‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 81 · LITTERATURE · texte numérisé non relu

LITTERATURE

tre société, prèter du relief à ce que nous pouvions peut-etre ap- . peller notre littérature, et nous donner, en quelque sorte, des idées nouvelles sur plusieurs sujets, particulièremet:t durant l'époque de notre isolement, Du nombre de ces hommes devenus Canadiens par leur résidence dans ce pays, par les liaisons qu'ils y ont contractées, ou les arts qu'ils v'ont exercés, 4 été feu M. Q....l, l’estimable auteur de la pièce qu’on va lire, Homme d’esprit, d’un commerce agréable et d’une humeur joviale, M. Q....l se faisait de la poésie une récréation, sans faire de la versification une espèce de métier, c’est-à-dire, sans s’astreindre toujours aux règles que se sont imposées ceux qui aspirent au titre de poëtes, ou d’habiles versificateurs. On tronve dans ses pièces des licences que l'impression ne souffre pas plus présentement que les fautes d’orthographe; mais la rar le sel attique même, perce presque à chaque vers. M. Q....l ne s'était pas fait versificateur qe ar l'étude des règles, mais il était né poëte, ou l'était devenu par jf a simple lecture des beaux modèles.’ C'est avec vérité et sans DE . flatterie, suivant nous, qu’un poëte français qui a pass‘ et fait quelnil que séjour dans ce pays, il y a une douzaine d'années, a dit de lui, en faisant allusion à une de ses productions poétiques:

Le Q....i, le père des amours, il Semblable à son petit-bon-homme, il. Vit encore, et vivra toujours.

Plusieurs de ces pièces nous paraissent dignes en effet de pas-

t où donc?—Ils ont vécu honnêtement ;sur. la terre; ils 4

Le son de ma voix avait frâpé cet homme; ma réponse acheva 4 de Pintéresser,. Il me fit plusieurs questions, auxquelles j’eus le 2! l'hospitalité. , Le lendemain il s’entretint secrètement avec le père |

vis George qui prenait la conduite de mon troupeau; et l’on m’an- 49

De tems à antre, depuis la conquête, des hommes nés hors de }à notre pays, mais parlant notré langue, et recommandables par leur éducation, leurs. talens naturels, ou leurs connaissances acquises, sont venus résider paul nous, çomme pour animer et égayer no- |

us en tn ui 79 el ui Sd

ser à la postérité, du moins, pour ne point exagérer, à la postérité:

S, ils sont bien ÿ | ur. la terre; ils 4

‘éponse acheva quelles j'eus Je La re, où il reçut nt avec le père ü pâturage, je ; et Jon m'an- 4

MS nécessaire, ce que Despre’aux avait dit de CnareLaiw:

Conterit,

s nés hors de ke bles par leur 20 ces acquises, et égayer no- 4

peut-etre ap rte, des idées t l'époque de 1 Canadiens S y ont con.

Q... l, l'es.

esprit, d’un 1 se faisait tion une ess aux règles es, ou d’haicences que fautes d’or.

ême, perce ersificateur deveuu par té et sans t fait quel.

s; a dit de TCCHRRSE

nadienne, Celle qui suit a déja été a mt il y a un certain ombre d’années, dans une espèce d’Almanach, avec quelques utes de versification que nous avons pris la liberté dé faire disaraître, mais, sans rien Changer au sens dés vers. Nous devons outer que la personne à qui cette épitre est adressée, était un

es persuadés que M. Q....1 aurait été prêt à dire de lui, #/il eût

Ma muse, en l'attaquant, charitable et discrète, Sait de l'homme d’honneur distinguer le poëte,

Eprrre ‘a MR. G.NcoRes

{or qui trop inconnu mérites à bon titre,

/ Pour t'immortaliser que j'écrive une épitre,

/ Toi qui si titemént LaiiL els en l'univers, G..n..r.…, c'est à toi que j’adresse ces vers, Quand je vois tes talens restés sans récompense, J’approuve ton dépit et ton impatience;

Et je tombe d’accord que nous autres rimeurs Sommes à tort en butte à messieurs les railleurs, Je sais qu’à parler vrai, ta muse un peu grossière, frs éloges pompeux ne péut donner matière; ais pa tu fais voir le germe d’un talent Que doit-encourager tout bon gouvernement, Qui de chaque ei distinguant bien Ia classe, Met le rimeur toujours à la première place.

Mais celui par méllleus sous lequel nous vivons, Ne sut jamais, ami, tout ce que nons valons.

