation directe dans la Chambre d'Assemblée de cette Province, mesure qui tendra éminemment à avancer leur prospérité et leur bonheur.

2°. Qu'afin de retirer le plus grand avantage du privilège de la représentation, il est expédient que le peuple choisisse pour ses représentans en parlement, des hommes unis dans leurs vues et leurs opinions politiques.

3°. Que la plus grande partie des habitans de ces cantons de l'Est sont persuadés que les membres de la Chambre d’Assemblée, dans leur différens et leurs disputes ‘avec le Conseil Législatif, ont noblement travaillé à maintenir et préseger les droits et privilèges qui appartiennent iacontestablement et équi-

tablement au peuple.

49, Que dans l'opinion de cette assemblée, les habitans de ces cantons de l'Est pourvoiraient de la matière la plus sûre et la plus étendue à l'avancement de leurs intérêts les plus chers, en élisant pour leurs représentans des individus qui ne tiennent aucun emploi lucratif de l'Exécutif de cette Province, dont la conduite publique sera un gage certain qu’ils soutiendront invariablement les droits du peuple, et qu’ils s’efforceront constam-

192 Petite Chronique Canadienne.

ment de procurer et d'assurer au peuple leslois, les amélioretions et les avantagent dont il aura besoin et quiseront propres ä établir et à perpétuer sa liberté et sa prospérité.

5 9. Que les habitans de ces cantons de l'Est devraient choisir pour leurs représentans en parlement des personnes qui s’effarceront constamment d'établir un système de judicature eflicace et salutaire ; une taxe sur les terres pour l’amélioration des communications intérieures ; une égale protection et des privilèges légaux à toutes les dénomination de chrétiens ; des bureaux denrégitrsmens 5 la dissémination générale de l‘éducation, et

énéralement tout ce qui pourra paraître nécessaire ou utile ns ces cantons. “

99, Que pour prévenir toute fausse interprétation, ou perversion du sens des mots ou dn langage employé dans les résolutions précédentes, nous exprimons volontairement et cordia- Jément notre entière approbation de ‘administration de ce gouvernemeut, en autant qu'elle s’est améliorée sous Sir James Kgmpr, comme aussi notre ferme détermination de préserver de tout empiétement, aussibien que de toute extention indüûe la constitution de cette pravince, telle qu‘elle nous a été départie et assurée par la bienveillance et le ‘ustice de ls mère-patrie.

PETITE CHRONIQUE CANADINNE.

Le Général Comte de Daznousir, G. C. B, a fait voile le 15 juillet de Portsmouth pour Calcutta, dans le vaisseau de S. M. je Pallas, de 42 canons, capitaine A. Frrzcranencs. Il était accompagné de l’aimable Comtesse de Lord Ramsay,. et du colonel JonNx Ramsay. Le Dr. Tuner, Evèque de Calcutta était aussi passager dans le Pallas. Le vent d'ouest, qui souffait alors avec violence, forca la frégate d’entrer le 18, dans le port de Plaomouth, d’où elle remit à la voile le 20.

Gazette Officielle de Québec.

Mine de plomb. Il a été apporté à Québec de très riches échantillons de galène ou sulphurate de plomb, qu’on a trouvés dans le pays en arrière de Kamouraska, dans ce district. On rapporte aue ce minéral y est abondant, et l’on doit prendre des mesures our pbtenir des renseignemens ultérieurs à cet égard. Il est connu qu’on a trouvé de la galène près de Cornwall (H. C.) et dans quelques-uns des townships situés au sud du St. Laurent, dans ce district, mais en trop petite quantité pour être exploitéc.—(rasetie de Québec.

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Petite Chronique Canädienne. 12%

M. Prour.x (arpenteur) est parti de cetté ville, il y a quelques

jours, avec un parti de sauvages de Loretté, pour aller explo-

rér le pays situé entre les lignes occidentalés des seigneuries de Fossambault et de St. Gabriel, et le St. Maurice, au delà de là chaîne de montngnés qui borne lés établissemens au nord du St. Laurent, au-dessus dé Québec. Nous'croyons qu'il ya de grandes étendues de bonne terre dans cette partie de la province. |

