PAUSE A COURAGE EXTRAORDINAIRE
: UN vaisseau de Boston venait de mouiller-dans la rade de la Barbade. Aussitôt qu’il eut jetté l'ancre, plusieurs matelots, comme c’est d’usdge, fort imprudents, se jettèrent à la nage pour sé raffraichir, pendant qüe les autres, montés sur les vergues et dans les huñnes, veillaient de tous côtés l'approche des requins. Quelques momens après, l'alarme fut donnée ; ils aperçurent un de ces animäux d’une longueur énorme, dont la grande nageoiïre s'élevait au-dessus des eaux, qu’elle sillonnait.: Tous les naeurs revinrént'avec précipitation. Le monstre vorace voyant fit sa proie, fend les vagues comme un trait, et arrive dans l'instant où le dernier des nageurs, saisi par ses camarades, était déjà presque dans la chaloupe, et lui emporte la cuisse et une
jambe. Le malheureux matelot, hissé à bord, expire au bout
d’une demi-heure.
Pendant'cet intervalle, Emmanuel Puroy, de bout, les yeux fixés sur son camarade expirant, s’écria avec fureur, dès qu’il le vit rendre le dernier soupir: “ Mon camarade est mort! il était né dans la mème ville que moi; à Darmouth, état de Massachusetts, et je pourrais me résoudre à ne le pas venger |” En achevant ces ‘p saisit un grand couteau, et va l’aiguiser sur
la meule du chagftier. Quel est ton dessein,” lui demandat'on? 4 De tuef”le monstre qui me prive de mon compatriote,” “Fours IX. No. XI: 82 |
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répondit-il avec le sang froid du. courage. :1l monte ensuite #ur le pont, se déshabille sans proférer une parole, et s’élance à la mer, avant qu’on eût pu deviner son projet. Le requin affamé, qui n’avait pas quitté les environs du vaisseau, en attendant une nouvelle proie, ne tarda pas à l’appercevoir. I] nagea d’abord lentement, suivant l’usage de ces poissons, voraces, lorsqu'ils voient un objet dont il vont s'emparer. L’équipage croyant voir dévorer son compagnon trop hardi, poussa un cri d’effroi, Emmanuel, sans se laisser troubler, n’épuise pas ses forces ;. il tient ferme son couteau, et avec une tranquillité admirable, il attend le monstre, qui s'approche la gueule ouverte ; plonge et l'évite, et bientôt après reparaît à dix toises de distance. Il décrit un cercle autour de l'énorme cétacé, en nageant lentement pour l’attaquer sur les flancs. Le requin, dont tous les mouvemens annonçaient la füreur, certain d’atteindre sa proie, s’élance.en se penchant sur'le côté, la gueule des poisson de cette espèce étant placée à une si grande distance de leur museau, qu'ils ne peuvent rien saisir.sans se renverser. . C'était, l'instant que le brave marin attendait. Déployant alors toute la présence d'esprit, toute la vigueur et l’énergie dont le courage est susceptible, il plonge son couteau dans le corps du monstre. Sa machoir à triplerang de dents se referme aussitôt; les coups terribles de sa queue font élancer dans les airs les flots dé l'élément dans lequel il nage : il ne poursuit plus sa proie. Mais la blessure qu’il vient de recevoir n’était pas suffisante pour Miarracher la vie Le matelot délerminé se tient.entre deux eaux, aveç l'adresse du poisson même, et le frappe encore plusieurs fois : bientôt la mer est teinte du sang de ce requin; ses mouvemens s’affaiblissent, il roule, surnage et meurt. Ce combat extraordinaire ne dura que sept minutes. La terreur dont tout l’équipage avait été saisi fut bientôt convertie en transports de joie, chacun d’eux, en aidant l’intrépide marin à monter à bord, se félicitait d’être le compagnon d’un homme qui avait osé attaquer corps à corps, et qui avait su vaincre un monstre si redoutsble, dans son propre élément. Dès que le requin fut sur le pont du.navire, son vainqueur lui coupa la tête, lui ouvrit le
ventre, et en retira les membres de son camarade, qu’il rejoignit,
aux reswes : insensibles de celui qu’il venait de venger avec tant de courage. . (Lettres d'un Cultivateur Américain.)
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