Quelle honte, en effet, au pays où nous sommes, De voir le peu de cas que l'on fait des grands hommes! De moi, qui méritait qu’on célébrât mon nom, \ Par mes vers, ma musique, et ma distraction, Et qui pourtant obscur dans un humble village, \ De ce gouvernement ne reçus nul hommage, | De toi-même, en un mot, qui pour avoir du pain, \Vois ta muse réduite à chanter au lutrin, ES dois dire à part toi, chaque fois que tu dînes, J'arrache ce répas de vépres ou matines, Ainsi donc de nôtre art méconnaissant le prix, L’on nous met en oubli, nous autres beaux esprits; Et nos noms par l'effet d’un aveuglement triste, Des emplois à donner ne sont point sur la liste,

l'andis que tant de gens, sur leurs simples renoms,

Obtiennent de l’état de bonnes pensions,

Et ces gens qui sont-ils? Les uns des militaires, .

En tout point dépourvus de talens littéraires,

Qui, parcequ’un boulet leur a cassé le bras,

S'imaginert que d’eux l’on doit faire un grand.cas:

‘| Les autres, pr va juges, grefliers, notaires, Conseillers, ecins......au même apathicaires...

Car sur la liste enfin des gens à pension,

L'on trouve tout état, toute profession, .

Le rimeur excepté. . Qu'elle injuste manie!

Faut-il que sans pitié la fortune ennemie

Nous ait, pour nos péchés, cloués dans un climat

à les gens sont sans goût,.…...ou l’ont trop délicat,

s loûront un soldat qui le péril surmonte; On s’épuise à rimer, personne n’en tient compte!

O tems! à mœurs! Ô honte! Eh! que diront de nous

L'Iroquois, l’Algonquin et le Topinambous?

Chez eux l’homme d’esprit peut hardiment paraître; Quiconque à des talens se fait du moins conwaître, Eh! ne rendent-ils pas des hommages divins leurs jongleurs, sorciers, astrologues, devins? arcours tout l’univers, de l'Inde en. Laponie, Tu verras que partput on fête le génie, Horis en ce pays; car l’ingrat Canadien En talens de Posprié n’accorde jamais rien.

ET puisque par hazard je. suis sur ce chapitre, J'e te veux, cher ami, prouver en cette épître, Que chez eux: l’on a beau vouloir se surpasser, Jamais l’homme à talens ne saurait s'avancer. oi-même j'en ai fait la dure expérience.

oici le fait: privé de retourner en France, J'arrive en ce pays: pleins d’affabilité, Ils exercent pour moi leur hospitalité,

‘ De ce je ne me plains. Mais, las! pan de musique, .

À table, ils vous chantaient vieille chanson bachique: À l'église c'était deux ou trois vieux motets,

D'un orgue accompagnés qui manquait de soufflets, Cela faisait pitié. Moi, d'honneur je me pique:

Me voila composant un morceau de musique,

Que l’on exécuta dans un jour solemnel:

C'étuit, si] m’en souvient, la fête de Noël..

J'avais mêlé de tout dans ce morceau lyri

Du vif, du lent, du gai, du doux, du pathétique : En bé mol, en bécarre, en dièze, et cétera, Jamais je ne brillai si fort que ce jour la.

Hé bien, qu’en avient-il? On traite de folâtre

anis | , __— mcm zOo>Ss SO 220 AC EOU

LA

mat délicat,

te!

de nous

raître; ître,

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hique;

ets,

À Doux Jésus, disait l’une, avec tout ce fracas, ” | Les saints en paradis ne résisteraient pas. #

| On dirait qu’au jubé tous les démons se battent,

Littérature,

Ma musique qu’on dit faite pour le théâtre.

L'un se plaint qu’à l'office il a presque dansé; L'autre dit que l’auteur devrait être chassé: Chacun sur moi se lance, et me pousse des hottes, Le sèxe s’en mêla, mais surtout les dévotes:

Vrai Dieul lorsque ces cris, disait une autre, éclatent,

Enfin, cherchant à plaire, en donnant du nouveau, Je vis tout mon espoir s’en aller à vau l’eau.

Pour l'oreille, il est vrai, tant soit peu délicate,

Ma. musique, entre-nous, était bien un peu plate;

Mais leur fallait-il donc des Handel, des Grétrys?

Ma foi qu’on aille à Londre, ou qu’on aille à Paris,

Pour moi, je croyais bien, admirant mon ouvrage, Que de tout le public j’obtiendrais le suffrage,

Mais de mes amis seuls vivement applaudi, Je vis bien qu’en public j'avais peu réussi.

Ainsi j'abandonnai ce genre trop stérile.

Ce revers néanmoins, en m’échauffant la bile,

Ne faisait qu'augmenter le désir glorieux

Par mes talens divers de me rendre fameux.

Je consulte mon goût,.et j'adopte Thalie.

Bientôt de mon ceryeau sort une comédie.

