TS | CHRONIQUE DE MORE
TDreduite et publiée pour ba première fois d'après un manuscrit grec inédit, par J. A. Buchon. |
La conquête des provinces ‘byzantines par les Français, offre sans contredit l’un des plus intéressans spectacles de l’histoire du moyen âge, Cependant pus nous possédions peu de détails sur cette Conquête. Quoi de plus singulier que les provinces d’'Achaie, de Morée et'l Archipel transformés en seigneuries féodales? Comment ne pas s'attacher à la lecture des récits quinous
rappellent quelques-unes de nos plus illustres familles iutrodui-
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Chronique de Morée. 101
sant sur le sol de la Grèce les mœurs, les usages et jusqu'aux lois de la France du 12e. siècle! M. Bucuon a saisi avec empressement l’occasion de publier dans son importante collection des chroniques nationales un manuscrit de la bibliothèque du roi, contenant des détails neufs et piquans sur cette partie de l'histoire byzantine. Ce manuscrit est un. poème grec barbare qui avait fixé l’attention de Ducange et de Boivin, sans toutefois.que ces deux érudits l’aient jamais publié, M. Buchon l’a-traduit en français, et il est le premier qui en ait enrichi notre littérature historique. L'auteur original est inconnu, mais tout porte à croire qu’il vivait dans le l4e, siècle. Ce poème, écrit en vers politiques, est divisé en deux livres: le premier, de 1189 vers, contient la prise de Constantinople par les Francs, et quelques mots sur les événemens qui l'ont suivie; le deuxième livre, composé de 7002 vers, est entièrement consacré aux affaires du Péloponèse depuis la conquète qui en fut faite par Guillaume de Champlitte et Geoffroy de Ville-Hardoin.en 1205, jusqu’au règne d’Isabelle de Ville-Hardoin sa petite-fille, dans les premières années du 14e. siècle., Les détails géographiques sont d’une exactitude rigoureuse, mais le style du poème est loin d'offrir l'élégance har+ . monieuse des beaux âges «le la Grèce antique. M. Buchon nous rend compte dè cette circonstance avec-une grande vérité. Les “ soixante ans, dit-il, pendant lesqu ls les Francs avaient possédé l'empire de Byzance, avaient sufi pour défigurer la langue des vaincus,.et cette corruption avait dû être plus grande encore.dans le Péloponèse, conquis et gouverné en détail’ par des chevaliers français qui avaient morcalé ses vieilles républiques en autant de seigneuries et y avaient introduit leur langage. Ramon de Muntaner, un, des chevaliers de la grande compagnie catalane qui vint aux secours d’Andronic et déposséda le duc d'Athènes, nous explique parfaitement, dans la chronique catalane qu’il nous a laissée sur cette expédition, la. cause de cette corruption de la langue recque. ‘ Toujours, depuis la conquête,” dit-il, ‘ les princes de Morée ont pris leurs femmes dans les meilleures maisons franaises. Ainsi ont fait les autres nobles et chevaliers établis en orée, qui ne se. mariaient qu’à des filles. issues de cheyaliers français. Aussi, disait-on, que les meïlieurs gentilshommes du monde étaient ceux de Morée, et on y parlait aussi bon français u’à Paris” Notre chroniqueur parait avoir été un moraïte élevé das Ja maison-et attaché au service de quelqu’un de cés barons français, en qualité de.clerc. La.conversation des écuyers, dans la salle d'armes, lui aura inspiré de bonne heure l'estime qu'il méifeste en toute occasion pour la franchise guerrière; et son mépris pour les petites fourberies, trop habituelles aux sujets d’un despote. C’est là sans doute qu’animé par le récit. des prouesses des vainqueurs, il aura conçu le projet de les célébrer; et c’est là aussi qu’il aura puisé en partie cette habitude de mélanger.sans
102 Anecdotes,
nécessité les mots français aux mots grecs, de manière à en former en quelque sorte une nouvelle langue.”
Nous ne saurions trop féliciter M. Buchon d’avoir compris parmi les chroniques qui composent sa collection, ce poème si pittoresque, si intéressant, où la conquête française se représente avec toute sa naïveté; il'a eu soin de faire cé la première partie du texte grec, pour donner une idée de l'idiôme de cette époque, et fournir aux savans une garantie de l'exactitude de sa traduction.—Courier Français,
an ANECDOTES.