M. AnDREws est aussi revenu d'explorer le pays dans le voisinage de Chicoutimi, sur la rivière Saguenay.—Jbid. |

Voyage erpéditif.—Samedi dernier, la ligné de la diligence du Haut-Canada a fait le voyage de Prescot-à cette ville (eent quarante milles de distance,) dans l’espace d’environ 17 heuréë, ce qui, il y a peu d’années, prenait deux et quelques fois trois jours. ais grâce aux améliorations faites par le propriétaire industrieux, M. DickiNsoN, quia mis des barques Evdoctt sus les lacs Saint-François et Saint-Louis, et qui tient toujours ses chevaux en bon état, le voyage se fait maintenant en von peu plus du tier du temps qu'il fallait auparavant, Herald. :

. Dans nos nouvelles de mer se trouvé une lettre du c itaine Gamacur, concernant le pillage du brig Æibernia nau ragé à Anticosti, fait par des goëlettes supposées américaines. D'après cette lettre et les faits recueillis par le capitaine GaBount, concernant le naufrage du Granicus, il paraîträit que nos voisins, tant Français (des îles de St. Pierre et Miquelon) qu‘Américains, exercent contre les débris des vaisseaux qui ont le malheur de faire naufrage sur les côtes dé l‘îlé d’Anticosti, ou sur les riges du golfe St. Laurent, un système de déprédation, qui exigerait pour l‘empècher à l‘avenir, la présence d‘un croiseur dans ces parages, Mercury.

Le King fisher, väisséau dû gouverñement, commandé par W. Raysipr, écr. a reçu ordre de Son Excellence le lieutenant po Sir James Kemwpr, de se rendre à Anticosti, afin d’y aire une enquête plus circonstanciée quant a l’exactitudé des différents rapports relatifs aux naufrages qui y ont eu lieu, l’automne dernière, et d'examiner et fournir de vituüailles les différents dépôts. Le capitaine Rayside a aussi ordre de s’enquérir et rapporter s’il serait expédient de faire des changemens on des augmentâtions dans les dépôts pour le soulagement des vaisseaux naufragés. Gaxette Officielle.

Il paraît par une lettre reçue de la Rivière du Loup, que le parti explorateur sous les ordres du capitaine Bavrirr.n était à

124 Régistre Provinciai.

cette place le 3 du courant, à son retour du golfe. Onse pre-

osait de traverser de l’autre côté, le jour suivant, pour y mettre ïe vaisseau en mouillage, et aller À là dans quatre chaloupes relever la côte du Saguenay. Si le temps le permet, cette exploration doit s'achever cet automne, et le parti peut s’attendre à

être de rétour à Québec vers le 10 octobre.— Gaz. de Québec, line

RÉGISTRE PROVINCIAL

Mariés.— À Berthier, le ler. du présent mois de septembre, par le révérend Mr. Jackson, de Sorel, Mr. le Dr. Jonn Neison, dé Boucherville, à l’aimable demoiselle Le’ocabie Bou- CHER, troisième fille de François BoucHEr, écuyer, Lieutenant-Colonel de Milice, de Maskirongé ;

A Q‘ebec, le 5, N. O.SaunDers, écuyer, du commissariat, à Dlle, Louise CAROLINE PANET, fille unique de feu Narcisse PaneT, écuyer;

Au mème lieu, le 8, Mr. F.-X. ME’ruoT, Marchand, à Dlle. DonoTHE’e Measam.

Décédés.—A Québec, le 4 du courant, Dlie. Honorine Masse, âgée de 18 ans;

A Montréal ,le même jour, Mr. Joux P. O’Douerry, Instituteur, âgé de 59 ans; et Mr, J. B. Decary, âgé de 70 an: ;

A Québec, le 5, Mr. J. M. Havwsseman, ancien Capitaine de milice, âgé de 61 ans;

À Chambly, le même jour, Dlle, MarGuertTE LAREAù;

A la Présentation, le 6, Mr. François AuBry. âgé de 24 ans ;

A Montréal, le 10, Mr. BARNABE’ GosseLin, Médecin et Chirurgien, âgé de 30 ans :

- Au mème lieu, le 11, Louis Joserx, enfant de HuGurs Hexey, écuyer, âgé de 7 mois;

Au Courant de Ste. Marie, le 12, Mr. François BourBox- NIERE, âgé de 89 âns;

A Ste. Catherine, près Montréal, le 13, à l'âge de 70 ans, Joux Gray, écuyer, ci-devant Capitaine dans la Milice incor porée.

