‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 81 · BOTANIQUE · texte numérisé non relu

BOTANIQUE

Angélique 0 fleurs blanches. Angelica lucida canadensis.—Dans les endroits découverts des forêts du: Canada on trouve deux.es+ pèces d'Angéliques, lune que Connuri appelle lucida, et l’autre Qui. est d'un pourpre foncé. Va tige de la première ne s’élève pas plus:haut qu'une coudée, et elle n’a de moële qu'aux jointures de ses.nœuds, d’où sortent. ses feuilles. : Ces nœuds sont couverts d'une espèce de membrane qui:sert comme d’enveloppe à la tige, puis s’allonge et s’arrondit, et;sert de pédicules aux feuilles, qui sont d’un beau vert, dentelées, et croissentitout autour de la tige. Ses fleurs:blanches ne composent: pas un bouquet round comme dans l’angélique d'Europe, mais une. ombelle, comme dans l’anis,

Ælles sont:bientôt suivies de semences qui ont. moins d’envellop

pes que l’angélique d'Europe, La racine de cette plante est assez.grosse; etjette de toutes parts des fibres charnues. Dès que la semence:est.tombée, la plante se sèche et meurt. Quelques uns ramassent ces. graines pour les semer au printems;. d’autres se contentent deles couvrir de terre, et elles poussent assez tôt pour donner aux:nouvelles plantes le tems de se fôriifier .contre la rigueur de l'hiver. + Cette:angélique a ie même goût et lés mêmes vertus que: celle d'Europe, mais elle pique davantage. la langue. Angélique à. fleurs pourprées.. Angelica atro-purmisea canadensis, —La tige de cette plante, non-plus que celle des'autres angéliques, n’a tout son accroissement qu’au-bout de troës années. Sa racine est plus:grosse et plus charnue, et couverte d’nne peau noire et:environnée.de fibres, qui sont.aussi-charnues. £es feuilles sont plus longues.et en plus qu nombre, que celies de la précédente, et-montées sur de plus longs pédicules. La.tige, au sortir de sa racine; est couverte d’une pellicule, qui s'ouvre à.mesure pour lui donner passage. Cette tige s’élève.audessus de la hauteur d’un homme:: chaque demi-pied est marqué ‘par. un nœud, comme le roseau, et de:ces nœuds sortent Les feuilles. Vers le mileu de sa hauteur, elle commence à pousser de petites tiges, qui sont couvertes de feuilles plus petites que les autres. . Les fleurs qui viene nent au haut de la tige, ne paraissent qu’en perçant une enveloppes qui les couvre;elle forme un bouquet rond; la semence ne parait qu rès qu’elles sont tombées. Les tiges et les pédicules des euilles sont d'un pourpre foncé: les feuilles et les semences sont d’un vert obscuf, : Elle 4 moins d’odeur.et de goût, et apparemment äussi moins de vertu que la préraente. | La Sarrasine.—Cette plante (dit M. Sanrasix, savant médecin français qui a#demeuré longtems en Canada,) est d’un port fort traordindire;:.sa raçine est épaisse d’un demi-pouce, garnie .de abres, du collet:de laquelle naissent plusieurs feuilles, qui en. s’ébignant, forment une espèce de fraise; ces feuilles sont en cornets

4 Le Luth dei Montagne.

longs de cinq à six pouces, fort étroits dans leur origine, mais qui peu à peu s’évasent asséz cônsidérablément. Ces cornets, qui coïmencent par ramper sur la terre, s'élèvent peu à peu, et formenñt dans léur longueur, un defni-rond, dont. le convèxe est dessous, et le cave dessus; ils soht fermés dans le fond et s'ouvrent en gueule par le haut. La lèvre supérieure, quoique dessous, (car ces feuilles sont comme renversées,) est longue de plus d’un pouce, large de deux, arrondie dañis sa circonférence;, elle a une oreillette proche et à côté de l’ouvérture; cette lèvre, qui est intérieureinent velue et creusée en cuillère, est tellement disposée qu’elle semble ne l’être ainsi, que pour mieux recevoir l'eau de ls pluie que le cornet garde exactement. La lèvre inférieure, st

