‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme] (volume 2)Chapitre 61 sur 81 · DES ARTS CHEZ' LES SAUVAGES · texte numérisé non relu

DES ARTS CHEZ' LES SAUVAGES

Copie d‘une lettre du Géographe Dany au Botaniste Wuirrow.

Les Aborigènes de ce continent, lorsqu'ils furent connus des Européens, n'avaient que peu déaris; et le peu qu'ils en avaient se réduisaient à la construction des articles ko nécessité première. A l’exception des Méxixains et des Péruviens, toutes fs tribus des naturels de l‘Amérique en étaient encore au premier dégré de la vie sauvage. Les arts mécaniques leur étaient entièrement inconnus; ils n’avaient point inventé la charue ou la roue, et n’avaient pas fait la conquête des animaux ruminans, le premier ob-

jet de la civilisation. Une petite espèce de chien était le seul a-

nimal que l’homme s'était associé, Un: eabane légère formait la demeure ambulante de l'espèce humaine sur une étendue de plus de 8,000,000 de milles quarrés. L'usage des chevaux, l’introduction des armes à feu, et la culture de quelques légumes, sont les seuls changemens importants qui jusqu'à présent aient été opérés en un certain dégré dans l‘état moral des tribus sauvages de l'A mérique: leurs relations politiques sont, à peu de chose près, ce. qu'elles étaient il y à trois cents ans, Les lettres, qui sont le partage des propriétés foncières individuelles, et de lu résidence permanente qui en est la suite, sont encore, À quelques exceptions : près, inconnues parmi ces nations qui disparaissent rapidement

de dessus la surface de la terre; et leurs arts et leur langage se

perdent avec elles.

C’est un phénomène sur ce théatre obseur et grossier, où l’homme et les régions dans lesquelles il existe, semblent dans la | rudesse primitive, de voir sur les personnes, les habits er les colifichets des sauvages, des couleurs plus brillantes et plus durables que celles qui se voient chez les nations du monde les plus civilisées, Si les naturels ont découvert eux-mêmes l’art de la teinture, ou l’ont appris d’ailleurs, c'est ce que j'ignore; mais je ne puis douter qu’il existe en un haut dégré de perfection, ayant souvent vu des effets teints ou peints élégamment, au moins quant à la couleur.

Des deux sortes de cuir dont les hommes se servent, les sauvaes de l'Amérique n’ont jusqu'à présent connu que l'espèce molle t élastique qu’on pourrait appeller parchemin, Lorsqu'ils furent découverts par les Européens, ils ignoraient absolument l’art de inner les peaux d'animaux au moyen d'écorces d'arbres; ils ne dtnaissent encore que très-imparfaitement les principes de cet

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art... C‘est un fait curieux que les sauvages font presque toujours du cuir de parchemin pour l'usage, et le préservent ensuite au moyen du tan. Il n'est pas rare de leur voir tremper leurs hausses et leurs souliers dans une déçoction d'écorce de chêne: coutume qu'ils ont sans doute apprise des chasseurs où commerçans européens. k

Les peaux dont ils font leur cuir sont celles du buffle, de l'élan, du caribou et du chevreuil, La peau du buflle se fend par une opération très laborieuse; et ainsi que les autres travaux domestiques parmi les sauvages américains, cette opération est faite par

les femmes. Le dedans ou la partie charnue est corroyée, et le dehors ou la partie poilue fait l‘extérieur de ln chaussure. Ils rendent le parchemin très pliable et très élastique, et lui donnent la propriété, peu commune à cette espèce de cuir, de conserver sa texture molle et élastique, après avoir mouillé et séché.