Commissionnés : Rocu De Sr. Ours, Josspx Canrrer, J. T. Drocer, L. Cuicou-Duvent et le Dr. W. Nezson, Commissaires pour mettre à exécution les dispositions des actes pour l‘amélioration de la navigation de la rivière Richelieu ;

Jon Ussuer, écuyer, Avocat et Procureur ;

Mr. CHarces FLeMING Chirugien et Pharmacien ;

Mr. Cuevarier DE Lorimier, Notaire publie.

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T'oue IX. 1er. OCTOBRE 1829. Numero VII.

HISTOIRE DU CANADA

mbre, à E> {CONTINUATION.) OU leute- Mr. de la Jonquière ne crut pas devoir suivre les plans de son prédécesseur, par rapport à l’Acadie, persuadé que les lisariat, | mites de cette province seraient déterminées par les commissai- RCE res que les deux couronnes avaient nommés à cet effet, et qu’ak vant cette détermination, il ne convenait pas d’y rien entreprennd, à dre qui pût donner ombrage à l’Angleterre, et peut-être entrainer la France dans une nouvelle guerre avec cette puissance.

PASSE, Ce plan de conduite, peut-être dicté par la prudence, fut taxé CE | en France, de timidité : M. de la Jonquière fut blâmé de son nue D inactivité, et reprimandé pour n’avoir pas de lui-même continué ri ce que le comte de la Galissonnière avait commencé. Il lui aine cle fut envoyé de nouvelles instructions par lesquelles il lui était ’ ordonné de prendre sans délai possession du pays, c’est-à-dire Ag de la terre-ferme de l’Acadie, d’y construire des forts, d’y en- 4 ans ; voyer des troupes, et de s’aider de l'avis et de l’inflnence de } cin et l'abbé Leloutre et des autres missionnaires, qu’on lui recom- (à manda de ménager et de traiter avec toutes sortes d’égards, d) VASE comme gens nécessaires dans les circonstances où l’on se trouvoit.

LEE En conséquence de ces instructions, le chevalier de La Corne vi) fut envoyé dans l’Acadie continentale, afin d’y choisir un en- ja y Joux | droit convenable pour l'érection d’un fort, et d’où l’on püût fa- Le cilement donner appui et protection aux familles accadiennes LT qui voudraient se soustraire à la domination anglaise. M. de la A Corne fit d’abord choix de Chédiac, parce qu’étant près de la Com- mer, on y devait être à portée de recevoir des secours et des Ko approvisionnemens du Canada. Ce choix ne plut ni au gou- ;

verneur ni à l'abbé Leloutre ; ils trouvèrent que le poste serait trop éloigné des établissemens acadiens, et il fut finalement choisi un autre endroit, entre la Baie Française, ou de Fund,y et la Baie Verte, comme plus capable de remplir les vues bu du gouvernement. On jugea à propos de prendre poste en dé Tour IX.—N°S. VIL 9

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126 Histoire du Canada,

même temps à l'embouchure de la rivière St. Jean, et M. de BoisHEBERT y fut envoyé à la tête d’un détachement de troupes et de Canadiens, avec ordre d’y bâtir un fort, et de s’entendre avec le P. GERMAIN, jésuite, dont l'influence, dans ces quarticrs, était égale à celle de M. Leloutre dans la presqu’ile de l’Acadie.

Ce n’était pas assez d’avoir établi ces postes ; il fallait encore

trouver le moyen de les approvisionner, et la chose n'était ni facile ni sans danger, surtout pour celui de la rivière St. Jean, qui n’était guère accessible que par mer; Car pour y parvenir, il fallait faire le tour de la Nouvelle Ecosse, et il était à craindre que les vaisseaux qu’on y enverrait ne tombassent entre les mains des Anglais. 11 fallait pourvoir ces forts non seulement de provisions de bouche, mais encore d’armes et de munitions pour l’usage des Acadiens et des sauvages qui s’y étaient réunis Comune ces approvisionnemens ne pouvaient venir que de Québec, le gouverneur, après plusieurs demandes à cet effet, fit partir pour la rivière St. Jean une corvette chargée de ces articles, sous le commandement de M. de VErGor. Cet officier avait ordre de tâcher d’éviter la rencontre de tout vaisseau anglais, mais en même temps de se défendre jusqu’à la dernière extrémité, s’il était attaqué. Le gouverneur de la Nouvelle Ecosse, informé de la chose, ordonna au capitaine Rouse de creiser le long de la côte, et d’intercepter tous les vaisseaux qu’il rencontrerait. Il n’y avait que quelques jours que cet officier était en mer, lorsqu'il rencontra M. de Vergor. Celui-ci fit force de voiles pour l’éviter; mais Rouse l’atteignit bientôt ; et le capitaine français, se voyant incapable de soutenir le combat, abattit son pavillon, sans avoir tiré un seul coup de canon, Aussitôt que M. de la Jonquière eut été informé de cette prise, faite en temps de paix, et sans prétexte plausible, si la rivière St. Jean appartenait à la France, il envoya au gouverneur de Louisbord l’ordre d’user de représailles contre tous les bâtimens anglais qui étaient alors, ou qui entreraient dans son port. Si ces représailles eurent lieu, l'affaire dut devenir sérieuse; cependant Mr. Smith, qui nous sert ici de guide, ne dit pas comment elle s’arrangea ; peut-être la prise fur-elle restituée, et les vaisseaux anglais, s’il y en eut de détenus, relâchés en conséquence.