’on peut dire que c'en soit une, est fort courte, ou plutôt le cornet ést comme coupé, simplement roulé dans cet endroit de:dedans en dehors, d’une manière très propre pour affermir :cettà ouverture. 1l rampe sur la partie cave du cornet une feuille qui n’en est qu’un prolongement; elle est étroite dans ses extrémités, pis lerge ét arrondie dans son milieu, ressemblant assez bien à a barbe d’une poule d'inde. Du milieu (le ces cornets il s'élève uñe tigé longue d'environ une coudée, elle. a la grosseur d’une plume d’oie, et elle est creuse: elle porte à son extrémité, wie éleur à six pétales de deux façons, dont il y en a.cinq disposés en rond, $outenus sur un calice de trois feu : du milieu de cette fleur, qui ne tombe point que le fruit ne soit mûr, s'élève le pistil, qui devient le‘fruit, lequel est relevé de cinq côtés, et divisés. en cinq luges, qui contiennent des semences oblongues, rayées et ap: puyées sut un placenta, qui l’est lüi-mème sur une continuation

e latige, pi re le, en se. prolongeant, sort du fruit de la longuenr d'environ deux'lignes. (C’est sur cette extrémité qu'est située la sixième feuille, laquelle est beaucoup plus mince que celles qui composent la rose; cellés-ei sont dures, épaisses et oblongues, tis rant sur le roug, quand le fruit est mûr: cette sixième feuille forme ün chapiteau de figure pentagone. ‘Tobte la partie convèxe regarde le déhors, et la concate, le fruit; chaque angle est incisé de la profondeur d'environ deux. lignes. Elle croit danè des pays tremblants; sa racine est vivace et âcre.

{A Continuer. )

LE LUTH DE LA MONTAGNE, {Conelusion:) | Je ne vous dirai point quels farent mes regrets, en m'éloignant de cette cabane chérie, quoiqu'elle ne fût plus mon héritage; et

de Louise, que je commençais à aimer tout enfant qu’elle était. Ma situativh n'était pas heureuse, et toutefois je ue partis qu'en

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Le Luth de la Montagnè. 48 vérsant des larmes amères. Je ne pouvais À +40 que’e’était le moment où le bonheur de ma vie ait se décider. Oui, c'est À toi surtout que :j'en suis redevable, homme bienfuisant,:le géné: reux protedteur de ma jeunesse! tu sais auprès de Diéu combien je l'ai prié pour toi pendant ta vie, et'avec quels transports de re: connaissance je bénis on mi es tacendre. 1lse nomihait font, et touchait l'orgue d’une paroisse de la ville prochaine, ‘On jagerait mal de ses talents par l’obsèurité ‘de s0n emploi. Les voyageurs se détournaient de leur route pour venir l’entendnÿ mais il recevait froidement leurs éloges, et n’en était que plus modeste. Je doute que dans le cours de vos voyages, vous uyez jas muis trouvé un génie plus extraordinaire. ‘Il avait reçù de son père, le plus habile médecin du pays, une éducation qui l'aurait mis ä portée de se distingaer dans la même profession. : Fl'aima mieux se livrer à la passion violente qu'il avait conçue pour la musique. Ii s'était marié à la fille de l’organiste dont il occupait la place, et n'avait poiht eu d’éenfhnts. Sa femre qu’il avait perdue depuis plusieurs années, vivait toujours au fond de son cœur. Cette image et ses livres étaient sa seule société dans la profonde mélancolie qui s'étuit emparée de lui. Mais en fuyant les hommes, ilne les‘haïsédit point, et il faisait beaucoup de bien en secret. M était âgé de quaranté-cinq uns, lorsqu'il me rèçut dans sa maison. Ibm’apprit d'abord à lire et £ écrire: il prit éfisuite plaisir à cuk. tiver ma voix; ct'à m'exercer sur Île lath, s6t instrument fuvori. Ilnebornäit pas ses leçons à la musique: il ne dünnait à apprendre pat cœur des morceaux choisis de nos meilleurs poëtes, dont il faisait ses délices. ‘Il s'étudiait à former à la fois, mon cœur, Mo esprit ét mon goût. C’est ainsi qu’il füt pendant cinq ans mon iüître ussidu; sans attendre po tie pour sés éoins, que Ce . es ss ‘peut le mieux récompenser le biën ie l'on fait à ses se-