Une autre la suivit Deux pièces, c’est beaucoup;

On parlera de moi, disais-je, pour le coup:

En tous lieux, j’entendrai célébrer mon génie;

Mais je ferai surtout briller ma modestie:

Les honneurs et les biens s’en vont pleuvoir sur moi;

Mais je me veux montrer généreux comme un roi.

Tels étaient mes projets, Et toi, men cher confrère,

Si lon eût su juger des vers que tu sais faire;

Si ta muse applaudie eût changé ton destin,

Partout, au lutrin mème, on t’aurait vu moins vain.

Les succès n’enflent point un homme de génie,

Et s’il se montre fier, c’est qu’on les lui dénie.

Ergo, c’est de tes vers le défaut de succès - F | .. 4 Qui te donne un regard fier comme un Ecossais,

Si l’ont eût lu pourtant ton épiître admirable:

À dame du canton, pour toi si secourablc; Ou si l’on connaissait le joli compliment Que ta muse enfanta pour un représentant!

Un lecteur de bon goût eût eu l’âme ravie, Et ton nom paraissait en dépit de l'envie.

Je l'ai lu cet écrits certes, il était beau, £ar pour l’orner ta muse avait pillé Boileau.

Littérature,

Je l’eus pendant léngtems Le dans la mémoire, Mais tout s’oublie enfin. prénons mon histoires

Je te disais comment, facile à décevoir, Sur mon drame nouveau, je fondais mon espoir,

Ma pièce enfin paraît: Ô flatteuse soirée: :

Oh! il faut être auteur pour en avoir l’idée, On tit, on rit, on rit, mais ce fut tout aussi; Jamais je n’en reçus le moindre grand-merci:

Et, qui pis est, privé des honneurs du poëte Pas un seul mot de moi ne fut sur la gazette, Est-il rien de plus dur? puis faites-vous auteur; Epuisez votre esprit pour plaire au spectateur! On vous a} lee a; d'accord; mais dans la troupe, Diable, s’il en est un qui vous offré sa soupe. ‘ Tu vois, cher G...n..….r.., par mon sort inhumain, L Que nous pouvons nous joindre et nous donner la main, 4 Tous deux, sans contredit, avons droit de nous plaindre: Mais plaignons-nous tout bas, et sachons nous contraindre. M Si l’on se rit de toi, consolons-nous tous deux; Li Tu vois qu’hélas, mon sort n'est guère plus heureux. £ Et que de mes succès, musicien et poëte, 4 J'ai lieu d’être content comme un chien que l’on fouette. Mais aussi qui dira si de méchants esprits N'ont point quelque raison de blamer nos écrits? Pour moi, je t’'avoûrai que mon œuvre comique N’eût pu d’un connaisseur soutenir la critique. J'avais quatre grands mois travaillé comme un chien, Et la pièce, entre-nous, ma foi, ne valait rien. On l'avait dit du moins, et j'en eus connaissance. Mais doit-on être ici plus délicat qu’en France? Où souvent maint auteur qui prétendait briller, Endormait le parterre et lé faisait bailler, : Non, non, je me reprends, la-pièce était très bonne, Et si je n’en reçus compliment de peréonne, | C’est que pour les talens, et pour les vers surtotit, à, Ces gens-ci n’ont point d'âme...ou qu’ils ont trop de goût, | Je conviens que tes vers ne valent pas grand’chosé, Qu’un lecteur bonnement croît lire de la prose; Cependant dussent-ils cent fois plus l’ennuyer, Fun compliment du moins on devrait te payer.

Mais non, d’un air railleur et qui sent la satire, Si dé toi je leur parle, ils se mettent à rire: : Et d’ün riméur enfin ils font bien: moins d’état Que d’un maçon habile, ou même d’un soldat. Boileau l’a déja dit, et moi je le répète, C’est un triste métier que celui de poëte.

De ceci cependant ne sois point affecté,

Les Forge

\émolre, | Nous écrivons tous deux pour la postérité.

| histoires Bien d’autres, il est vrai, jouissant de leur gloire, Ont vu leurs noms inscrits au temple de ire

spoir, Gresset et Despréaux par leurs contemporains

moe Furent, dès leur vivant, loués leurs lutrins,

Ce De Belloi, de Ronsard, et Molière et Racine,

1$ Bien choyés, bien payés, avaient bonne cuisine.

ci: [Pour nous, cher G..nsrs., ce pays: ingrat,

, Dù l'esprit est plus froid encor que le el

Le, os talens sont perdus pour le siècle où nous sommes

teur; ais la postérité fournira d’autres homimes,

ur! Qui goutant les beautés de nos écrits divers,

a troupe, Célébreront ma prose aussi bien que tes vers.

. | {Prédire l'avenir est ce dont je me pique: : :

aumain, ; Tu peux en croire enfin mon esprit prophétique:

iner la main, ous plaindre :

"us contraindre, |

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