Quoiqu'il en soit, le geuverneur de la Nouvelle Ecosse, instruit de l’ordre qu'avait reçu M. de la Corne de bâtir un fort entre la Baie de Fundy et la Baie Verte, c’est-à-dire dans listhme qui joint la presqu’ile acadienne à la terre-ferme, envoya le major LAWRENCE à la tête d’un détachement de tronpes, avec ordre de s'opposer à ce que les Français s’établissent sur le territoire anglais, et de bâtir un fort aussi près du leur

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Histoire du Canada. 127

u’il serait possible, afin de les tenir en échec, et de leur ôter le sis et le pouvoir de faire des incursions dans la Nouvelle Ecosse. Le major Lawrence trouva M. de la Corne campé à l'endroit nommé Beauséjour, et eut avec lui un pourparler au sujet de cet empiètement, comme il l’appellait. La Corne l'assura que ses ordres ne lui permettaient pas de passer au-delà de la rivière Beaubassin, et qu’il pouvait prendre poste et se fortifier de l’autre côté de cette rivière, s’il le jugeait à propos. Sur cela, Lawrence bâtit un fort vis-à-vis de celui de la Corne, et les deux commandans se maintinrent dans la possession de leurs forts respectifs. M. Smith rapporte ici un fait, dont il ne cite pas la garantie, et qui nous paraît peu croyable : il dit qu’ausisitôt que l’abbé Leloutre eut été informé du mouvement du major Lawrence, il fit bruler les maisons et les granges des Acadiens qu’il dirigeait, pour les punir de ne s'être pas retirés de sous le gouvernement britanique. Ce n‘est probablement pas le seul endroit où l‘historien anglais outre la vérité, en parlant de la conduite de ce missionnaire français.

* Depuis quelques années, des commerçans anglais avaient pénétré jusqu'à lu baie de Sandousky, à trente lieues du Détroit, et avaient acquis une influence considérable sur un nombre de Hurons qui s'étaient établis dans l‘endroit, M. de la Jonquière ne vit point la chose avec indifférence, d‘autant plus que le commerce du Canada en pouvait souffrir, et il crut que le meilleur moyen de remédier au mal était d‘engager ces sauvages à aller joindre ceux de leur tribu qui étaient établis au Détroit. . Il se servit pour cela du ministère du P. de La RicHanpre, leur missionnaire, qu‘il crut le plus propre à réussir dans l‘entreprise. Le P. de la Richardie assembla les Hurons de Sandousky en une espèce de conseil, et leur dit en substance: ‘ Que c‘tait un sujet continuel de regret et de chagrin pour leurs frères de Lorette, de voir qu'ils s‘étaient établis dans une contrée qui offrait des voies de communication si faciles avec les Anglais, dont l‘unique objet était de les tromper, et que leur père Ononthio, mû par la tendre affection qu‘il avait pour eux, désirait ardemment qu'ils allassent se fixer au Détroit, avec ceux de leur tribu qui y étaient déja établis, et où ils ne manqueraient de rien de ce qui leur serait nécessaire. ”

Les sauvages lui répondirent, ” qu’ils étaient établis dans un pays fertile et abondant en gibier ; qu'ils ne pouvaient empêcher les Anglais, non plus que les Français, de commercer avec eux, et qu’ils aimaient mieux rester où ils étaient que d’aller s’établir au Détroit.” M. de la Jonquière voyant qu'il ne pouvait réussir dans son premier dessein, prit le parti d‘envoyer un officier pous résider parmi ces sauvages et épier leurs mouvernzs. (Cet ofMisier eut ordre d‘agir de concert avec le P. la Richardie, &:

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128 Histoire du Canada.

de le, consulter toujours, lorsqu'il y aurait quelque mesure à rendre.