labies.

Au milieu de toutés ces occupations, je fh’Avais pu bannir de mon esprit, ni le souvenir de ma cabatie, #i éelui de Louise, la compagne des jeux de mon enfance. J’en parlais quelquefois avec attendrissemient "À non bienfüiteur. n jour, c'était le premier de Mai 1778, je me le rappellerai toute ma vie, il se leva d: bonne heure, et mie dit de 1 'suivre dans ‘sh promenade du matin. Il me conduisit, en parlant de choses indifférentes, sur le sommet de cette montagne, où je l’avais vu la première fois. Valentin! mè dit-il, j'ai rempli les devoirs dont je m'étais chargé devant le Ciel, lorsqu'il te remit sous ma conduite. Je sais combien, dans le fond de ton cœur, tu soupires après ta cabane. Je n’ai pas eu d'autre but dans ton édücation, que de te mettre en état de la rétouvrèr. ‘Je viens te lo faire voir. Regarde-la; mais je te'défends d’ÿ rentrer avant que'tu puisses en devenir le maître. Je te fais‘présent de mon luth; ÿe t'ai appris à le toucher: tu as de la voix, Véyage. ‘Partout où tu te feras en

Le Lnth de la Montagne,

tendre sans autres prétentions pe d'un musicien ambulant, tu seras le premier de ton genre, La nouveauté de la chose ne ta laissera manquer ni d'auditeurs, ni d’argent;. mais sois économe

etsnge. Lorsque tu seras assez riche, reviens dans ton pays, et À rachète |

la cabane de ton père.

Le cœur me battait à ce discours; il s’enflait de joie et d’espé+ rance, Monsieur Lafont me prit dans ses bras, et me serra con« tre. son sein çn pleurant, (C’étaient les premières larmes que jé Jui avais vu répandre; elles me firent une impression singulière, Il me fit aussitôt retourner sur nos pas, et me. ramena dans un profond silence à sa maison. (

, Dès le lendemain au point du jour, il fallut me séparer de mon bienfaiteur; après en avoir reçu les plus tendres.instructions, et deux louis pour commencer ma route. Pendant près de quatre ans, j'ai parcouru à pied la France, l'Alle et l'Italie; vêtu en paysan de la montagne, et les cheveux flottants en longues boucles comme je les porte aujourd’hui, J'ai observé que la singularité de çet habillement ajoutait beaucoup à l'effet de ma musique, surtout dans les capitales. Il est peu de seigneurs qui aient voyagé avec autant de plaisir que moi. Partout j'étais -bien reçu, mème au milieu des, sociétés les plus brillantes, Dans les villes, on donnait des çoncerts pour m’entendre; et ann tes cum on faisait, jé crois, tout exprès des noces, pour danser au son de mon

instrament, , En plusieurs endroits, on m'a fait les.offres les.plus

avantageuses pour m'y retenir, J'en étais séduit un. instant: mais lorsque je pensais à ma cabane; toutes ces-idées de fortune

: s'évarouissaient aussitôt, et il n’en restait plus de traces dans mes

ojets..… Je me rappelle encore de -quels mouvements délicteux J'étais saisi, toutes les fois que, dans mes courses, une montagne se présentait à mes regards. J'y cherchais des yeux.ce hameau, Il me semblait y découvrir ma cabane. L'esprit toujours. occupé

de cette image, j'essayais d'exprimer mes,sentiments;. et voici des |

couplets qu’ils m'ont inspirés:

. : Humble cabane de mon père, Témoin de mes premiers plaisirs!