C’est sur ce parchemin délicat et hien préparé que sont appliquées ces teintes mentionnées par le Dr, S, L,. Mircuize, et celles que j'ai vues moi-même. L'art de préparer le cuir et de l’empreindre de couleurs aussi durables que In substance du cuir même est connu depuis les villages des Panis sur la Rivière-Rou-

e, jusqu'aux endroits les plus éloignés de l'Amérique au Nord- Oucet. Les tribus du Sud-Ouest, voisites des Etats-Unis, telles que les Chéroquis, les Chicassns, les Choctas, les Muscoses, ou Criques, et les Cados, ne connaissent rien, des arts en question. En remontant le Mississipi, les Panis ou sauvages Towiaches, sur la Rivière-rouge sont les premiers chez lesquels on trouve des

eaux préparées et teintes. Les Panis émigrèrent des bords du issouri, 11 y a environ un siècle, Au delà d'eux sont les Hiétans qui parcourent tout le vaste espace qu se trouve entre les Panis et les montagnes du Chippewan ou Missouri. Les Hiétans ont apprivoisé le cheval, et j'ai vu quelques unes de leurs brides; elles sont faites avec beaucoup de goût et sont surtout remarquables par la force des couleurs jaunes et bleues dont sont peints les crins, le cuir et autres matériaux.

On pourrait faire plusieurs demandes concernant les couleurs en question: mais ce qu'il y a de certain, c'est que les matériaux sont indigènes: qu'ils sont dissiminés sur une immense étendue de pays, et qu'il faut peu de tema et de peine pour les préparer et s'en servir; et je suis porté à croire qu'on peut ajouter qu'il n’y2 que les sauvages qui en font usage, Quoique de ce que ‘art de teintre n‘est guères connu que des tribus du Nord-Ouest, on soit porté à croire qu’elle le tiennent de l'Asie, cependant s’il en était ainsi, nous devrions conclure que ralsonablement parlant, quel:

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Des Arts chez les Sauvages. 149

qu’à sa source. On voit partout quelques unes de ces fleurs radieuses particulièrement en automhe, On commence à trouver le Cactus à Natchitoches sur la Rivière-rouge, mais on le trouve en plus grande quantité en avançant vers l'Ouest ou le Nord-Ouest, et il couvre les nlaines jusqu’aux côtes de la presqu'île de Californie et jusqu'aux sources du Missouri. .

Ces plantes croissent si naturellement qu’en plusieurs endroits l'Anthémis borde les chemins: cette fleur se fait souvent appercevoir à plusieurs milles de distance, par sa forte teinte de jaune brillant. Mais on vait partout lé Cactus s'élever en pyramides aigües dans les déserts incultes.

Les sauvages ont toujours eu grand soin de ne donner aucun renseignement concernant leurs drogues et leurs teintures; mais l’art de décomposer les substances végétales est arrivé à une telle perfection, qui si J‘on faisait des essais ou des expériences sur les différentes feuilles et fleurs qu’on trouve dans leurs pays, il est hors de doute qu’on découvrirait la plante ou les plantes dont ils se servent. Le plüs grand nombre des personnes qui vont chez les sauvages, sont absolument incapables de faire aucune découverte ni aucune observation utile à leurs concitoyens: on ne peut rien atténdre de ces gens-là,

Le nombre et la variété presque infinis des fleurs radiées et li-

liacées qu'il ÿ a dans la Louisiane, passent toute croyance, Elles.

sont la plupart intièrement jaunes; et dans un grand nombre les parties contrales sont d‘un très beau brun. Quand.,on voyage par les bois et:lés prairies, entre Opelousas et les .villages des Panis, l'œil est à tout moment réjoui par la beauté et l'éclat des plantes et des fleurs. Il né paraît pas pourtant que dans la basse Louisiane, les sauvages connussent aucune espèce de teinture particulière. Comme parmi nous, les matériaux se trouvaient partout en abondance, mais on n‘en connaissait pas la valeur.

Il n’est peut-être pas hors de propos de remarquer que toutes les substances sur lésquelles les sauvages appliquent leur teinture, sont des substances animalés: la. laine, le poil, le parchemin ou peaux préparées, et les plumes ou piquans du Porc-Epic,sont celles que j'ai vues. Les couleurs sont le jaune, le bleu, le rouge et le noir; mais le jâune et le rouge prédominent. Je suis fâché de ne pouvoir pas vous donner des renseignemens plus satisfaisants :— des‘sujets d’une nature fort différente, et des circonstances sou-

vent impérieuses, m'ont contraint de me borner à des recherches :

géographiques et politiques.