: La découverte supposée faite, du côté de la terre, de l‘océan Pacifique, ou plutôt d‘un grand golfe ou d‘une mer de l‘Ouest communicant avec cet océan par un détroit, occupait l‘attention de M. de la Jonquière depuis son arrivée en Canada. Il avait * approprié de grandes sommes d‘argent pour s‘assurer déun fait aussi important, et avait donné commission à M. de la VERAN- DRYE de pénétrer, par le canal des lacs et des rivières de l‘intérieur, jusqu'à cette mer, et de prendre, chemin faisant, possession des contrées qu'il traverserait, au nom du roi de France. Cet officier s‘avança à quelques centaines de lieues au-delà du lac Supérieur, et érigea, de distance en distance, des espèces de forts, au dernier desquels il donna le nom de fort de la Reine, * Cétait tout ce dont M. de la Verandrye était capable : il n‘avait ni les talens ni les connaissances nécessaires pour faire des découvertes importantes, ou même des observations utiles. Il ne sut pas tracer une carte des immenses contrées qu'il avait parcourues ; son journal n‘en contenait point la description; il ne parlait ni de leur climat, ni de leur sol, ni de leurs productions; il n'était rempli que du récit insignifiant de la marche de chaque jour et de quelques discours de chefs sauvages, sans importance. On le jugea incapable de remplir la tâche qu’on lui avait confiée: sa commission fut révoquée, et donnée à d’autres individus, Mais des vues d'intérêt particulier vinrent se mêler au but noble, patriotique et désintéressé qu’on semblait s'être proposé d’abord : il se forma une espèce de société composée du gouverneur, de l’intendant, du comptroleur et de deux autres officiers, LEGARDEUR DE sT. Pierre et Marin, lesquels devaient partager entr’eux les profits de l'expédition, s’il y en avait. Les deux derniers furent chargés de faire les découvertes. St. Pierre ent ordre de se rendre au fort la Reine, pour de là gagner en avant jusqu’à un lieu dont il serait convenu avec son compagnon de voyage, pour leur rencontre. Marin devait remonter le Missouri, et delà, s’il trouvait une rivière allant à

* Ce sont : le fort de Caministigoia, à l’entrée dans le lac Supérieur, de la rivière de même nom, aussi appellée Trois-Rivières, à cause de ses trois embouchures ; le fort S£. Pierre, à 110 lieues environ à l’ouest du

remier, sur le lac des Pluies ; le fort St. Charles, à 80 lieves au-delà, sur e lac des Bois ; le fort Maurepas, à 1(0 lieues du dernier, et près de l’entrée du lac Ouinipic ou Ouinipigon; enfin le fort la Reine, à 100 lieues au-delà, sur la rivière des Assiniboils.

Il fut encore construit trois autres forts, savoir : le fort Dauphin, sur le lac des Pnsiries ; le fort Bourbon, sur le lac de même nom, et le fort Peskoyac, sur la rivière de ce nom, dont quelques géographes français du temps placent la source à 25 lieues seulement de leur prétendue mer de l'Ouest.

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Petit Systêéme d'Agriculture. 120

l'ouest, la suivre jusqu’à ce qu’il fût parvenu à océan Pacifique, où St. Pierre le devait joindre, si, de son côté, il trouvait une rivière qui y conduisit. Ces messieurs partirent munis, aux frais de la couronne, de tout ce qui était nécessaire pour le voyage, et ils auraient probablement réussi, non pas à trouver une mer de l’Ouest qui n'éxiste pas, mais à atteindre l’océan Paci. fique, s'ils eussent été plus entreprenants, ou plutôt, s'ils n’eussent pas eu plus à cœur leur intérêt particulier que le bien de leur pays. Mais indifférents quant au but ostensible de faire de nouvelles découvertes, ils ne s’avancèrent dans les pays sauvages qu’autant qu’il leur fut nécessaire pour amasser une immense quantité de pelleteries, avec lesquelles ils s’en revinrent à Québec, où leur vente rapporta à chacun des associés un énorme profit. La part du gouverneur se monta, suivant Mr. Smith, à la somme de trois cent mille francs; et le reste fut

partagé entre l'intendant, le comptroleur et les deux voyageurs.

(A CONTINUER

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