Du fond d’une terre étrangère, C’est vers toi que vont mes soupirs,

J'ai vu, devant moi, sans envie, S'ouvrir de superbés palais:

C'est toi, ma cabane chérie, Qui peut remplir tous mes souhaits, D'où vient cette jnie inquiète Dont ton nom seul saisit mon cœur, .

Si dans ta paisible retraite

Le Ciel n'eût:fixé mon bonbeurk . .

(Vale ment, q dans m terre, sc Je-voul:

lentin c Je vai cabane :

À la-

plaisir d prix de sur sa & nom, si vai dans reconns amitié

main. déux ce de la va nage av les trav bane de bon pèt précieu

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et voici de. |

bulant, tu !

ose ne t& |!

s économe !

son de mon

Le Lüuth de la Montägne,

J'y vivruis donc libre et tranquille‘ ‘ Après tunt de pas incertains| Et Louise, en ce doux asyle, Viendrait partager mes destins}

O raon luth, qu'avec complaisance Je te sens frémir sous mes doigts!

Si j'obtiens ma double espérance, C'est à tes sons que je le dois,

(Valentin chunta les couplets avec tant de charme et de sentiment, que toutes les idées fabuleuses d’Apollon se réveilièrent däns mon esprit. Il me sembJait entendre ce dieu exilé sur le terre, soupirant après l'Olympe dans les vallons de la Thessalio, Je-voulais parler, m'écrier; ma langue demeurait immobile, Va lentin comprit mon silence, et continua ainsi:)

‘Je vais maintenant vous apprendre comment j'ai recouvré cette cabane si désirée:

À la fin de l’année dernière, me trouvant à Turin, après avoir traversé deux fois toute l'Italie, j'examinai l’état de ma fortune, Je partis'aussitôt; et marchant à grandes journées, au bout de dix jours j'arrivai dans la ville prochaine. J'yentrai le cœur plein de joie; demandant à toutes les present que je rencontrais des 2 nouvelles de mon bienfaiteur. Hélas! je ne devais pas goûter le plaisir de lui cp, ma reconnaissance, et de le voir juuir du. prix de ses soins, Ïl n’était plus depuis deux mois. d'allai prier sir sa tombe; et {ris vœu, que mon premier enfant porterait son nom, si-j'avais le bonheur de devenir père. , Le même soir, j'arri- : vai dans le hameau. On m’y parla tendrement de moi sans me reconnaître, Bientôt mon luth et le souvenir de notre ancienne amitié me gagnèrent le cœur de Louise. Son père me donna ss main. : J'achetai de lui la cabane et-le champ de mon père ur déux cents écus, avec Veste son fils aîné alla s'établir au fond de la vallée. Pour lui, je le fis consentir à rester dans notre mé nage avec George, son plus jeune fils. C’est d’eux que j'apprends les travaux de l’agriculture. Aujourd’hui que je possède la ca» bane de mon père; toute mon ambition est d’être, comme lui, un bon père et un bon paysan, ‘Je n’ai pas abandonné mon luth, ce précieux instrument de mon bonheur. Je le tiens suspendu à côs 1 ié de ma bèche: et je le reprends quelquefois pour me délasser; ou pour réjouir, comme vous l'avez vu ce soir, ma famille et mes bons -vaisins, | . Valentin s'était arrêté à ces mots, et je croyais l'entendre encore. Mon attention captivée par son récit, se tournait insensiblement sur lui aussitôt qu’il Pavait achevé. Sa physionomie ouverte et animée, le contraste de ses-Babits et de ses discours, son sttachement pour la cabane de son père, et la mémoire de son bienfaiteur, la singularité de sa destinée, ses voyages et s0n tan

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