NOTICE HISTORIQUE ET BIOGRAPHIQUE
SUR LE LIEUTENANT-GENERAL VicoMTE DE LERY,
GRAND-CROIX DE LA LECION-D'HONNEUR; COMMANDEUR DE L'ORDRE RCYAL ET MILITAIRE DE SAINT-LOUIS.
Par M. le Vicomte ve LERY, son fils. * — TD
Norice HisTORIQUE:
A mes Lecteurs.
Messieurs: quand le corps du génie, si fécond en officiers de mérite, vient de perdre un de ses chefs les plus distingués ; quand je pleure à la fois l’ami le plus tendre, et le père le plus éclairé, laiserai-je sa tombe se relais en silence? Non, messieurs: j’éprouve le besoin de vous faire partager ma douleur, je veux vous entretenir, une dernière fois, des précieuses qualités qui assurèrent au général de Léry votre estime, et comme guerrier, et comme citoyen: |
Je vais essayer de tracer à votre mémoire quelques-unes des circonstances dans lesquelles il sut déployer, avec le plus de succès, l'énergie de son caractère, et cette supériorité de talens qui le plaça à fa tête de:son arme, poste dû à sa longue expérience et à la sagacité avec laquelle il sut toujours appliquer les. règles de son art à la grande tactique. Dans toutes les occasions qui le mirent en position de commander pendant sa longue et honorable carrière, il sut se concilier l’estime et l’affection de ses subordonnés ; sa bourse leur était toujours ouverte, et sa protection, puissante alors, ne leur fut jamais refusée; son cœur noble et généreux ne se rebutait jamais par les nombreux exemples d’ingratitude qu’il éprouvait : il se contentait, pour prix de ses bienfaits, du concours unanime d'estime et d'affection de tous les gens de bien qui le connaissaient ; il obligeait pour le plaisir d’obliger, et sa générosité naturelle s’opposait incessamment à l’accroissement de sa fortune, Il négligeait même les moyens les plus légitimes de s’assurer un bien-être.
En Hollande, en Italie, en Espagne, il ne fit jamais d’épargnes sur ses traitemeus, qui s’élevaient à des sommes considérables : tout ce qu’il n’employait pas à soutenir dignement le rang qu’il occupait, était divisé en gratifications sur les soldats, en secours pour ses officiers; et le seul héritage enfin qu’il ait laissé à sa femme et à son fils, c’est une réputation intacte et de beaux exemples à suivre.
* Paris, imprimerie de Carpenticr-Méricourt, 1824.
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Notice Historique et Biograplique. 133
Combien de grands personnages, possesseurs d’une immense fortune, eussent donné, à leur heure dernière, les millions que leur avarice avait entassés, pour laisser à leurs citoyens des souveuirs aussi glorieux, aussi touchans, pour emporter avec eux, comme le général de Léry, là consolante certitude qu’ils ne laissaient dprès eux qus des exemples d'honneur et de vertu, des êtres dont ils avaient assuré le bonheur, quelques envieux de leur renommée, peut-être, mais pas un seul ennemi,
J'ai parlé de ses vertus, comme militaire, et je fournirai à la fin de cette notice, les preuves à l’appui de ce que j’ai dit. |
Vous entretiendrai-je maintenant des droits qu’il sut acquérir à la reconnaissance des villageois au milieu desquels il se retira, lorsque l'ordonnance rendue sur la proposition du maréchal Gouvion St. Cyr, vint l’envelopper dans la ruine de tant d’officiers-généraux, qui pour prix de leurs longs services, n’obtinrent qu’une retraite modique et forcée, lorsqu'ils devaient espérer au moins qu’on leur List la liberté de servir jusqu’à leur dernier soupir, une patrie à laquelle ils avaient assuré une gloire immortelle pandant trente années de guerres consécutives; un roi, objet de leur vénération auquel ils savaient, pour ainsi dire, fait hommage de leur renommée.
Difficilement justifiera-t-on un acte qui sembla anéantir les services de tant d’illustres vétérans.
Cependant, le coup était porté ; il fallut s’y soumettre ; retité, à huit lieues de la capitale, dans une campagne agréable, qui appartenait à sa femme, le général de Léry cherchait toujours les occasions de servir son pays et son roi: il s'en présenta bientôt une, et elle lui fut d'autant plus agréable qu’elle devait lui fournir de nombreux motifs pour donner de nouvelles preuves de son désintéressement et de sa générosité ; le bourg près duquel était placée sa retraite se ressentit de l'influence bienfaisante de son voisinage, et la place de maire lui fut offerte.
Il ne dédaigna pas cet hommage rendu à ses vertus ; il y fut au contraire extrimement sensible, et presqu’à {a fin de sa Ccarricre, l'homme qui, si long-temps, avait illustré son arme et brillé dans nos camps, vint, nouveau Cincinnatus, labourer ses champs, aider, protéger la nouvelle famille qui l’adoptait en quelque sorte pour son père, et recueillir enfin une nouvelle et dernière moisson de louange, d’amour et de vénération.
Entrerai-je dans quelques détails concernant la vie simple et utile qu’il menait dans ce séjour de paix ; non, Messieurs : nous laisserons parler ses voisins, tous les villageois qui furent sous son administration, et dont M. Jouet, adjoint de la commune, a été l'interprète, dans uu discours qu’il eût prononcé sur la tombe de mon père, sans la modestie qui l’empêcha de parler après mon oncle, le général Kellermann, duc de Valmy.