P. S. Je me suis servi du terme de parchemin dans un sens bien différent de son acceptation ordinaire; mais je n‘ai pu trouver d'autre terme pour distinguer cette espèce de cuir de celui qui se fait par le moyen du tan.

150 Promenade des Ecoliers de Québec.

PROMENADE Des EcoziEns DE Que/sgc Au Lac DE Sr. Joacum, Le” | Mai Déjà nous sommes prèts, déjà de la maison, La | On decend en chantant dans le riant vallon; Du On passe avec plaisir d’agréables campagnes, Va D'où l’on monte bientôt sur de hautes montagnes ; On. Quel aspect enchanteur s‘offite alors à mes yeux! L'éc Avec quel charme on voit ce fleuve spacieux Not Arroser de ses eaux de fertiles prairies, Et « Où l'herbe verdoyante et les moissons mûries Eu Courbent en endoyant au gré d’un doux zéphir, Joye Entre ces prés jaunis, qu’on voit avec plaisir A l'e Mille petits ruisseaux rouler avec murmure , Mèl Sur des lits de cailloux une onde claire et pure! | Du Mais quittons ces beaux lieux, montons vers ces forèts | Que Azile de la nuit, azile de la paix! Cec Quels pensers enchanteurs, quelle charmante ivresse, S'élk Ressent alors mon âme! oh paix enchanteresse! Que O silence profond de ces bois ténébreux, T'u Vous plongez tout mon cœur dans un transport heureux! Puis Les seuls cris des oiseaux cachés dans les feuillages Nou À Ou, qui cherchent leur proie en ces endroits sauvages, Mai: ba Font retentir au loin de leur lugubre voix Et la an! L’écho sourd et lointain qui règne dans ces bois. Ou} Mais nous montons, toujours, et d’une source obscure, Les Cherchant le fil:t d'eau que couvre la verdure. .,... Ab, le voila! s'est lui3 son nomest Cabaret,

Car à son eou ‘iigrnante ou mêle le clairet.

Plus loin nous arrivons auprès d’une rivière,

Qui dans son iit étroit roule une eau toujours claire; On s’arrète pour boire, et l’on se raffraichit |

Sur ses bords enchanteurs que l’écume blanchit.

oi \ De souvenirs charmants la douce rèverie

LE \ Fait goûter à mon âme une joie infinie;

Les lieux me présentaient cet endroit si charmant Dans lequel, cher Papa, * vous m‘emmeniez souvent. Un arbre s’offrait-il tout à coup à ma vue,

Une grappe de fruit aux branches suspendue, Je pensais à l’instant si charmant et si doux

Où je me reposais sous l’ombrage avec vous; Et tout ce qui s‘offrait alors en ma présence, Rappellait les plaisirs de ma plus tendre enfance,

Mais nous nous relevons, il faut enfin partir. Q L‘aquilon souffle et gronde; on écoute frémir Or Le feuillage tremblant: à travers la verdure, Re

anis l O # Cette pièce était adressée au père de l'auteur, en 1806.

OACIHIM,

ure,

nt.

Promenade des Ecoliers de Québec.

Le vei1 parcourt le bois qui s’abaisse et murmuré, Mais nous voyons enfin à travers les roseaux,

La l'icuâtre lueur des christallines eaux

Du beau lac, qu coulant à travers les montagnes, Va de son onde pure arroser les campagnes.

On jette un cri de joie en saluant ces lieux ; L’écho des bois répond à nos accens joyeux.

Nous nous précipitons, à travers le feuillage,

Et d’un pas plus pressé nous gagnons le rivage. Eu hâte nous jettons, par terre nos paquets, Joyeux de voir ce luc, qui comble nos souhaits. A l'envie aussitôt dans notre ardeur première,

,; Mèlant à nos plaisirs l’amour de la prière,

| Du divin Rédempteur, nous élevons la croix, | Que par o crur, ave, nous saluons trois fois, Ce chant mélodieux stunit à l‘écho même, S'élevant dans les airs jusqu,à l’Etre Suprème. Que tu charmes nos cœurs, quelle douce onction, Tu fais alors goûter, sainte religion!

Puis nous jettant par terre, et nous couchant sur l‘herbe, Nous cherchons le repos sous quelque arbre superbe, Mais un instant après, nous nous levons gaîment, . Et la hache à la main, nous courrons, en chanchant, Ou poussant des cris gais, couper dans la savanne, Les perches qu’il nous faut pour faire une cabanne. Un, le briquet en main, frappant sur le caillou, Présente à l‘étincelle un Éanureux amadou.

Les uns coupent le bois, d’autres sur leurs épaules L’apportent au bucher qu‘entourrent de noirs saules ; Déja le feu pétille, et montant dans les airs, La flamme va dorer ces vieux pins toujours verts. Nous plantons quatre pieux avec beaucoup de force, Pour faire la cette et la couvrons d‘écorce; Dedans, un lit mollet de branches de sapin Nous promet pour la nuit un repos tout divin. Mais de ses aiguillons déja la faim nous presse; Un, qui pour cuisinier montre le plus d'adresse, À déja fait rôtir sur les tisons ardents, Du lard et du jambon les morceaux succulents. Nous souppons à l‘antique assis sur.la verdure; Bacchus, le bon Bacchus de riante figure Nous verse en abondance un vin délicieux, Qui nous fait-a-tour pousser des cris joyeux Oui, pendant ce repos, la gaieté, l‘allégresse Remplissent tous nos cœurs d’une agréable ivresse, On se relève enfin, chacun suit ses désirs :

es uns vout dans les bois, objet de leurs plaisirs,

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152 Promenade des Ecoliers de Quebec,

D'autres du haut d‘un quai, qu'ils font au bord de l'onde,

Jettent à l‘eau: la ligne errante et vagabonde,

Tirent.en quantité ces voraces poissons

Qui restent suspendus aux:fatals hameçons,

Le fusil sur le dos d’autres vont à Ja chasse

Observent le hibou, le héron, la bécasse ;

Le fusil au niveau de l‘œil qui le conduit,

Le coup part, et le plomb perce l'oiseau qui fuit, . Mais, pour moi, je les quitte, amant de Ia nature,

Je vais sous un haut pin dont l‘épaisse verdure,

Nourrit ma rêverie au milieu des forêts,

Avec quel agrément alors je regardais

Le soleil éclairant les campagnes voisines,

Descendre doucement derrière les collines!

A son riant aspect, de leurs charmantes voix

Mille oiseaux différents font résonner les bois,

Mais je ne le vois plus, il finit sa carrière,

En colorant encor de sa douce lumière,

Et d’un éclat moins vif, les nuages dorés

Et de mille couleurs richement empourprés,

La lune alors se lève: ah, sa lueur est doucef

Sa lumière s'étend sur des ta;:is de mousse,

Et se joue à travers les feuillages tremblants

Qu’agitent mollement les zéphirs inconstants,

Quels agrémens, hélas! ce spectacle ménspire !

els que je les ressens, ? e ne puis-je les dire!

Mais il est déjà tard, et ‘on ne pêche plus;

Les autres de chasser sont déjà revenus,

Alors au bord du lac, on joue, on saute, on danse ;

Puis, avec quel plaisir, dans un profond silence,

On écoute répondre à nos pérçantes voix

Les échos d’alentour, qui prolongeant sept fols,

Leurs gémissantes voix sur les hauteurs volsnes,

Parcourent en volant sept lointaines collines,

Cependant, il est tems de prendre du repos,

Morphée appesantit nos yeux de ses pare !

Le reste de la nuit un sommeil agréable

Vient délassér nos corps d‘une fatigue almablé,

Déjà le jour paraît, et le brillant soleil

Vient pour nôus arracher des bras d’un doux sommeil.

Alors tous à genoux, dans une humble prière;

Nous saluons'le Dieu qui créa la lumière

On se disperse ensuite; et dans le fond des bols

Et sur les bords du lac, on fait ouïr nos volx,

Enfin nous déjeunons, et la joie ordinaire

Réveille l‘appétit, et tout alors sait plaire,

Mais nous nous disposons à la. fin pour partir,

Et du lac on revient encore avec plaisir, :

nmeil.

L'Anti-Français.

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